Compains

Histoire d'un village du Cézallier

– Les “chemins de Brion”

“Tous les chemins conduisent aux foires de Brion”

Sources :  liève de l’abbaye de Mègemont (1607), terrier de Saint-Alyre-ès-Montagne (1724), plans cadastraux (1828)

Les éléments cartographiques de ce chapitre ont été réalisés à partir des plans cadastraux d’une quinzaine de communes du sud du Puy-de-Dôme et du nord du Cantal, numérisés par les Archives départementales du Puy-de-Dôme et du Cantal.

Les documents fonciers : terrier et liève

       Les terriers et les lièves (extrait de terrier) peuvent se révéler de précieuses sources de renseignements sur les chemins qui desservaient Brion. Une liève de l’abbaye de Mègemont (1607) citée par Emile Amé, montre que, depuis le château de Brion on pouvait facilement rejoindre Brionnet et Vaudable en passant par Le Brugelet et Chassagne dans le canton d’Ardes. Cet ancien chemin était nommé “l’estrade de Bryon” c’est à dire “la voie empierrée allant à Brion”. Non loin, des grottes creusées sous la couche de basalte pouvaient servir de refuge aux habitants ou d’abri pour les malfaiteurs. A l’autre extrémité de la commune, le nom “estrade publique et antique” était aussi donné à la grande route empierrée qui conduisait de Besse à Egliseneuve d’Entraigues et Condat.

         Une estrade (du latin strata, voie, route), était au Moyen Âge une route empierrée qui permettait le passage des charrettes, et non un simple chemin de campagne. Située au sud du Dauphiné d’Auvergne, cette route qui suivait le ruisseau dit L’Eau derrière puis le Ruisseau de Longua vers La Meyrand reliait Brion à Brionnet et Vaudable. Elle fut sans doute construite puis entretenue au Moyen Âge à cause de son rôle stratégique pour la défense des terres du dauphin qui vivait au château de Vodable. Sa trace subsiste sur la carte I.G.N. qui indique, à quelques centaines de mètres au sud de La Meyrand, un lieu nommé Lestérade, (lestrade), indice de la présence d’un ancien chemin pavé.

         Lors d’une réfection du terrier de la baronnie du Luguet en 1724 on découvre que le chemin rural qui, dans la paroisse de Saint-Alyre-ès-Montagne reliait Auzolle à Brion en passant par La Ribeyrette était dit “la charreire-farrade”. C’était un “chemin ferré”,  c’est à dire empierré et entretenu qui  permettait le passage des chariots. Le terrier signale en outre à cet endroit deux lieux-dits “del peage” où étaient taxés ceux qui se rendaient aux foires de Brion. Non loin, le poste de La Gardette surveillait le chemin.

Les chemins cadastraux

       Brion, simple village site de foires qui se tenaient une douzaine de fois l’an, n’obtint jamais le statut de commune. Pourtant, l’examen d’une quinzaine de plans cadastraux révèle que le  village bénéficia d’un rayonnement singulier au sud du Puy-de-Dôme et au nord du Cantal. Venant de tous les horizons, de nombreux chemins situés hors de la commune de Compains sont nommément désignés sur les cadastres “chemin de Brion à…” ou, par exemple et à l’inverse, “chemin de Marcenat à Brion”.

       Signe de l’importance acquise au fil du temps par les foires de Brion, ces chemins forment autour du foirail un réseau étoilé qui rayonne sur une quinzaine de communes, certaines parfois situées à plusieurs dizaines de kilomètres. On suivait le “chemin de Brion” depuis le Puy-de-Dôme (Issoire, Saint-Germain-Lembron, Ardes) comme depuis le Cantal (Montgreleix, Marcenat, Pradiers).

       Transcription du ressenti de la population, l’importance de la foire de Brion révélée par le nom des chemins haussait le village au rang de commune. On se souviendra à ce sujet qu’en 1884 Brion revendiqua  de former une commune indépendante de celle de Compains. Sans succès.

Compains -cadastre (1828)

Les “chemins de Brion” indiqués sur les plans cadastraux au nord de la commune

Compains -cadastre (1828)

Les “chemins de Brion” indiqués sur les plans cadastraux au sud de la commune

    1873 : enfin une route Compains-Brion !

      Dans le dernier quart du XIXe siècle, une route carrossable se profile. Son tracé prévoit de réunir Ardes à Besse par Brion et le bourg de Compains en traversant le Bois de Saint-Georges . Ci dessous, sur un plan détenu par la Mairie de Compains, on distingue la route dans la traversée du bourg, le pont sur la Couze et les expropriations envisagées. Au sud du plan, l’ancien chemin de Brion.

Compains – Plan de la route Compains-Brion (1873)

Source : Mairie de Compains

Compains – Plan de la route Compains-Brion (1873)

Franchissement du ruisseau des Règes peu avant Brion.

Source : Mairie de Compains

A SUIVRE