Compains

Histoire d'un village du Cézallier

– La chapelle disparue

 

LA CHAPELLE SAINT JEAN-BAPTISTE de BRION  

     On ne connait pas la date d’établissement de la chapelle Saint-Jean-Baptiste à Brion pas plus qu’on en a de représentation avant son abandon et sa ruine à la fin du XVIIIe siècle. Les rares détails fournis par les textes nous décrivent un petit édifice avec un clocher mur à arcature unique, placé près du château. 

Une « chapelle champêtre » sur les terres du seigneur  

 

     La grande étendue de la paroisse de Compains rendait longs et difficiles les déplacements du curé qui devait chevaucher de hameau en hameau pour visiter les malades et administrer les sacrements. En toutes saisons et quel que soit le temps, souvent seul et parfois âgé, le curé arpentait à cheval le territoire de la paroisse, veillant à ce que « personne nestre mort sans sacrement par sa faute », point particulièrement vérifié par les évêques lors des visites pastorales.  

 

La chapelle de la Borie d’Estaules (Cantal). Située au cœur des terres tenues par les  Bréon entre Egliseneuve et Condat, son aspect extérieur doit être peu différent de celui de la chapelle Saint-Jean-Baptiste de Brion.

 

 

      L’éloignement du curé qui vivait au bourg à environ cinq kilomètres de Brion et la demande des brionnais justifièrent la construction d’une chapelle près du château. Un lieu de culte de proximité assurerait le soutien spirituel des gens de labeur qui oeuvraient sur les terres du seigneur. Fut alors érigée au village de Brion une chapelle baptismale privée qu’on dédia à Jean-Baptiste, un saint de l’Ecriture. Le vicaire qui y officiait, nommé par le seigneur, dépendait du curé de Compains.  

     C’est au XVIe siècle qu’on trouve la chapelle pour la première fois mentionnée dans les textes [A. Bruel, Pouillés]. Rien ne permet d’affirmer qu’elle fut contemporaine du château, attesté en 1222, même si on peut admettre la vraisemblance de cette hypothèse.  

     On peut penser que la chapelle a été construite au nord du château, emplacement traditionnel des chapelles castrales au Moyen Âge [G. Fournier]. La bipolarité de Brion fut peut-être la conséquence de la présence de la chapelle, les mas se répartissant de part et d’autre de l’édifice. A contrario, installer une chapelle en un lieu équidistant entre Brion-Haut et Brion-Bas aurait présenté l’avantage de ne défavoriser les habitants d’aucun des deux hameaux. C’est cette raison qui conduisit à construire l’école à ce même endroit au XIXe  siècle, peut-être en remployant quelques pierres de la chapelle, ruinée depuis un siècle.  

      A quoi pouvait ressembler  la modeste chapelle de Brion ? Décrite en 1634 lors d’une visite pastorale, la chapelle est dite « esseulée sur une montagne »  battue par les vents, couverte de neige plusieurs mois de l’année. Lors de la prise de possession de la chapelle par Denis de la Chassignole en 1766, le nouveau prieur sonne les cloches « dont la corde pend au dehors ». De tels clochers campaniers à la corde pendante, fréquents en Haute-Auvergne sont plus rares en Basse-Auvergne.  

 

Heurts et malheurs de la chapelle  

     Alors que les Montmorin-Saint-Hérent sont encore seigneurs de Brion en 1634, la chapelle Saint Jean-Baptiste nous est décrite couverte de tuiles en bois et pavée. L’édifice est en très mauvais état.  Les fenêtres sont « toutes ouverte sans aucune vitre ni fenestre de bois et par lesquelles les hommes pourroient passer ». A l’intérieur, les objets du culte sont bien pauvres. Les ornements sont usés, comme le missel et les armoires sont sans fermeture. Le Saint-Sacrement lui-même est « dans un ciboire de cuivre tout rompu »

     Les Montmorin ne semblent pas se soucier de cette chapelle où pourtant une messe est fondée tous les quinze jours depuis des « temps immémoriaux » déclare le curé. Alors que l’état de la chapelle est manifestement très dégradé, Gabriel de Chazelles, curé de Compains en 1677, estime la chapelle « dotée depuis un temps immémorial d’un fonds suffisant pour l’entretènement d’icelle ». Seigneurs de Brion durant une centaine d’années, les Montmorin-Saint-Hérent pourraient avoir été à l’origine de cette fondation. 

     Confirmant le goût des auvergnats pour les reliques, la chapelle de Brion abrite de nombreux ossements : saint Jean-Baptiste, sainte Magdeleine, saint Martin, plusieurs autres saints et même « du saint bois de la croix de nostre seigneur Jesus Christ ». Ces reliques, approuvées par l’évêque, sont contenues dans deux reliquaires enfermés dans un buffet fermant à clef. Au dire du curé, leur présence attire à la chapelle une fréquentation importante les jours de fête. Comme on le voit avec les reliques attribuées à saint Gorgon et conservées dans l’église Saint-Georges, on peut penser que ces reliques nombreuses et bien invraisemblables furent ramenées à Brion par François de Montmorin-Saint-Hérent après la mise à sac de l’abbaye de Gorze en Lorraine.

     Chaque visite d’un évêque nous rappelle que la dégradation du bâtiment est inquiétante. En 1676 on ordonne la suppression des célébrations le temps de réaliser les réparations indispensables. François Bochard de Saron qui visite la paroisse en 1700 décide à son tour que la chapelle sera interdite pendant un an pour permettre à ceux qui en perçoivent les revenus de réaliser les réparations qui s’imposent. Les travaux n’étaient pas à la charge des habitants. Ils devaient être effectués « aux frais et dépens du titulaire ou de ceux qui en perçoivent les bénéfices ». En 1735 enfin, Jean Breulh curé de Compains déclare à l’évêque Massillon que la chapelle de Brion est en état. 

 

Cumuler pour survivre 

      La chapelle était desservie par un vicaire nommé par le seigneur. Jean Breulh, neveu homonyme du curé de Compains était vicaire à Compains avec son oncle. Nommé vicaire à Brion en 1737 par le comte de Brion, il cumula cette fonction avec celle de vicaire à Largillier auprès du curé de Saint-Alyre-ès-Montagne. Marque de népotisme toléré par l’Eglise, c’est un autre neveu du curé, Guilhaume Breulh, qui lui succéda à Compains. 

     Un traité passé avec ses ouailles régla les conditions de l’exercice du ministère de Jean Breulh à Brion. Le vicaire s’engageait à dire à Brion les deux messes fondées et toutes les messes des jours de fêtes et dimanches « a l’exception néanmoins desquelles festes solennelles auxquelles lesdits habitants seront tenus aller ouir la messe et faire leurs dévotions à Compains leur paroisse ». Les messes exceptionnelles et les inhumations – on ne connait pas trace de cimetière à Brion – restaient l’apanage du chef lieu. 

     Pour assurer son service, Jean Breulh touchait 80 livres par an que les brionnais s’engageaient à lui payer solidairement en deux fois « lorsqu’ils jetteront les herbages de leurs montaignes et le surplus […] a la saint Martin ». Chaque habitant payait le vicaire au prorata de ses biens « a raison des testes d’herbages que chacun jouirrat dans la montaigne […] se chargeant de plus tous lesdits habitants d’aporter audit Breulh chacun trois chars de bois pour son chauffage ». 

 Jean Chanet – un des habitants commodes du village – procura un logement au vicaire : « bailhe audit sieur Breulh la maison a luy eschue par le décès de François Chanet, son frère, pour y faire sa residence ». 

 

1708 Golfier- Martin 

 Mariage à la chapelle Saint-Jean-Baptiste de Brion (1708)

Golfier prêtre, donne la bénédiction nuptiale à Michel Golfier de Brion et Catherine Martin de Marsol en présence de Blaise Chabeaud, Michel Verdier, Michel Golfier de Brion et Jean Martin de Marsol (com. de Compains). Le curé Jean Breulh signe l’acte.

 

 

La chapelle abandonnée 

      Le dernier titulaire de la vicairie, Denis de la Chassignolle, prêtre doyen du chapitre de Vic-le-Comte, prieur de Rieu en Val, fut nommé par le comte de Brion en 1766 « ledit seigneur ayant trouvé en luy toutes les qualités nécessaires pour posséder et remplir la vicairie ». Les obligations étaient inchangées, mais résidant à Vic-le-Comte, Denis de la Chassignolle pouvait « faire célébrer » les messes et donc les déléguer à un autre officiant en se contentant de toucher les revenus des terres de la chapelle.  

      Après 1766, on n’y célébra plus. Paradoxe, alors que la chapelle s’écroulait à Brion faute d’entretien, on a vu que les villageois du chef-lieu envisageaient la construction de deux nouvelles chapelles, l’une dédiée à saint Gorgon, l’autre à saint Georges.

Lors de la visite pastorale de l’évêque François de Bonal en 1782, l’édifice était devenu si dangereux qu’on n’y célébrait plus depuis 16 ans, soit depuis la nomination de Denis de la Chassignole qui s’était désintéressé de son entretien. A l’insu de ses ouailles, Denis de la Chassigolle, qui ne voulait pas financer la réparation de l’édifice, fit transférer les revenus de la chapelle Saint-Jean-Baptiste vers l’église de Compains. L’abandon de la chapelle illustre davantage le manque de volonté de sa part que la marque d’une désaffection des habitants. En 1790 encore, dix brionnais réclament  aux députés du Directoire du Puy-de-Dôme et à ceux du Directoire de Besse la réouverture de la chapelle. Ils expriment les regrets des habitants de Brion « privés de cet agrément » depuis 25 ans et obligés de se rendre à Saint-Georges assister à la messe dominicale.   A la même époque, les habitants du bourg votaient un nouvel impôt pour faire refondre les cloches de l’église Saint-Georges. A l’aube de la Révolution, ces comportements concordants révèlent la persistance du sentiment religieux chez les compainteyres.

Aucune trace de la chapelle n’apparait plus dans le cadastre de 1830.

 

 

 

 A SUIVRE

  

 

3 commentaires sur “– La chapelle disparue”

  1. SANCHEZ Says:

    Denis de la Chassignolle né à Valbeleix vers 1729 reçu la tonsure le 16/04/1749 et la pretrise le 30/03/1754. Charles Godefroy de la Tour d’Auvergne, Duc de Bouillon le nomma au doyenné de Chapitre de la Sainte Chapelle du Palais de Vic le Comte, il y fut installé le 11/02/1754.Suite à la Révolution de 1789 il ne s’est pas soumis à la Loi d’Expatriation du 26/08/1792 et fut arreté en Avril 1793 enfermé au petit séminaire, il fut libéré le 17/06/1795. A sa sortie de Prison, il retourna au Valbeleix très malade. En 1802 les Vicaires Généraux le mentionnait comme pretre fidèle approuvé honorablement pour exercer le Saint Ministère. Domicilié à la Paroisse du Port il termina Chanoine Honoraire de sa Cathédrale ( ND du Port) Il mourut le 25/05/1808 à 79 ans.

    Selon la généalogie connue, la famille de la CHASSIGNOLLE était alliée à de grandes familles Maison de VICHY, de la SALLE, de CHABANES et maintenue dans l’ancienne noblesse dite d’extraction par jugement de FORTIA 1665.

    Une partie de cette famille résidait aussi à Picherande.

  2. Viviane BROQUERIE Says:

    Que de travaux réalisés à la recherche des documents! BRAVO!

  3. Jean Pierre Says:

    Cette croix et cette chapelle disparue à Brion … un sujet très intéressant.. à élucider!!!???

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