Compains

Histoire d'un village du Cézallier

– Fours

 

Les fours de Compains

 

     Au Moyen Âge et sous l’Ancien Régime, on devait faire cuire son pain au four banal du seigneur à qui, en contrepartie, on versait une redevance. Un particulier pouvait  s’interposer  entre le seigneur et les habitants en affermant le four. Parallèlement,  on le verra au fil du temps, les paysans qui en avaient les moyens purent construire leur propre four sur leur propriété en payant une contrepartie au seigneur. Chabrol, commentant la Coutume d’Auvergne, considère cependant que la banalité des fours est assez rare en Auvergne où elle n’est considérée ni comme un droit de justice, ni comme un droit de fief. A Compains, des fours banaux existèrent cependant jusqu’à ce que la Révolution balaye les monopoles seigneuriaux.

 

De petits bâtiments solidement construits mais isolés par sécurité

     Les fours étaient dotés d’un bâti trapu, aux murs épais surmontés d’une voute couverte de lauzes et souvent précédés d’un fournil, la pièce où on entreposait le bois ou tout autre combustible utilisé pour la « cuite du pain ». Le fournil était dit fournial dans le Massif Central.

 

Les fours de Compains ne contreviennent pas à la règle et ont été construits  à l’écart des maisons pour des raisons de sécurité évidentes. Environnés d’habitations « couvertes à pailhe », les fours constituaient un danger potentiel pour la population et les biens des villages.

Four de Belleguette

 

 

 

Faute de textes à Compains, on voit la préoccupation sécuritaire apparaitre clairement en 1801 à Anzat où les habitants se méfient particulièrement des fours privés, considérés, sans doute à juste titre, comme moins bien entretenus que les fours communs. On souhaite donc avoir un four commun bien sécurisé « a l’abry d’occasionner des évènements facheux qui tot ou tard arriveront si on continuoit l’usage des fours particuliers qui sont à l’intérieur du village ». Et on ne manque pas de rappeler les précautions d’usage : « il sera construit un four commun a deux grottes l’une a trois setiers et l’autre a deux setiers de farine, il sera adossé à l’église aspect de jour, sera vouté et d’une grandeur convenable, […] entre, et sous les deux grottes il y aura un emplacement pour déposer la braise qui ne pourra en être extraite et emportée par les particuliers qu’après avoir été mouillée et parfaitement éteinte ».

 

Un lieu de rencontre

     Le four était comme le foirail, un lieu de rencontre et de convivialité. A Graffaudeix, l’un des hameaux de Compains avant la Révolution, le four sans doute de grande taille, servait aussi de salle de réunion. Quand les habitants devaient débattre, c’est dans « le fournial du four commun » qu’ils se regroupaient pour délibérer à l’abri des intempéries. Le fournial était « le lieu ordinaire de l’assemblée du village ». A Chaumiane en 1672 , c’est « au devant du four commun en place publique » que le notaire s’installe le 24 octobre pour rédiger le terrier du hameau.

   

Des fours dispersés dans chaque village

     Conséquence de la dispersion de l’habitat, chaque hameau de la paroisse de Compains disposait d’au moins un four commun puis, dans les villages les plus importants, de plusieurs fours privés.  En 1828, le cadastre de Compains montre que dix villages de la commune (le bourg, Belleguette, Brion, Chandelière, Escouailloux, Groslier, Chaumiane, Cureyre, La Ronzière, Marsol) ont au moins un four commun et parfois même plusieurs fours privés.

 

 

AU BOURG DE COMPAINS

 

     Un four banal aujourd’hui détruit était érigé « sur l’espace public » au centre du bourg de Compains, non loin de l’église Saint-Georges. Ce four « couvert à thuiles » appartenait au comte de Laizer avant la Révolution.

     Sur le cadastre de 1828, on distingue deux fours communs aux habitants et deux fours privés. Tous apparaissent isolés à l’écart des habitations pour limiter les risques d’incendie et faciliter à tous l’accès et l’usage de la structure. Plus rarement, comme on le voit à Chaumiane, le four est intégré une maison d’habitation.

 

Source : Archives départementales du Puy-de-Dôme – Cadastre 1828

 

     En 1868, ce sont deux fours qui doivent être reconstruits au chef-lieu de Compains, mais les habitants qui manquent d’argent pour faire effectuer les travaux demandent l’autorisation d’extraire des bois soumis à leur charge la quantité de sable et d’argile nécessaire à la rénovation des fours « vu qu’il y a bien des malheureux qui n’y peuvent satisfaire en argent ». On reconstruira donc les fours « par voie de corvée volontaire ». Pour ne pas nuire aux bois et après avis favorable du conservateur des forêts, on prendra garde de prélever la terre en choisissant dans les bois un endroit dépourvu de plantations.

 

 

BELLEGUETTE

 

Four de Belleguette

 

 

 

Près des bords de la Couze de Compains  en 1828, un four était commun aux habitants de Belleguette.

 Ce four couvert de lauzes, bien qu’envahi par la végétation et très dégradé, est encore visible aujourd’hui en bordure du village.

 

 

 

 

 

 

 

Source : Archives départementales du Puy-de-Dôme – Cadastre 1828

 

 

 

BRION

 

Des quatre fours qu’on trouvait à Brion en 1828, aucun ne subsiste aujourd’hui. A Brion-Haut, Jean Chanet partage son four avec quelques habitants alors que le second four – probablement l’ancien four seigneurial – est commun aux brionnais.

A Brion-Bas, un four est possédé par Joseph Echavidre, métayer au Luguet. Quatre laboureurs  Antoine Verdier, Antoine Giroix, Antoine Vigier et Lazare Auzary se partagent le second four du hameau.

 

Source : Archives départementales du Puy-de-Dôme – Cadastre 1828

 

1736 : la reconstruction du four de Brion-Bas

     Géré par les habitants, le four de Brion-Bas est « ruiné depuis trois ou quatre ans » en 1736. On n’y fait plus cuire le pain qu’on est contraint d’acheter, faute de four à proximité pour le cuire.

     Huit chefs de famille de Brion-bas tentent donc de convaincre les habitants de Brion-Haut de participer « par égale portion » aux travaux de reconstruction dudit four. On prévoit que le coût des travaux sera considérable car le four doit être précédé d’une voute qui le mettra à couvert lors des intempéries. Il faudra recourir à trois maçons, les nourrir, acheter et faire venir des pierres (ce qui, au passage, sous-entend qu’on ne comptait pas récupérer des pierres dans les ruines de l’ancien château des Bréon), et enfin employer du sable et du mortier. La somme selon les brionnais d’en bas devait être répartie entre tous les habitants du village.

     La demande se heurte aux objections de plusieurs chefs de famille de Brion-Haut avec à leur tête, les frères Chanet, des paysans « commodes » (aisés) qui, ne pouvant plus utiliser le four commun depuis plusieurs années, en avaient fait construire un « a leurs frais et despens ». Ils sont soutenus par Crégut, dit gendarme, et par François Tartière qui considère que « n’estant que métayer, il ne prétendait point se servir de ce four et qu’en tout cas c’estait a son maistre a fournir sa part pour la construction dudit four ». Décision est donc prise que les refusants ne pourront utiliser le four et que tous ceux qui ne viendront pas avec bœufs ou vaches pour aller chercher les matériaux nécessaires, paieront 30 sols à ceux qui iront, de même pour ceux qui ne voudront pas nourrir les trois maçons.

 

 

 

CHANDELIERE

 

Source : Archives départementales du Puy-de-Dôme – Cadastre 1828

 

 

 

CHAUMIANE

 

Source : Archives départementales du Puy-de-Dôme – Cadastre 1828

A Chaumiane, le four de Jean Tartière est aussi utilisé par les habitants.

 

 

Sous l’escalier d’une maison privée, une porte donne accès à un fournil qui précède le four,

accolé au côté nord de la maison ci-dessus.

 

 

 

CUREYRE

 

Source : Archives départementales du Puy-de-Dôme – Cadastre 1828

 

 

 

 ESCOUAILLOUX

 

Source : Archives départementales du Puy-de-Dôme

Cadastre 1828

 

 

Outre le four commun aux habitants, on trouvait en 1828 à Escouailloux un second four qui appartenait à Antoine Chabru. Le four qui subsiste aujourd’hui à Escouailloux est assez bien conservé.

 

 

 

 

GROLIER

 

Source : Archives départementales du Puy-de-Dôme – Cadastre 1828

 

 

LA RONZIERE

 

Source : Archives départementales du Puy-de-Dôme – Cadastre 1828

 

 

 

MARSOL

 

Source : Archives départementales du Puy-de-Dôme – Cadastre 1828

 

 

 

 

Rares vestiges des fours à Compains aujourd’hui

     De la vingtaine de fours qui existaient à Compains il y a deux siècles il reste bien peu de chose aujourd’hui. Aucune trace de four n’est plus visible de nos jours, ni au bourg de Compains, ni à Brion. Au fil des deux siècles écoulés, la récupération des pierres des fours pour rénover les habitations a sans doute suscité  plus d’intérêt que la préservation de ces précieux témoins de temps révolus et pour beaucoup, oubliés. Que souhaiter sinon qu’un  meilleur sort soit réservé aux derniers fours qui subsistent encore.

 

Le four d’Escouailloux