Compains

Histoire d'un village du Cézallier

Compains au XVIIe siècle

 

Compains au XVIIe siècle

Voir aussi les chapitres

Laizer (Jean de) seigneur de Brion (1654-1676)

et Misère (1690-1699)

 

      Rares sont les sources qui évoquent Compains sous l’autorité des Montmorin – Saint-Hérent dans la première moitié du XVIIe siècle. La conjoncture en Auvergne subit alors des hauts et des bas liés tant à la réapparition de la peste qu’à des aléas climatiques récurrents. Cependant, la documentation plus abondante dans la seconde moitié du siècle (textes notariaux, témoignages des contemporains) nous permet d’approcher de plus près la vie quotidienne des compainteyres et de leurs seigneurs.

Le contexte

Compains Puy Montcey

 

     La vie à Compains suit son cours pas toujours tranquille, ponctué par les épidémies, les calamités naturelles, le passage des armées ou la fiscalité qui s’alourdit. En 1630, la variole est à Besse. La peste, qui a fait sa réapparition en Auvergne, n’est pas signalée à Compains dans les commentaires que le curé de Besse inscrit en marge de ses registres paroissiaux. Sans doute l’air salubre des montagnes et la dispersion de l’habitat ont-ils protégé les habitants. Le 13 janvier 1639 la terre tremble à Ardes et à Blesle.

    

 

 

Plus terribles pour les villageois sont les exactions de la soldatesque. La province d’Auvergne devait assurer en hiver la subsistance de troischevau-léger 1640 régiments et quatre compagnies de chevau-légers. L’hivernage ou le passage des armées étaient redoutés par les habitants qui, parfois, préféraient fuir leurs maisons pour échapper aux soudards. En 1632, “ceux de Neschers ont quitté leur bourg pour éviter la fureur des troupes de Monsieur, frère du Roy, lesquels sont venus a Besse pour retraite”. A dix kilomètres de Compains, on logeait dans les faubourgs de Besse des régiments souvent mal tenus par leurs officiers. Cette obligation était source répétée d’ennuis pour les habitants de Besse comme pour ceux des villages environnants – dont Compens – qui devaient contribuer au financement de l’hébergement des soldats et subir leurs débordements. Couronnant le tout, la fiscalité augmentait fortement. Dans un rapport au roi, l’intendant Mesrigny constatait déjà en 1635 que “le pauvre peuple d’Auvergne” était fortement imposé, la Basse Auvergne supportant les deux tiers des impositions de la province.

 

Des années de répit avant les années de misère (Lachiver)

Si les fluctuations de la conjoncture marquent au XVIIe siècle une alternance de vaches grasses et de vaches maigres, les années 1680 furent pour les éleveurs du Cézalier des “années de répit”  à peine entrecoupées durant l’hiver 1683-1684 par des grêles et des inondations qui retardèrent les travaux à entreprendre au clocher de l’église Saint-Georges.

Bourgeois d’une dynastie de juristes qu’on retrouve à Besse du XVIe au XIXe siècle, Godivel témoigne : “on n’avait jamais vu une abondance pareille pour le bled et le vin  et toutes sortes de fruicts et la paix estoit entre les princes […] il y avoit une si grande quantité de froment et de bled conseigle que la livre de pain de froment ne se vendoict pendant ces deux années que huict deniers […] enfin c’estoit une abondance que l’on ne peut exprimer qui commenca depuis 1685 jusques en 1688” (manuscrit attribué à Godivel publ. par Longy).

     L’Auvergne profitait alors doublement de la conjoncture : placée par sa position centrale loin des champs de bataille, la province produisait en quantité les bestiaux indispensables à la nourriture des armées.  Grenier à viande pour les armées du roi, les montagnes profitèrent des retombées économiques de la guerre et “les éleveurs des montagnes gagnèrent alors pas mal d’argent a cause des achats que venaient faire sur place pour l’alimentation des armées les commissaires du roi qui enlevaient a tout prix les bêtes à cornes, de telle sorte que pendant les années 1690 et 1691 la vie, malgré de lourds impôts, fut encore assez facile pour une bonne partie de la population des montagnes” (Godivel).

 

Une commune partagée entre nobles et bourgeois

     En dépit des risques inhérents à ce genre d’exercice, on a tenté pour la clarté de l’exposé de cartographier les seigneuries et les propriétés à Compains dans la seconde moitié du XVIIe siècle. Le corpus de textes considérés, forcément incomplet et dont la clarté est parfois limitée, permet cependant d’éclairer le puzzle qui découpe la paroisse à cette époque.

     Beaucoup plus étendue qu’aujourd’hui, la commune de Compains comptait environ 7000 hectares avant la Révolution, incluant à l’ouest cinq hameaux (Chabagnol, Moudeyre, Graffaudeix, Espinat, Redondel) et d’importants espaces d’estives vides d’habitants. Ces territoires furent attribués à Egliseneuve à la Révolution. C’est cet espace étendu qui est considéré par la carte, et non le territoire actuel de la commune de Compains.

 

compains XVIIe s. 
 
 
      En 1654, François-Gaspard de Montmorin Saint-Hérent vend la seigneurie de Brion, Compains et Chaumiane à Jean de Laizer. Après cette vente, les Montmorin tiennent encore à Compains la montagne d’Espinat et, au pied du Puy Moncey, partagent la montagne des Costes avec les Saint-Nectaire dont la seigneurie de Valbeleix s’avance depuis le Moyen Âge jusqu’au ruisseau de la Gazelle. Les Saint-Nectaire tiennent en outre les estives du Puy de la Vaisse et une pagésie à La Gardette où leur est payé un cens en argent et en fromages (pagésie : terme particulier à l’Auvergne qui désigne une terre tenue moyennant un cens).
  
  Au centre du finage de Compains, la seigneurie d’Escouailloux relève d’un roturier, Etienne André de La Ronade, seigneur de Las Collanges (Cantal). Seigneur haut justicier à Escouailloux, il se dit écuyer et aspire à une noblesse qui ne lui est pas reconnue. Ce hobereau rural habite sur place et pratique la gestion directe (voir le chapitre consacré à la seigneurie d’Escouailloux). Au sud-ouest, Redondel et Espinat relèvent de la seigneurie d’Entraigues et Les Angles du seigneur de La Roque.

     Les domaines tenus par des propriétaires forains se multiplient (Moudeyre, Yvéra, Cureyre). Malsagne et Groslier sont à Jean de Laizer. Commencée au XIVe siècle avec les Balbet, la main-mise des non résidents – bourgeois bessards ou clermontois – s’affirme sur le sud et l’ouest de la paroisse dans la seconde moitié du XVIIe siècle. Au sud, c’est la montée en puissance d’Antoine Ribeyre, seigneur d’Opme, un conseiller du roi qui demeure à Clermont. En 1665, alors qu’il est déjà détenteur de nombreuses têtes d’herbage (une tête=un hectare) et de bois dans la montagne de Joran, il achète le domaine de Cureyre à Michel Chandezon – élu de Besse et “juge châtelain” d’Entraigues et Espinchal –   propriétaire de 28 têtes d’herbages dans la montagne de Chambedaze. Endetté, Chandezon vend pour faire taire ses créanciers. Peu après Ribeyre achète encore la montagne de Veisseire qu’il remembre avec ses acquisitions précédentes, constituant un vaste espace d’estives.

 Jean de Laizer (vers 1611-14 janvier 1676) achète Brion en 165. De 1654 à la Révolution les Laizer tiennent la seigneurie de Brion, Compains et Chaumiane. Aînés et cadets s’adonnent au métier des armes et font des carrières militaires au service du roi. 

 

 

Le terrier de 1672

 

     Etabli sous Louis XIV, le terrier de Compains continuait de faire foi en 1899 pour établir les droits des propriétaires quand surgissaient des contestations territoriales entre les habitants de la commune. Les morceaux retrouvés distinguent trois tènements : Brion, Compains et Chaumiane.

Le tènement de Brion

     La directe du seigneur s’étendait sur le mas de Brion, les montagnes de Blatte et la Taillade et les  communaux considérables utilisés en commun par le seigneur et les habitants. S’y ajoutait entre Compains et la montagne de Barbesèche, le domaine de Malsagne. Le seigneur se réservait “son passage dans les communs et montagnes de Brion, au dessous des moulins dudit Brion et le long du ruisseau appelé de l’écluse (le ruisseau des Règes ?), pour passer et repasser ses bestiaux en tous tems, a son plaisir et volonté et pour aller a la montagne de la Tailhade, autrement apelée Blatte”. Au nord de la paroisse, les bois et le lac du Montcineyre appartenaient aux Laizer.

     Borné “de bise” (au nord) par le ruisseau de la Gazelle, le tènement de Brion dépassait à l’est les limites de la paroisse. Comme au temps des Bréon, en 1657 à Vauzelle (paroisse de Valbeleix) des terres sont toujours “mouvant du cens foncier du seigneur de Siougeat a cause de sa seigneurie de Brion et Compains”.

     A la génération suivante, pour payer des dettes contractées à l’égard des Ursulines de Clermont par son père mort vingt ans plus tôt, Jean de Laizer en 1696 avec l’accord de ses frères Jean, Hugues et François, aliéna une partie du patrimoine familial et vendit  aux Ursulines moyennant 4000 livres la moitié de la montagne de la Taillade, cinquante têtes d’herbage situées au pied de la butte de Brion.

Le tènement de Compains

     Les emphytéotes de Laizer à Compains occupaient un territoire beaucoup moins étendu qu’à Brion.  Le tènement et mas de Compains décrit par le terrier du 1er décembre 1672,  était limité au levant par le ruisseau des Règes. Il comprenait “église, et cloché avec les maisons couvertes tant a thuiles qu’a paille, granges, étables, jardins, prés, champs, pacage, montagne et droit de commune, bois de haute futaye, taillis et autres matz et tènements dependant dudit bourg”, et incluait  la montagne de Barbesèche qui était au seigneur d’Opme. Le terroir était limité au sud par le Joran et par le domaine de Cureyre. Les  bornes décrites sont  nombreuses et on peut penser que c’est vers cette époque que  la pierre Saraillade  fut si solidement plantée sur le Joran qu’on l’y retrouve encore aujourd’hui (voir le chapitre Population et territoire). Le terrier retrouvé ne mentionne aucune redevance au seigneur.

Le tènement de Chaumiane

     La censive du seigneur est décrite par le terrier dressé le 24 octobre 1672 “au devant du four commun en place publique”. Le tènement couvre une partie de l’ouest de la paroisse depuis le sud du lac de Chaumiane, incluant le pré Cibéroux qui appartenait au curé. La frontière avec le tènement de Compains suivait la route qui monte à Escoufort – Bas puis contournait à l’ouest le Montcineyre jusqu’au Cocudou avant de redescendre vers le lac. Les habitants bénéficient de droits anciens de pacage, prises d’eau et bois de chauffage. Leur tenure est perpétuelle (emphytéose et perpétuelle pagésie) moyennant le paiement au seigneur d’un cens en argent (62 livres) et en nature (seigle, avoine et gélines). Le seigneur prélève la dîme de tous grains à la vingtième gerbe, a droit à la taille aux quatre cas à raison de 30 sols par feu “le fort portant le faible”; les habitants bénéficient de droits anciens de pacage, prises d’eau, droit de prendre du bois de chauffage.

 

 

 Les agents du seigneur absentéiste gèrent “les peuples”

     Les nobles ne gèrent que de loin leurs seigneuries. Sur place, ce sont les agents seigneuriaux, officiers de justice, “juge châtelain”, procureur fiscal, procureur d’office, lieutenant et leurs auxiliaires recrutés à un niveau inférieur, sergent, greffier, garde des bois, qui assurent la paix sociale. Issus des familles les plus commodes et les plus éduquées du village ou de la région environnante, les agents du seigneur servent de relais entre lui et la population. Bien connus des habitants pour qui leur famille travaille souvent de génération en génération, ils contribuent au respect de la loi et de la coutume dans un village où les habitants étaient réputés “revêches” et rebelles. Censés défendre aussi bien les intérêts du seigneur que ceux de la population de la paroisse, les agents seigneuriaux assurent notamment la police de la foire de Brion, enquêtent sur les agressions et sur les crimes, veillent à ce que les tutorats ne défavorisent pas les orphelins, suivent les affaires d’infanticides. Révocables au gré du seigneur, les agents seigneuriaux étaient faiblement rétribués, inconvénient qu’ils compensaient en exerçant leur activité dans plusieurs communes de la région et en continuant d’exercer leur activité principale de marchand ou de gros laboureur. La potence, qui déchaînait les bagarres au temps des Bréon a sans doute disparu depuis longtemps quand Jean de Laizer prend en mains la seigneurie. Il reste néanmoins toujours seigneur haut justicier, même si la justice royale tend de plus en plus à se substituer à la justice seigneuriale. Haut justicier, le seigneur peut nommer des notaires seigneuriaux, trop nombreux et souvent peu compétents.

 

Le notaire

     Personnages incontournables dans les paroisses où vivait une population très procédurière, les notaires seigneuriaux hantaient les campagnes et les foires à la recherche de clients. Dans une lettre du 16 septembre 1697  au contrôleur général, Lefèvre d’Ormesson intendant d’Auvergne déplorait que la plupart des seigneurs de la montagne établissent un nombre excessif de notaires. Selon lui “ce sont généralement d’anciens domestiques ou des gens sans instruction ni expérience qu’ils choisissent pour cet effet et certaines justices seigneuriales en comptent jusqu’à douze, sans parler des notaires royaux”.

      Pour limiter les abus – et renflouer les caisses royales – on avait créé des notaires royaux. Le 4 juin 1647, Compains eut son notaire royal, Jean Morin, à qui l’office de notaire garde-note et tabellion royal fut adjugé pour la somme de 200 livres. Il pouvait exercer à Compains, Valbeleix, Espinchal, Le Luguet, Saint-Alyre-ès-Montagne et Egliseneuve d’Entraigues.

     Comme les agents seigneuriaux, le notaire royal pouvait cumuler plusieurs fonctions. Ainsi voit-on Jean Morin en 1678 exercer simultanément les fonctions de  “notaire royal, bailli du Giorand (Joran), châtelain [juge] d’Escouailloux et lieutenant au baillage d’Entraigues et mandement de Compains et Brion, résidant audit Compains”. Le notaire est un petit notable. On le retrouve aussi bien en 1672, muni de la procuration du seigneur absent, rédigeant le terrier de la seigneurie, qu’appelé à parrainer le fils d’un laboureur avec pour commère la fille du seigneur d’Escouailloux.

 

 

  Signature en “nid d’abeille” de Jean Morin en 1667

Difficilement imitable, le nid d’abeille peut être considéré comme un sceau.

 

      Pendant plusieurs générations, les Morin vont verrouiller des postes clés à Compains et connaître de tous les secrets du village. Cette omniprésence était porteuse d’inconvénients pour des habitants majoritairement illettrés, comme pour les membres de la propre famille du notaire. Louise de Laizer avait été mariée le 11 mai 1707 à Jean Morin, lieutenant de la justice de Compains. Malade, celui-ci  dicta son testament en juillet 1711 en présence du curé, de son vicaire et de plusieurs témoins, prenant soin de le faire “n’y ayant point alors dans le lieu Pierre Morin son frère” alors notaire royal de Compains. Jean Morin  – sans être en butte à des contestations familiales et sous réserve que sa femme puisse en disposer tant qu’elle ne se remarierait pas – voulait léguer sa maison à l’Eglise pour que le montant de sa vente serve aux réparations indispensables à l’église Saint-Georges de Compains. Le testament fut prestement envoyé par le curé chez Admirat, notaire à Besse. La manœuvre fut reproduite un an plus tard quand Louise de Laizer mourut à son tour le 16 juillet 1712. Ainsi furent faits les travaux à l’église.

 

 

A SUIVRE

 

6 commentaires sur “Compains au XVIIe siècle”

  1. SERGE Says:

    Remarquablement bien fait. Merci pour ces infos.

  2. Laronzière Says:

    Compains un passé unique !!! Merci de nous le révéler par ces recherches de grande valeur pour les générations présentes et futures .MERCI.

  3. barbat Says:

    merci beaucoup très intéressant,je suis avide de ces connaissances de notre histoire qui permet aussi de situer nos aieux dans le contexte

  4. LEGEARD Says:

    Merci.
    Je ne suis pas “de la paroisse”, comme on dit; mais j’ai trouvé dans cet article (très intéressant par ailleurs) ce que je cherchais: l’origine d’un curé d’Yèvres au diocèse de Chartres (17ème sièce): Messire Henry LUBé de la Ribeyre.
    Encore merci.

  5. barbat Says:

    visite très interessante meme si je ne suis pas de la paroisse du nord Cantal j’ai fréquenté Brion à l’occasion de ses foires quand je vais me promener dans cette belle région je la regarde d’une autre façon grace à vous

  6. AUGUET Says:

    Merci pour cette démonstration historique.
    Je recherche la descendance des Brion à nos jour pour un ami américain
    Si vous avez pu faire comme un arbre dans vos recherches ce serai formidable.
    Avez-vous sorti un livre sur l’histoire de vos recherches
    Je serai acquéreuse.
    Bien cordialement
    Danielle

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