Compains

Histoire d'un village du Cézallier

Population et territoire

 

Compains, un village partagé entre plusieurs seigneuries

     Au Moyen Âge comme sous l’Ancien Régime, les limites de la seigneurie de Brion n’étaient en rien positionnées sur celles du village de Compains. Outre Brion, plusieurs fiefs et seigneuries dépourvus de châteaux se partageaient le territoire communal. Entrés dans la vassalité du Dauphin d’Auvergne (1222), les Bréon qui avaient eux-mêmes des vassaux à Compains, voisinaient avec  de grands fiefs, (La Tour, Saint-Nectaire) qui empiétaient sur les marges ouest et nord de la commune. Pour clarifier le découpage territorial et afficher clairement les appartenances, des bornes parfois armoriées, pour la plupart disparues, étaient dressées sur le territoire du village.

 

La Pierre Saraillade, borne seigneuriale, borne de péage

     Témoignage rare et précieux de l’histoire de Compains, on voit aujourd’hui encore la Pierre Saraillade, dressée sur la Montagne de Joran. La pierre est l’un des derniers témoignages des bornes seigneuriales, armoriées ou non, qui matérialisaient les limites des propriétés à Compains. A trois kilomètres à l’ouest de la butte de Brion, sur la pente septentrionale de la Montagne de Joran (alt. 1300 mètres), la Pierre Saraillade est une borne de péage placée – depuis au moins la première moitié du XVIIe siècle – à la séparation entre les terres de la châtellenie de Brion et les herbages du Joran. L’étymologie reflète la fonction liminaire de la pierre. Saraillade dérive du terme méridional sarrail ou saroil (du latin serrare, fermer). Haute d’environ un mètre, parallélépipédique, la pierre de basalte a reçu au fil du temps plusieurs inscriptions. En dépit du mauvais état de la sculpture, on distingue sur la face nord-est de la pierre tournée vers Brion, un écu taillé en réserve dans la roche, présentant une demi sphère sculptée en son centre. Ce blason, qui fait face à la seigneurie de Brion, est vraisemblablement aux armes de l’un des propriétaires – encore non identifié – qui posséda le sommet de la Montagne de Joran. Sur la face opposée orientée au sud-ouest, une croix bien visible et qui ne semble pas très ancienne a été inscrite dans la pierre où elle voisine avec plusieurs autres inscriptions.

 

 

 

 

     Peut-on dater certains des éléments sculptés sur la pierre et en particulier le blason ? On sait qu’étranglé par les dettes, Maurin III de Bréon avait vendu la montagne de « Giouran » au plus tard en 1351 à une famille de bourgeois clermontois, les Balbet. Mais le blason de la Pierre Saraillade terminé en pointe d’accolade, reflète une époque postérieure au Moyen-Âge et ne peut donc être celui des Balbet. L’écu a appartenu à l’un des propriétaires qui ont succédé aux Balbet sur la montagne de Joran entre le XVe siècle et la fin de l’Ancien régime. Une plantation de bornes sur le Joran en 1624 ne nous permet pas – pour l’instant – d’élucider le mystère du blason, pas plus que les textes ultérieurs retrouvés sur le Joran.

 

 

 

 

 

 

La Godivelle

 Borne près du lieu dit Gaine entre La Godivelle et Espinchal

 

Située au bord du chemin qui conduit de La Godivelle à Espinchal, la borne de Gaine matérialisait – semble t-il – la limite sud du domaine du Cros de Joran.  

 

 

 

 

La fontaine des trois seigneurs

     Au Moyen Âge, au sud-ouest de Compains, la suzeraineté et les seigneuries des Bréon s’étendaient jusqu’à Egliseneuve, Condat et Lugarde. C’est là qu’au point de contact entre les trois communes d’Espinchal, Mongreleix et Chanterelle, le cadastre « napoléonien » d’Espinchal (1828), montre un lieu isolé et perdu au milieu des herbages où surgit aujourd’hui encore une source nommée au XIXe siècle, Fontaine des trois seigneurs. En ce lieu, confluaient donc trois seigneuries. Nous sommes à 1170 mètres d’altitude, à la limite de la terre de Chevaspère (com. Espinchal) et de la Montagne de Lascombe (com. Chanterelle). Non loin de là, coule le ruisseau de Jambe, affluent de la rive gauche de la Loubanère.

      Le terme fontaine, préféré à source sur le cadastre, ne pourrait-il laisser à penser qu’une construction – pourquoi pas un tripode ? – aurait pu matérialiser ce point d’eau commun à trois seigneuries distinctes ? Hors un chaos de rochers, l’examen minutieux du terrain ne révèle cependant plus la trace d’une construction qui aurait pu signaler en cet endroit une fontaine dont trois seigneurs, sans doute ici à la limite de leurs biens, laissèrent partager l’eau au bétail de leurs paysans.

   Et de quels seigneurs pourrait-il s’agir ? La montagne de Chevaspère est citée au Moyen Âge dans un texte de 1349 où apparait Maurin de Bréon, seigneur de Brion. Maurin était seigneur éminent du seigneur Espinchal et de Richard de Chaslus, seigneur d’Egliseneuve, au moins pour une part de leurs biens. On pourrait donc concevoir avec vraisemblance que le nom de la fontaine remontât à l’époque médiévale. La relation de vassalité des Espinchal et des Chaslus, vassaux de leur suzerain Maurin de Bréon, n’aurait pu que faciliter la jouissance paisible de ce point d’eau par les trois voisins, sans doute incapables de déterminer à qui appartenait vraiment la source. On le conçoit, la fontaine, si elle fut matérialisée autrement qu’à travers le nom du lieu, pourrait avoir été fort ancienne. 

 

   La fontaine des trois seigneurs

 

      Aujourd’hui, la source d’eau vive surgit toujours à Chevaspère, mais sa dénomination ancienne n’apparait plus sur la carte I.G.N. Monts du Cézallier. Alors que les textes nous montrent la trace des innombrables conflits d’intérêts surgis au fil du temps autour du partage de l’eau, le nom de cette fontaine, après avoir traversé les siècles, révèle qu’en cet endroit et en des temps sans doute fort anciens, trois seigneurs furent d’accord pour qu’en limite de leurs seigneuries, leur bétail s’abreuvât paisiblement à cette source.

 

 

Le « pays » de Compains au XVIIIe siècle

     Deux rivières naissent à Compains. La carte de Cassini nous montre le bourg traversé par la Couze de Valbeleix qui prend sa source près des villages [hameaux] d’Escouailloux et de Cureyre. Longée sur une partie de son parcours par le ruisseau de la Gazelle né près du Montcineyre, la Couze conflue avec la Gazelle près de Valbeleix.

     On distingue nettement sur la carte la ligne de partage des eaux entre, coulant vers l’est les ruisseaux du bassin-versant de l’Allier affluents de la Couze de Valbeleix et coulant vers l’ouest, les ruisseaux du bassin-versant de la Dordogne affluents de la Rhue.

     Outre le bourg de Compains, quinze villages [hameaux]  se répartissent au XVIIIe siècle le vaste territoire paroissial d’environ 80 km² : Brion-Haut, Brion-Bas, Belleguette, Chadeley (Chandelières), Marsol, La Rousaire (La Ronzière), Cureyre, Scouailloux (Escouailloux), Chaumiane, La Gardette, Grolier, Moudeire, Espinat, Redondel, Grafaudet (Graffaudeix).

La toponymie nous renseigne sur la nature peu fertile des terres : Malsagne indique des eaux stagnantes, Espinat des épines, La Ronzière des ronces.

 

Compains (carte de Cassini, XVIIIe siècle) 

 

     On distingue les moulins situés le long de la Couze (indiqués par une roue dentée) ainsi qu’à l’ouest de la paroisse les villages qui seront retirés à Compains à la Révolution pour être rattachés à Egliseneuve-d’Entraigues (Graffaudeix, Granjounes, Moudeyre, Espinat, Chabagnol et Redondel). Situés à l’ouest de la ligne de partage des eaux, ces villages correspondent au bassin-versant de la Dordogne.
Quelques différences majeures – lacunes ou évolution des bâtiments –  apparaissent  avec les lieux tels qu’ils sont décrits par les textes du XVIIe et du XVIIIe siècle. Des bâtiments avérés dans les textes ne figurent pas sur la carte. A  Brion, la chapelle castrale dont l’existence est pourtant avérée  jusqu’à la Révolution  n’est pas représentée. Des moulins sont absents :  le moulin de Belleguette dont l’existence est prouvée dès le XVIIe siècle et plusieurs moulins pourtant attestés à Brion en 1673 près d’un ruisseau appelé L’Ecluse situé entre Brion et les montagnes de La Taillade et de Blatte.
 
     Evolution également dans les paysages. La tourbière ennoyée du lac des Bordes, située dans une large dépression au nord du village de Brion, n’est, curieusement, pas indiquée sur la carte de Cassini.  Il s’agit là d’une lacune de la carte. Le lac des Bordes fut créé au XVIIe siècle par Jean de Laizer, peu après l’achat de la seigneurie de Brion en 1654. Cette initiative prise sans tenir compte de l’avis des habitants, fut à l’origine d’un long procès entre le seigneur et les paysans coalisés derrière Jean Verdier, le notaire de Brion. Un jugement arbitral donna d’abord gain de cause aux habitants mais  Jean de Laizer fit appel et gagna sa cause après une bataille juridique qui s’éternisa vingt ans. En 1675, interdiction fut faite aux brionnais de faire pacager leur bétail sur l’espace dévolu au lac, ni de troubler la jouissance du seigneur qui, pour apaiser les esprits, consentit à laisser aux habitants suffisamment d’eau pour qu’ils puissent abreuver leurs bestiaux (A.N., Jugés du parlement).
 

La population de Compains estimée lors des visites pastorales (XVIIe-XVIIIe siècle)

     Avant la Révolution, quand l’évêque ou son représentant effectuaient dans les paroisses des visites pastorales, ces inspections faisaient l’objet de procès-verbaux détaillés. Les comptes rendus de ces visites donnent notamment l’estimation par le curé du nombre de communiants de la paroisse. Ces chiffres, approximatifs au dire même des curés, fournissent cependant un ordre de grandeur intéressant à considérer pour approcher l’évolution de la population paroissiale du XVIIè siècle aux années qui précèdent la Révolution.

 

L’épineuse question du rattachement administratif de la commune

     Fallait-il rattacher Compains au district d’Issoire  ou plutôt à celui de Clermont-Ferrand, comme Egliseneuve, Espinchal et Besse ? La ligne de séparation des deux districts passait au pied de la butte de Brion et suivait le ruisseau dit de L’eau derrière, traversait la forêt de Boslabert et courrait vers les gorges de Courgoul rejoindre la Couze de Valbeleix.

     Cette séparation entre les districts d’Issoire et de Clermont reflétait la permanence d’une très ancien découpage territorial originellement déterminé par les seigneuries médiévales. Vers l’est de Compains on trouvait les terres des Mercoeur, vers Compains et Vabeleix les terres relevaient de la maison comtale du dauphin d’Auvergne, suzerain des Bréon.

     Le rattachement au district de Clermont répondait au voeu des habitants qui redoutaient les dangers des chemins, souvent impraticables et dangereux l’hiver, qui menaient à Issoire. Une tentative de l’intendance d’Auvergne pour rattacher Compains à la subdélégation d’Issoire en 1782 déchaîna une levée de boucliers chez les compainteyres « ce qui leur occasionnera… de grans embarras… car de Compains pour aller à Ardes il faut au moins trois jours y compris un jour pour séjourner et en tems d’hiver il arrive très souvent qu’il est impossible de pouvoir y aller par rapport aux neiges qui tombent dans ces montagnes ». Une pétition, « signée par une infinité d’habitants » et appuyée par le curé accompagnait cette requête adressée à l’intendance.

     Pour calmer les esprits, l’Administration dut reconnaître avoir sous-estimé la dangerosité de la traversée hivernale des montagnes et Lafont de Saint-Mart, subdélégué d’Issoire – qui ne tenait pas à récupérer dans sa subdélégation les gens des montagnes réputés ingouvernables – proposait à l’intendant de nommer un nouveau correspondant à Besse et d’y rattacher les montagnards. Ce qui fut fait, et Compains resta finalement rattaché à Clermont.

 

La commune de Compains amputée de plusieurs villages à la Révolution

     Succédant à la Basse Auvergne, le département du Puy-de-Dôme  créé le 25 mars 1790 se trouve divisé pour quelques années en huit districts. Les communes succèdent aux paroisses qui disparaissent en 1792-1793, tant dans leur fonction administrative que religieuse. Romme, auvergnat de Riom inventeur du calendrier révolutionnaire, déclarait à la Convention le 10 brumaire an II (31 octobre 1793) « il n’y a [plus] que des communes ».

Compains, La Godivelle, Espinchal et Egliseneuve-d’Entraigues se retrouvent alors à la limite sud du nouveau département. La réforme administrative de 1791 créa de façon éphémère des districts. Celui de Besse comprenait 29 communes au nombre desquelles ne figurait pas Compains, pourtant traditionnellement tournée vers Besse et son marché.

Le rattachement momentané de Compains au district d’Egliseneuve s’assortit de l’amputation définitive de plusieurs villages. Graffaudeix, Granjounes, Moudeyre, Espinat, Chabagnol et Redondel furent rattachés à  la commune d’Egliseneuve. Compains perdit alors environ 353 habitants et la population du village qui atteignait environ 1109 habitants tomba à 756 compainteyres.

L’ouest de la commune de Compains rattaché à Egliseneuve

Les habitants de ces hameaux de Compains étaient de par la configuration du relief « naturellement » attirés vers Egliseneuve comme l’attestent tous les actes de baptême, les mariages et les décès retrouvés dans les registres  paroissiaux puis d’état civil d’Egliseneuve. Les habitants distraits des registres de Compains doivent y être réintégrés si on veut établir des statistiques qui révèlent précisément la démographie historique du village avant les recensements du XIXè siècle.

 

Compains en 1807 d’après le compte rendu d’une visite pastorale

Après l’interruption des visites pastorales pendant la Révolution, les inspections des évêques reprirent sous l’Empire. La visite de 1807 fournit des chiffres détaillés sur les différents villages de la commune, le nombre de maisons et d’habitants  et leur éloignement du bourg de Compains. Le curé Malsang évaluait alors à 825 le nombre des habitants de Compains, dont 551 communiants.

 

Le bourg et les « villages » Nombre de maisons Nombre d’habitants Eloignement du bourg
Le bourg [Compains] 29 152  
Les costes 1 11 Un cart (sic) de lieue
Marsol 11 85 Trois quarts de lieue
Le moulin perot 2 15 Une lieue
Grolier 4 32 Cinq quarts de lieue
Chandelière 9 47 Une lieue
La Ronzière 5 23 Trois quarts de lieue
Brion 29 180 Cinq quarts de lieue
Belleguette 10 55 Une lieue
Curaire 9 58 Une lieue
Escoilioux 10 57 Trois quarts de lieue
Lagardette 2 11 Une lieue
Chaumiane 12 87 Demi lieue
Malsaigne 2 12 quart de lieue
Total 135 825  
Moyenne     6,11 habitants par maison
Nombre de communiants   551  
Nom du curé     Malsang

Compains en 1807 d’après les chiffres du procès verbal de la visite pastorale.

 

Les recensements au XIXe siècle

Ce n’est qu’à partir des recensements de 1841 et 1846 qu’on connait avec précision la population de Compains. Non compris le bourg et les moulins, ont comptait 15 mas (hameaux, villages) à Compains. La population moyenne des mas était de 44 habitants et seul un village, Brion, comptait plus de cent habitants (tableaux à suivre).

 

La population de Compains en 1878

Ci-dessous, la population de la commune par village, d’après un dénombrement établi lors des discussions qui ont précédé la construction de l’école de Brion, (ADPD, T 65).

 

 

 A SUIVRE

 

 

 

 

2 commentaires sur “Population et territoire”

  1. navarro Says:

    Bonjour . En fait , je suis à la recherche d’un lieu dit appelé  » ferme de Gaine  » qui se trouverait sur la commune de Compains … ( existait encore en 1907)
    Si vous possédez quelques renseignements sur ce localité , merci par avance
    Très cordialement

  2. admin Says:

    Bonjour,
    Gaine est indiqué sur la carte I.G.N. au 1/25000e Monts du Cézalier. L’endroit, où subsiste un buron, est situé en limite sud de Compains mais sur la commune de La Godivelle. Vous le trouverez au bord du chemin de terre qui conduit de La Godivelle à Espinchal (GR 30 tour du Cézalier).
    Cordialement,
    Anne-Marie Boyer-Gouédard

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