Compains

Histoire d'un village du Cézallier

– Escouailloux-La Gardette-Yvéra

 

Escouailloux-La Gardette-Yvéra

 

     Cette chronique de la vie montagnarde à Escouailloux du XIVe siècle à la fin de l’époque moderne est une courte synthèse de la documentation retrouvée sur ce hameau et ses dépendances où se tint pendant plusieurs siècles une seigneurie qui jouxtait la seigneurie de Brion.

 

Le village d’Escouailloux

     Près des sources de la Couze, à l’embranchement de la route qui conduit de Compains au village de Cureyre, apparaissent  trois anciens noyaux d’habitations. C’est d’abord le village d’Escouailloux où on ne connait ni clocher, ni château. A peu de distance vers  l’ouest, un petit groupe de constructions est dit La Gardette, indice d’un très ancien poste de surveillance. Enfin  vers le sud, au bord de la route qui conduit vers la montagne de la Chaumoune, on trouve un lieu, dit Yvéra, qui semble n’avoir regroupé que deux feux au XVIIe siècle.

     Entre La Gardette et Escouailloux, était encore visible  sur le cadastre de Compains (1828),  un mas isolé  dit Chez d’Anglard construit au moins depuis le XVIIIe siècle. Ce mas n’est plus visible aujourd’hui. Des fouilles récentes (2013) pratiquées  à mi chemin entre Yvéra et Cureyre en bordure de l’ancien tènement de la seigneurie d’Escouailloux (1130 m.), ont révélé les fondations d’un habitat médiéval semi-enterré qui n’aurait pas été un lieu fortifié. Cf sur le site Terre ancienne le rapport de sondage 2013 par F. Surmely.

 

Escouailloux google earth

Escouailloux vu du ciel (Google earth)

 

Les seigneurs d’Escouailloux au Moyen Âge

Bernard Ronat

     Dans la seconde moitié du XIVe siècle, le fief d’Escouailloux n’est tenu ni par un puîné des Bréon, ni  par un de leurs vassaux. Quand le hameau apparait pour la première fois dans les textes en 1354, Bernard Ronat,  seigneur haut justicier d’Escoaillos dans la paroisse de Compens, adresse son hommage non pas à Maurin III de Bréon [voir chapitre : Les seigneurs de Brion] mais à Béraud Ier Dauphin, seigneur de Mercoeur.

     Maurin, alors empêtré dans plusieurs procès est très endetté. Ses terres situées entre Compains, Egliseneuve et Condat ont été saisies en 1349. Pour calmer ses créanciers, il doit vendre Chaumiane (1359) et Cureyre (1361). Il est concevable  qu’Escouailloux ait pu lui aussi faire l’objet d’une vente ou même d’une saisie à la même époque.

 

Les seigneurs d’Escouailloux à l’époque moderne

Seymier

     La famille féodale de Seymier était possessionnée dans le Livradois-Forez. Un Seymier tenait le fief d’Escouailloux au XVe siècle. Jacques de Seymier, écuyer, seigneur de Seymier aurait épousé le 28 août 1482 une fille de la maison de La Gardette dans la seigneurie d’Escouailloux.

En 1526, le chevalier de Seymier, seigneur d’Escouailloux, Seymier armes vignettetransmit le fief à son fils Antoine époux d’Anne de Taizé, qui en rendait hommage au roi le 17 juillet 1545. Lors de la contribution au ban et arrière-ban, le chevalier Antoine de Seymier dit exercer à Escouailhoux la haute, moyenne et basse justice et déclara 400 livres de revenu.

Armes des Seymier

Armorial de Revel, Bibl. nat.

 

 

L’année 1517 marque – semble t-il – la première apparition  à Compains de membres de la famille Laizer. Un pré situé à Chidrac, terroir de la Ribayre est vendu par noble Gaspard d’Augne d’Escoualhoux à Martin et Jacques de Laizer, aïeux de Jean de Laizer qui achètera la seigneurie de Brion au XVIIe siècle.

 

Dumas

     La seigneurie passe ensuite durant quelques décennies en des mains roturières. Sans postérité, Antoine de Seymier vend Escouailloux en 1580 à Antoine Dumas, bourgeois de la ville de Besse marié avec Anne Boyer. Il est déjà propriétaire de la montagne de Joran. Leur fille, Antoinette Dumas, dame d’Escouailloux, porte ensuite le fief d’Escouailloux par mariage le 30 janvier 1613 à François d’Aurelle, écuyer, seigneur de Tréboulhon.

 

Aurelle

     Marie d’Aurelle, dame d’Escouailloux, fille d’Antoinette Dumas et François d’Aurelle apporte Escouailloux dans sa dot (contrat 6-11-1646) à Etienne André de la Ronade,  issu d’une famille roturière dont les membres se prétendaient écuyers sans en avoir les titres. Etienne est seigneur des Collanges, un hameau de la paroisse de Riom-ès-Montagnes et une partie de sa famille vit au château de la Jalène, près du bourg d’Apchon. En se fiant à la consonance de leur patronyme, on pourrait envisager que les André de la Ronade puissent être les descendants de Bernard Ronat, seigneur d’Escouailloux au XIVe siècle. 

 

André de la Ronade

Une famille anciennement implantée à Compains

     Les André de la Ronade tenaient des terres à Compains depuis au moins le début du XVIe siècle. L’un d’eux était possessionné en 1523 au hameau d’Espinat situé au sud-ouest du bourg dans la portion de la commune qui sera retirée à Compains à la Révolution. Marié en 1647  à Marie d’Aurelle († 1688 à Escouailloux), Etienne André de la Ronade  vint habiter dans la maison de son épouse à Escouailloux. Le contrat de mariage précisait qu’il devrait employer ses biens à l’amélioration des biens de son épouse.

     Au XVIIe siècle, le fief haut justicier d’Escouailloux chevauchait la route qui conduit vers le col de la Chaumoune. Limitée au nord par les tènements de Chaumiane et Compains, à l’est par la seigneurie de Brion, à l’ouest par les hameaux de Moudeyre, Espinat et Redondel, la seigneurie d’Escouailloux jouissait de communaux situés sur la montagne de la Chaumoune que bornaient au sud les villages de La Godivelle et d’Espinchal.

 

Escouailloux seigneurie XVIIe s.

       Carte IGN 1 : 25 000 Monts du Cézallier

     Sans entretenir – semble t-il – de relations particulières avec la famille des Laizer seigneurs de Brion depuis 1654, les André de la Ronade mènent à Compains une vie de hobereaux campagnards sans doute peu différente de celle de leurs paysans. Ils assistent aux mariages et parrainent des dizaines d’enfants nés dans tous les villages de la paroisse de Compains ; ils sont  parfois accompagnés du notaire Morin bailli du château d’Escouailloux ou parfois flanqués de Jean Morin, lieutenant de la seigneurie (officier seigneurial). Le plus souvent, leur compère ou leur commère sont des paysans du village.

     Etienne André de la Ronade teste le 23 août 1687 († 31 août 1687). Figurant au nombre des notables de la paroisse il demande à être enseveli  dans l’église Saint-Georges au tombeau de ses prédécesseurs, indice de l’ancienneté de la présence de sa famille à Compains. Son testament  ne laisse pas entrevoir l’importance de ses biens. Il confie à son épouse le soin de désigner leur héritier universel, en exprimant toutefois une préférence pour Gabriel, leur fils aîné. Rédigé en présence de Jean Breulh vicaire de Compains, le testament ne contient aucun don particulier à l’église Saint-Georges, si ce n’est les dix sols de rente annuelle nécessaires à la célébration à perpétuité d’une messe dite  au jour anniversaire de son décès.

     Le cens, loyer annuel de la terre, devait être payé au seigneur en argent et en nature. En 1671, le tènement de la Gardette relevait de la suzeraineté du seigneur de Senneterre (Saint-Nectaire) qui touchait un cens composé d’argent, de beurre et de fromage. Les propriétaires de la Gardette, Richard et Blanchier, n’avaient pas payé depuis quatre ans le cens annuel. On leur saisit 80 chars de foin.

Les enfants d’Etienne André de la Ronade et Marie d’Aurelle

     Au moins huit enfants naissent à Escouailloux entre 1652 et 1671 dont :  Gabriel, le fils aîné, naît en 1660, il sera lieutenant dans le régiment de Saillans ; Louise (1662-23 septembre 1642), mariée à Jacques Dubois, bourgeois de Cheylade (†entre le 11 juillet 1741 et le 23 septembre 1742) ; Françoise ( 21 octobre 1744).

Des prétentions non reconnues à la noblesse

      Les André de la Ronade s’autoproclamaient écuyers, premier niveau de la noblesse. A Salers, une branche de la famille occupait des postes de juristes ou de lieutenant du baillage des montagnes d’Auvergne. Dans son contrat de mariage (1647) le futur époux de Marie d’Aurelle se faisait qualifier noble Etienne André de la Ronade, écuyer. Un de ses ancêtres au XVIe siècle avait bien obtenu d’Henri III des lettres de noblesse, mais il avait fâcheusement omis de les faire confirmer. En 1666, Louis XIV qui voulait barrer l’accès à la noblesse aux faux nobles, ordonna la recherche de noblesse. La mesure visait à éliminer les bourgeois qui, comme les André de la Ronade, vivaient noblement, portaient l’épée et se battaient dans l’armée du roi en attendant qu’au fil des générations on oubliât leur origine roturière. La noblesse des André de la Ronade ne fut pas reconnue.

     Pour marquer qu’ils vivaient noblement, les André de la Ronade se battaient dans l’armée royale. Après s’être engagé à l’âge de quinze ans, Gabriel André de la Ronade, fils du seigneur d’Escouailloux, servit le roi en tant qu’officier avant de demander à être déchargé du service en 1689, attendu qu’il était tuteur de ses quatre sœurs et qu’un de ses frères avec lequel il tenait des biens communs, était au service du roi dans la compagnie de M. Desprades, du régiment de Logier.

     Jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, de nouvelles tentatives pour faire reconnaître la noblesse de la famille échouèrent. En 1720-1721, manquant toujours des titres nécessaires qui prouveraient sa noblesse d’extraction, le sieur André de la Ronade, lieutenant général du baillage des montaignes d’Auvergne à Salers essuyait un nouveau refus. En 1730, il présentait au roi un placet pour tenter une fois de plus d’obtenir des lettres de noblesse, suscitant l’ironie de l’administration « il n’a rien fait en sa vie qui mérite louange, ny qui luy aie attiré l’amitié du peuple, ny de ses voisins, ny enfin il n’a jamais eu l’estime d’aucun des Messieurs les Intendants » (A.D.P.de D., 1 C 1515).

 

Les revenus de la seigneurie d’Escouailloux à la fin du XVIIe siècle

En dépit d’un hiver 1683-1684 ponctué de grêles et d’inondations, les années 1680 furent une période de vaches grasses en Auvergne. Dans les montagnes, c’estoit une abondance que l’on ne peut exprimer qui commenca depuis 85 jusqu’en 88 (Godivel, bourgeois de Besse, cité Longy). Pour nourrir les armées de Louis XIV, des commissaires royaux vinrent dans les montagnes acheter a tous prix des bêtes à cornes.

Deux ans après la mort de son père,  Gabriel de la Ronade, âgé de 29 ans, tient avec ses sœurs le fief haut justicier d’Escouailloux. La conjoncture momentanément favorable lui permet de tirer de sa seigneurie un revenu annuel de 800 livres. Jusqu’en 1690-1691 la vie est encore assez facile pour une bonne partie de la population des montagnes. Arrivent en 1692 les vaches maigres. Un froid polaire et des pluies incessantes pourrissent les semis et les fourrages. La province réussit heureusement à obtenir une remise sur la taille et l’annulation du logement des troupes en hiver. Peu productive, l’agriculture ancienne pratiquée dans les montagnes était réduite à rien par les intempéries : le paysan qui sème 20 et récolte habituellement 100, n’a récolté que 36 en 1693 (Lachiver). La mortalité explose [voir le chapitre Compains dans la seconde moité du XVIIe siècle]. Le 30 mai 1693, après avoir servi dans le régiment d’Auriat où il est officier, Gabriel André de la Ronade demande à être déchargé de la taxe (la taille). A cette date, le revenu de la seigneurie d’Escouailloux est tombé à 25 livres.

Quand Lefèvre d’Ormesson nouvel intendant d’Auvergne, prend son poste en 1695, il découvre en Auvergne une situation encore plus catastrophique que ce à quoi il s’attendait : ce qui m’avoit esté dit et écrit de toutes parts avant mon départ n’estoit pas au point de misère où j’ai trouvé les choses par moy-mesme, particulièrement dans ce qui s’appelle la Montagne […] la misère est sans comparaison plus grande que les années 1693 et 1694 […] tous les grains ont manqué à la fois, il y a eu une si grand disette de fourrages l’année dernière dans la montagne […] qu’il ne s’en est pas trouvé suffisamment pour la nourriture des bestiaux (Boislisle, Correspondance).

 

Dernières années des André de la Ronade à Escouailloux

 La famille était dans la gêne. L’intendant d’Auvergne connaissait les difficultés des seigneurs d’Escouailloux : madame Dubois [Louise André de la Ronade] demeure à Escouailloux avec son fils [Jacques Dubois] et madame de la Ronade, tante du fils [Françoise, sœur de Louise]. Le fils se considère comme seigneur […]  Escouailloux est une très petite terre en justice haute, moyenne et basse […] où ils ont leurs officiers de justice […] il leur appartient plus de la moitié des fonds en toute propriété ce qui leur donne plus de droits dans la montagne. La famille ne figurait parmi les gros décimateurs de la commune de Compains ni en 1693, ni en 1700, laissant ce rôle au comte de Brion, au marquis d’Entraigues et au marquis de La Roque.

Quelques années avant la saisie de la seigneurie, la cohabitation avec les paysans sur une terre qui peinait à nourrir ses occupants était source de conflits. En 1733, Jacques Dubois s’exaspérait de voir le métayer d’Yvéra faire pacager ses bêtes dans la fumade des communaux d’Escouailloux. La bagarre se conclut par un coup de fusil tiré par le seigneur. Bénigne, l’agression était cependant inadmissible et ne pouvait rester impunie. Dubois fut condamné à payer au chirurgien les pansements prodigués au blessé, ce que voyant, le subdélégué de Besse estimait que le seigneur n’est pas trop en état de fournir a ces frais. Le montant des soins prodigués par un médecin venu de Besse s’élevait à quarante livres.

 

Saisie de la seigneurie d’Escouailloux

Après la mort de Jacques Dubois (av. 23 sept. 1742), le fief resta aux mains de Louise André de la Ronade et de sa sœur Françoise. L’Auvergne connait alors une grave crise de subsistances. Âgées et endettées, les deux sœurs refusent en 1741 de payer le droit de franc-fief (droit que devait payer au roi le roturier possesseur d’un fief). Prouver leur noblesse dans le délai d’un mois – ce qu’elles ne pouvaient faire faute de textes authentiques – était le seul moyen pour les deux sœurs d’échapper à l’impôt. La mort de Louise (23 septembre 1742), âgée d’environ 80 ans,  bientôt suivie par  celle de sa sœur Françoise (21 octobre 1744) sonna le glas des André de la Ronade à Escouailloux.

 

Louise André de la Ronade

Compains –  Acte de décès de Louise André de la Ronade  – 23 sept. 1742 –

Arch. dép. P.-de-Dôme

 

Dufour

Alors qu’une grave crise économique frappe la région, la seigneurie d’Escouailloux est saisie à la requête de Jean Dufour, seigneur de Chancelade et lui est adjugée au détriment de Jacques Dubois, fils de Louise André de la Ronade. Le 6 février 1745 la seigneurie est vendue moyennant 6200 livres. En 1760, Dufour est dit seigneur du village d’Escouailloux dans le rôle d’impôts de la commune de Compains où il est imposé à une taille personnelle de 10 livres  et pour son domaine d’Escouailloux de 112 livres 13 deniers.

En 1768, le domaine d’Escouailloux provenant de l’abbé Dufour a été pris à rente par Guillaume Chabru, bourgeois, marchand et gros laboureur. A Escouailloux vivent alors les familles de Jean Martin, propriétaire d’un domaine comprenant parras, terres, prés, pacages et bestiaux, de huit bourgeois, marchands et gros laboureurs, de quatre petits marchands laboureurs. On y dénombrait aussi un pauvre.

 

 

Escouailloux Cassini

Escouailloux (carte de Cassini vers 1760)

 

 

Conflits d’usage à Escouailloux

  La surcharge des communaux

     Plusieurs sources de conflits reviennent de façon récurrente à Escouailloux entre le seigneur et ses dépendants. Dès son arrivée à Escouailloux (1647), Etienne André de la Ronade voulut mettre fin à la dépaissance excessive pratiquée dans le communal de la Chaumoune qu’il partageait avec les villageois. Comme souvent en Auvergne, les communaux étaient surchargés de bêtes, une pratique en contradiction avec la Coutume d’Auvergne qui interdisait d’estiver plus de bêtes qu’on en avait hiverné de ses foins et fourrages. Ce surpâturage contraignait le seigneur à conduire ses propres bêtes jusqu’à la montagne de Giourant (le Joran). Le conflit ouvert en 1647 par le seigneur concernait les habitants de la seigneurie et deux marchands, l’un d’Ardes, l’autre de Besse, qui estivaient eux aussi leurs bêtes à la Chaumoune. Ensemble, ils faisaient estiver 131 bêtes à cornes et 9 juments dans un communal qui ne contenait que 80 têtes d’herbages (1 tête=environ 1 ha). Sachant qu’une bête a besoin d’environ une tête d’herbage, le communal n’aurait pas dû accueillir plus de 80 bêtes et même moins si l’on tient compte des défrichements et des semis pratiqués sur certaines portions des communaux.

     Pour une gestion plus équilibrée de la montagne, les cotenanciers durent faire un choix. S’ils préféraient continuer à labourer et semer à plaisir dans le communal, ils devraient le décharger de bestiaux a proportion de ce qu’ils laboureront. Des experts furent nommés auxquels chaque tenancier déclara le nombre de ses bêtes. Tous s’engagèrent à respecter la coutume et renoncèrent au surpâturage a peine d’amende. Ceux qui laboureraient la montagne se verraient retrancher une tête d’herbage par séterée  de terre cultivée (séterée : superficie variable suivant les endroits correspondant à peu près à qu’on peut labourer en un jour avec deux bœufs). En outre, ils seront tenus d’engraisser l’espace cultivé de leur fumier apporté à la Chaumoune depuis Escouailloux.

     La résolution du conflit passa par l’acceptation de chacun de réduire le nombre de ses bêtes. Le seigneur renonça à dix bêtes, les frères Bellot à cinq, Pierre et Jean Maubert à deux, les frères Amigon à une, les enfants de feu Jacques Amigon à deux bêtes. Les deux exploitants forains, Antoine Besseyre de Besse  et François Blanchier marchand d’Ardes renoncèrent respectivement à neuf et six bêtes.

     Les abus consécutifs aux surcharges des communaux de la Chaumoune réapparurent en 1766-1768. On envisagea alors de faire arpenter la montagne pour en faire la division en deux, trois ou quatre morceaux, selon ce qu’estimeraient les experts. Divisé – semble t-il – en deux portions, le communal fut en 1798 à l’origine d’un nouveau conflit, les uns voulant envahir la montagne des autres.

Conflits entre paysans – Il était d’usage de conduire deux taureaux à la Chaumoune pour assurer la reproduction. On payait au propriétaire des reproducteurs une somme de dix sols par vache ou bime (génisse de plus d’un an). En 1783, Chabriat, laboureur à Escouailloux et Pierre Berger, laboureur à la Gardette, assignent plusieurs habitants de la seigneurie d’Escouailloux qui tardent à payer leur dû aux propriétaires des taureaux, retardant le retour des reproducteurs dans les pâturages.

       Placées entre la montagne de la Chaumoune et la montagne de la Veisseire qui relevait du conseiller Dauphin, des bornes avaient été indûment déplacées par les cotenanciers d’Escouailloux. Reconnaissant implicitement ce déplacement, Gabriel André de la Ronade s’engagea le 28 août 1696 à faire respecter leur emplacement et dut consentir à ce que les bestiaux du conseiller viennent s’abreuver sur ses terres.

Surexploitation des bois – Soumis à un climat rigoureux, les bois étaient rares sur les hautes terres. Fragiles et d’un rendement faible, ils devaient être particulièrement protégés du braconnage et d’une exploitation exagérée  consécutive tant à la divagation des chèvres et des moutons qu’aux prélèvements pratiqués pour répondre aux besoins quotidiens des habitants qui y avaient des droits d’usage. Jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, les prélèvements dans les bois d’Escouailloux furent limités par la surveillance qu’y exerçaient les André de la Ronade, seigneurs résidents. L’éloignement seigneurial qui suivit leur disparition favorisa le braconnage qui s’intensifia après la survenue de la Révolution. Le bois de  Rouget vers Cureyre, devenu ouvert à tous, n’avait pas échappé aux pillages. Réduit à l’état de broussailles, il ne pouvait plus répondre aux besoins des habitants. Sous la contrainte, on décida de revenir à une exploitation plus raisonnée et interdiction fut faite d’y couper ou d’y faire pacager les bestiaux pendant six ans.

 

Saisie à La Gardette

     Le tènement de La Gardette relevait du marquis de Saint-Nectaire à qui devait être payé un cens annuel. Ce loyer de la terre était payable en argent et en nature.

    Favorables à l’agriculture en Auvergne, les années 1660 étaient dites années « des gros épis ». Pourtant, un jeune laboureur de La Gardette, Jean-Richard Bellot et sa femme Françoise Blanchier, qui exploitaient une partie de la terre de La Gardette ne purent payer au seigneur le cens annuel. Entre 1663 et 1667, victimes de la maladie, d’un accident ou ayant perdu leur troupeau lors d’une épizootie, ils cessèrent de payer les 3 livres 19 sols plus 18 livres de beurre et 48 livres de fromage de cens annuel.

     Le seigneur qui ne collectait évidemment pas lui-même les cens de ses paysans, avait délégué cette tâche à Jean Arsac, notaire royal, domicilié à Largelier dans la commune de Saint-Alyre-ès-Montagne. Agent et receveur du seigneur de Saint-Nectaire, Arsac fit assigner Jean Richard Bellot devant le sénéchal d’Auvergne à Riom afin qu’il réglât les dettes accumulées entre 1663 et 1667.

     Poursuivi et après trois défauts, Jean Bellot vit sa dette bien aggravée et fut condamné à payer 105 livres auxquelles s’ajoutèrent 80 livres de frais de justice. Incapable de payer, on lui saisit 80 chars de foin. Finalement, Bellot s’acquitta de sa dette.

A SUIVRE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

         

 

       
         
         
         
         

 

       

 

         
         

3 commentaires sur “– Escouailloux-La Gardette-Yvéra”

  1. André METZGER Says:

    Merci pour vos informations très intéressantes, et notamment sur les André de la Ronade.

    Pourriez-vous m’indiquer vos sources pour le mariage d’Etienne André de la R et son testament ?

    Marie d’Aureille étant morte en 1668, il semble donc qu’Etienne A de la R se soit remarié. En savez-vous plus ?

    Merci pour tout
    Cordialement
    André Metzger

  2. DOUROU DUBOIS Says:

    Merci pour toutes ces informations sur les Andre de la Ronade notamment, mais il apparaît qu’après de nombreuses requêtes, les descendants de la branche cousine d’Etienne ADLR aient obtenu gain de cause.
    Le dictionnaire des anoblissements partie 1 page 121 l’atteste, (1766_1767)noblesse d’extraction pour Louis et Ignace…
    Dr de Ribier l’atteste aussi ainsi que feu Philippe Garrigue décédé récemment qui suivait de près cette généalogie.
    Il précise que les 2 frères précités furent maintenus le 07 mai 1743 à Versailles,(sa majesté y étant), et reçurent à cet effet les lettres patentes enregistrées le 17 Mars 1754 et confirmées en 1766 reconnaissant leur noblesse d’extraction;
    Les consuls de Salers s’opposèrent mais cette contestation fut cassée par le conseil d’état du 30 Août 1771… Cordialement.

  3. Laronzière Says:

    Escouailloux : éthymologie de ce nom ???? Merci pour d’éventuelles informations .

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