Compains

Histoire d'un village du Cézallier

– Toponymie-Hydronymie

 

Noms de lieux, de rivière et de ruisseaux à Compains

dernière mise à jour : avril 2018

 

Mieux comprendre les noms de lieux dont le sens caché nous échappe habituellement est l’objectif de ce chapitre. Reflets de la vie qui un jour a surgi à Compains, s’y est installée et y a prospéré, les toponymes de la commune évoquent la nature du terrain (Barbesèche, Malsagne), les cultures pratiquées (Cézalier), le patronyme des habitants (Marsol, moulin de Péraud, moulin de Barbat, Roche Garnaud) ou la topographie (Brion, les Costes). Chacun d’eux, mis en relation avec l’histoire de la paroisse, puis de la commune, peut éclairer le passé des compainteyres.

Les noms de lieux cités ci-dessous sont ceux du village de Compains. Exceptionnellement, certains peuvent provenir de la frange proche des communes environnantes.

 

 

Typologie des noms de lieux à Compains

 

      A Compains, les toponymes sont fortement influencés par les formes d’un relief tourmenté à souhait qui a généré de nombreux noms de lieux liés au volcanisme, à la géologie ou à l’eau. Qu’ils soient proéminents ou en creux, les lieux-dits les Costes, le Cros, la Planète, la Plaine, la Motte, la Combe, le Cheix, les Chirouzes, le Teston ou le Suc, nous remémorent qu’ici  volcans et glaciers se sont succédé pour labourer le territoire.

  • Le volcanisme se révèle par une dizaine de Puys dont la plupart atteignent 1300 mètres. Le plus récent, le Montcineyre (mot composé pour Mont des cendres) est prolongé sur son flanc sud par une cheire, (coulée de lave en Auvergnat), sur laquelle sont construit le bourg et les villages de la Ronzière et Belleguette. D’autres volcans sont âgés de millions d’années comme le Cocudoux ou le Teston du Joran. Ces vieux volcans aux sommets rabotés voisinent avec la Motte de Brion qui émerge d’une vallée dégagée par les glaciers.
  • L’eau partout présente est tranquille quand, rassemblant des ruisseaux épars, elle coule en fond de vallée comme la Couze (eau), l’Eau derrière ou même comme les sources de Fontpiroux (forme dialectale qui allie la source à la pierre) ou des Fontlonges. L’eau sait aussi être tumultueuse avec le torrentueux ruisseau de Clamouze (ruisseau des clameurs, possible lisière de la seigneurie des Bréon au Moyen Âge) ou la Gazelle (le gué) qui cavalcade en descendant du Montcineyre. Prolongeant L’eau derrière à l’est, le ruisseau de Sault se faufile en cascadant dans un défilé mystérieux à l’écart de toute vie.
  • Vu sous l’angle de la défense du territoire, le relief a donné Brion (la hauteur fortifiée), La Garde et La Gardette, mais aussi la Roche, siège vraisemblable d’un manoir défensif au Moyen Âge et Belleguette près du village du même nom, une hauteur d’où on pouvait surveiller les alentours.

 

      La rudesse du pays est dévoilée à de multiples reprises par de nombreux noms de lieux : Barbesèche (un lieu où les razes sont insuffisantes pour alimenter les herbages), la Chau (espace pierreux), Malsagne (terrain marécageux), le Cheix (sommet pierreux), Chavade (lieu chauve, déboisé), Escouailloux, Espinat, La Ronzière…

     La végétation a influencé de nombreux toponymes : Graffaudeix (le houx), le Joran (lieu boisé), la Fage (le hêtre), la Ronzière (les ronces), la Taillade (les taillis), Veisselier (de la vesce, une plante fourragère), la Vaisse (le noisetier).

      Les productions locales et l’activité économique, sont révélées par le nom même de Cézalier, évocateur d’une terre seiglière, ou encore près de Marsol par celui de Chavade, terme dont l’une des acceptions évoque l’avoine qu’on sait produite près de ce village au XVIIe siècle. On n’oubliera pas non plus que la Pierre Saraillade, qui balisait un chemin qui conduisait aux foires de Brion, fermait à l’ouest la seigneurie du côté du Joran. La trace des bâtiments agricoles dispersés au plus près des bêtes est omniprésente avec les bordes qui ont laissé leur nom au lac du même nom, les grangeounes, ou les cabanes de chabaniol.

      Plus rares sont les noms de lieux qui pourraient évoquer des cultes anciens. En lisière sud-ouest de la commune et à l’écart de toute voie de communication importante, le Puy du Luguet (1143 m.) près de la Montagne d’Espinat vient évoquer l’existence d’un sanctuaire rural très ancien dédié à Lug, dieu celte des forêts. Un tel indice de l’ancienneté de l’implantation humaine en zone de montagne a été retrouvé à Anzat-le-Luguet.

      La beauté des paysages ressentie par les habitants apparait au nord de la commune à Beauregard et, surplombant la vallée de la Couze, à Belleguette.

       Enfin, dans l’environnement immédiat de Compains quelques noms de lieux induisent la présence d’animaux communs dans les montagnes de la région : face au château de Brion mais dans la commune de Saint-Alyre-ès-Montagne le hameau de La Volpilière révèle la tanière de renards, comme le bois de Roche Ursine (terrier S.A.E.M. 1724) évoque l’ancienne présence des ours jusqu’au Moyen âge. Plus loin, vers le couchant, le nom même de l’Artense est réputé désigner “le pays des ours”.

 

Stabilité des noms de lieux

      En 1349 Maurin de Bréon, seigneur de Compains et Brion, poursuivi pour dettes, est contraint de vendre certaines de ses terres de Compains et des paroisses environnantes. A cette occasion, on découvre plusieurs noms de lieux dont la forme a peu évolué – ou même est restée inchangée –  depuis le XIVe siècle : Compains (Compens), Chalmienne (Chaumiane), Chambedaze, Grolier (le Grosleix), Modenas (Moudeyre), Gonfaudes (Grafaudeix), Espinat, Redondel.

 

 

Classement alphabétique

 

Artense – L’ouest de la commune de Compains frôle la lisière de l’Artense qu’on peut situer vers le ruisseau de Clamouze.

Barbesèche – Au sud du bourg de Compains, la Montagne de Barbesèche porte un nom évocateur des herbages qui y croissent.

Belleguette – Lieu d’où l’on pouvait surveiller – guetter – les environs et prévenir de la survenue de bandes hostiles. Belleguette était l’un des points de Compains où une garde devait être assurée, au même titre qu’aux lieux dits La Garde (attesté en 1325) près du château de Brion ou La Gardette qui relevait de la petite seigneurie d’Escouailloux.

Besse – D’origine gauloise, le terme désigne un peuplement de bouleaux et, par conséquence, les constructions établies après son défrichement.

Brion, Bréon – Ce toponyme d’origine gauloise désigne un lieu et en précise l’usage. Briga, qui désignait une hauteur, évolua pour désigner un lieu élevé portant un point défensif, puis une fortification :  Se briga : se mettre à l’abri (Karl-Heinz Reichel). Le nom du lieu fournit son nom à la famille éponyme de Bréon et au village de Brion qui se constitua près de la butte avec des paysans venus des environs pour travailler les terres du seigneur.

La famille de Bréon apparait dans les sources en 1066, la forteresse de Brion en 1222. Reflet de l’orthographe fluctuante des textes latins du XIIIe et du XIVe siècle, les seigneurs de Bréon sont dits au Moyen Âge, de Breon, de Breo ou plus rarement de Breonne. Dans notre recherche, nous utiliserons le patronyme Bréon pour désigner les seigneurs et le toponyme Brion pour nommer le village.

Chabagnol – Situé sur la portion du territoire de la paroisse de Compains perdue à la Révolution et rattachée à Egliseneuve, le lieu dérive de chabanne ou cabane, terme qu’on employait dès le Moyen Âge pour désigner une habitation modeste.

Chalm – De l’occitan, terre inculte, plateau désert – Chalmas : lande.

Chandelière – Le nom de ce hameau situé non loin de la Couze proviendrait de candol, le ruisseau, ou du nom du domaine rural d’un nommé Chandel auquel s’ajouta le suffixe ière indiquant la propriété.

Chapelle – Le mot chapelle est attesté en latin médiéval dès 679 : capella, diminutif de capa, désigne un manteau en latin vulgaire. La chape fut à l’origine un manteau à capuchon. Au début du christianisme, la chape la plus célèbre fut celle de saint Martin qui avait coupé en deux son manteau pour le partager avec un pauvre un jour d’hiver. Cette demi-chape, conservée, fut adorée et considérée comme la première relique. On la déposa dans un petit édifice, la première chapelle. A Compains, la chapelle Saint-Jean-Baptiste située près de la Motte a disparu depuis le XVIIIe siècle. Construite en 1843, la chapelle Saint-Gorgon n’abrite pas les reliques du saint qui sont conservées dans l’église Saint-Georges.

Chau – lieu pierreux.

Chauma – chaume, jachère, terre inculte.

Chaumiane – Le chaume, en latin calamus – en occitan calm – désigne une lande ou une pâture élevée vouée au pacage des animaux plus qu’à la culture. Le terme peut aussi désigner un lieu où se côtoient des propriétés mitoyennes. Citée en 1359,  la terre de Chaumiane appartint aux seigneurs de Bréon, puis à leurs successeurs, Thynière, Montmorin-Saint-Hérent et enfin Laizer jusqu’à la Révolution.

Chava – Creuser, défricher.

Chavade – Du latin calvus, chauve. Ce toponyme peut désigner un lieu déboisé mais aussi dans le Puy-de-Dôme, l’avoine.

Cheire – coulée de lave, en auvergnat. Le bourg de Compains est construit sur la cheire du Montcineyre.

Clamouze ou Clamousse (ruisseau de) – Du latin clamor, clamosus, clameur. Situé à l’ouest du territoire communal de Compains, orienté Nord-Sud, le ruisseau de Clamousse, (la rivière des clameurs, des grondements), relève du bassin de la Dordogne et conflue avec le ruisseau d’Entraigues pour former la Rhue. Il aurait pu marquer au Moyen Âge la limite de la seigneurie de Brion vers le couchant.

Cocudoux – Au nord de la commune de Compains, le mont Cocudoux (1342 m.) tire son nom de cocu issu du préceltique cuc ou kok, signifiant tête ou sommet arrondi, passé au vieux français avec le même sens.

CompainsCompendiacensis, cité dès l’époque mérovingienne, proviendrait du nom de Compendius, un gallo-romain. Le sufixe celte acos latinisé en acum est fréquent parmi les toponymes gallo-romains du Cézalier. La forme Compens, avérée en 1317 et sans doute beaucoup plus ancienne, sera utilisée jusqu’au début du XVIIIe siècle.

Coste – Désigne un terrain en pente. Au nord du bourg on trouve la montagne des Costes (1153 m.) et un hameau : les Costes-Haut et les Costes-Bas.

Coualle (couaille) – Bord d’un étang à sec en période de basses eaux (Littré, 1876).

Cougnie – Désigne soit le coin, soit un lieu où baguenaudent des counilhs (lapins).

Couze – Le terme provient de l’hydronyme pré-celtique cosa désignant l’eau qui descend de la montagne. Ce nom de cours d’eau est fréquent dans la région de Compains où on parle du “Pays des Couzes”. Née au sud de Compains, la Couze de Compains après son confluent avec le ruisseau de la Gazelle prend le nom de Couze de Valbeleix puis va se jeter dans la Couze Pavin. La Couze d’Ardes nait au sud de Brion, dans la commune voisine de Saint-Alyre-ès-Montagne.

Cros – Creux. Au sud de Compains, le Cros de Joran (voir aussi : les Creux).

Escouailloux – Ce village, chef-lieu d’une très petite seigneurie enkystée dans la seigneurie de Brion, est cité en 1354. Quelles dérivent de l’occitan ou du vieux provençal, les étymologies évoquent toutes un poste de guet. A peu de distance le lieu-dit La Gardette faisait partie de la même seigneurie.

Espinat – Issu du latin spina, le terme désigne les épines et un terrain épineux. Situé au sud-est de la paroisse de Compains, le village d’Espinat est cité en 1513. Il sera rattaché à Egliseneuve à la Révolution.

Font – Source. A Compains deux lieux portent ce nom : à l’ouest les Fontlonges, à l’est Fontpiroux.

Gazelle – Sans rapport avec l’animal du même nom, la Gazelle désigne le ruisseau descendu du Montcineyre qui longe au nord le bourg de Compains et va se jeter dans la Couze de Valbeleix.  Dérivé du latin vadum qui a donné en français gué et donne en provençal ga d’où dérive gaz (le gué), l’hydronyme apparait fréquemment dans le Puy-de-Dôme, la Haute-Loire et le Cantal. A Compains, ce gué était sans doute placé au pied du Montcineyre, là où la Gazelle traverse le chemin qui conduit du bourg de Compains vers Besse.

Graffaudeix – Du latin acrifolium le houx, acer ce qui est perçant et folium la feuille. Comme Espinat et Redondel Graffaudeix fut rattaché à Egliseneuve à la Révolution.

Grosleix – Nom d’un des villages de Compains, probablement dérivé du nom d’un habitant du lieu.

Joran, Le Cros de Joran, le Teston du Joran, le Grand Joran – Lieux situés au sud de la commune de Compains et au nord de la commune de La Godivelle. Le toponyme Joran pourrait dériver du latin et désigner un lieu boisé [le Cros de Joran (1140 m.) et le Grand Joran (1247 m.)], ou une hauteur boisée [le Teston du Joran (1323 m.)]. Le Jura pourrait dériver de la même racine.

Joursac – Village situé au pied du château de Mardogne, l’autre importante seigneurie des Bréon. Certains allèguent que le toponyme viendrait du nom de la villa d’un gallo-romain nommé Jurcius.

La Fage – Du latin fagus, le hêtre, arbre qu’on rencontre fréquemment dans la moyenne montagne auvergnate. Ses fruits, les faines, fournissaient une huile comestible, mais qui ne se conservait que peu de temps. Les faines étaient consommées par les cochons qu’on conduisait en forêt (droit de panage). A l’ouest du col de la Chaumoune, la montagne de La Fage est citée dans un texte de 1349. La Fage signifie “bois de faux” (hêtre, fayard) “dans l’idiome du pays”, dit un texte du XVIIIe siècle. Un lac fut créé après 1758 au sommet du volcan de La Fage. Ce lac est dit “entièrement desséché” sur le cadastre “napoléonien” de Compains réalisé en 1828. Aujourd’hui remis en eau, ce lac est visible sur la carte I.G.N. au 1 : 25 000.

La Garde, La Gardette – Du francique wardon – surveiller – passé à l’ancien français warde qui donna garde et de l’occitan gardo signifiant qui domine un pays. Près de la forteresse de Brion, le lieu-dit La Garde est attesté en 1335. De nos jours, le terme est resté attaché à deux lieux-dits : le buron de La Garde et le bois de La Garde. Au sud-ouest du bourg, le poste avancé de La Gardette surveillait les abords de la petite seigneurie d’Escouailloux dont il faisait partie.

La Plaine – Lieu déboisé près de la Montagne de Barbesèche.

La Planète – Du latin planum, espace plat. Plateau volcanique plat (planeza).

La Roche – Dérive du gaulois rocca. C’est souvent en position dominante sur des “roches” qu’on construisait les châteaux. La Roche apparait fréquemment en Auvergne comme toponyme pour désigner une forteresse ou comme patronyme pour désigner une famille noble. En limite nord de la paroisse de Compains au XIVe siècle, le lieu-dit La Roche au nord du territoire paroissial relevait du seigneur de Largelier (Larzalier) vassal de Maurin de Bréon dans la commune de Saint-Anastaise. Sur les seigneurs de ces maisons fortes périphériques à la seigneurie principale reposait la surveillance de la lisière nord de la seigneurie de Brion face aux seigneurs de La Tour et de Saint-Nectaire. Si une trace bien visible du “château” apparait encore à Largelier, rien ne subsiste à la Roche, sans doute plus proche du poste de garde que du château.

La Ronzière – Situé entre le bourg et Belleguette, La Ronzière évoque un espace couvert de ronces. Viendrait du latin rumex, la ronce, le dard auquel vint s’ajouter le suffixe aria désignant le territoire. L’endroit put être défriché pour faire face au croît de population entre le XIe et le XIIIe siècle.

La Taillade – La montagne de La Taillade, un lieu couvert de taillis et de bois, était située près du château de Brion et appartenanit au seigneur.

La Volpilière – Face au château de Brion, mais sur la commune de Saint-Alyre-ès-Montagne. Le toponyme évoque un lieu où vivaient des renards, dits velpils en ancien français, terme issu du latin vulpes.

Lac des Bordes – Dérivée du bas-latin borda, la borde désignait une cabane, puis plus tard une métairie ou une grange qu’on pouvait trouver en limite d’un grand domaine. Sans doute trouvait-on près du lac plusieurs bordes. Le lac  fut établi par Jean de Laizer après qu’il ait acquis la seigneurie de Brion et Compains en 1654. Sa création fut à l’origine d’un long procès avec les habitants.

Le cheix – Nom d’une terre située dans la paroisse de Vailh Beletz (Valbeleix) sur les hauteurs près de Vauzelle, à l’extrémité septentrionale de la seigneurie de Brion. Au Moyen Âge, Le Cheix fut donné en 1225 par Maurin de Bréon seigneur de Brion à l’abbaye bénédictine de Saint-Alyre-lès-Clermont. Attesté dans plusieurs régions du Massif Central,Cheix vient du franco-provençal et désigne un tas de pierre, naturel ou artificiel, le bout ou l’extrémité d’un relief, ce qui correspons bien à la topographie de cette terre qu’un texte postérieur permet de localiser entre Vauzelle et la chapelle de Rochecharles. On notera que le toponyme Cheix est répandu dans la région où on le trouve au nord de Vodable (Cheix la garde), et près de Sauriers (Le Cheix).

Le Luguet – Issu du latin lucus, bois sacré, le terme Luguet désignait un petit bois sacré où officiaient des druides. Le toponyme peut aussi provenir du nom du dieu celte Lug. Le Puy du Luguet est situé au sud de la commune de Compains et au nord de La Chaux d’Espinchal. Au sud-est de Compains, le signal dit du Luguet est placé au sommet du Mont Cézalier (1551 m.), point culminant du massif du Cézalier dans la commune d’Anzat-le-Luguet.

Le Verdier – Dérivé du latin viridia, jardin, bosquet. C’est là que confluent la Couze de Compains et le ruisseau de la Gazelle pour former la Couze de Valbeleix, affluent de la Couze Pavin. Sans doute des arbres fruitiers y croissaient-ils. Situé à l’entrée de la vallée du Valbeleix, l’endroit est protégé des vents d’ouest par le pic Saint-Pierre.

Le Vernet – Du pré-celtique ver : l’eau. Vern(e) est issu du gaulois vernos, l’aulne, l’un des sept arbres sacrés des gaulois (Arverne, puis Auvergne). Le Vernet est un lieu planté d’aulnes. Au pied du château de Mardogne, les Bréon prélevaient un péage au Pont du Vernet, “le pont de l’aulnaie”.

Les Angles – Du latin angulus, pointe de terre en forme d’angle et de l’Occitan anglar : pierre angulaire ou angle formé par deux chemins ou deux rivières. Entre Redondel et Espinat, près de la portion de la commune de Compains détachée à la Révolution, le lieu-dit Les Angles (aujourd’hui dans la commune d’Egliseneuve d’Entraigues) peut être ainsi nommé parce que situé à la croisée de les chemins y forment visiblement un Y. On observe la présence du même toponyme au sud de Mazoires là où les chemins forment eux aussi un Y. Le phénomène est encore plus marqué au Mont Dore, à la ferme de l’Angle (1262 m.). Ce toponyme avéré dans le terrier de la seigneurie d’Entraigues (XVIe siècle) révèle aussi un point de contact entre plusieurs seigneuries. Il pourrait donc également désigner les bornes, parfois triangulaires, qui marquaient les limites des seigneuries et des domaines. L’hypothèse selon laquelle le terme devrait être rattaché aux “Anglais” pendant la terre de Cent Ans nous semble erronée : on trouve déjà un lieu-dit Les Angles dans le cartulaire de Conques (textes entre le IXe et le XIIIe siècle), donc bien avant la guerre de Cent ans.

Les ChirouzesVillage de la commune de Saint-Anastaise proche de la limite nord de la commune de Compains. Le toponyme Les Chirouzes désigne un territoire couvert de pierres qui prend son origine dans le celtique cher ou cair, la pierre. L’endroit était connu pour sa vacherie cernée de pierres qui, dressées verticalement, empêchaient les bestiaux de consommer la toiture des habitations. Certaines de ces grandes pierres plates qui peuvent atteindre plus d’un mètre carré sont encore visibles aux Costes et à Marsol. Certains compainteyres pensent que ce lieu éventé tirerait son nom de l’écir (échir en patois).

Les Combes – vallée ou vallon sans cours d’eau.

Les Creux – Petit vallon au nord de Compains, près de la route de Besse. Souvent dit dans les textes Escros ou les Cros, le terme viendrait du latin crosus, qui désignait un creux. On retrouve ce terme au sud de la commune près du Teston du Joran au lieu-dit le Cros de Joran dans la commune de La Godivelle.

Les Fonts, Les Fontlonge, Font Piroux – Située sur la ligne de partage des eaux entre le bassin de l’Allier à l’est et celui de la Dordogne à l’ouest, Compains voit jaillir sur son territoire un nombre incalculable de sources (du latin fons). Captées ou non, ces sources qui surgissent de partout et apparaissent à plusieurs reprises  sur la carte IGN.

Les Granjounes – Désignent des granges ou le domaine exploité par un métayer.

Les Moudeires – En patois, moulin, meunier. Après le partage de l’héritage de Maurin II entre ses quatre filles, il fallut créer des moulins sur les hautes terres d’Entraigues. On les installa sur le ruisseau qui descend du lac de La Fage.

Les Règes – Evoquent les sentiers qui courent dans les terres. Aujourd’hui, le lieu-dit est situé sur la route construite au XIXe siècle qui relie le bourg de Compains à Brion.

Malsagne – Cette mauvaise terre marécageuse appartenait au seigneur de Brion. Le terrain marécageux, dit sagne, du latin sania puis du gaulois san, ne laissait pousser que des près humides souvent couverts de joncs. En auvergnat, la forme mal peut aussi avoir le sens de petit.

Mardogne, Cantal, com. Joursac – L’autre importante seigneurie des Bréon. Certains ont cru voir dans l’étymologie du nom de Mardogne un ancien lieu de culte dédié à Mars et Diane, hypothèse impossible à confirmer ou infirmer en l’absence de fouilles archéologiques.

Marsol – Pourrait provenir du nom d’un des premiers habitants du lieu.

Montagne –  A Compains comme en de nombreux lieux d’Auvergne, montagne ne désigne pas un lieu très élevé mais un lieu plus élevé que la plaine ou la vallée qui se trouve à son pied. Très employé à Compains où une vingtaine de hauts pâturages portent ce nom pour désigner les herbages d’altitude où estivent les bovins, ce terme incite à penser que c’est l’utilisation agricole – le pâturage des bêtes à cornes et à laine – plus que l’aspect géographique qui détermine cette désignation. Les montagnes étaient divisées en têtes d’herbage, unité de superficie correspondant environ à un hectare sur laquelle pouvaient se nourrir une vache et son veau. Selon la coutume d’Auvergne, le paysan avait droit dans les montagnes à un nombre de têtes d’herbage correspondant au nombre de bêtes qu’il avait hiverné de ses foins et pailles.

Une des plus anciennes occurrences du terme montagne se trouve dans les écrits de Sidoine Apollinaire, homme politique, écrivain et évêque d’Auvergne, qui évoque au Ve siècle les pâturages situés  “in montana”. Plus tard, le terme réapparait dans le cartulaire de Sauxilange (charte CCXXXV, datée entre 989 et 994).

Montcineyre – Forme composée pour désigner le “mont des cendres”, le célèbre volcan de Compains.

Motte Le cadastre de 1828 et aujourd’hui la carte IGN au 1:25000 nomment “motte” la butte de Brion, terminologie impropre si l’on s’en tient à ceux qui considèrent que les premiers châteaux en bois étaient surélevés sur une motte de terre. A Brion aucun besoin d’une motte artificielle, la Motte est une butte basaltique, peut-être aplanie au Xe ou XIe siècle quand on voulut y dresser le château de Brion. D’un usage très ancien, le terme motte est attesté en Auvergne au XIIe siècle. Il désignait un amas de terre qui pouvait avoir été dressé lors de l’élévation d’une construction défensive. Lors de nos recherches, le premier texte où apparait à Compains le terme motte date du XVIIe siècle, ce qui ne prouve rien comte tenu du caractère aléatoire des textes retrouvés. Cas particulier à Brion : la Motte désigne une butte basaltique naturelle et non un tas de terre rapportée artificiellement. Sur les cartes, Cassini (milieu du XVIIIe siècle) désigne Brion sans lui accoler le terme motte, alors que le terme est utilisé sur le cadastre napoléonien de 1828.

Moulin Barbat, moulin de Péraud – Probablement du nom du meunier, quoique perrau indique aussi en Auvergne un terrain pierreux. Au XVIIe siècle, le moulin Péraud était dit moulin de Belleguette. Ces deux moulins situés sur la Couze, figurent (roue dentée) sur la carte de l’Auvergne réalisée par Cassini au XVIIIe siècle.

Pierre Saraillade – Saraillade dérive de saroil, du latin serrare (fermer). Le terme méridional sarrail (saralha), désigne une serrure ou un serrurier. A Compains, la Pierre Saraillade est une borne seigneuriale indiquant une limite de seigneurie. Sa position marque la limite entre la seigneurie de Brion et une seigneurie voisine, située sur la montagne de Joran.

Puy – Dit peuch en auvergnat, le puy est un lieu élevé, un mont arrondi. Dérivé du latin podium (colline), c’est un relief constitué par un mont de faible altitude. Compains compte une bonne dizaine de puys dont la plupart dépassent 1300 mètres. Le Puy Moncey, seul volcan de type peléen de la commune, surplombe le bourg de Compains. Fait de pouzzolane, le Montcineyre (1331 m.) est un volcan récent de type strombolien.

Redondel, redonde – Du latin retundus, arrondi. Lieu qui évoque une boule. le terme peut aussi désigner un lieu cultivé.

Ribeyre – Rivière, fond de vallée.

Roche Garnaud – Du prénom d’un habitant. Avec peut-être Groslier et Marsol, c’est l’un des rares lieux de Compains qui semble porter le nom d’un habitant.

Sault – Cascade, défilé. Au nord-est de Compains, le ruisseau de Sault prolonge le ruisseau dit L’eau derrière qui coule au pied de la Motte.

Suc – Puy, butte, sommet rocheux. Du préceltique cuc, hauteur. A Compains “le suquet du moulin”.

Teston – Tête : le  teston du Joran est une montagne au sud de la commune  de Compains.

Vaisse – Territoire couvert de noisetiers ou de coudriers. Le Puy de la Vaisse  à l’ouest de Compains marque la frontière avec Egliseneuve d’Entraigues.

Vassivière – A quelques kilomètres au nord de Compains, la chapelle de Notre Dame de Vassivière, située entre à l’ouest la Clamouze et la Couze Pavin à l’est, est le lieu d’un pélerinage célèbre. Issu du celtique, vassivière signifierait temple de l’eau. La chapelle aurait christianisé un lieu anciennement dédié à une divinité des sources. D’autres affirment que Vassivière viendrait des vassives, génisses qui n’ayant pas encore vêlé, auraient été regroupées dans les près aux alentours de la chapelle. En occitan, le vacivier est un berger.  Plusieurs croix balisent le chemin montagnard que suit la procession qui monte à la chapelle. La paroisse de Compains finança la quatrième de ces croix.

Vauzelle – Dans la commune de Valbeleix, ancienne possession des Bréon. Du latin valicella, petite vallée. Le village de Vauzelle pourrait être le lieu où se terminait la chatellenie de Brion sur la rive droite de la Couze. Le village est situé près d’un ruisseau situé dans une “petite vallée” qui dévale d’est en ouest vers la vallée du Valbeleix et aurait pu marquer la limite de la seigneurie de Brion avec les terres des Saint-Nectaire qui bornent la seigneurie de Brion à Valbeleix et Roche-Charles.

Vesselier – Espace où pousse la vesce, une plante fourragère.

Veissière – Lieu anciennement couvert de noisetiers. En gaulois, la vassia désigne la noisette.

Village – Dans le Cézalier, le terme village désigne  les nombreux hameaux dispersés sur les territoire paroissiaux, devenus communaux après la Révolution.

 

Sources

IGN, Carte Monts du Cézallier, 1:25 000.

Carte de Cassini (vers 1760).

Cadastre “napoléonien” de Compains (1828) et des communes environnantes.

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Reichel (K.-H.), Dictionnaire Auvergnat-Français, éd. Créer, Nonette, 2005

Sève (Roger), Notes d’onomastique : gaz, gazelle, gazeau, Société d’émulation du Bourbonnais, 1951-1953, p. 382.

Revue Biza Neira : divers articles, notamment de Bonnaud (P.) et Reichel (K.-H.).

9 commentaires sur “– Toponymie-Hydronymie”

  1. Viviane BROQUERIE Says:

    Très intéressante cette page de toponymie.
    Aujourd’hui mardi, je vais recevoir tous les clubs du canton de Besse; c’est une réunion organisée par le SIVOM et ce sera l’occasion pour moi, de réaliser une affiche en A4, pour informer de votre site à visiter absolument;

    Encore bravo!
    Viviane

  2. henry MORIN Says:

    tres interessant site à conseiller

  3. bayol Says:

    Les Règes ? Jusqu’à maintenant je pensais aux rases ,aux petits ruisseaux les rases.

  4. Rouxl Says:

    Les Reges Les radzes ,les rases …la flotte???partout!

  5. MORIN Says:

    Ah, si chaque site de village, était fait avec autant de qualités. Quand on apprend que ses ancêtres sont originaires de Compains et Ardes c’est une joie de tomber en extase devant ce travail. Tous les noms cités rejaillissent sur mon arbre.Il ne me reste plus qu’a réver et que les auteurs se penchent sur le berceau du nom MORIN, qui visiblement est omni-présent à Compains, Ardes,etc .MORIN Nabeyrat,de Chamrousse,de Letz,de Layras,Et les Maurin Ier,2éme,3éme Barons d auvergne de Brehon , avec les Montmorin…Tous de Compains.. et.Brion Les Morin mariés avec les tartiere,eschavidre,andraud,Verdier,Champeix Serre Admirat….L’étude d’une famille qui en interessera beaucoup..Revons…

  6. Jean Luc LANEZ Says:

    Je rejoins M. MORIN, ce site est un petit joyau. Je descend des VERDIER, LAGEIX, DESSERRE, RAYNAUD et autres ECHAVIDRE par Louis VERDIER qu’on retrouve à Paris au 19è siècle, dont une fille sera l’épouse de mon arrière grand-père maternel dans l’Aisne (02). J’étais très loin de penser que j’avais une lignée auvergnate et je poursuis mes recherches avec passion. Je remercie l’auteur de ce site grâce auquel j’ai pu trouver tant de riches informations

  7. MOULY Robert Says:

    Bon travail dans l’ensemble

    Cependant: Grolieix; Montagne de Compains,rattachée à Egliseneuve après la révolution, vient du patois “graoul”,les corbeaux.
    Les Angles, vient de la présence de déserteus anglais.
    Le puy de la vaisse appelé ainsi peut se rapporter aux noisetiers, mais je pencherai plutôt pour la source,en Limousin le plateau de “Mille vaches”
    dans le mot Vassivière, on retrouve bien le mot “vasssade”.
    Le mot Seraillade = seigneuriale (vous en avez une au bout de la levade au dessus de la place d’Egliseneuve. Cordialement R,Mouly

  8. barbat Says:

    j’aipassé l’après midi de dimanche à visiter ce site je me suis régalée et mes félicitations s’adressent à tous ceux qui en sont les auteurs l histoire vécue ainsi est plus interessante que dans les livres d’histoire

  9. Sarrot Jacques Says:

    c est avec beaucoup d’émotions que je fis connaissance de ce Travail présenté ainsi.Je ne tiens pas à allonger tous les descendants, mais, tous ceux sités, font partis de la cousinade.
    Magnifique travail.
    MERCI envers l’auteur.

    JS. ou : Eques a Justicia

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