Compains

Histoire d'un village du Cézallier

– Le Chemin des écoliers

 

 

 

DISTANCE ET CLIMAT FREINENT L’ACCÈS DES ENFANTS A L’ÉCOLE

 

 

 

      Tous les villages de montagne ont, dans le passé, été confrontés à la nécessité de faciliter aux enfants l’accès à l’école. A Compains, n’avoir qu’une seule école communale dans un village de 50 kilomètres carrés qui, au XIXe siècle, comptait une vingtaine de villages (hameaux) et de lieux-dits éparpillés dans la montagne posait une épineuse question : comment inciter les enfants d’âge scolaire à se rendre à l’unique école du bourg en hiver ?

 

      Sur les sentiers de montagne, les sautes d’humeur du temps, les chemins enneigés de longs mois et la distance rendaient périlleux le parcours quotidien vers l’école  même pour des enfants habitués depuis leur plus jeune âge à mener une vie champêtre. Les cinq kilomètres qui séparaient Brion de Compains, les deux villages les plus peuplés de la commune, représentaient un obstacle à l’accès des jeunes enfants à l’école. On a vu quelle fut la solution retenue : une seconde école fut construite à Brion (voir au chapitre Population et territoire le sujet consacré aux Ecoles du nord Cézalier). Il n’en restait pas moins que pour beaucoup de jeunes enfants venus d’autres villages de la commune, se rendre à l’école en hiver nécessitait d’affronter un climat changeant sur des chemins souvent difficiles.

 

 

SUR LES SENTIERS DE L’ÉCOLE

 

Balade sur le Chemin des écoliers

 

      C’est en se remémorant ce passé pas si lointain que la commune de Compains a récemment voulu créer un sentier de randonnée sur le thème du Chemin des écoliers. Un choix qui invite les marcheurs d’aujourd’hui à se remémorer les longs trajets pédestres des enfants qui parcouraient à travers bois et montagnes des kilomètres de sentes pour aller apprendre à lire, écrire et compter.

 

      Devenus de nos jours moins empruntés, les sentiers de Compains comptent cependant au nombre des témoins de l’organisation spatiale multiséculaire des chemins qui desservirent la montagne au moins depuis le XIVe siècle, époque où nos recherches montrent que Compains comptait déjà une dizaine de hameaux, et peut être davantage compte tenu de la rareté des sources. La mise en valeur du Chemin des écoliers est un exemple qui marque l’actuelle volonté des pouvoirs publics de préserver et de mettre en valeur à travers un exemple des sentiers au tracé immémorial. Issus du labeur des habitants, ils participent fortement de l’Histoire, mais aussi de l’agrément de nos communes.

 

      Donc, une fois n’étant pas coutume, nous évoquons ci-dessous un sujet “contemporain”, occasion d’évoquer la beauté et la variété de la nature, des paysages et du patrimoine qui jalonnent la commune de Compains.

 

 

    

Vue d’ensemble

 

      La première partie du parcours conduira les pas des randonneurs vers le nord de la commune par des sentiers de pierres sèches qui accueillirent les enfants venus du hameau des Costes et du village de Marsol. Suivront les gorges peuplées de hêtres où bondit le ruisseau de la Gazelle, né au nord du volcan du Montcineyre. Ici passaient ceux qui se rendaient faire leurs dévotions à la chapelle Saint-Gorgon qu’on visitera avant de traverser la route au pied du Montcineyre. Après un écart éventuel pour admirer le beau lac qui s’étend au pied du volcan, la seconde partie du périple, en descente, permettra de profiter de vues imprenables sur le bourg de Compains et la Motte de Brion, avant d’entamer la grande dévalade que suivaient les enfants de Chaumiane jusqu’à l’école du bourg.

 

Le chemin des écoliers (Carte I.G.N. Monts du Cézallier modifiée)

Détail du panneau sculpté par Jean Mosnier sur le mur de l’école du bourg

 

LA CHEIRE ET SES MURETS DE PIERRES SÈCHES

 

Sur le chaos de la cheire

      L’itinéraire débute au bourg de Compains, construit sur la coulée de lave, dite cheire dans la région, crachée il y a environ 7000 ans par le volcan du Montcineyre. A la sortie du village, on voit encore se dresser ici ou là dans les près les dernières traces de chazaux (ruines) de maisons et de granges aujourd’hui désertées.

      On s’engage d’abord dans un pittoresque lacis de chemins bordés d’anciens murets de pierres sèches extraits au fil des siècles par les paysans du chaos de roches volcaniques de la cheire. Trace d’un labeur multiséculaire, ces murets cantonnent aujourd’hui des prés où paît le bétail. Souvent colonisés par la végétation, les murets bornent de charmants chemins ombragés qui conduisent vers le ruisseau de la Gazelle.

 

 

 

La croix du curé Bérard

      Juchée sur quelques pierres, se profile ensuite une croix commémorative qui fut dressée sur le lieu où perdit la vie le curé Bérard, curé de Compains. 

 

Croix sur le lieu où mourut le curé Bérard

 

Un ponceau immémorial traverse la Gazelle

     La première partie de l’itinéraire se poursuit avec la remontée du cours du ruisseau de la Gazelle née 300 mètres plus haut, au nord du Montcineyre. Ce ruisseau d’un débit qui peut être très variable mais au lit étroit peut la plupart du temps être facilement franchi à gué. Ne dit-on pas que le nom même de Gazelle dérive du provençal gaz d’où vient le mot gué

 

Ponceau sur la Gazelle

 

      Après la croix du curé Bérard, un court détour conduit à la Gazelle traversée par un ponceau qui parait surgi de la nuit des temps. Depuis quand traversait-on la Gazelle à cet endroit et combien de fois ce pont fut-il traversé par des enfants venus des villages des Costes et de Marsol ?

 

      En suivant au plus près le cours du ruisseau, un détour permet de découvrir sur sa rive droite les murs très ruinés d’un ancien moulin. De retour sur le chemin, on quitte la vallée pour s’engager dans une longue montée qui longe le cours du ruisseau.

Méandres de la Gazelle

 

 

LA HÊTRAIE TAPISSE LES GORGES DE LA GAZELLE

 

      Le chemin s’élève ensuite et on accède à une portion de trajet plus pentue. En suivant la gorge parfois escarpée creusée par le ruisseau, on pénètre dans un beau massif forestier où le hêtre règne en maître. La dense hêtraie composée d’arbres élancés parfois plus que centenaires chevauche la gorge où le randonneur foule aux pieds une épaisse couche de feuilles mortes mêlées de faînes et de bois mort.

 

La Hêtraie

 

La Gazelle se faufile dans la hêtraie

 

 

Pont de bois sur la Gazelle

 

La grande cascade

Le relief pentu entrecoupé de ruptures de pente laisse entrevoir de belles cascades.

 

Cascade de la Gazelle

 

La raze des prés d’Olpilière (Voir aussi au chapitre Vie rurale le sujet consacré aux Razes)

      On a vu que les razes tracées dans le sol servaient soit à assécher les zones trop humides soit au contraire, à humidifier les zones trop sèches. Peu avant la traversée de la route qui conduit de Compains à Besse, apparait sur notre parcours une exceptionnelle ancienne raze d’irrigation. Longeant le talus sur son côté droit, elle est délimitée par un muret bas solidement construit sur son côté gauche. Les textes du XIXe siècle nous apprennent qu’on y déroutait une partie des eaux de la Gazelle pour alimenter un moulin et irriguer le pré d’Olpilière dont plusieurs habitants de la commune se partageaient l’usage.

 

 

Raze de la Gazelle

Ponceau sur la raze

 

Le Pontet de Roche (1365)

       Là où la Gazelle traversait le chemin qui conduit de Compains à Besse, on franchissait le ruisseau sur un pont, dit au XIVe siècle le Pontet de Roche. Cette précision topographique apparait dans un texte de 1365 quand Maurin de Bréon seigneur de Brion rend peu avant sa mort un dernier hommage au Dauphin d’Auvergne. Cet ancien pont dont le nom réapparait en 1672 dans le terrier de la seigneurie de Brion, borna des siècles durant le nord de la seigneurie de Brion qui englobait aussi le Montcineyre et son lac. Au delà du pontet de Roche, on entrait au Moyen Âge sur les terres des seigneurs de Roche-Larzalier vassaux des Bréon, d’Anglard et des La Tour, seigneurs de Besse. Probablement construit en dos d’âne à l’image des ponts qu’on voit encore de nos jours sur la Couze à l’entrée du Valbeleix, ce pontet est aujourd’hui remplacé par une canalisation souterraine où se faufilent les eaux de la Gazelle.

 

 

La chapelle Saint-Gorgon

      Le chemin fait ensuite un détour vers une chapelle dédiée à Saint-Gorgon, martyr dont peut voir la statue, conservée dans l’église de Compains. Avant la construction de cette chapelle, une croix de source christianisait l’endroit où surgit encore “au bout du bois allant de Compains à Besse”, une source tributaire de la Gazelle,  nous dit un texte de 1739. On notera que la surprenante forme ronde de l’édifice est un choix architectural rarissime en Auvergne. Les résultats complets de notre recherche historique sur cette chapelle sont à lire au chapitre Patrimoine religieux, la chapelle Saint-Gorgon.

 

La chapelle Saint-Gorgon

 

Après la visite de la chapelle Saint-Gorgon, les plus courageux pourront faire un détour jusqu’au lac qui s’étend au pied du volcan de Montcineyre (Voir les chapitres Lacs et tourbières et Montcineyre).

 

 

AU PIED DU MONTCINEYRE

 

Volcan de Montcineyre : planté pour partie de feuillus, pour partie de résineux

 

Points du vue

        En poursuivant sur le Chemin des écoliers on emprunte ensuite sur la gauche de la route un chemin qui longe le pied du Montcineyre. Après quelques centaines de mètres, on atteint un remarquable point de vue sur le bourg de Compains dont le clocher émerge de la vallée boisée de la Couze. Au fond, la Motte de Brion se détache à l’horizon. Plusieurs Anciens de Compains ou de villages voisins confient “qu’aujourd’hui il y a trop d’arbres” quand ils évoquent les actuels espaces boisés. Habitués dans leur jeunesse au moutonnement de vastes étendues herbeuses bordées de bois surexploités pour les besoins domestiques, les plus anciens regrettent la prolifération forestière actuelle.

 

Compains – Le bourg – Au fond la Motte de Brion

 

LA DÉVALAISON

      Dans sa dernière partie, le sentier nous rapproche du hameau de Chaumiane à travers une belle hêtraie où serpente un chemin pentu qui dévale vers le bourg.

Chemin pentu entre Chaumiane et le bourg

 

      Ceux qui auront eu la chance de parcourir le Chemin des écoliers auront été frappés par son relief chahuté, issu d’un volcanisme récent. Il garderont l’image d’un pays riche d’une nature variée, sauvage parfois mais toujours attachant. Car il n’y a pas que la beauté des paysages. Pensons au labeur des humains qui tracèrent les chemins, orientèrent les eaux, élevèrent les murets de pierre, cultivèrent le seigle, l’orge et l’avoine, des céréales aujourd’hui abandonnées au profit de l’élevage. Et gageons qu’après ce parcours, les marcheurs, ragaillardis par l’air vivifiant des montagnes, seront incités à parcourir d’autres sentiers de Compains pour continuer à profiter pleinement d’une nature préservée, discrètement animée par les sonnailles d’élégantes sentinelles aux cornes en forme de lyre.

 

Comité d’accueil au retour au village

 

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