Compains

Histoire d'un village du Cézallier

VIE RELIGIEUSE

VIE RELIGIEUSE à COMPAINS au XVIIe siècle

Le concile de Trente (1545-1563) avait initié un mouvement de réformation de l’Eglise pour mettre un terme à de nombreux abus tels que la non-résidence des évêques et des curés dans leur diocèse et dans leur cure, les conduites indignes ou l’ignorance des prêtres de campagne. Ce vent de réforme continua de souffler au XVIIe siècle, notamment caractérisé en Auvergne par la création de séminaires (Saint-Flour 1649, Le Puy 1652, Clermont 1653), l’installation d’ordres réguliers (Capucins, Cordeliers, Récollets), et une meilleure surveillance des prêtres. De leur côté, au fil du siècle, les curés osent réagir contre les abus des prélats et des seigneurs locaux. Le train de vie des prélats comparé aux conditions de vie difficiles des prêtres des campagnes suscite des mouvements de protestation dans le bas clergé qui présente aux Etats généraux de 1614 des Cahiers de doléances.

A Compains, la surveillance de la paroisse se traduit par les comptes-rendus de deux visites pastorales qui ne mettent pas en évidence de manquements graves des curés qui pâtissent encore d’un manque de formation et de moyens pour exercer correctement leur sacerdoce. Dans la seconde moitié du siècle, s’estimant injustement privé de ses dîmes par Jean de Laizer seigneur de Brion, le curé de Compains attaque le seigneur devant la justice royale qui, à deux reprises, donnera gain de cause à l’ecclésiastique.

L’EGLISE se REFORME

Des évêques réformateurs

Les évêques d’Auvergne poursuivirent la réforme de l’Eglise impulsée par le concile de Trente. François de La Rochefoucauld, évêque de Clermont de 1585 à 1609, avait notamment constitué des rentes pour que soient financées des missions. Joachim d’Estaing, évêque de 1615 à 1650 puis son frère Louis d’Estaing, évêque de 1650 à 1664, poursuivirent ces réformes. En 1637, une directive de Joachim d’Estaing ordonnait une mission aux environs d’Issoire. Composées de séculiers et de réguliers souvent Capucins, ces missions étaient envoyées dans les paroisses “pour cathéchiser les peuples [et] instruire les ecclésiastiques”. La mission s’achevait au bout d’un an par la remise à l’évêque d’un rapport sur l’état spirituel des paroisses visitées. Un nouveau bréviaire du diocèse fut imprimé et on créa le séminaire diocésain de Clermont. Dans les campagnes, le prêtre n’est plus aussi isolé : des conférences ecclésiastiques instaurées en 1652 regroupent les prêtres de cinq à douze paroisses voisines tous les quinze jours en été, une fois par mois en hiver. Tenues sous la conduite d’un directeur qui devait fournir des comptes-rendus à l’évêque, les conférences reflétaient les difficultés rencontrées par les prêtres dans l’exercice de leur ministère quotidien. Ces réformes seront poursuivies par l’évêque Gilbert de Vény d’Arbouze (1664-1682).

Louis d’Estaing, évêque de Clermont de 1650 à 1664
Tardieu (A.), Grand dictionnaire biographique du Puy-de-Dôme, Moulins, 1878

Doléances du clergé au début du XVIIe siècle

Très inégalement répartis comme l’expriment les cahiers de doléances du clergé de diocèse de Clermont présentés aux Etats généraux de 1614, les modestes revenus des ecclésiastiques suscitaient les réclamations du bas clergé : “presque toutes les cures dudit diocèse sont de si petit revenu qu’à peine il se trouve personne capable qui les veuille accepter et desservir, ce qui provient de l’usurpation des revenus [les dîmes] que les gentilshommes et seigneurs des lieux font et s’approprient, et aussi de ce que la plupart des dîmes qui sont dans l’étendue desdites paroisses sont tenues comme inféodées, et ceux qui les tiennent ne veulent en rien contribuer a la portion congrues desdits curés”. A partir de 1634, la portion congrue passe à 200 livres ce qui, on le verra à Compains, ne mettra pas fin au courant d’idées réformistes qui circulait chez les curés les moins bien nantis.

A COMPAINS

Alors qu’on dénombrait en Auvergne 857 cures au XVIIe siècle, seules 80 étaient à la nomination de l’évêque, principalement dans les régions où celui-ci jouissait d’importants droits féodaux au Moyen Âge (S. Gomis). A Compains, placé hors de la mouvance de l’évêque au Moyen Âge, le curé était à la nomination du prieur de la petite abbaye bénédictine de Bort et le restera jusqu’en 1762 “S.Georgi de Compens – ad presentationem prioris de Bort, ordinis S. Benedicti” (Pouillés). Le prieur de Bort percevait une petite partie des dîmes de la paroisse.

Les “Pères des rues” prêchent dans les montagnesP

La reprise en mains du clergé séculier était soutenue par l’action de réguliers membres d’ordres Mendiants, Capucins, Cordeliers et Récollets qui s’installent en nombre en Auvergne dès le début du XVIIe siècle. Inspirés par l’esprit évangélique, ils ont fait vœu de vivre dans la pauvreté. Depuis le couvent construit à Ardes en 1660, les Récollets prêchent et quêtent dans les villages les plus difficiles d’accès de la Basse et de la Haute Auvergne, là où beaucoup de séculiers encore mal formés pouvaient parfois se montrer intellectuellement limités ou peu respectueux de leur état.

En 1634, “nul ne mendie [à Compains] que les pères des rues” déclare le curé Antoine Dabert qui signale le passage à Compains de prédicateurs Capucins d’Issoire, Cordeliers de Vic-le-Comte et Récollets de Saint-Nectaire qui viennent prêcher l’Avent et le Carême. Antoine Desserre curé de Besse, qui annotait les registres paroissiaux, relate que “le 16 novembre 1639 sont venus les pères de la Mission […] de la Compagnie de Jésus, envoyés de la part de Monseigneur de Clermont, lesquels ont presché apres les vespres […] catéchiseé certains jours […] non seulement a Besse, mais aux autres paroisses voisines durant quelque trois semaines avec beaucoup de fruict pour les ames” (Boyer-Vidal).

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Procession de Capucins


Les “Soeurs de la Miséricorde” assistent les compainteyres

Déficiente dans les campagnes, l’assistance aux pauvres et aux malades était assurée par des communautés de religieuses hospitalières qui venaient notamment en aide aux “filles mères” et à leurs enfants. Jusqu’au XIXe siècle, installées à Besse et Ardes, des religieuses appartenant à la congrégation des Soeurs de la Miséricorde se rendaient dans les villages environnants pour assister les pauvres. A Compains en 1709, une sœur dite “honneste fille Marie Louvain mère de Miséricorde a l’hospital a Besse”, devient marraine de Marie Morin, fille de Jean Morin et Charlotte Boyer. Sans doute s’est-elle rendue à Compains pour assister la future mère. Il faudra attendre 1715 pour que Marie de Broglie obtienne de Louis XIV l’autorisation d’ouvrir un hôpital à Besse.

Une Confrérie du Rosaire à Compains

Les dominicains clermontois sont, selon Grégory Goudot, à l’origine de la création en Auvergne à partir de 1660 d’un grand nombre de Confréries du Rosaire et du Saint-Sacrement : “la confrérie du Rosaire, remarque-t-il, s’implante entre 1600 et 1650 dans 18% au moins des 800 paroisses d’Auvergne”. Etablies à la demande de nombreuses paroisses du diocèse, ces confréries de dévotion se propagent rapidement au XVIIe siècle dans les paroisses reculées des montagnes et leur nombre atteindra son apogée à la fin du siècle.

La paroisse de Compains ne resta pas à l’écart de ce mouvement. En 1663, l’un des deux autels situés dans le transept de l’église Saint-Georges est un autel du Rosaire et le premier dimanche de chaque mois une messe basse y était dite suivie d’une procession à l’issue des vêpres. La confrérie du Rosaire est “établie depuis longtemps sans aucun revenu” déclare le curé Jean Breulh à l’évêque François Bochart de Saron qui visite en 1700 la paroisse de Compains.

L’Eglise s’adapte à la pauvreté : le fromage remplace le poisson en Auvergne

Confrontée à la misère des peuples, l’Eglise sait se montrer pragmatique. En un temps où la religion imprégnait fortement les esprits, la période du carême était à haut risque pour les maigres finances des auvergnats, obligés de consommer du poisson, une denrée que l’enclavement de l’Auvergne rendait fort chère. Tous étaient prêts à conclure que le fromage, si largement produit dans la région, pourrait aussi bien faire l’affaire, et pour moins cher. Mais encore fallait-il que l’Eglise qui avait institué la pratique du jeûne depuis le IVe siècle accepte le recours à cet expédient.

La requête fut présentée en 1637 à Joachim d’Estaing par les échevins de Clermont. Au nom des gens du Tiers Etat de la Basse Auvergne, ils exposèrent “que ladite province estoit située en telle sorte qu’estant éloignée des mers […] séquestré comme en arrière et hors du grand commerce, le poisson est rare et cher en icelle, disetteuse d’huile et de ritz […] les fidèles et les catholiques […] nous requerrans très humblement de vouloir par une bénigne et douce interprétation de la constitution de l’Esglise, dire et déclarer que, dans ladite province et pais, il seroit libre et loisible a nos diocésains d’user de toute sorte de fromage pendant le temps du carême […] et a l’avenir et a perpétuité”. Justifiée, la demande était aussi habile puisqu’elle tentait d’obtenir une autorisation perpétuelle.

Habitué à arpenter l’Auvergne en tous sens lors de ses visites pastorales, l’évêque Joachim d’Estaing connaissait le bien-fondé de la demande mais ne pouvait prendre lui-même la responsabilité de la décision, ni surtout s’engager sur la perpétuité. C’est à Rome que la question fut tranchée. La supplique des auvergnats fut portée au pape Urbain III qui autorisa le remplacement du poisson par le fromage, à condition que cette transgression restât provisoire (dix ans) et ne s’appliquât pas aux religieux “obligés par v[o]eu légitime et canonique a l’observance estroite du Caresme”.

LES RELIGIEUX A COMPAINS AU XVIIe siècle

Comme une grande partie des clercs, les pasteurs de Compains étaient issus de familles de juristes, de marchands ou de familles de petite noblesse “incommodée. Né en 1594, tonsuré en 1614, Antoine Dabert est ordonné prêtre en 1616 dans la cathédrale de Clermont par l’évêque Joachim d’Estaing. D’abord prêtre filleul au Valbeleix, il prend ensuite possession de la cure de Compains où il succède au curé Michel Verdier. Curé durant 25 ans, c’est durant son ministère que fut édifié sur une source aux vertus thérapeutiques le petit oratoire de Saint-Georges où Dabert conduisit en 1646 le religieux Jacques Branche (1590-1662) lors de son passage à Compains (voir le chapitre consacré à l’oratoire de Saint-Georges). Il est assisté d’un vicaire, son neveu Jean Fournier, prêtre filleul de la paroisse.

Docteur en théologie, Antoine Papon, après un vicariat à Brion succède en 1659 au curé Dabert. Il est assisté à Brion de François Meynial. Pour faire face au besoin de soutien spirituel en ces temps de mortalité galopante, le curé n’obtenait pas toujours de l’évêché qu’un vicaire vînt le seconder, un manque de moyens qui pouvait aller jusqu’à priver les paroissiens de messe dominicale.

Extrait du registre paroissial de Compains tenu par le curé Antoine Papon (1670)

En 1667, Antoine Papon qui “estoit allé a la campagne” depuis la veille, sans doute pour administrer les derniers sacrements à un mourant, n’avait pu rentrer à temps pour célébrer la messe de la Saint-André. Appelés au son de la cloche, tous les paroissiens s’étaient pourtant déplacés, y compris le fils cadet homonyme du seigneur de Brion, Jean de Laizer, seigneur de Lignerol, qui habitait Compains. Les compainteyres connaissaient bien cette situation qui s’était déjà produite à plusieurs reprises. On manda le notaire pour écrire une nouvelle supplique à l’évêque. Les fidèles y argumentaient, évoquant la grande étendue de la paroisse, peuplée selon eux de 700 communiants, et rappelaient leurs précédentes demandes. Après la réception d’une telle supplique, l’évêque diligentait une enquête souvent conduite par un prêtre de la région qui devait établir le bien-fondé de la demande, en prenant en compte le nombre de hameaux et de communiants, mais aussi les distances à parcourir et l’impact du relief et du climat sur les déplacements du curé. Les sources ne nous disent pas si la requête aboutit. Antoine Papon quittera son ministère en 1676 pour rejoindre la communauté de Saint-Diéry. Jean Boyer est alors prêtre à Brion.

Issu d’une famille noble de Haute Auvergne confirmée dans la noblesse sous Louis XIV, Gabriel de Chazelle, écuyer, fut curé de Compains de 1677 à 1700 et subit avec les compainteyres les années de terrible famine de la dernière décennie du siècle. A Brion, Jacques Golfier, prêtre filleul, desservait la chapelle Saint-Jean-Baptiste. Malade, le curé de Chazelles résignera sa cure au profit de Jean Breulh son ancien vicaire, curé de La Godivelle depuis cinq ans qui lui consentira une pension de cent livres pour ses vieux jours. Toujours vivant en 1707, Gabriel de Chazelles meurt avant le 23 juin 1714.


UNE CURE SOUS SURVEILLANCE

La venue de l’évêque de Clermont ou de son représentant assure un contrôle régulier des paroisses du diocèse. Ces visites pastorales sont l’occasion pour les prélats d’affirmer l’autorité de l’Eglise sur le clergé, de dresser un état des lieux de la paroisse et de son fonctionnement et d’évaluer la religiosité de la communauté villageoise pour, si des dérives sont constatées, en ordonner la correction.

Les visites pastorales de 1634 et 1700

Rares, les visites pastorales retrouvées au XVIIe siècle ne fournissent pas de procès-verbaux parfaitement comparables. D’un document à l’autre, les questions posées ne sont pas toujours identiques et certaine ne sont pas même renseignées. Joachim d’Estaing, bien que devenu aveugle, avait poursuivi ses visites pastorales dans les paroisses, parfois remplacé par un religieux local. Le compte-rendu de la visite qu’il fit à Compains le 10 août 1623 n’a pu être retrouvé. En 1634, c’est Robert Brossel, archiprêtre d’Issoire qui visite Compens où il remplace l’évêque. Antérieure à la création des séminaires en Auvergne (1653) la visite met en évidence le dénuement d’une église de campagne et se solde par un chapelet de critiques adressées moins au curé qu’à son vicaire.

Extrait du compte-rendu de la visite pastorale de Robert Brossel à Compains (1634) – ADPD

Une gestion paroissiale peu rigoureuse

Conformément aux directives de l’évêque, le curé Antoine Dabert réside bien sur place en 1634. Dit “homme de bien “ par ses paroissiens, il mène une vie respectueuse de son état, assisté de son neveu le prêtre filleul Jean Fournier. Celui-ci, bien que remplissant l’office de vicaire depuis 1626 semble n’avoir qu’une vocation limitée : il ne loge pas au presbytère avec son oncle mais “dans un logis qu’il tient a ses propres despenses”. Il n’a aucun livre, ne prêche ni ne confesse, si ce n’est en l’absence du curé. Loin de l’idéal sacerdotal, il est décrit par les consuls et les habitants “desséché en discours” et “desbauché”.

Le curé Dabert est tenu de dire la messe, les vêpres et autres offices divins à une heure convenable pour la commodité des paroissiens et n’est obligé de faire d’autre office que célébrer la messe tous les dimanches et jours des fêtes de Saint-Georges, Saint Gorgon et Saint Martial. Quand il n’est pas secondé par un vicaire, le curé doit célébrer lui-même les messes de fondation et obit dits à la mémoire des défunts. L’enquête de l’archiprêtre relève que le curé Dabert “ne fait pas la doctrine suffisante aux offices”, c’est à dire ne sait pas prêcher.

Extrait du registre paroissial de Compains tenu en 1652 par le curé Antoine Dabert

Depuis l’ordonnance de Villers-Cotterêts (1539), le curé devait inscrire sur les registre paroissiaux “le temps et l’heure de la nativité” (les naissances) et le “temps de la mort” (les décès) et les mariages. Quarante ans plus tard, l’ordonnance de Blois (1579), imposera au curé la proclamation des bans, l’intervention de quatre témoins et le dépôt au greffe d’un double des registres. Antoine Dabert ne respectait que partiellement ces obligations administratives. N’enregistrant que les baptêmes, il omettait d’inscrire les mariages et les décès. Guidé par la nécessité d’être économe, il n’allumait pas la lampe devant le Saint Sacrement, si ce n’est durant les offices, des pratiques qui seront encore dénoncées au XVIIIe siècle.

La visite pastorale en 1700 de François Bochart de Saron, (évêque de Clermont de 1687 à 1715), dresse le bilan de l’action paroissiale de Gabriel de Chazelles “cy devant” curé de Compains qui vient de transmettre sa cure à Jean Breulh. L’administration de la cure manque toujours de rigueur : le procès-verbal de la précédente visite a disparu, il n’existe toujours pas d’inventaire des vases et ornements et les papiers de l’église ne sont toujours pas en ordre.

Soutanelle n’est pas soutane

La mise des curés était, elle aussi, sous surveillance. Sur le terrain, plongé comme ses ouailles dans l’isolement des montagnes, le curé partageait le mode de vie des villageois et négligeait de porter le costume ecclésiastique, lui préférant la soutanelle, une soutane courte plus pratique qui ne descendait que jusqu’aux genoux. Mais Louis d’Estaing en 1660 ne l’entendait pas ainsi et considérait que le prêtre devait se distinguer des fidèles en portant l’habit ecclésiastique et réserver la soutanelle aux travaux des champs. Des punitions étaient prévues à l’encontre de ceux qui ne respecteraient pas cette obligation.

Gilbert de Vény d’Arbouze, évêque de Clermont de 1664 à 1682 (Gallica)

Le curé diffuse l’information officielle et renseigne la Justice

Le curé est la cheville-ouvrière de la diffusion de l’information qui descend jusqu’au village : il relaie au prône les ordres du roi et les ordonnances de l’intendant d’Auvergne, informe sur les pèlerinages et publie les bans. Il fait aussi remonter l’information en relayant les monitoires de l’évêque et pour ce faire touche une petite somme. Le monitoire était une ordonnances du juge d’Eglise rendue au cours d’une procédure criminelle ; il avait pour objet de forcer les témoins à dénoncer les crimes, faute de quoi on risquait une excommunication. Ainsi voit-on en 1746 Michel Gérard de La Batisse, vicaire général au diocèse de Clermont-Ferrand, mander à Martin Vigier alors curé de Compains, d’admonester par trois fois au prône les habitants de Compains pour qu’ils dénoncent l’assassin d’un bouvier de Brion.

L’ordonnance de Blois (1579) restreignait les pouvoirs du curé. Pour limiter d’éventuelles pressions sur les mourants, il n’eut plus le droit de recevoir les testaments, sauf en cas d’absence avérée du notaire.

En dépit de réponses souvent peu explicites, les procès-verbaux des visites pastorales complétés par la documentation retrouvée, reflètent assez bien l’état spirituel de la paroisse. L’attachement aux sacrements est évident. Dans les villages isolés des montagnes, le mourant redoute l’arrivée tardive du curé freiné dans ses déplacements par le relief et le climat ; les paroissiens sont “assidus aux offices” et font leurs Pâques. Curieusement, alors qu’on trouve cinq femmes “bien instruites” pour ondoyer les nouveaux nés en 1634, aucune n’est signalée en 1700. Nul n’est excommunié, séparé ou illégitimement marié et personne n’a demandé de lettre de dispense. Un seul mariage illégitime est constaté en 1700 mais le village ne recèle aucune “personne scandaleuse”.

LES REVENUS DU CURE

Suivant les prescriptions du concile de Trente, les prêtres devaient être dotés d’un bénéfice qui leur assurât un minimum de subsistance. L’Eglise exigeait qu’avant même son ordination, le prêtre détînt un “titre clérical” qui lui procure un revenu sous la forme d’une rente annuelle viagère. S’y ajoutaient la portion congrue et/ou les dîmes et les petits revenus du casuel et des fondations. Les dons faits dans les testaments et les revenus de la luminerie relevaient des biens de l’Eglise et ne tombaient pas dans l’escarcelle du curé.

Des dîmes usurpées par les seigneurs

Payée en nature et quérable sur place, la dîme qui grevait les produits du sol devait permettre d’assurer la subsistance des ministres du culte, d’entretenir les églises et de secourir les pauvres. Depuis des temps immémoriaux, les dîmes étaient en tout ou partie perçues par les gros décimateurs laïcs ou ecclésiastiques, seigneurs et monastères, on disait qu’elles étaient inféodées. Ces inféodations des dîmes étaient dénoncées par l’administration royale. En 1637, l’intendant d’Auvergne Jean de Mesrigny dans une Relation de l’état de la province d’Auvergne, dénonçait les abus criants de la noblesse et préconisait que les nobles cessent d’accaparer les dîmes. Quand ils ne touchaient pas les dîmes, le revenu des curés des paroisses consistait en une somme d’argent, la portion congrue, c’est à dire convenable. L’acception glissa vers le sens péjoratif qu’on lui connait aujourd’hui parce que la portion était jugée insuffisante pour permettre au curé de vivre dignement. D’un montant de 200 livres pour le curé seul, la congrue montait à 300 livres quand le curé était assisté d’un vicaire. Le principal avantage de la congrue pour le curé était de constituer un revenu fixe, non soumis aux aléas de la production, et qui évitait les tensions avec les habitants du village lorsqu’il fallait dîmer les récoltes, notamment en période de disette.

A Compains, la dîme semble n’avoir été prélevée que sur les grains et le foin. Alors que Gilbert-Gaspard de Montmorin-Saint-Hérent est seigneur de Compains, le curé Antoine Dabert perçoit la dîme en 1634 sur certains villages pour un rapport de six à sept septiers de seigle (un septier pesait entre 80 et 100 kg), plus six à sept charretées de foin en année commune (normale). Sans doute s’agit-il là d’un supplément de congrue. Le reste des dîmes va aux cinq autres décimateurs de la paroisse, trois seigneurs laïcs, Montmorin, Saint-Velay et La Roque, et deux établissements religieux, le chapitre de Saint-Chamant et le prieuré de Bort qui prélève six à sept septiers, soit autant que la part du curé. La dîme était affermée par le curé qui ne la prélevait pas lui-même directement. Les dîmeries étaient délimitées par des bornes sur lesquelles étaient gravées les marques du décimateur. Des compainteyres pensent avoir vu avant le remembrement de telles bornes encore en place dans la seconde moitié du XXe siècle.

L’Eglise payait au roi des décimes, impôt levé sur les bénéfices ecclésiastiques. En 1634, l’impôt payé par le curé de Compains monte à 13 livres de décimes et le prieur de Bort paie 14 livres pour les terres que son monastère tient à Compains.

Jean de Laizer et son fils condamnés à restituer les dîmes au curé

Probablement encouragé par la tenue des Grands Jours d’Auvergne (1666), Antoine Papon curé de Compains avait assigné en justice Jean de Laizer puis son fils homonyme afin de récupérer la jouissance des dîmes de Compains dont il s’estimait dépossédé par le seigneur de Brion. Un long procès, soutenu au moins depuis 1670 fut perdu par les Laizer devant le parlement de Paris. Mort peu avant, Papon ne connut pas l’arrêt de la cour en sa faveur qui profita au curé de Chazelles. Le 30 mai 1682, Jean de Laizer, second du nom, devenu à son tour seigneur de Brion fut à son tour condamné non seulement à laisser au curé de Chazelles les dîmes de la paroisse, mais encore à lui restituer les dîmes indument perçues, suivant les estimations d’experts. Dans les rapports de force, plus qu’à l’arbitraire seigneurial, le dernier mot revenait maintenant à la justice royale.

Interrogé sur ses revenus le 3 septembre 1700 par l’évêque de Clermont, Jean Breulh déclarait toucher “26 septiers de bled qu’il prend dans trois villages de sa paroisse”. S’y ajoutaient “30 livres qui sont payées par la dame d’Entraygues pour supplément a la portion”. L’épouse de François de Malras, marquis d’Yolet seigneur d’Egliseneuve payait ce supplément de congrue pour sa terre de La Fage au sud-ouest de la paroisse.

Pourquoi un tel écart entre la dîme de 6 à 7 septiers perçue par le curé Dabert en 1634 et les 26 septiers perçus dans trois villages de Compains par Jean Breulh en 1700 ? on pourrait penser à des récoltes peu communes : l’une catastrophique (1634), l’autre abondante (1700), ou à une augmentation des surfaces cultivées en novales (terres défrichées), hypothèse peu probable à cette époque encore proche de l’énorme ponction démographique des années 1693-94. Plus vraisemblablement, Jean de Laizer avait-il dû obtempérer après sa condamnation. En 1701, le seigneur laissera à Jean Breulh les dîmes du bourg et de Barbesèche, Belleguette, Malsagne et La Ronzière, mais en même temps, Jean de Laizer se réservait le droit de les récupérer quand bon lui semblerait, sous réserve de payer dans ce cas au curé et à son vicaire la portion congrue prévue par la loi. On peut penser que le calcul du seigneur était le suivant : laisser au curé la dîme des années communes ou mauvaises et la récupérer à son profit lors des bonnes années.

La dîme d’une “année de misère” (1693)

Alors que les récoltes étaient pourries par un temps calamiteux, les compainteyres qui subissaient en 1693 une profonde misère durent malgré tout payer la dîme aux nobles et au curé. En 1693 selon les lieux, on prélevait la dîme à Compains soit à la onzième gerbe (moins de 10% de la récolte), soit à la vingt et unième gerbe (moins de 5% de la récolte). Gabriel de Chazelles leva la dîme de 1693 dans les villages de Marsol, Grolier, Chandelière, Cureyre, au tènement de la Montagnoune et enfin “dans un petit circuit” au tènement de Compains, ce qui lui procura cinq septiers de tous bleds.

On disait qu’avec les dîmes, “faire la part du curé c’est aussi faire la part des pauvres”. Qu’ils perçoivent la dîme ou la congrue, les curés devaient faire l’aumône aux pauvres, sans compter l’aide discrète qu’il fallait apporter aux pauvres honteux qui, bien que travaillant, ne parvenaient pas à nourrir convenablement leur famille. Malheureusement, la règle canonique qui attribuait un quart des revenus ecclésiastiques aux “peu accommodés” était en général méconnue, et pour l’instant, aucune source ne nous indique si, ni comment elle aurait été appliquée à Compains.

Extrait du registre paroissial de Compains tenu en 1694 par le curé
Gabriel de Chazelles
Deux mariages et une nuée de morts
Le curé écrit : “le quatorze aoust j’ay assisté au mariage de me Léonard Andrau, marchand de la paroisse de Condat et de honneste filhe Catherine Morin, filhe a me Jean Morin lieut[enant] de Compeins et Brion”.

Le casuel

Peu importants les revenus du casuel étaient perçus par le curé et le vicaire quand ils accomplissaient les actes liturgiques (baptême, mariage, funérailles). Variables en fonction du volume de la population, le casuel au dire des curés était souvent “fort mal payé” (L. Welter). Pratique immémoriale, les prêtres bénissaient les hommes mais aussi en pays d’élevage, les bêtes et les champs. Aujourd’hui encore on voit le prêtre bénir les troupeaux dans les montagnes proches de Compains comme le faisait Jean Breulh en 1738 , qui recevait trois livres du vacher du conseiller Dauphin, seigneur des terres de Veisseire, afin que soient dites des messes pour la conservation du bétail comme “accoutumé par le passé”.

Les fondations

Nombreuses étaient les messes “fondées” par les testateurs ou par les héritiers pour le salut de l’âme de leurs défunts. Il s’agissait de legs faits souvent à perpétuité en argent ou en fonds de terres donnés à la paroisse et destinés à assurer au donateur des prières et des offices religieux. Au minimum, la fondation consistait en une messe de funérailles, une messe de neuvaine et une messe de bout de l’an.

L’accumulation de ces fondations au fil des générations conduisait certains à regrouper les fondations anciennes, ce que firent Pierre Morin-Nabeyrat habitant du bourg en 1662 puis, l’année suivante Jean Morin, notaire royal dont la tombe familiale se trouvait dans le transept de l’église Saint-Georges, au pied de la tour du clocher. En 1663 le notaire fonde à perpétuité “au profit des sieurs curés, filleuls et pretres de ladite église”, une grand- messe et deux messes basses à célébrer chaque année au grand autel de l’église “pour le salut de son ame et de ses predecesseurs [ensevelis] dans la nef de l’église joignant le pilier qui est a main droite de la chapelle Saint-Martial où est la petite porte de l’église montant au clocher”. Un de profondis, un libera me et une oraison à la vierge devaient en outre être dits devant l’autel du Rosaire chaque jour et dimanche. Pour cette fondation le notaire donne sept livres de rente annuelle qui pourra être rachetée par le notaire ou les siens moyennant 140 livres. La veuve de Jean Morin refusera d’honorer ces paiements.

Explosion des messes de fondation à Compains

A l’explosion de la mortalité miséreuse des années 1690, répond l’explosion du nombre des messes de fondation en mémoire des morts qui, de 80 en 1634 atteignent 160 en 1700. Le produit, 50 livres, n’était “pas exactement payés” selon le curé. Comparée à celle de 1634, la population des communiants en 1700 a chuté de 30% selon les déclarations des curés et il faudra attendre 1735 pour que le nombre de communiants retrouve son niveau de 1634. En 1727, rapporté à l’augmentation de la population, le nombre des fondations a baissé de 40%, indice d’un retour à une mortalité habituelle.

La luminerie

Au curé, le spirituel, aux marguilliers de la fabrique, le temporel de l’église Saint-Georges. Elus pour un an reconductible par la communauté paroissiale, les marguilliers administraient la fabrique, dite à Compains luminerie, car les préposés étaient chargés d’allumer et éteindre les lumières de l’église, d’entretenir les objets du culte et les bâtiments et de veiller au remplacement des cloches.

Deux luminiers géraient avec plus ou moins d’honnêteté et d’efficacité les intérêts matériels de l’église de Compains. Bien que choisis pour leur sérieux et leur solvabilité et responsables sur leurs biens, certains se laissaient aller à quelques entorses dans la gestion des petites sommes qu’ils géraient. En 1634, un procès est en cours entre les luminiers à cause de la reddition des comptes et le curé Dabert doit convenir que les luminiers ne rendent aucun compte des 10 ou 12 livres qu’ils gèrent. Pire encore, des reliques contenues dans un reliquaire en argent sont détenues au domicile d’un luminier ! Tuteur de la luminerie, le curé devait surveiller les luminiers d’autant qu’un édit de 1695 rappelait que les comptes de la marguillerie devaient être rendus à l’évêque lors de la visite pastorale. En 1700, c’est le retour à la normale : en fin d’année, les marguilliers rendent compte des 20 livres qu’ils gèrent en présence des consuls et du curé.

Les reinages

Nombreux en Auvergne durant les deux siècles qui précédèrent la Révolution, les reinages étaient une pratique à la fois profane et religieuse qui comptait au nombre des activités festives des habitants. Le titre honorifique de roi ou reine du reinage était vendu aux enchères chaque année le jour de la fête du saint patron de la paroisse. Le meilleur enchérisseur jouissait de quelques avantages comme porter la statue du saint ou une bannière ou avoir une place d’honneur dans l’église ou dans la procession.

A Compains, on parle de “quelques reinages” dont les faibles ressources proviennent des “bienfaits” des habitants (1634) ou des “libéralités des fidèles” (1735). Les reinages sont perçus par les marguilliers qui, dorénavant, rendent exactement compte de l’emploi des fonds. En 1700, leurs revenus complètent ceux de la fabrique pour l’achat d’huile pour la lampe de l’autel et de cierges pour l’église.

Extrait du registre paroissial de Compeins tenu par le curé Gabriel de Chazelles en 1677 année de son arrivée à la cure de Compains – Le curé commente l’état dans lequel il a trouvé les “mortuaires” de la paroisse “escrits sur des papiers volants”.



Des cures en voie d’amélioration au XVIIe siècle

En dépit de comptes-rendus de visites pastorales fort rares, il semble que la reprise en mains du clergé ait donné des résultats dans la cure de Compains : le curé réside dans la paroisse, ne distribue pas d’indulgences et vit en harmonie avec ses ouailles. Il n’hésite plus à révéler les abus seigneuriaux réprimés par la justice royale et le manque d’exemplarité d’un vicaire est dénoncé par les habitants. Mais les conditions d’exercice de leur ministère restent difficiles pour les religieux qui vivent dans la solitude, souvent sans le soutien d’un vicaire. C’est sur le plan administratif qu’apparaissent les négligences imputables au curé. En 1677 encore, le curé de Chazelles déclare qu’à son arrivée dans la paroisse, il a trouvé “les mortuaires” inscrits sur “des papiers volants”. A Compains, devant la mauvaise tenue persistante des registres paroissiaux, l’évêque François Bochart de Saron (1687-1715) ordonne en 1700 que les registres de collation des biens de l’église seront tenus par le notaire. L’arrivée de Jean Breulh à la cure de Compains en 1700 marquera un réel redressement de la gestion de la paroisse (voir le chapitre : Chronique de la vie ordinaire d’un curé).

Chapitres à suivre :

Patrimoine religieux au XVIIe siècle : l’entretien du patrimoine

Vie religieuse aux XVIIIe et XIXe siècles