Compains

Histoire d'un village du Cézallier

– Jean 1654-1676

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JEAN Ier de LAIZER (v. 1611-1676)

Seigneur de Brion, Compains, Chaumiane et La Meyre (La Mayrand)

de 1654 à 1676

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A plusieurs reprises, les Laizer, seigneurs de Compains, ont été dotés de prénoms identiques. Pour limiter les confusions, des numéros d’ordre ont été attribués aux chefs de famille homonymes.

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Armoiries des Laizer

de sable à bande d’or accompagné en chef d’une étoile et d’une rose de même

et en pointe d’une rose et d’une étoile d’argent

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François de Montmorin-Saint-Hérem vend la seigneurie de Brion à Jean Ier de Laizer (1654)

      Comme nombre de nobles sous l’Ancien Régime, François de Montmorin-Saint-Hérem faisait flamber son patrimoine. Poursuivi par de multiples créanciers, il croulait sous une cascade de dettes et la saisie de sa seigneurie du Broc n’avait pas suffi à éteindre les créances. Pour desserrer l’étau, il dut vendre en 1654 la seigneurie de Brion, Compains, Chaumiane et La Meyre achetée vers 1525 par son ancêtre homonyme et à lui donnée par son père Gilbert-Gaspard en 1648.

      La seigneurie de Brion fut vendue 71 000 livres. Dans l’acte de vente, peu détaillé, Saint-Hérem déclare vendre la seigneurie telle que la lui a cédée son père en 1648, sans en avoir rien retiré, avec sa haute justice, ses bestiaux, ses baux à ferme. La mention La Meyre désigne dans l’acte la partie de la seigneurie qui empiète sur l’ancienne paroisse de La Meyrand, aujourd’hui Roche-Charles-La Meyrand. Illustrant la stabilité territoriale de la seigneurie sur le long terme, on se souviendra qu’au XIIIe siècle déjà, une partie de la seigneurie des Bréon débordait vers La Meyrand et jusqu’à Vauzelle dans la commune de Valbeleix où les Bréon possédaient la terre du Cheix en 1225.

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Compains – Les seigneuries en 1672

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      L’acheteur, Jean de laizer se retrouvait en 1654 propriétaire du foirail, de la cuvette où il installera plus tard le Lac des Bordes et de la Motte qui avait jadis porté le château. Dite Moutte en parler local, la Motte était flanquée d’un village bipolaire, Brion-Bas, dit La Panchou et Brion-Haut, dit La Viole. Laizer partageait en outre avec les habitants un vaste espace herbager dit, la montagne de Brion. Confirmant la ruine du château de Brion, aucun château n’est cité dans la vente, si ce n’est une “maison seigneuriale” située au bourg de Compains sur laquelle nous reviendrons ultérieurement. Après cette vente, Montmorin ne conserve plus à Compains que la montagne d’Espinat et une partie de la montagne des Costes, qu’il partage avec les Saint-Nectaire.

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Déroute financière de François de Montmorin-Saint-Hérem

      On ne s’attardera pas ici sur les arcanes du paiement de la vente, sans rapports avec Compains. Le paiement fut rendu complexe par le nombre des créanciers qui poursuivaient Montmorin et l’ancienneté des nombreuses créances attachées tant à François qu’à ses parents. Le détail des modalités du paiement de la seigneurie montre que, prudents et soucieux que l’argent de la vente ne s’évapore pas entre les mains de Montmorin, les créanciers voulurent être remboursés directement par Laizer qui paya “en louis d’or et d’argent”. Pour Montmorin qui donna quittance à Laizer en 1664 sans avoir vu la couleur de l’argent, ces remboursements ne suffirent pas à éteindre ses dettes. Quelques années plus tard, à nouveau acculé, il dut vendre sa seigneurie éponyme de Saint-Hérem dont il continua cependant de porter le nom.

      En 1657, Laizer payait encore plus de 6000 livres de vieilles rentes remontant à 1617 et 1633 aux créanciers de Montmorin, notamment à Gaspard d’Allègre, comte de Beauvoir, et à Philippe de Beaufort-Canillac. En 1662, après la mort de Gaspard de Montmorin-Saint-Hérem, Laizer payait encore les arrérages et le principal d’une rente annuelle de 150 livres constituée par Montmorin aux religieuses du couvent de Notre Dame de Riom.

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Les Laizer, une ancienne famille d’Auvergne

      Le nouveau seigneur de Brion, Jean de Laizer seigneur de Siougeat, n’appartient pas à une famille auréolée du prestige des Montmorin, issus d’une famille connue dès avant l’an Mil. La trace d’un premier Laizer apparaitrait en 1227 selon Remacle , en 1352 selon Chérin (A.N. Chérin), affirmations impossibles à vérifier puisque aucune source ne vient les confirmer.

       Fils de Julien de Laizer et Charlotte de Chambon, fille unique et héritière de Jean de Chambon époux en 1604 de Jeanne de Binazat, Jean de Laizer  fut notamment écuyer de la grande écurie de Louis XIII et capitaine au régiment d’Effiat.

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Signatures apposées au bas de l’acte de vente de la seigneurie de Brion

Francois gaspart de montmorin Sainct herem

Siougeat delaize

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Un ancrage au Dauphiné d’Auvergne

      L’enracinement des Laizer au pays des Couzes est ancien. On retrouve leur point d’ancrage dans une maison de Chidrac et non dans un château.   C’est la maison d’un gentilhomme campagnard qui nous est décrite à deux reprises, d’abord en 1676, puis sous la Restauration lors de l’indemnisation des biens nationaux. Cette maison fut détruite pendant la Révolution.

      Entre Couze Pavin et Couze Chambon, les Laizer possédaient au XVIIe siècle les deux fiefs de Siougeat (aujourd’hui Sionjat) au nord de Chidrac et Montoron dans la paroisse de Nescher, fief pour lequel Jean de Laizer rendait hommage au roi en 1669.

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Signature de Jean de Laizer (XVIIe siècle)

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Le mariage avec Jeanne de Bonafos de Bélinay (1648)

      Quelques années avant de devenir seigneur de Compains, Jean de Laizer avait épousé en 1648 Jeanne de Bonafos, fille de François de Bonafos seigneur de la Peyre et de Jeanne de Pélamourgue, issue d’une très ancienne famille du pays des Montagnes d’Auvergne. Bonafos avait acquis au XVIe siècle le château de Bélinay dans la commune de Paulhac (Cantal). Combattant lui aussi dans les armées royales, François de Bonafos fut lieutenant-colonel du régiment de Canillac et l’un des cent gentilshommes de la chambre du roi. Pourvu de la charge d’écuyer de la Grande écurie du roi en 1648, François de Bonafos fut anobli en 1654 en récompense de ses services militaires.

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Le maintien dans la noblesse

      Quand Louis XIV voulut “débusquer les usurpateurs de noblesse”, il ordonna une enquête pour vérifier les titres des nobles (1666-1674). Les nobles qui avaient vu décliner leur influence après la Fronde se montraient favorables à cette recherche. Beaucoup de ces “usurpateurs” se baptisaient en effet écuyer, portaient l’épée et vivaient “noblement”, alors qu’ils n’avaient fait qu’acheter un office sans jamais servir dans les armées du roi : leur objectif était en réalité d’échapper à la taille, impôt qui ne frappait pas la noblesse.

      Jean de Laizer prouva l’ancienneté de la noblesse de sa famille en fournissant les preuves de sa filiation sur quatre générations, soit depuis 1470. Un jugement le maintint dans la noblesse le 12 septembre 1667, date à laquelle Fortia, commissaire départi par le roi dans la province d’Auvergne, (intendant) lui donna acte de la représentation qu’il avait faite des titres de sa famille : “Jean de Laizer escuyié, seigneur de Brion et Compain”, logeant à Chidrac, “pour justifier qu’il a droit de prendre la qualité d’escuyié et jouir de tous les privilèges et prérogatives appartenant aux nobles et gentilhommes”.

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Devise : “Atavis et armis “, “par nos ancêtres et par les armes”

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L’hommage de 1670

      Tout seigneur devait rendre hommage au suzerain. La terre de Brion relevait en fief de Monsieur, Philippe de France, duc d’Orléans, frère unique de Louis XIV. Héritier de la duchesse de Montpensier, Philippe tenait notamment en Auvergne le duché de Montpensier auquel le Dauphiné d’Auvergne avait été réuni en 1543.  Le seigneur de Brion rendait hommage au Dauphin d’Auvergne depuis 1222. Suivant la tradition, Jean de Laizer, écuyer, seigneur de Sioughat, rendit foi et hommage au duc d’Orléans le 26 avril 1670 pour ses terres de Brion, Compains, Chaumiane et Riben. L’annonce de cet hommage dut être faite par le curé au prône des messes de Compains deux dimanches de suite.

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Au service du roi

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A l’armée

      Les Laizer ne dérogeaient pas à cette règle qui veut que, de par son statut, la noblesse doit consacrer sa vie aux emplois militaires. Leur devise en atteste, de génération en génération, ils servirent le roi et l’un d’eux fit même une carrière remarquable : âgé de 76 ans et après 54 ans de service, Jean de Laizer, (un homonyme du seigneur de Compains), avait fait 21 campagnes de guerre ou de sièges. Un des fils de Jean Ier de Laizer, François (1664-1722), seigneur de Brion de 1716 à 1722, aura le bras emporté en 1712 à la bataille de Denain, à près de 60 ans, lors de la guerre de succession d’Espagne. Il quittera le service nanti d’une pension de 2000 livres réversible sur ses enfants.

Exemptions de service pour Jean Ier de Laizer

      Jean de Laizer vécut la dernière partie de sa vie sous Louis XIV, en un temps où les guerres répétées conduisaient le roi à réunir fréquemment le ban et l’arrière-ban. Ceux qui ne pouvaient pas, ou plus, se battre devaient fournir un remplaçant. Arrières-vassaux du roi, les Laizer devaient répondre à ces convocations et servir à la guerre. Le cas de ceux qui, vieux ou impotents, ne pouvaient plus servir à l’armée était évidemment prévu et l’âge, la maladie ou des blessures donnaient droit à des exemptions de service. Ainsi, deux ans avant sa mort, requis de marcher au ban, Jean de Laizer sollicite en 1674 d’être déchargé du service personnel, attendu qu’il a 63 ans et “qu’il est travaillé par la maladie de la pierre depuis cinq ans, ce qui l’empêche de monter à cheval”. Il requiert à nouveau sa décharge du service personnel peu avant sa mort, attendu que son fils homonyme, Jean, comte de Brion, (que nous nommerons Jean II), est placé en 1675 comme cadet de la première compagnie des gardes du corps du roi, ce qui permet à son père de requérir  “sa descharge du service personnel et contribution dudit ban et arrière-ban”, pour lui-même.

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Les sœurs aussi

       Mieux valait être l’ainé pour pouvoir bénéficier de la meilleure partie des biens de la famille. Dans une famille noble peu fortunée, les filles, petitement dotées,  étaient souvent petitement mariées. Une sœur de Jean, Marie de Laizer, avait épousé Philibert de Chauderasse, dont la famille tenait château à Courgoul, non loin de Compains. Seigneur du Creste qu’il tenait de sa mère, Philibert était noble, mais désargenté. Marie de Laizer, sa veuve sans enfant, âgée d’une soixantaine d’années et sa sœur Catherine de Laizer ne possèdent en fief qu’une rente et un petit domaine à Chidrac, le tout d’une valeur de 300 livres de revenu. Ne pouvant combattre, les femmes nobles devaient s’exonérer en payant une taxe. Dans la gêne, Marie et Catherine demandent à être déchargées du ban “attendu le peu de biens qu’elles possèdent pour les faire subsister et que le défunt [Philibert de Chauderasse] est décédé en ayant laissé la terre et seigneurie de Chauderasse couverte de tant de dettes que personne n’a voulu prendre qualité d’héritier”.

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LE TEMPS DES ABUS

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      La seconde moitié du XVIIe siècle voit la reprise en mains de la noblesse par le pouvoir royal. Après la destruction de plusieurs châteaux auvergnats ordonnée par Richelieu et après la Fronde des nobles sous Mazarin, l’accession de Louis XIV au pouvoir installe la monarchie absolue. Les évènements évoqués ci-après, tant en Auvergne qu’à Compains, reflètent la volonté royale de reprise en mains. Ils en montrent aussi les limites.

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En Auvergne

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      Le roi voulait ” faire puissamment régner la justice”. Selon Talon, avocat au parlement de Paris, l’objectif des Grands Jours d’Auvergne (1665-1666), est “moins de punir que de soumettre” au roi les nobles pour “tirer les peuples de l’oppression des puissants”. En 1666, une cour de justice itinérante vint donc s’installer à Clermont-Ferrand et au Puy pour désencombrer les tribunaux et punir les abus les plus criants, au premier rang desquels, ceux de la noblesse. Incarnée par ce tribunal dit des Grands Jours, la justice royale voulait “porter la crainte dans des lieux inaccessibles à la justice” et en particulier dans les montagnes d’Auvergne où les habitants pouvaient être la cible d’injustices seigneuriales. Des enquêteurs parcoururent les Montagnes pour faire émerger crimes et délits restés impunis. Contournant les justices seigneuriales, certains déshérités purent ainsi enfin faire reconnaitre leurs droits par la justice du roi.

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Témoin des débats, Esprit Fléchier “bel esprit” doté d’une plume alerte et caustique, décrit l’Auvergne comme “une province bien déréglée où l’éloignement de la justice souveraine, la faiblesse des justices subalternes, la commodité de la retraite dans les montagnes, et peut-être l’exemple ou le mauvais naturel de quelques uns avaient donné le courage à la plupart des gentilshommes de faire les tyrans et d’opprimer les peuples”.

Grands Jours d’Auvergne 26 septembre 1665, B.N. Ecole française, 17e siècle

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      Le tribunal réprima bien quelques abus, dont il ne put malheureusement empêcher la reprise sitôt partis les juges. En dépit de l’impact limité des Grands Jours, l’intendant Lefèvre d’Ormesson se crut pourtant autorisé à écrire de façon lénifiante en 1697 que les Grands Jours avaient “réformé l’excez du pouvoir des gentilshommes qui sont présentement fort soumis et esloignez de toutes vexations à l’égard de leurs vassaux et de leurs voisins”.

      La famille Laizer ne défraya pas la chronique lors des Grands Jours d’Auvergne. Pourtant, la situation à Compains montre à quel point l’intendant était dans le déni de réalité. Qu’il s’agisse de l’affaire du lac des Bordes (abordée au chapitre Lacs et tourbières), de la guerre des moutons ou de la captation des dîmes du curé évoquées ci-après, Jean Ier de Laizer, qui cherchait à abuser  de sa position dominante à Compains, allait devoir entrer en conflit avec les habitants.

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A Compains

Relations conflictuelles de Jean Ier de Laizer avec les brionnais et leur curé

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        En ne cessant pas de le défier par juges interposés, les brionnais, mais aussi le curé de Compains, vont mener la vie dure à Jean Ier de Laizer durant la vingtaine d’années où il sera seigneur de Brion.

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La guerre des moutons (1670)

      Estives défrichées pour y planter quelques bleds, bestiaux qui pacagent là où ils n’auraient pas dû, surpacage, empiètements, bornes déménagées… Qu’il fut seigneur ou paysan, chacun transgressait au mieux de ses intérêts la coutume qui régissait l’Auvergne. Alors que l’affaire du Lac des Bordes n’avait pas encore atteint son terme, c’est l’envahissement de la Montagne de Brion par les moutons du seigneur qui mobilise les brionnais en 1670.

La montagne de Brion

Précisions de vocabulaire : en Auvergne, le terme montagne ne désignait pas forcément un lieu fort élevé, mais plutôt un lieu que son altitude – moyenne en ce qui concerne la commune de Compains – distinguait de la plaine ou de la vallée environnante. Sur le plan de l’économie agricole, le terme montagne désignait des pâturages arpentés par des bestiaux durant la bonne saison. La montagne était divisée en têtes d’herbages valant à Compains moins d’un hectare sur lequel on nourrissait une vache et son veau ou six moutons.

      Brion bénéficiait d’une montagne commune aux dimensions considérables (environ 650 têtes d’herbages, équivalant à 510 hectares selon les estimations d’experts au XIXe siècle), sans compter le foirail, la Motte et le lac des Bordes, propriétés du seigneur. Peuplée “de toutes sortes de bestiaux”, la montagne de Brion était formée de trois principaux groupes d’herbages (Fontpiroux, la Redonde, Blatte, ces lieux étant dits aussi La Garde) qui avaient toujours été “jouis devisement” (partagés) entre les habitants et le seigneur.

      Dans l’immensité de ces pacages d’altitude, tous s’autorisaient quelques entorses à la coutume d’Auvergne, le plus souvent en toute impunité. La montagne, en principe réservée aux bovins, était soit pâturée par les moutons du seigneur, soit cultivée par les paysans qui y défrichaient des “terres novales”. En 1670, l’usage que les uns et les autres faisaient de cette montagne rendit  particulièrement houleuses les relations entre les brionnais et Laizer. Cette fois, c’est le trop grand nombre de moutons du seigneur qui dressait contre lui les paysans.

Les moutons nuisent aux herbages des montagnes

      On trouvait des moutons dans chaque village des montagnes occidentales et rares sont les contrats de mariage à Compains où ne figurent pas dans la dot de la mariée “six brebis mères ou suivies”. Comme les chèvres, les “brebialhes” (moutons et brebis) étaient l’assurance des pauvres : ils aidaient à survivre le journalier sans ouvrage, le vieillard, la veuve ou l’indigent, tous ces fragiles qui trouvaient là de quoi échapper à la survenue de la mendicité.

    Tous savaient cependant que le partage de la même montagne par les bovins et les moutons était incontestablement préjudiciable aux bovins puisque le mouton arrache l’herbe, ce qui détruit progressivement les herbages.

      Les terrains de parcours réservés aux moutons étaient donc les “jachères absolues”, souvent des terrains pentus ou pierreux ou même les bords de chemins. Quand il n’est pas relégué dans quelque coin ingrat, “le mouton cherche sa vie le long des chemins et sur les sentiers”, écrivait en 1804 l’abbé Ordinaire. Le cultivateur comme l’éleveur – on pratiquait presque toujours cette double activité à Compains – craignait que le mouton, souvent gardé de façon relâchée par des enfants, prenne sa pitance là où il le pouvait.

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Le mouton et les mouches

Karel Dujardin, v. 1655 – Petit Palais, Musée des Beaux Arts de la ville de Paris

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      Le plus souvent, chaque mas avait un lieu dédié au parcours des moutons. Au bourg de Compains, des pâtres venaient selon la coutume chercher les ovins au printemps pour les conduire à Anzat sur des terres vaines et vagues qui leur étaient laissées. A Ardes où certaines terres étaient propices aux moutons, on les vendait lors d’importantes foires. A Besse, on les installait sur un territoire dit La plaine des moutons. La laine était vendue à Marcenat.

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  Moutons à Compains aujourd’hui

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Haro sur les moutons du seigneur

      Le seigneur surchargeait de moutons la montagne de Brion. Laizer reconnaissait faire paître “quelques moutons” – il en avouait 250 – une évaluation que les paysans n’hésitaient pas à chiffrer de leur côté à 300 ou 400. Ce qui était sûr, c’est que mélanger moutons et bovins sur le même le terrain de parcours impactait la qualité des herbages réservés aux bovins. Croyant se justifier, Laizer clamait qu’il ne faisait qu’imiter la pratique de Montmorin son prédécesseur et, pensant faire taire les brionnais, brandissait la menace de partager les communaux si on l’obligeait à éloigner ses moutons. Une menace qui, mise à exécution, aurait privé les paysans du tiers de la montagne de Brion.

Le conflit

      C’était sans compter avec le notaire Jean Verdier et son frère, déjà rencontrés dans le conflit du Lac des Bordes. Peu impressionnés par la menace seigneuriale les deux frères prennent la tête d’un nouveau mouvement de résistance qui va s’acharner à défendre les droits que donne aux habitants la coutume d’Auvergne. Là encore, l’opposition entre les parties dépasse la simple controverse locale puisque, forts de leur bon droit, les brionnais s’adressent à l’intendant d’Auvergne, Jean Le Camus, qui diligente une enquête.

      Laizer contre-attaque en dénonçant à l’intendant ces paysans de Brion qui “font éclater leur haine” contre lui, arguant qu’eux-mêmes défrichent indument la montagne où ils font pousser “toutes sortes de graines” pour, l’année suivante, transformer ces mêmes terres en prés de fauche “si bien que par ce moyen lesdits habitans hyvernent plus grande quantité de bestail qu’ils n’ont de foin et de paille de leurs héritages”, ce qui, on le sait, contrevenait à la coutume d’Auvergne. Par mesure de rétorsion, Laizer demande l’arpentage des biens de chacun et la séquestration de la récolte, renouvelant sa menace de faire opérer le partage des communaux dont il voulait, et pouvait, garder pour lui le tiers au titre de seigneur haut justicier.

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Paul Vaison (1841-1911) – Brebis “suivie”

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      S’il était vrai que transformer des communaux en terres labourables contrevenait à la coutume d’Auvergne, la pratique était si générale qu’il aurait été difficile à l’intendant Le Camus de l’interdire sans soulever des “émotions” préjudiciables à la paix civile dans nombre de villages.

      Indubitablement, chacun n’en faisait qu’à sa tête, mais les défrichements pratiqués par les paysans pauvres étaient mieux tolérés par l’intendant d’Auvergne que le pacage des moutons seigneuriaux qui sabotaient la montagne réservée aux bovins. Les brionnais avaient le droit pour eux, on leur donna raison. Ne pouvant passer outre, Laizer dut retirer ses moutons en excédent.

      La victoire des brionnais leur profita un demi-siècle, jusqu’à ce que François de Laizer, fils de Jean, y puisât argument pour attaquer à son tour les paysans. En s’appuyant sur cette ancienne décision, il exigea des ruraux qu’ils retirent de la montagne les moutons qu’à leur tour ils y faisaient pacager en surnombre.

      Quant au partage de la montagne de Brion, les Laizer devront encore patienter deux siècles, puisque le cantonnement des biens qu’ils avaient pu récupérer dans la montagne de Brion après l’Empire n’interviendra qu’en 1874.

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Des relations contrastées avec l’Église

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      Les relations des Laizer avec l’Église sont paradoxales. Affichant une dévotion visible à la chapelle de Vassivière, le seigneur n’hésite pourtant pas à priver le curé de la paroisse de Compains d’une partie de ses revenus en captant les dîmes qui devaient revenir à l’ecclésiastique. Ces dîmes servaient à l’occasion au curé à soutenir les plus misérables. Quant à des dons faits à l’église de Compains ou à la chapelle Saint-Jean-Baptiste de Brion, les sources retrouvées pour l’instant n’en mentionnent pas. A peine voit-on qu’un fils de François de Laizer fut prénommé Jean-Baptiste, indice bien incertain d’un baptême qui aurait pu être pratiqué à la chapelle Saint-Jean-Baptiste de Brion.

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Le curé de Compains fait condamner Jean Ier de Laizer et son fils Jean II

      Depuis des siècles, la noblesse captait tout ou partie des dîmes qu’auraient dû percevoir les religieux. A Compains, quand le curé de la paroisse, Antoine Papon, fut lui aussi victime de cet abus seigneurial, il entra en procès contre Jean Ier de Laizer, mais aussi contre le seigneur d’Entraigues possessionné au sud-ouest de Compains, contre Las Colanges, seigneur d’Escouailloux et même contre le chapitre de Saint-Chamant, possessionné à Chandelière, à l’est de la paroisse.

      L’affaire remonta à la justice royale du parlement de Paris qui, le 6 septembre 1673, donna raison au curé. Las ! Antoine Papon, mort peu avant, ne connut pas l’arrêt de la cour en sa faveur et le jugement profita à Chabru, son successeur. Le 30 mai 1682, Jean II de Laizer fut finalement condamné non seulement à laisser au curé la jouissance des dîmes de certains villages de la paroisse, mais aussi à lui restituer les dîmes indument perçues, comme l’avait décidé le 2 septembre 1671 le parlement. Si dans les rapports de force, le dernier mot revenait dorénavant parfois à la justice royale aux dépens de la justice seigneuriale, aucun texte –  en l’état de notre recherche – ne vient montrer que cette condamnation fut suivie d’effet avant 1700, année où un accord sur les dîmes fut passé entre le nouveau curé, Jean Breulh, et Jean II de Laizer.

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Dons des Laizer à la chapelle de Vassivière

      A une dizaine de kilomètres de Besse, on vénérait l’été à la chapelle de Vassivière une vierge noire, conservée l’hiver dans l’église Saint-André de Besse. Isolée au milieu des herbages, la chapelle est toujours le lieu d’un pèlerinage très fréquenté par les auvergnats.

La chapelle de Vassivière

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      Il était de tradition chez les Laizer de faire des dons à la chapelle de Vassivière ainsi qu’aux prêtres communalistes de l’église Saint-André de Besse.  La sœur ainée de Jean Ier, Gasparde de Laizer, née en 1605, avait épousé  Jean d’Héraudi baron de Saint-Diéry. Elle donna en 1634 à la chapelle “deux couronnes d’argent […] l’une pour l’image du grand autel, l’autre pour l’image de la petite chapelle” (la chapeloune, petite chapelle située en contrebas de la chapelle principale).

      L’invocation de la Vierge de Vassivière fut sans doute renforcée dans la famille pour demander la guérison de Jean, (mort en 1662, soit à environ 14 ans), d’une maladie que contracta aussi sa sœur. Pensant aider à la guérison de sa fille, Jeanne de Bélinay offrit à la chapelle le poids en cire de l’enfant. Sauvée, celle-ci entra au couvent des Ursulines à Clermont où les religieuses se chargeaient de l’éducation des jeunes filles. En 1668, Jean de Laizer et son épouse donnaient à Vassivière un tabernacle en bois doré qui fut posé sur le grand autel, un don qui ne profita pas longtemps à la chapelle qui fut pillée l’année suivante.

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Dons aux prêtres communalistes de Besse

      Les Laizer avaient fondé en 1652, moyennant 160 livres, sept messes dites à haute voix à célébrer à Vassivière lors des sept principales fêtes de la Vierge. En “cas de mauvais temps, non autrement” si on ne pouvait célébrer à Vassivière, les messes devraient être célébrées à l’église Saint-André de Besse.

      L’importante communauté de prêtres communalistes de Besse reçut en outre des Laizer une rente fondée sur une vente de bois. En 1672,  Jean Ier de Laizer accordait à Blaise Thouren, laboureur de Chandèze, le droit d’exploiter une coupe de bois  dans le bois des hommes (sud du Montcineyre, près de Chaumiane). En échange, Thouren devait verser une rente annuelle de huit livres aux  frères de la communauté de Saint-André de Besse. Cette autorisation fut reconduite à plusieurs reprises par ses fils, Jean II (en 1689 et 1699), puis par François en 1716. Au XVIIIe siècle, Jean-Charles de Laizer clora cette rente qui n’était plus versée.

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Vie sociale à Brion

      A Compains, il était d’usage que Jean de Laizer ou son épouse affichent leur proximité avec certains de leurs gens en apparaissant occasionnellement aux baptêmes et aux mariages. Il s’agissait le plus souvent des plus aisés de la paroisse, la famille du notaire Morin, celle du curé de Chazelle ou la famille de leurs métayers.

      En 1663, par exemple, Laizer est témoin au mariage d’Antoine Morin, fils du notaire, qui épouse Catherine Blanchier, la fille d’un laboureur aisé de Compains. Jeanne de Bonafos en 1668 est commère au baptême d’Antoine Morin, homonyme de son père notaire avec pour compère Antoine Ribeyre, seigneur d’Opme, gros propriétaire à Compains et dans la région, conseiller du roi à Clermont et propriétaire de centaines de têtes d’herbages au sud de la paroisse. Les exploitants du domaine de Malsagne, “appartenant au seigneur” ne sont pas oubliés : en 1664, Laizer est témoin au mariage de Guillaume Maynal avec Louise Vidilhe, fille du métayer de Malsagne. Ces pratiques se raréfieront au fil du temps.

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Relations avec des paysans endettés

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      Jean de Laizer, “pour leur faire plaisir”, rapporte le notaire, s’était porté caution des frères Morin, des paysans qui s’étaient endettés auprès d’Antoine Ribeyre, seigneur d’Opme. Les Morin ne pouvant rembourser leur dette à l’heure dite, Jeanne de Bélinay, alors veuve de Jean Ier, paya Ribeyre à leur place en 1678 puis,  en contrepartie, fit saisir à Malsagne et sur la terre voisine de La Berche, la grange, l’étable et une dizaine de près des deux frères pour le montant de la somme due (1821 livres). L’ opération permit d’étendre le domaine de Malsagne et d’éviter que d’Opme n’étende davantage ses biens à Compains.

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Mort de Jean Ier de Laizer et Jeanne de Bonafos

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Ensépulturés dans l’église Saint-Georges de Compains

Mort le 14 janvier 1676 à Chidrac, Jean de Laizer fut transporté à Compains où il trouva sa sépulture le 18 dans l’église Saint-Georges où le suivit son épouse Jeanne de Bélinay le 6 septembre 1687. L’emplacement de leur tombe marque, sinon leur attachement à Compains, du moins leur volonté d’y laisser les restes de leur passage terrestre. L’église ne comporte pas d’enfeu qui permettrait de localiser leur tombe, vraisemblablement située sous les dalles du transept droit, non loin des non-nobles, notaires ou marchands qui avaient eu les moyens de se faire enterrer dans l’église, au pied de la tour qui donne accès au clocher.

L’église Saint-Georges, lieu de sépulture de Jean de Laizer et Jeanne de Bonafos (Lithographie d’Emile Sagot, Archives départementales du Puy-de-Dôme)

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Un testament contesté

      Jean de Laizer meurt quelques jours après avoir ajouté in extremis à son testament un codicille par lequel il lègue à son épouse trois mille livres de rente, les meubles et le bétail de ses propriétés. Ses fils soupçonnèrent-ils leur mère de quelque manipulation, c’est probable, car une semaine après la mort de Jean et à la surprise de Jeanne de Bonafos, le notaire diligenté par le procureur du roi apposait les scellés “dans la maison et chasteau [terme pris ici dans le sens de demeure] de Chidrac en laquelle le seigneur de Siougeat est décédé et autres maisons appartenant à sa succession”. L’épouse tenta en vain de s’opposer à cette mise sous scellés qui nous vaut de bénéficier de l’inventaire des biens du seigneur de Compains.

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L’inventaire des immeubles détenus par le seigneur à Compains en 1676

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      Selon les déclarations des brionnais, les Laizer n’avaient dans le hameau de Brion “ni maison, ni établerie”, donc aucun immeuble, ce que confirma le notaire qui posa les scellés. Totalement ou en partie ruiné, l’ancien château  médiéval devenu inhabitable, n’est même pas mentionné dans l’inventaire.

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Un pied à terre au bourg de Compains…

      C’est au bourg que loge ponctuellement le seigneur quand il passe à Compains régler ses affaires, dans une maison sise au nord de l’église Saint-Georges, à peu près là où on peut voir aujourd’hui l’ancien presbytère. Telle que décrite en 1676 dans l’inventaire après décès, la maison comprenait au rez-de chaussée une cuisine, un four et deux chambres où vivaient Jeanne Auzolle qui s’occupait de la basse-cour, le forestier Jean Chandezon et son fils, palefrenier. A l’étage, Laizer s’était réservé deux chambres.

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…pourvu d’un colombier

     La bâtisse était pourvue d’un signe extérieur de noblesse, un colombier garni de pigeons, oiseau dont la chair était très appréciée sous l’Ancien Régime. Dite colombine, la fiente des pigeons  constituait un bon engrais vendu au profit du seigneur. Le privilège du colombier, peut usité chez les nobles d’Auvergne, n’était guère apprécié des paysans qui voyaient les pigeons vaguer sur leurs terres et consommer les grains qu’ils semaient. Des règlements prévoyaient d’enfermer les pigeons pendant les semailles. En dépit d’un règlement du parlement en 1630 qui autorisait la construction de colombiers sans besoin d’une autorisation des seigneurs hauts justiciers, il semble qu’il existait peu de colombiers dans la paroisse. Aujourd’hui, le seul colombier connu se trouve à Marsol.

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Un antagonisme durable

      A quoi attribuer les relations tendues entre Jean de laizer et ses adversaires, le curé de la paroisse et les paysans de Brion, sinon à un besoin de plus grande justice face au manque d’habileté d’un seigneur sans doute peu porté à transiger et doté comme ses semblables d’une tendance à abuser de sa position dominante. Pourtant, on remarquera à sa décharge que Jean Ier de Laizer semble ne s’être jamais approprié les communaux du village, contrairement à certains nobles dont le comportement répréhensible avait été en 1667 à l’origine d’un édit royal qui ordonnait aux seigneurs qui s’étaient emparés des communaux de les restituer aux paroisses.

      On peut penser que les Saint-Hérem n’avaient géré que de loin leur châtellenie, affermée un temps à l’écuyer Jean de Lubé. Pour éviter des conflits avec des ruraux difficilement gérables, il est possible que Montmorin ou celui à qui il afferma la seigneurie ait laissé aux habitants plus d’autonomie que ne voulut laisser Jean de Laizer aux brionnais. On sait par exemple qu’une transaction entre Montmorin et les habitants de Brion les avait autorisés à pacager le foirail seigneurial pour le prix de 10 sols par an. Quand la seigneurie eut changé de mains, faisant fi des bornes, les brionnais faisaient aussi pacager la Motte, pourtant réservée aux bestiaux des Laizer. Ce relâchement possible de l’autorité seigneuriale au temps des Saint-Hérem, pourrait avoir encouragé le développement d’un sentiment d’indépendance chez des paysans réputés indociles et, qui plus est, conduits par un notaire mû par une bonne connaissance des arcanes de la justice royale et des droits que donnait la coutume.

      Enfin, peut-être n’est-il pas si hasardeux de postuler qu’à Compains comme ailleurs, certains esprits commençaient à évoluer vers des idées qui annonçaient la rupture de la fin du XVIIIe siècle.

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A SUIVRE

Les fils de Jean (1676-1722)

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