Compains

Histoire d'un village du Cézallier

– Escoufort

ESCOUFORT BAS

Burons et caves à fromages ruinés sur la montagne d’Escoufort bas

      En surplomb de la route départementale (D 36) qui conduit de Compains à Besse, les hauteurs d’Escoufort bas recèlent, à 1194 mètres d’altitude, les vestiges délabrés d’anciens bâtiments agricoles dont certains surmontent des excavations.

Escoufort bas – Burons ruinés

 

      Isolés dans les herbages et aujourd’hui colonisés par la végétation, ces bâtiments sont dits “burons” sur le cadastre de 1828. De forme rectangulaire, plusieurs sont dotés d’une cave voutée spacieuse et parfois bien conservée, facilement creusée dans ce lieu couvert par les projections de scories du Montcineyre. Dits aussi cabanes, de nombreux burons étaient voutés, une technique architecturale encore retenue à Cachebroche en 1854 par Maurice de Laizer quand il s’engage à faire construire un buron composé d’une cave voutée surmonté d’une cabane, elle aussi voutée. Les burons d’Escoufort bas sont ruinés. Parfois, l’encadrement de certaines portes est encore en élévation et on trouve des pierres éboulées qui portent la trace d’un chambranle. Un examen plus approfondi que le survol effectué jusqu’à présent dévoilera peut-être l’existence de cheminées.

 

Un village à Escoufort au XIVe siècle

      L’affar (exploitation agricole) de Scoufor soutra (Escoufort bas) relevait au XIVe siècle de Bernard Ronat, seigneur de Rochebrune et d’Escouailloux. L’endroit semble n’avoir jamais appartenu à la famille chevaleresque des Bréon, il est vrai peu implantés sur la rive gauche du ruisseau de la Gazelle. En 1354, dans une nommée à Béraud Dauphin son suzerain, Bernard Ronat reconnaissait percevoir à Escoufort des redevances foncières en argent et en nature (seigle et volailles). Escoufort fit ensuite partie des biens que les Saint-Nectaire possédaient sur la frange septentrionale de la paroisse de Compains du fait de leur seigneurie de Valbeleix.

En 1451, Antoine de Saint-Nectaire seigneur du Valbeleix est seigneur haut justicier d’Escoufort. Il détient au nord du bourg une grande partie de la rive gauche du ruisseau de la Gazelle avec les tènements de Roche, la chalm (montagne pierreuse) de Marsol et une partie de la montagne deJansenet. Le tènement d’Escoufort est alors exploité en indivision, semble-t-il comme montagne d’estive. Une redevance en argent lui est payée chaque année à la Saint-Julien et portée au Valbeleix.

 

Escoufort bas – Burons ruinés

 

La cartographie d’Escoufort

      La carte de Cassini (v. 1760) signale une vacherie et plusieurs burons à Scorfortbas ce qui est confirmé par les sources. En 1758, François Verdier avait constitué à son fils Jean qui se mariait “une cabane à faire des fromages située sur la Montagne d’Escoufort bas, laquelle est batie avec une voute du coté de jour, le tout en bon état à l’exception du couvert à paille qu’il y a besoin de refaire…plus la loge a tenir les cochons sous couvert”. Verdier est un patronyme qu’on retrouve à quelques centaines de mètres, inscrit sur le jambage de la maison-étable de Beauregard.

      Le cadastre de 1828 indique à Escoufort cinq burons que la matrice attribue à cinq cultivateurs, tous de Compains : Antoine Blancher de Belleguette et quatre habitants de Marsol, François Verdier, François Reynaud, Jean Verdier et la veuve de Pierre Echavidre.

 

Les cinq burons d’Escoufort bas en 1828

 

Les nouvelles formes d’exploitation

      Nos sources ne dévoilent pas pour le moment si un domaine a été installé à Escoufort à l’époque moderne. L’évolution des modes d’exploitation poussa à construire des burons pour accueillir les bergers à l’estive, plutôt qu’à leur faire creuser des tras. On vit ainsi apparaitre sur les montagnes d’estive ces “cabanes à faire le fromage”, aux murs de pierre sèche et couvertes à paille, certaines surmontant une cave.

 

Escoufort bas

 

Les caves à fromages

      Des caves de pierre sèche voutées en berceau, étaient construites sous certains burons ou dans l’environnement immédiat d’un buron. Couvertes de mottes de terre, leur humidité et leur température à peu près constantes convenaient bien à la conservation du fromage. La cave la mieux conservée à Escoufort, haute d’environ deux mètres, est dotée de niches ménagées dans l’épaisseur des murs qui offrent des espaces de rangement.

 

Escoufort bas – Cave (hauteur : deux mètres environ)

 

Niche en réserve prise dans l’épaisseur du mur de la cave

 

 

ESCOUFORT HAUT

 

Burons d’Escoufort Haut et de la Pave au nord du Montcineyre

 

Près des sources du ruisseau de la Gazelle, le buron d’Escoufort haut est indiqué sur le cadastre de 1828. Il apparait aujourd’hui bien entretenu et probablement surélevé.

 

Buron d’Escoufort haut

 

      En guise de conclusion provisoire on peut dire qu’un village d’altitude exista au Moyen Âge à Escoufort bas, en limite de zone habitable. Les paysans y payaient des redevances au seigneur féodal. La sécurité revenue, les modes d’exploitation évoluèrent sous l’Ancien régime et les montagnes devinrent des montagnes d’estive dotées de cabanes à faire les fromages, des constructions de pierres sèches, les burons.

A SUIVRE