Compains

Histoire d'un village du Cézallier

Les MONTMORIN-SAINT-HERENT (v. 1525-1654)

 

Le siècle des Montmorin-Saint-Hérent à Compains (v. 1525-1654)

 

 

   Blason des Montmorin

   « de gueules semé de molettes d’argent, au lion de même, brochant ».

 

    La majeure partie des armoiries qui illustrent ce chapitre est extraite d’un ouvrage  publié en 1867 à l’initiative de Marie-Emilie de Montmorin-Saint-Hérem, comtesse de Carneville, dernière descendante des Montmorin. Intitulé Maison de Montmorin et ses alliances, cet ouvrage – malheureusement non sourcé – est consultable à la Bibliothèque du Patrimoine de Clermont-Ferrand.

 

       Descendant d’une des plus anciennes familles d’Auvergne, gens de cour, des Montmorin combattirent pour la couronne et administrèrent la province d’Auvergne. A Compains pendant « le siècle des Souchet » (XVe siècle), le hasard des héritages avait porté aux Montmorin les villages de Chaumiane, Cureyre, Espinat et La Fage, quatre hameaux situés à l’ouest de la paroisse. Devenus seigneurs de Brion vers 1525 ils n’entretinrent sans doute avec leur seigneurie de Compains qu’une relation fort lointaine, médiatisée par leurs agents seigneuriaux.

Pourtant, des indices plaident pour envisager plusieurs actions possibles des Montmorin à Compains. Jacques, le premier des Montmorin-Saint-Hérent, ou ses fils Pierre et Gilbert, n’auraient-ils pu s’associer aux Souchet pour faire construire la tour d’escalier de l’église Saint-Georges datée du XVe siècle par les Monuments historiques ? En outre, ne pourrait-on  mettre au crédit de François de Montmorin-Saint-Hérent le dépôt des reliques de saint Gorgon dans l’église paroissiale ? La rareté de textes souvent impossibles à croiser incite à la prudence, elle ne doit pas néanmoins conduire à exclure ces hypothèses vraisemblables.

Après une rapide mise en perspective historique, on considérera ci-après les Montmorin-Saint-Hérent au fil d’une généalogie très simplifiée et sous l’angle réduit des textes rares qui éclairent leur relation avec la seigneurie de Brion.

 

L’Auvergne au XVIe siècle

 

La remise en ordre du pays

       A mesure que la guerre s’éloigne de l’Auvergne au fil du XVe siècle, l’importance stratégique de la province décroît aux yeux du pouvoir royal. Héritière en 1436 des biens du dauphin dont la lignée s’était éteinte, la maison de Bourbon marque sa fidélité à la couronne et aucun autre prince territorial dominant n’est plus en position de fédérer les nombreux lignages locaux. Quant aux compagnies, sans avoir totalement disparu, elles sont moins présentes.

      La « nouvelle société » du début de la Renaissance s’organise. Sous Louis XII, on confie à Antoine Duprat la charge de rédiger la Coutume d’Auvergne, reflet des usages d’un territoire singulier où se mêlent du sud au nord de la province langue d’oc et langue d’oïl, droit écrit et droit coutumier, une province qui comptait « plus de coutumes locales que toutes les autres provinces du royaume ensemble ». La réforme administrative avance elle aussi : un édit fixe à Riom le siège de la justice royale et l’Auvergne devient une généralité (1542). Une ordonnance royale (1539)  rend obligatoire la tenue de registres paroissiaux dont la mise en œuvre progressive sur le terrain permettra de mieux connaitre l’état de la population qu’on cherche à protéger en sanctionnant le recel de grossesse, considéré comme cachant une volonté infanticide. Un édit d’Henri II (1556) applique la peine de mort aux femmes non mariées qui accouchent clandestinement d’un enfant sans vie.

 

Persistance des maux endémiques

      Même brossée à grands traits, la situation est donc loin d’être brillante et les fléaux bien connus, calamités naturelles, brigandage et peste se rallument périodiquement.La mort rode partout et son reflet apparait sur les fresques peintes des églises.

On est installé dans ce que les historiens du climat nomment le « petit âge glaciaire » et le refroidissement fait alterner les phases de prospérité  avec les périodes de vaches maigres.

      Aux calamités naturelles s’ajoute le coût d’opérations de guerre sporadiques. En 1526, l’écuyer Antoine de Brosses est « commis par le roi pour nettoyer le bas Auvergne des brigands et pour arrêter les pilleries ». Il devait chevaucher avec six archers et signaler s’il voyait des gens de guerre ou des gens « sans adveu…vivans sur ledict peuple sans paier ». Pour ne rien arranger, un chef huguenot, Mathieu Merle (1548- † après 1587) sème la terreur en Auvergne. Dans les environs de Besse et de Billom il réussit même à s’emparer de milliers de bêtes à cornes, une action de pillage si importante qu’elle n’épargna sans doute pas les troupeaux abondants de Compains. Combattu sous les murs d’Ambert par Gaspard Ier de Montmorin-Saint-Hérent seigneur de Brion, Merle poursuivra jusqu’en 1581 ses exactions.

     Les familles paysannes, décimées pendant la guerre de Cent ans, se sont reconstituées au fil du XVe siècle, mais redevenues trop nombreuses dans la seconde moitié du XVIe siècle, leur situation se dégrade à nouveau. Les paysans, aux propriétés divisées par les héritages, doivent recourir à l’emprunt, s’endettent et ne peuvent plus rembourser. Certains doivent vendre, d’autres voient leurs terres saisies. La situation profite aux gros paysans, aux bourgeois et aux nobles qui créent des domaines sur des terres regroupées. Dans le dernier quart du siècle, les peuples doivent à nouveau supporter des famines.

 

Les commentaires du curé de Besse

      Le climat, la soldatesque de passage, les maraudeurs, les épidémies frappent les populations des Monts Dore. A un myriamètre de Compains, la région de Besse est tourmentée par le retour de la peste qui sévit dans les faubourgs en 1529. On garde les portes, « a cause du danger de peste estans ès environ et villaiges circumvoisins » et on doit déporter la foire hors des murailles pour éviter la contagion.

      Pendant le règne de Louis XIII les commentaires du curé de Besse laissent entrevoir la dureté de la vie quotidienne.  Ainsi, plusieurs muletiers qui se rendaient de Besse à Montferrand trouvent-ils la mort avec leurs bêtes à cause des intempéries. Litanie récurrente, les Anciens déclarent n’avoir de leur vie vu un si mauvais temps qu’en 1624. Redouté des habitants, le logement des soldats de passage soulève les protestations. En 1628, le curé doit loger le chevalier d’Estaing dont la compagnie à pied, en garnison à Besse, « a fait beaucoup de mal ». Les dégâts des soldats coûtent 500 écus à la paroisse. En 1631, la dernière apparition de la peste à Besse est très virulente. Pour conjurer la vierge d’intervenir, l’évêque Joachim d’Estaing se rend en pèlerinage à Vassivières. En 1636, ce sont vingt- six prêtres qui processionnent jusqu’au cimetière où à Besse on inhume les pestiférés. Bien que sans le secours des textes, on doit cependant concevoir que les retombées collatérales de ces évènement n’épargnèrent pas totalement Compains.

 

Ennezat – Collégiale Saint-Victor

Le Dict des Trois Morts et des Trois Vifs

 

La félonie du connétable

Doté de terres immenses, Charles de Bourbon (1490-1427) duc de Bourbon et d’Auvergne, comte de Montpensier et dauphin d’Auvergne qui se considérait dédaigné par la royauté, traite en sous-main avec Charles-Quint. Démasqué, il  doit fuir le royaume et voit tous ses biens mis sous séquestre en 1527. François Ier exige alors des nobles Auvergnats et Bourbonnais une prestation exceptionnelle de fidélité. Sans doute encouragés par le grand nombre de juristes et d’hommes politiques auvergnats qui faisaient alors tourner les rouages de l’Etat, rares furent ceux qui marchandèrent au roi cette preuve de loyalisme. Sur 406 nobles présents en Auvergne, 365 prêtent serment de fidélité au roi, dont François de Montmorin nouveau seigneur de Compains. Privée d’un prince éminent, l’Auvergne entre en 1532 dans le domaine de la couronne.

 

Portrait supposé de Charles III de Bourbon

Musée Condé – Chantilly

 

Tensions religieuses

Bientôt, c’est la religion qui sème la zizanie puis la guerre dans la province. Les tiraillements entre foi et politique, les guerres de religion et la crise de la Ligue installent la désunion en Auvergne dans la seconde moitié du XVIe siècle. Le noblesse se divise sur la légitimité qu’on peut accorder à un roi protestant. In fine,  la majorité des nobles auvergnats reste légitimiste, au premier rang desquels les Montmorin-Saint-Hérent qui pencheront du côté d’Henri IV et combattront pour lui.

 

De Bréon à Montmorin

 

De Bréon à Tinières

   Les Montmorin-Saint-Hérent  descendent des Bréon par les Tinières. Le fils de Pierre de Tinières († 1349) et de Dauphine de Bréon, Guillaume de Tinières († v. 1408), était le neveu de Maurin III de Bréon. Emancipé lors de son mariage avec Agnès de Montal le 20 décembre 1339, Guillaume avait reçu de sa mère en 1354 une partie de la seigneurie de Saint-Hérent, fief morcelé pour lequel on se souvient que les Bréon rendaient hommage à trois seigneurs différents : l’évêque, Mercoeur et le dauphin.

 

Blasons Tinières- Bréon

 

De Tinières à Montmorin

       La fille de Guillaume et d’Agnès de Montal,  Dauphine de Tinières, dite dame de Saint-Herem dont elle détient une portion, a épousé en 1368 le chevalier Geoffroy de Montmorin. Il est issu d’une très ancienne famille pré-féodale, connue en Auvergne dès le Xe siècle, une époque où Christian Lauranson-Rosaz détecte déjà aux Montmorin des possessions dans l’Artense et le Cézalier.

       Fils de Thomas de Montmorin et d’Algayte de Narbonne, Geoffroy est notamment seigneur d’une partie d’Auzon et de Paulhac. Son mariage lui apporte à Compains plusieurs villages. Mis à rançon alors qu’il combattait les Anglais, Geoffroy reçoit en 1382 l’aide financière de Jean comte de Boulogne et d’Auvergne qui l’aide à recouvrer sa liberté.

 

De Montmorin à Montmorin-Saint-Hérent

 

       Comme leurs ancêtres, les Montmorin vivent près du pouvoir. Combattant sans relâche les ennemis du royaume, ils attirent sur leur famille honneurs et richesses, une fortune qu’accentuera encore leur stratégie matrimoniale. Les Montmorin étaient attirés par les héritières, des filles uniques ou bien apparentées : Jeanne Gouge de Charpaigne, Alix de Chalençon, Louise d’Urfé à Entraigues, Gabriel de Murol, Claude de Chazeron et Catherine de Castille apportent aux Montmorin des biens qui vont enrichir significativement leur lignage et contribuer à conforter leur implantation, en particulier aux marges septentrionales et occidentales du Cézalier.

 

Saint-Hérent – Au fond, l’Avoiron

 

 

Les premiers Montmorin-Saint-Hérent :

Jacques, Pierre et Gilbert

       Alors que la seigneurie de Brion vient d’être achetée par les Souchet (1411), le quatrième enfant de Dauphine de Tinières et Geoffroy de Montmorin, Jacques de Montmorin, évolue dans l’entourage du dauphin d’Auvergne dont il est conseiller et chambellan. Devenu bailli de Saint-Pierre-le-Moutier, il combat pour le roi qui lui octroie des gratifications pour le récompenser des « grands frais, missions et dommages qu’il avait soutenus et de l’entretien de plusieurs gens de guerre pour la sureté de son baillage ».

      Jacques s’attendait sans doute à subir le sort des puînés petitement légitimés, quand son fils et lui bénéficièrent d’un double coup de pouce du destin qui allait grandement profiter à leur famille.

     Il fait d’abord un brillant mariage avec Jeanne Gouge de Charpaigne. Fille du berrichon Jean Gouge, trésorier du duc de Berry, Jeanne est la nièce de Martin Gouge de Charpaigne, évêque de Clermont de 1415 à 1444, chancelier de France de 1421 à 1428. Pierre, leur fils aîné profite ensuite d’un don substantiel de son grand-oncle maternel l’évêque Martin Gouge : par testament ratifié le 16 novembre 1444, l’évêque léguait à son neveu le château et les terres de Saint-Hérent, un fief partagé pour lequel les Bréon rendaient hommage en leur temps à trois suzerains différents.

      Une nouvelle aubaine vint d’une parente de Jacques, Isabeau de Tinières, « dame de Saint-Hérent ». Epouse vers 1410 du chevalier Antoine de Belly mort en 1415 à Azincourt, Isabeau qui restait sans descendance fit de Jacques de Montmorin son héritier et lui donna le 30 avril 1451 la portion de Saint-Hérent qu’elle avait reçue dans sa dot.

 

Saint-Hérent – Eglise Sainte-Claire

      

 

       Déterminants, ces héritages permirent alors à cette branche cadette des Montmorin d’accoler à son patronyme celui de Saint-Hérent, titre qui allait la distinguer de la branche aînée de la famille. Fondateur de la branche, dite de Montmorin-Saint-Hérent, Jacques se retrouvait seigneur de la terre où naquit celle qui fut – peut-on penser – la première épouse d’Itier II de Bréon au tournant du XIVe siècle.

 

Blason des Chalençon

      

Pierre, fils aîné de Jacques et Jeanne Gouge, bien que marié à deux reprises meurt sans postérié avant 1480. Son frère cadet, Gilbert, lui succède († av. 7 septembre 1487). Il a épousé le 10 août 1459 Alix de  Chalençon († ap. 1500), la fille unique de Jean de Chalençon seigneur de Chassignolles  (Haute-Loire) et de Catherine de Saint-Nectaire.

 


 

 

 

Jean Ier de Montmorin-Saint-Hérent († 24 mars 1521)

et Marie de Chazeron († 6 mars 1521)

   

       Jean Ier, fils de Gilbert et Alix, fait une brillante carrière militaire et devient gouverneur du Bas et Haut pays d’Auvergne. La fille ainée de Jacques de Chazeron et Anne d’Amboise, Marie de Chazeron qu’il épouse en 1490, est la nièce de plusieurs évêques et conseillers de Louis XI.  Tous deux meurent à Paris en 1521 à quelques jours d’intervalle, sans doute emportés par une épidémie.  Ils laissent plusieurs enfants, dont François, le futur seigneur de Brion.

 

Auzon – Eglise Saint-Laurent

Panneau en bois sculpté aux armes de Chazeron

 

 

Armes de Chazeron « d’or au chef emmanché de trois pièces d’azur »

      

       A Compains, Jean de Montmorin-Saint-Hérent tient  en censive les quatre mas hérités de Dauphine de Bréon dont le mas d’Espinat (1142 m.) qui, saisis  sur Maurin de Bréon en 1349 avaient été achetés par Robert de Chaslus, seigneur d’Entraigues. Au XVIe siècle encore, les hautes terres du hameau d’Espinat relèvent pour partie de Montmorin et pour partie du seigneur d’Entraigues. On est « en pays de montaignes infructille de bled » et l’élevage y est si prédominant qu’il faut importer les grains qu’on y consomme.

Croix d’Espinat

       Huit familles de paysans-éleveurs vivent à Espinat , soit environ quarante habitants si l’on admet qu’un feu équivaut à cinq personnes. Tous jouissent en indivision de la Montagne des Fraux où paissent 151 bêtes sur un territoire qui a été réduit par les abus de certains défricheurs. En 1513, naissent « dissentions et débats » entre les habitants, incapables de se mettre d’accord pour évaluer combien de bêtes chacun peut estiver eut égard à ses foins et pailles, eut égard aussi au fait qu’ils défrichaient, réduisant ainsi la part qui revenait aux bêtes. Pour régler ce problème récurrent dans les montagnes, on presse d’intervenir le représentant du   seigneur. Celui-ci, une fois évaluées les modalités du pacage, arbitre au nom de   Montmorin et établit au cas par cas ce que chacun peut tenir de bétail dans la   montagne   des Fraux. Le plus gros éleveur estivera trente sept têtes, le plus petit quatre. Si des labourages sont pratiqués sur la montagne, trois septiers de labourage   déduiront une tête d’herbage, donc une bête en moins à estiver.

 

      Très fréquents, ces cas d’exploitation anarchique défavorisaient la majorité des   paysans au profit de ceux qui abusaient. L’arbitrage de l’agent seigneurial vise à limiter   la surexploitation des pâturages et la détérioration des montagnes qui en découlerait.   Les empiètements ne sont, en principe, plus tolérés qu’avec la contrepartie qu’on   limitera le nombre des bêtes à estiver. De tels conflits remonteront parfois jusqu’à   l’intendant au XVIIIe siècle. Après avoir plus ou moins interdit les défrichements de communaux, le pouvoir central finira par opter pour un laisser-faire qui précèdera les partages, opérés à des dates très variables suivant les villages.

Le cens d’Espinat devait être payé au seigneur à la Saint-Mathieu, date à laquelle se tenait l’une des dernières foires de la saison avant l’hivernage des bestiaux. Habituellement payable pour partie en argent, pour partie en nature, le cens est ici « converti en argent », comme la corvée du guet. Rien ne sera donc livré en nature à la lointaine résidence du seigneur, le château d’Auteyras à Egliseneuve, près de Billom.

 

 

François de Montmorin-Saint-Hérent achète

 la seigneurie de Brion (v. 1525)

 

Le nouveau seigneur de Brion

       L’achat aux Souchet de la seigneurie de Brion par François de Montmorin-Saint-Hérent, acte le retour de Compains dans le giron d’une ancienne famille noble auvergnate. Comme son père, François fait carrière à l’armée et à la cour où il compte au nombre des cent gentilshommes qui composaient la maison de François Ier. En 1559,  le « sieur de Bréon » occupe à la cour la charge de gentilhomme de la chambre aux côtés du « sieur de Saint-nectaire ». Cette dénomination serait inappropriée si elle devait désigner le chef de famille des Saint-Hérent. Sans doute s’agit-il de Gaspard, né vers 1530, le fils aîné de François, devenu à son tour gentilhomme de la chambre. Gouverneur comme son père du Haut et Bas pays d’Auvergne, François guerroie pour François Ier et Henri II et participe activement à la lutte contre les Huguenots.

Issue d’une très ancienne famille Vivaraise, fille unique de François de Joyeuse seigneur de Bothéon et d’Anne du Gaste, Jeanne de Joyeuse devenue veuve se remaria en 1526 avec François de Montmorin. Famille de grand renom au XVIe siècle, les Joyeuse évoluaient eux-aussi dans l’entourage des rois de France.  Leurs fils Gaspard puis Jean II  succèdent à François qui meurt avant le 19 janvier 1564.

 

Le terrier disparu

      Outil d’administration de la seigneurie, le terrier montrait la nature des productions d’une censive et définissait le montant du cens annuel dû par le paysan à son seigneur au titre de loyer de la terre qu’il exploitait.

Lacune des source ou inexistence du document, aucun terrier de Compains n’a pu être retrouvé pour le XVe siècle, un temps il est vrai où les terriers n’existent pas dans toutes les seigneuries. La nécessité d’établir un terrier se faisait pourtant d’autant plus sentir qu’il fallait établir les variations foncières consécutives aux guerres et aux épidémies. Beaucoup étaient morts, d’autres avaient déguerpi, certaines terres avaient été réoccupées légalement ou non par de nouveaux tenanciers dont il fallait démêler les droits.

Pour clarifier l’état précis de sa censive à Compains, François de Montmorin fit donc rédiger en 1532 « le terrier de la baronnie de Brion et seigneurie de Chaumiane ». Un exemplaire de ce dénombrement établi le 20 août 1546 fut signé par lui et Jean Forestier, notaire royal à Besse. Il tenait en « un volume de parchemin couvert de bazane rouge contenant 31 feuillets ». Malheureusement, on se heurte une fois de plus au silence des sources, puisque le document brûla lors de l’incendie des archives du dauphiné conservées dans la grosse tour d’Ardes.

 

Des hameaux de Compains dans le terrier d’Entraigues 

Nous renouvelons ici nos plus vifs remerciements à Jacques Bernard d’Egliseneuve qui a bien voulu nous communiquer sa transcription du Terrier d’Egliseneuve sur lequel nous reviendrons.

         Montrant, si besoin est, que les bornes des seigneuries ne sont en rien calquées sur celles des paroisses, cinq mas de Compains – Espinat, Redondel, Graffaudeix, Moudeire, La Fage – relevaient pour tout ou partie du seigneur d’Entraigues. Ces villages correspondaient en grande partie aux terres attribuées à Dauphine de Bréon lors du partage en 1280 de l’héritage de  Maurin II, son père. Situés sur les hautes terres d’Entraigues à plus de 1000 mètres d’altitude, ces villages considérés étaient principalement voués à l’élevage.

       

Claude d’Urfé, seigneur d’Entraigues fit établir en 1544 le terrier de son marquisat qui brosse le tableau des charges qui pèsent sur la terre et la nature des productions au sud-ouest de Compains et à Gliseneuve.

 

 

Armes d’Urfé 

 

 

 

       Mas après mas, sont exposés les droits seigneuriaux, les cens et les dîmes payés en argent ou en nature par les habitants : principalement du seigle, de l’avoine et des gélines (volailles). A Redondel par exemple, plusieurs habitants reconnaissent « tenir et posséder de mondit seigneur d’Egliseneuve une montagne, commun, coudert et pascaiges de bois tailhis en dépendant appelé de Redondeil et anciennement appelé de Chalmaige…contenant par entier 200 testes derbaige ou entour dans toute la contenu ». C’est à Claude d’Urfé et non au curé de Compains que les habitants de Graffaudeix payaient une dîme élevée puisque prélevée à la onzième gerbe. L’altitude oblige à des productions peu variées. Outre les bestiaux qui bénéficient de montagnes immenses, on produit essentiellement du seigle et de l’avoine.

 

 

 

Egliseneuve d’Entraigues – Vestiges du château d’Entraigues

 

 

Les bois de Chaumiane (1551)

     Chaumiane formait avec Brion et Compains l’un des trois mas principaux de la baronnie de Brion. Au pied du Montcineyre, les habitants de Chaumiane jouissaient de droits d’usage dans le Bois des Hommes et le Bois de Jalène, proches du hameau. Ils partageaient ce droit avec certains habitants de la paroisse de Besse à qui le seigneur en autorisait l’usage contre rémunération. En 1551, « en présence de Pierre Nabeyrat prêtre du Cros près de Lanobre, receveur pour le seigneur [Montmorin] et de Pierre Tardit, prêtre de Brion, François de Montmorin achète des droits en Artense dans la paroisse de Lanobre. En échange, « le vendeur ou ses métayers du village de Péalat (hameau de Besse situé près du lac de Bourdouze) pourra prendre du bois de chauffage au Bois des hommes à Chaumiane ». Exceptées ces transactions « officielles » et bien que les bois fussent surveillés par le garde des eaux et forêts de Saint-Hérent, ces bois seigneuriaux étaient régulièrement l’objet de larcins commis principalement par des habitants de Besse.

 

François de Montmorin et les reliques de saint Gorgon (voir chapitre : La chapelle Saint-Gorgon)

 

 

 

Jean II de Montmorin-Saint-Hérent et

Gabrielle de Murol

Gaspard le frère aîné de Jean II avait épousé Louise d’Urfé, fille unique de Claude d’Urfé et Jeanne de Balsac d’Entraigues. Louise apporta à Gaspard des biens à Paulhac et Balsac dans la région de Brioude. Nommé en 1578 chevalier de l’ordre du Saint-Esprit sous Henri III, Gaspard meurt entre le 1er mars 1585 et le 2 août 1586.

 

 

Armes de Montmorin et collier de l’ordre du Saint-Esprit

 

 

 

 

 

   Jean II poursuit la lignée (né v. 1536). Près de Brion il est notamment seigneur de La Meyrand et Entraigues.

Jean a épousé en 1559 Gabrielle de Murol, la fille aînée de Jean de Murol et d’Anne d’Arson. Gabrielle est dame du Broc, Bergonne, Gignac, Saint-Bonnet, Contournat et Le Breuil, elle est aussi la petite nièce de Maximilien d’Aurelle qui, se retrouvant sans descendance, teste en 1577 et lègue la baronnie et la terre lembronaise de Villeneuve à Gabrielle et Jean. Celui-ci fera réaliser dans le château de magnifiques peintures dont il reste d’importants éléments rénovés dans la salle d’apparat et les grandes écuries. Gaspard, leur fils, poursuit la descendance.

 

 

Gaspard II de Montmorin-Saint-Hérent et

Claude de Chazeron

       Comme son arrière-grand-père, Gaspard épouse en 1581 une Chazeron.  Unique héritière de Gabriel de Chazeron, gouverneur du Bourbonnais, Claude de Chazeron apporta notamment à Gaspard la terre de Vollore.

Pendant qu’il gouvernait l’Auvergne pour le roi de 1557 à 1577, les guerres religieuses donnèrent bien du fil à retordre au seigneur de Brion. Blessé au siège de Chillat en 1583, Gaspard trouvait la mort le 13 juillet 1593 alors qu’avec les royalistes il assiégeait Cébazat. Il laissait sa veuve et sa seigneurie de Compains dans une situation bien compliquée.

 

Brion occupé pour libérer Auzon

     Pour débarasser Auzon des bandes incontrôlées qui pillaient la région, Gaspard de Saint-Hérent promit imprudemment 7000 écus à leurs chefs Jean de La Reynerie et François de La Richardie. Comme il ne trouva jamais une telle somme, il dut leur céder durant cinq ans la jouissance de sa seigneurie de Brion. D’où il apparait que Brion devait rapporter, bon an mal an, 1400 écus chaque année. Les compainteyres eurent-ils à pâtir de ce dessaisissement provisoire, on peut en douter puisque les deux soudards avaient intérêt à récupérer le plus rapidement possible l’argent promis.

 

Auzon – Eglise Saint-Laurent              Armes des Montmorin-Saint-Hérent

     

       Après la mort de Gaspard, Claude de Chazeron tenta en vain de récupérer les 7000 écus  auprès des Etats d’Auvergne d’abord, puis auprès du roi qui déchargea les gens du Tiers de tout paiement, arguant que c’était à ceux qui avaient reçu l’argent de le rembourser. En 1615, elle faisait de son fils Gilbert-Gaspard son héritier universel.

 

 

Gilbert-Gaspard de Montmorin-Saint-Hérent et

Catherine de Castille

 

Une fortune fragilisée par les dettes

    Gilbert-Gaspard de Montmorin, baron de Villeneuve, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi épousa en 1620 Catherine de Castille. Elle apportait dans sa dot 100 000 livres. Méfiante, la famille avait cependant prévu que les trois-quart devaient rester ses biens propres et que le quart restant servirait à payer leurs légitimes aux sœurs de Gaspard, Jacqueline et Diane. En cas de repetitio de dot, les biens du futur époux n’y suffisant pas, on fit peser une hypothèque sur les terres léguées en 1615 à Gilbert  par sa mère Claude de Chazeron.

       Selon l’intendant d’Auvergne Mesrigny en 1637 « le sieur comte de Saint-Héran et la dame … de Chazeire [il s’agit de Claude de Chazeron], possèdent près de 30 000 livres de rente en fonds de terre dans la province, savoir : la terre de Montmorin qui est le nom de sa maison [rachetée à la branche aînée par Claude de Chazeron en 1619], Volloure [Vollore], et Chignoure qui sont deux gros bourgs qui portent environ 18 000 livres de tailles, Chateauneuf, Le Broc et autres ». Brion est omis par l’intendant.

 

Gilbert-gaspard donne Brion à son fils François-Gaspard

Peu avant la mort au combat de Nicolas son fils aîné, Gilbert-Gaspard pressé par ses créanciers vend en 1643 le château de Villeneuve-Lembron à Issac Dufour, Trésorier de France. En 1648, par une donation entre vifs il donne  la seigneurie de Brion à son fils François-Gaspard qui sera le dernier des Saint-Hérent seigneur de Brion.

 

 

François-Gaspard de Montmorin

éphémère seigneur de Brion (1648-1654)

 

       Comme ses ascendants, François-Gaspard sert dans l’armée royale.  De courte durée, son action comme seigneur de Brion se cantonnera entre 1648 et 1654, année où il est contraint de vendre Brion à Jean de Laizer pour éteindre les dettes les plus criardes. La vente de Brion se révélant insuffisante, vers 1661 il devra même vendre sa seigneurie éponyme de Saint-Hérent à Claude de Brezons.

      La vente fit l’objet de péripéties variées. Jean de Laizer ne paya pas directement à François-Gaspard le montant de la seigneurie de Brion.  Le paiement, long et compliqué, fut  directement versé entre les mains de plusieurs créanciers.

 

Auzon – Eglise Sainte-Claire – Blason des Montmorin

A SUIVRE