Compains

Histoire d'un village du Cézallier

– Escouailloux

ESCOUAILLOUX – La CHAUMOUNE

     Cette chronique de la vie montagnarde à Escouailloux du XIVe siècle à la fin de l’époque moderne est une courte synthèse de la documentation retrouvée sur ce hameau et ses dépendances où se tint pendant plusieurs siècles une seigneurie qui jouxtait la seigneurie de Brion.

Le village d’Escouailloux

     Près des sources de la Couze, à l’embranchement de la route qui conduit de Compains au village de Cureyre, la seigneurie d’Escouailloux, insérée au centre de la paroisse de Compains n’a ni clocher, ni château. A peu de distance vers  l’ouest, un petit groupe de constructions dit La Gardette, indice d’un très ancien poste de surveillance, relève du seigneur de Saint-Nectaire [voir chapitre Saint-Nectaire]. Vers le sud, le communal de la Chaumoune était borné par les villages de La Godivelle et d’Espinchal. Le lieu-dit Yvéra est un petit domaine qui semble n’avoir regroupé que deux feux au XVIIe siècle.

     Entre La Gardette et Escouailloux, était encore visible  sur le cadastre de Compains (1828),  un mas isolé  dit Chez d’Anglard construit au moins depuis le XVIIIe siècle. Ce mas n’est plus visible aujourd’hui.

Escouailloux google earthEscouailloux vu du ciel (Google earth)

      Des fouilles récentes (2013) pratiquées  à mi chemin entre Yvéra et Cureyre en bordure de l’ancien tènement de la seigneurie d’Escouailloux (1130 m.), ont révélé les fondations d’un habitat médiéval semi-enterré qui n’aurait pas été un lieu fortifié.

Les SEIGNEURS d’ESCOUAILLOUX au MOYEN ÂGE

BERNARD RONAT

     Dans la seconde moitié du XIVe siècle, le fief d’Escouailloux n’est tenu ni par un puîné des Bréon, ni  par un de leurs vassaux. Quand le hameau apparait pour la première fois dans les textes en 1354, Bernard Ronat,  seigneur haut justicier d’Escoaillos dans la paroisse de Compens, adresse son hommage non pas à Maurin III de Bréon [voir chapitre : Les seigneurs de Brion] mais à Béraud Ier Dauphin, seigneur de Mercoeur. Faible, la contenance de la terre d’Escouailloux est décrite au XVIIe siècle comme une “très petite terre” qui nourrit difficilement ceux qui l’exploitent.

     Maurin, alors empêtré dans plusieurs procès est très endetté. Certaines de ses terres situées entre Compains, Egliseneuve et Condat ont été saisies en 1349. Pour calmer ses créanciers, il doit vendre Chaumiane (1359) et Cureyre (1361). Il est concevable  qu’Escouailloux ait pu lui aussi faire l’objet d’une vente à Bernard Ronat, ou même d’une saisie à la même époque.

A l’EPOQUE MODERNE

SEYMIER

     La famille féodale de Seymier était possessionnée dans le Livradois-Forez. Un Seymier tenait le fief d’Escouailloux au XVe siècle. Jacques de Seymier, écuyer, seigneur de Seymier aurait épousé le 28 août 1482 une fille de la maison de La Gardette.

      En 1526, le chevalier de Seymier, seigneur d’Escouailloux, Seymier armes vignettetransmit le fief à son fils Antoine époux d’Anne de Taizé, qui en rendait hommage au roi le 17 juillet 1545. Lors de la contribution au ban et arrière-ban, le chevalier Antoine de Seymier dit exercer à Escouailhoux la haute, moyenne et basse justice et déclare 400 livres de revenu.

Armes des Seymier

Armorial de Revel, Bibl. nat.

DUMAS

     La seigneurie passe ensuite durant quelques décennies en des mains roturières. Sans postérité, Antoine de Seymier vend Escouailloux en 1580 à Antoine Dumas, bourgeois de la ville de Besse, marié avec Anne Boyer.

      Seigneur d’Escouailloux, Antoine Dumas est déjà propriétaire de la montagne de Joran. Bourgeois de Besse, Antoine Dumas participa en 1624 à la division de la montagne de Joran “soubra” (bas), entre les paysans de Compains, de Valbeleix et des bourgeois de Besse. Après un arbitrage, la montagne de Joran avait été bornée et divisée en deux lots de 160 têtes d’herbages chacun.

Leur fille, Antoinette Dumas, dame d’Escouailloux, porta le fief d’Escouailloux par mariage le 30 janvier 1613 à un écuyer, François d’Aurelle, seigneur de Tréboulhon.

AURELLE – ANDRE de la RONADE

     Marie d’Aurelle, dame d’Escouailloux, fille d’Antoinette Dumas et François d’Aurelle apporte Escouailloux dans sa dot (contrat 6-11-1646) à Etienne André de la Ronade,  issu d’une famille roturière dont les membres se prétendaient écuyers sans en avoir les titres. Etienne est seigneur des Collanges, un hameau de la paroisse de Riom-ès-Montagnes et une partie de sa famille vit au château de la Jalène, près du bourg d’Apchon.  En se fiant à la consonance de leur patronyme, on pourrait envisager que les André de la Ronade puissent être les descendants de Bernard Ronat, seigneur d’Escouailloux au XIVe siècle.

Marie d’Aurelle épouse Etienne André de la Ronade (1648)

      Les André de la Ronade tenaient des terres à Compains depuis au moins le début du XVIe siècle. L’un d’eux était possessionné en 1523 au hameau d’Espinat situé au sud-ouest du bourg dans la portion de la commune qui sera retirée à Compains à la Révolution.

Blason des André de la Ronade

D’azur, au chevron d’argent, accompagné en chef de deux flanchis d’or, et en pointe, d’un soleil de même.

      Etienne André de la Ronade est seigneur des Collanges, un hameau de la paroisse de Riom-ès-Montagnes. Une partie de sa famille vit à quelques kilomètres de là au château de la Jalène près du bourg d’Apchon.Marié en 1647  à Marie d’Aurelle († 1688 à Escouailloux), Etienne André de la Ronade  vint habiter dans la maison de son épouse à Escouailloux. Le contrat de mariage précisait qu’il devrait employer ses biens “à l’amélioration des biens de son épouse”.

La seigneurie d’Escouailloux XVIIe s. (pointillés orange)

Carte IGN 1 : 25 000 Monts du Cézallier

Les enfants d’Etienne André de la Ronade et Marie d’Aurelle

     Plusieurs enfants naissent à Escouailloux entre 1652 et 1671 dont : Paule, l’aînée des filles ; née en 1657 elle fut mariée au sieur de Douhet, une famille déjà alliée aux André de la Ronade ; le fils aîné, Gabriel,  né en 1662 sera lieutenant dans le régiment de Saillans ; Louise, née en 1665, épouse en 1691 Jacques Dubois, bourgeois de Cheylade († juin 1742) ; Françoise ( 21 octobre 1744).

Des prétentions non reconnues à la noblesse

      Les André de la Ronade s’autoproclamaient écuyers, premier niveau de la noblesse. A Salers, une branche de la famille occupait des postes de juristes ou de lieutenant du baillage des montagnes d’Auvergne. Dans son contrat de mariage (1647), le futur époux de Marie d’Aurelle se faisait qualifier noble Etienne André de la Ronade, écuyer. Un de ses ancêtres au XVIe siècle avait bien obtenu d’Henri III des lettres de noblesse, mais il avait fâcheusement omis de les faire confirmer. En 1666, Louis XIV qui voulait barrer l’accès à la noblesse aux faux nobles, ordonna la recherche de noblesse. La mesure visait à éliminer les bourgeois qui, comme les André de la Ronade, vivaient noblement, portaient l’épée et se battaient dans l’armée du roi en attendant qu’au fil des générations on oubliât leur origine roturière. La noblesse des André de la Ronade ne fut pas reconnue.

     Pour marquer qu’ils vivaient noblement, les André de la Ronade se battaient dans l’armée royale. Après s’être engagé à l’âge de quinze ans, Gabriel André de la Ronade, fils du seigneur d’Escouailloux, servit le roi en tant qu’officier. Pour répondre aux lettres patentes du roi qui appelle au ban en 1689, il requiert d’être déchargé du service en 1689, attendu qu’il était tuteur de ses quatre sœurs et qu’un de ses frères avec lequel il tenait des biens communs, était au service du roi dans la compagnie de M. Desprades du régiment de Logie.

     Jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, de nouvelles tentatives pour faire reconnaître la noblesse de la famille échouèrent. En 1720-1721, manquant toujours des titres nécessaires qui prouveraient sa noblesse d’extraction, le sieur André de la Ronade, lieutenant général du baillage des montaignes d’Auvergne à Salers essuyait un nouveau refus. En 1730, il présentait au roi un placet pour tenter une fois de plus d’obtenir des lettres de noblesse, suscitant l’ironie de l’administration “il n’a rien fait en sa vie qui mérite louange, ny qui luy aie attiré l’amitié du peuple, ny de ses voisins, ny enfin il n’a jamais eu l’estime d’aucun des Messieurs les Intendants”. Pour l’intendant, en 1730, la cause était entendue.

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Une vie sociale active à Compains

     Sans entretenir – semble t-il – de relations particulières avec la famille des Laizer seigneurs de Brion depuis 1654, les André de la Ronade mènent à Compains une vie de hobereaux campagnards sans doute peu différente de celle de leurs paysans. Ils assistent aux mariages et parrainent des dizaines d’enfants nés dans tous les villages de la paroisse de Compains ; ils sont  parfois accompagnés du notaire Morin bailli du château d’Escouailloux ou parfois flanqués de Jean Morin, lieutenant de la seigneurie (officier seigneurial). Le plus souvent, leur compère ou leur commère sont des paysans du village.

L’inhumation dans l’église Saint-Georges

     Etienne André de la Ronade teste le 23 août 1687 († 31 août 1687).  Son testament  ne laisse pas entrevoir l’importance de ses biens. Il confie à son épouse le soin de désigner leur héritier universel, en exprimant toutefois une préférence pour Gabriel, leur fils aîné. Rédigé en présence de Jean Breulh vicaire de Compains, le testament ne contient aucun don particulier à l’église Saint-Georges, si ce n’est les dix sols de rente annuelle nécessaires à la célébration à perpétuité d’une messe dite  au jour anniversaire de son décès. Figurant au nombre des notables de la paroisse Etienne, comme le feront ses enfants, demande à être enseveli  dans l’église Saint-Georges au tombeau de ses prédécesseurs.

GABRIEL ANDRE de LA RONADE

      Deux ans après la mort de son père,  Gabriel André de la Ronade, âgé de 29 ans, tient avec ses sœurs le fief haut justicier d’Escouailloux. Chef de famille, en 1689 il est tuteur de ses soeurs Marie, Alix et Françoise à qui il promet de rembourser les dettes qu’il a contractées à leur égard et de leur verser l’héritage de leur mère. Il leur promet en outre une somme identique à celle promise à leur soeur Louise lors de son mariage avec Jacques Dubois, soit 2100 livres qu’elles toucheront quand elles se marieront ou quand elles entreront en religion. Des promesses qui n’engagent que celles qui les croient.

Les revenus de la seigneurie

      La conjoncture momentanément favorable permet à Gabriel André de La Ronade de tirer de sa seigneurie un revenu annuel de 800 livres. Jusqu’en 1690-1691 la vie est encore assez facile pour une bonne partie de la population des montagnes. Arrivent en 1692 les vaches maigres. Un froid polaire et des pluies incessantes pourrissent les semis et les fourrages. La province réussit heureusement à obtenir une remise sur la taille et l’annulation du logement des troupes en hiver. Peu productive, l’agriculture ancienne pratiquée dans les montagnes était réduite à rien par les intempéries : “le paysan qui sème 20 et récolte habituellement 100, n’a récolté que 36 en 1693″ (Lachiver). La mortalité explose [voir le chapitre Misère à Compains au XVIIe siècle].

      Le 30 mai 1693, après avoir servi dans le régiment d’Auriat où il est officier, Gabriel André de la Ronade demande à être déchargé de la taxe (la taille). A cette date, le revenu de la seigneurie d’Escouailloux est tombé – selon lui – à 25 livres.

      Quand Lefèvre d’Ormesson nouvel intendant d’Auvergne, prend son poste en 1695, il découvre en Auvergne une situation encore plus catastrophique que ce à quoi il s’attendait : ce qui m’avoit esté dit et écrit de toutes parts avant mon départ n’estoit pas au point de misère où j’ai trouvé les choses par moy-mesme, particulièrement dans ce qui s’appelle la Montagne […] la misère est sans comparaison plus grande que les années 1693 et 1694 […] tous les grains ont manqué à la fois, il y a eu une si grand disette de fourrages l’année dernière dans la montagne […] qu’il ne s’en est pas trouvé suffisamment pour la nourriture des bestiaux (Boislisle, Correspondance).

La “constitution” (dot) de la servante

      Souvent difficile à percevoir, la relation du seigneur avec ses dépendants se fait jour quand Jeanne Sany, 26 ans, “dont le père est absent de la province depuis quatre ans”, épouse Antoine Richard. Le père de Jeanne, sans doute parti en émigration hivernale comme le faisaient un grand nombre d’hommes pendant la mauvaise saison, n’est jamais rentré au village, peut-être mort durant son périple, peut-être ayant choisi de poursuivre sa vie sous d’autres cieux.

      Jeanne est en service chez les André de La Ronade en 1689. A l’occasion de son mariage avec Antoine Richard, laboureur au village d’Escouailloux, et “en récompense et salaire” des services rendus à la famille, elle reçoit de ses employeurs deux têtes d’herbage dans la montagne de la Chaumoune indivise entre les habitants et un chezal de maison (ruine) avec étable et grange.

LOUISE ANDRE de LA RONADE épouse JACQUES DUBOIS

      La grande crise des années 1690  se profile quand Louise André de La Ronade, âgée de 26 ans, épouse en novembre 1691 Jacques Dubois, âgé de 30 ans. Fils de Jean Dubois, bourgeois de Cheylade et de Jeanne de Béquillage, il vient habiter chez sa femme à Escouailloux. Le contrat de mariage stipule que Gabriel André de la Ronade, frère ainé de Louise, constitue à sa sœur une dot de 2100 livres, payable en trois tranches annuelles, dont la dernière en 1694, en pleine crise économique. Jacques Dubois vivra à Escouailloux avec sa mère devenue veuve et ses deux frères cadets qui seront nourris et entretenus jusqu’à leur mariage “en travaillant leur possible”. En contrepartie, la mère du marié fait une donation entre vifs de la majeure partie de ses biens au futur époux. Comme souvent, on prévoit des compensations en cas d’incompatibilité.

Dernières années des Dubois seigneurs d’Escouailloux

      La famille était dans la gêne. L’intendant d’Auvergne Lefèvre d’Ormesson connaissait les difficultés des seigneurs d’Escouailloux : “madame Dubois [Louise André de la Ronade] demeure à Escouailloux avec son fils [Jacques Dubois] et madame de la Ronade, tante du fils [Françoise, sœur de Louise]. Le fils se considère comme seigneur […]  Escouailloux est une très petite terre en justice haute, moyenne et basse […] où ils ont leurs officiers de justice […] il leur appartient plus de la moitié des fonds en toute propriété ce qui leur donne plus de droits dans la montagne”. La famille ne figurait parmi les gros décimateurs de la commune de Compains ni en 1693, ni en 1700, laissant ce rôle au comte de Brion, au marquis d’Entraigues et au marquis de La Roque.

Querelles avec les paysans

      Quelques années avant la saisie de la seigneurie, la cohabitation avec les paysans sur une terre qui peinait à nourrir ses occupants était source de conflits. Mais pour les régler, la justice seigneuriale locale faisait parfois la sourde oreille. En 1733, Jacques Dubois s’exaspérait de voir le métayer du domaine voisin d’Yvéra faire pacager ses bêtes dans la fumade des communaux d’Escouailloux. Une violente bagarre se conclut par un coup de fusil tiré par le seigneur. Bénigne, l’agression était cependant inadmissible et ne pouvait rester impunie.

      Le juge seigneurial local qui en avait sans doute vu et entendu bien d’autres, refusa de donner suite à la plainte d’Amblard qui décida d’écrire à l’intendant de la province d’Auvergne. Celui-ci reprocha son inaction à Besseyre, subdélégué de l’intendance d’Auvergne à Besse. L’intendant  trouvant “le procédé dudit sieur Dubois très punissable d’avoir tiré un coup de fusil pour une contestation si légère“, décida qu’à titre de punition, le seigneur devrait payer les frais médicaux d’Amblard et il recommanda à Dubois “d’estre plus sage à l’avenir”.

      Dubois fut condamné à payer au chirurgien les pansements prodigués au blessé, ce que voyant, le subdélégué de Besse estimait que le seigneur n’est pas trop en état de fournir a ces frais. Le montant des soins prodigués par un médecin venu de Besse s’élevait à soixante livres. On ne sait si Dubois paya, mais on peut en douter car toujours furieux, il continua de s’en prendre à d’autres habitants du village,  au point qu’il se retrouva convoqué par l’intendant.

Saisie de la seigneurie d’Escouailloux

      Après la mort de Jacques Dubois (11 juin1742), le fief resta aux mains de Louise André de la Ronade, de son fils et de sa sœur Françoise. L’Auvergne connait alors une grave crise de subsistances. Depuis 1737 c’est la disette : le dérèglement climatique a causé une sous-production agricole, le prix des céréales flambe. Long et rigoureux, l’hiver 1739-1740 est le plus froid du XVIIIe siècle, on manque de fourrage, la misère s’installe, la maladie aussi.

Âgées et endettées, les deux sœurs refusent en 1741 de payer le droit de franc-fief (droit que devait payer au roi le roturier possesseur d’un fief). On leur demandait de prouver leur noblesse dans le délai d’un mois, ce qu’elles ne pouvaient faire faute de textes authentiques. C’était pourtant le seul moyen pour les deux sœurs d’échapper à l’impôt.  Âgée d’environ 80 ans Louise est inhumée (23 septembre 1742) en présence de son fils Jacques Dubois et de son neveu Jean-Baptiste de Douhet,  bientôt suivie par   sa sœur Françoise (21 octobre 1744). Toutes deux reposent dans l’église de Compains. Ces disparitions sonnaient le glas des André de la Ronade à Escouailloux.

Louise André de la RonadeCompains –  Acte de décès de Louise André de la Ronade  – 23 sept. 1742 Arch. dép. P.-de-Dôme

DUFOUR

      Saisie à la requête de Jean Dufour, seigneur de Chancelade, la seigneurie d’Escouailloux lui est adjugée 6200 livres le 6 février 1745, au détriment de Jacques Dubois, fils de Louise André de la Ronade. En 1760, l’abbé Dufour est dit seigneur du village d’Escouailloux dans le rôle d’impôts de la commune de Compains où il est imposé avec les nobles et les habitants pour la réparation du presbytère. Il paiera une taille personnelle de 10 livres  et  112 livres 13 deniers pour son domaine d’Escouailloux. Son nom figure sur la pierre Saraillade plantée sur la face occidentale du Joran. Il vendra une portion de sa terre d’Escouailloux aux frères Tartière.

En 1768, le domaine d’Escouailloux provenant de l’abbé Dufour a été pris à rente par le bourgeois Guillaume Chabru, marchand et gros laboureur. A Escouailloux vivent alors les familles de Jean Martin, propriétaire d’un bien comprenant parras, terres, prés, pacages et bestiaux, de huit bourgeois marchands et gros laboureurs, et de quatre petits marchands laboureurs. On y dénombrait aussi un pauvre.

Escouailloux CassiniEscouailloux (carte de Cassini vers 1760)

CONFLITS d’USAGE à ESCOUAILLOUX

  La surcharge des communaux

     Plusieurs sources de conflits reviennent de façon récurrente à Escouailloux entre le seigneur et ses dépendants. Dès son arrivée à Escouailloux (1647), Etienne André de la Ronade voulut mettre fin à la dépaissance excessive pratiquée dans le communal de la Chaumoune qu’il partageait avec les villageois. Comme souvent en Auvergne, les communaux étaient surchargés de bêtes, une pratique en contradiction avec la Coutume d’Auvergne qui interdisait d’estiver plus de bêtes qu’on en avait hiverné de ses foins et fourrages. Ce surpâturage contraignait le seigneur à conduire ses propres bêtes jusqu’à la montagne de Giourant (le Joran).

      Le conflit ouvert en 1647 par le seigneur concernait les habitants d’Escouailloux et deux marchands, l’un d’Ardes, l’autre de Besse, qui estivaient eux aussi leurs bêtes à la Chaumoune. Ensemble, ils faisaient estiver 131 bêtes à cornes et 9 juments dans un communal qui ne contenait que 80 têtes d’herbages (1 tête=environ 1 ha). Sachant qu’une bête a besoin d’environ une tête d’herbage, le communal n’aurait pas dû accueillir plus de 80 bêtes et même moins si l’on tient compte des défrichements et des semis pratiqués sur certaines portions des communaux.

     Pour une gestion plus équilibrée de la montagne, les cotenanciers durent faire un choix. S’ils préféraient continuer à labourer et semer à plaisir dans le communal, ils devraient le décharger de bestiaux a proportion de ce qu’ils laboureront. Des experts furent nommés auxquels chaque tenancier déclara le nombre de ses bêtes. Tous s’engagèrent à respecter la coutume et renoncèrent au surpâturage a peine d’amende. Ceux qui laboureraient la montagne se verraient retrancher une tête d’herbage par séterée  de terre cultivée (séterée : superficie variable suivant les endroits correspondant à peu près à qu’on peut labourer en un jour avec deux bœufs). En outre, ils seront tenus d’engraisser l’espace cultivé de leur fumier apporté à la Chaumoune depuis Escouailloux.

     La résolution du désaccord passa par l’acceptation de chacun de réduire le nombre de ses bêtes. Le seigneur renonça à dix bêtes, les frères Bellot à cinq, Pierre et Jean Maubert à deux, les frères Amigon à une, les enfants de feu Jacques Amigon à deux bêtes. Les deux exploitants forains, Antoine Besseyre de Besse  et François Blanchier marchand d’Ardes renoncèrent respectivement à neuf et six bêtes.

     Les abus consécutifs aux surcharges des communaux de la Chaumoune réapparurent en 1766-1768. On envisagea alors de faire arpenter la montagne pour en faire la division en deux, trois ou quatre morceaux, selon ce qu’estimeraient les experts. Divisé – semble t-il – en deux portions, le communal fut en 1798 à l’origine d’un nouveau conflit, les uns voulant envahir la montagne des autres.

Querelle entre paysans

      Il était d’usage de conduire deux taureaux à la Chaumoune pour assurer la reproduction. On payait au propriétaire des reproducteurs une somme de dix sols par vache ou bime (génisse de plus d’un an). En 1783, Chabriat, laboureur à Escouailloux et Pierre Berger, laboureur à la Gardette, assignent plusieurs habitants de la seigneurie d’Escouailloux qui tardent à payer leur dû aux propriétaires des taureaux, retardant le retour des reproducteurs dans les pâturages.

       Placées entre la montagne de la Chaumoune et la montagne de la Veisseire qui relevait du conseiller Dauphin, des bornes avaient été indûment déplacées par les cotenanciers d’Escouailloux. Reconnaissant implicitement ce déplacement, Gabriel André de la Ronade s’engagea le 28 août 1696 à faire respecter leur emplacement et dut consentir à ce que les bestiaux du conseiller viennent s’abreuver sur ses terres.

Surexploitation des bois

      Soumis à un climat rigoureux, les bois étaient rares sur les hautes terres. Fragiles et d’un rendement faible, ils devaient être particulièrement protégés du braconnage et d’une exploitation exagérée  consécutive tant à la divagation des chèvres et des moutons qu’aux prélèvements pratiqués pour répondre aux besoins quotidiens des habitants qui y avaient des droits d’usage. Jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, les prélèvements dans les bois d’Escouailloux furent limités par la surveillance qu’y exerçaient les André de la Ronade, seigneurs résidents. L’éloignement seigneurial qui suivit leur disparition favorisa le braconnage qui s’intensifia après la survenue de la Révolution. Le bois de  Rouget vers Cureyre, devenu ouvert à tous, n’avait pas échappé aux pillages. Réduit à l’état de broussailles, il ne pouvait plus répondre aux besoins des habitants. Sous la contrainte, on décida de revenir à une exploitation plus raisonnée et interdiction fut faite d’y couper ou d’y faire pacager les bestiaux pendant six ans.

A SUIVRE

3 commentaires sur “– Escouailloux”

  1. André METZGER Says:

    Merci pour vos informations très intéressantes, et notamment sur les André de la Ronade.

    Pourriez-vous m’indiquer vos sources pour le mariage d’Etienne André de la R et son testament ?

    Marie d’Aureille étant morte en 1668, il semble donc qu’Etienne A de la R se soit remarié. En savez-vous plus ?

    Merci pour tout
    Cordialement
    André Metzger

  2. DOUROU DUBOIS Says:

    Merci pour toutes ces informations sur les Andre de la Ronade notamment, mais il apparaît qu’après de nombreuses requêtes, les descendants de la branche cousine d’Etienne ADLR aient obtenu gain de cause.
    Le dictionnaire des anoblissements partie 1 page 121 l’atteste, (1766_1767)noblesse d’extraction pour Louis et Ignace…
    Dr de Ribier l’atteste aussi ainsi que feu Philippe Garrigue décédé récemment qui suivait de près cette généalogie.
    Il précise que les 2 frères précités furent maintenus le 07 mai 1743 à Versailles,(sa majesté y étant), et reçurent à cet effet les lettres patentes enregistrées le 17 Mars 1754 et confirmées en 1766 reconnaissant leur noblesse d’extraction;
    Les consuls de Salers s’opposèrent mais cette contestation fut cassée par le conseil d’état du 30 Août 1771… Cordialement.

  3. Laronzière Says:

    Escouailloux : éthymologie de ce nom ???? Merci pour d’éventuelles informations .

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