Compains

Histoire d'un village du Cézallier

– La chapelle Saint-Jean-Baptiste de Brion

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Une Chapelle disparue

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      La grande étendue de la paroisse de Compains (70 km2 environ avant la Révolution), rendait longs, difficiles et parfois dangereux les déplacements du curé qui devait chevaucher de hameau en hameau pour visiter les malades ou administrer les sacrements. En toutes saisons et quel que soit le temps, souvent seul et parfois âgé, l’ecclésiastique arpentait à cheval le territoire de la paroisse, veillant à ce que « personne nestre mort sans sacrement par sa faute », un point particulièrement vérifié par les évêques lors des visites pastorales. Compte tenu de la distance importante (5 km) qui séparait Brion du bourg, on redoutait en outre de n’avoir pas le temps d’acheminer les nouveau-nés jusqu’à l’église Saint-Georges  et de ne pouvoir leur éviter les limbes s’ils mouraient en chemin. L’intérêt général justifiait donc la construction d’un lieu de culte de proximité qui réponde au besoin d’assurer à Brion le soutien spirituel des dépendants du seigneur.

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AU MOYEN ÂGE

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Une chapelle castrale à Brion en 1347

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      Aucun texte ne permet de préciser la date d’établissement de la chapelle, probablement contemporaine de l’installation du château sur la Motte vers les XIe-XIIe siècles. En revanche, il est documenté par une source notariale qu’on trouvait à Brion en 1347 une chapelle dont le desservant était Johannes Bohery, qualifié dans les sources « presbiterus de villa de Breo ». Prêtre du village castral de Brion, Bohery vendit le 7 février 1347 (n.s.), à noble homme Maurin de Mardogne et Bréon, chevalier, une maison (hospicium) et quelques biens situés près des murailles du château (valatum castrum de Breo). Dite proche des murailles, la maison du prêtre devait se trouver à proximité de la chapelle, protégée elle aussi par l’enceinte du château.

La chapelle de la Borie d’Estaules (Cantal). Au cœur des terres tenues par les  Bréon entre Egliseneuve et Condat, l’aspect extérieur de la chapelle de la Borie doit être peu différent de celui de la chapelle Saint-Jean-Baptiste de Brion telle que décrite dans les textes à l’Époque Moderne.

       Pourquoi une telle vente ? Si Maurin n’avait acheté que la maison proche des murailles on aurait pu envisager que cette construction adventice fragilisait les défenses du château qu’il voulait consolider. Mais la guerre n’allait menacer la région que dix ans plus tard et les prés du prêtre avaient aussi été rachetés par Maurin alors qu’il était à cette date dans une situation financière catastrophique. L’hypothèse la plus vraisemblable nous semble être que le prêtre liquidait ses biens avant un départ volontaire ou, qui sait, forcé par le seigneur.

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  • Une « chapelle champêtre…esseulée sur une montagne »

    Où situer la chapelle ?  En l’état de nos connaissances, nos tentatives d’explication, seront autant d’hypothèses. Des observations faites en Auvergne par Bruno Phalip montrent que la position courante des chapelles castrales les situe, soit à l’intérieur des murailles dans la basse-cour du château, soit au nord du château quand les chapelles sont placées à l’extérieur de l’enceinte.

       Les vues aériennes récentes de la Motte que nous publions permettent de visualiser clairement les traces des constructions qui y furent placées. Elles autorisent une hypothèse qui situerait la chapelle à l’abri des murailles au nord-est du château. Là apparait la trace d’un édifice portant, face à l’est, un mur semi circulaire qui pourrait évoquer la forme d’une abside. Les rares détails fournis par les textes permettent de nous représenter le sanctuaire de Brion peu ou prou à l’image de la chapelle de La Borie d’Estaule située au sud-ouest de Compains, au bord de la route qui conduit à Egliseneuve. Nous sommes sur des terres qui appartinrent aux Bréon.

     Un témoignage postérieur à cette première apparition dans les textes (1347) de la chapelle Saint-Jean-Baptiste de Brion vient conforter l’hypothèse d’une situation au sommet de la Motte. Lors de la visite pastorale de Robert Brossel, archiprêtre d’Issoire en 1634,  l’ecclésiastique décrit la « chapelle champêtre de Brion », dite « esseulée sur une montagne », battue par les vents, et couverte de neige plusieurs mois de l’année. Ce témoignage confirme l’isolement et la déréliction de la chapelle restée posée sur la Motte en un temps où le château et son enceinte sont complètement ruinés.

      Archéologiquement attesté, mais jamais fouillé, le site de la Motte et celui de la petite butte satellite qui la jouxte se révèleraient sans aucun doute riche en informations d’autant que depuis des siècles ils ont été épargnés par les engins agricoles et peu impactés par les activités humaines ou les sabots des animaux. Puisqu’on observe qu’en Auvergne la coutume était de placer les chapelles castrales au nord des châteaux, on pourrait conjecturer que le petit sanctuaire se trouvait au sommet de la Motte, vers son angle nord-est.

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Jeanne du Peschin fonde une vicairie à Brion (1404)

       Comme l’ensemble du village, la chapelle Saint-Jean-Baptiste de Brion subit les vicissitudes de la guerre de Cent Ans. Alors que les Bréon s’étaient repliés dans leur château de Mardogne, on sait que le château de Brion fut occupé dans les années 1370 par les routiers et on peut concevoir que les habitants désertèrent en tout ou partie le village. La chapelle, laissée sans entretien ni desservant durant des années perdit toute réalité ecclésiale. Après que les bruits de guerre se furent estompés en Auvergne vers 1392, sans doute fallut-il encore quelques années pour repeupler le pays et relancer l’économie à Brion où l’occupation par les routiers avait contribué à paupériser le pays.

       Depuis 1368, la seigneurie de Brion appartenait à Imbaud du Peschin. Elle passa ensuite à sa fille, Jeanne du Peschin dite « dame de Brion », héritière d’une partie des biens de son père. Il incomba à Jeanne de réamorcer l’activité agricole et commerciale de sa seigneurie, mais pas seulement.

       Les chapelles castrales étaient alors sous le patronage laïque du seigneur local. Quand celui-ci fondait une vicairie, il nommait le desservant auquel était versée une rente perpétuelle qui garantissait un minimum de revenu au religieux. Après la guerre, pour relancer l’activité religieuse de la chapelle, Jeanne du Peschin fonda une « viquerrie » à Brion. Elle dut la doter de biens suffisants que malheureusement notre source – un extrait de parchemin retrouvé dans un inventaire seigneurial du XVIIIe siècle – ne nous permet pas de préciser davantage. Cet acte de 1404 signait-il le retour à Brion d’une activité normale ? On peut l’envisager comme on peut considérer que la reprise des foires fut concomitante. L’intérêt de la dame de Brion était évident : il fallait faire revenir la population pour repeupler le hameau, fixer les habitants en relançant les foires et rendre à la communauté villageoise le soutien spirituel auquel elle était habituée. En 1411, Jeanne vendra la seigneurie de Brion à Etienne Souchet, un élu clermontois (voir le chapitre consacré aux Peschin).

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A L’ÉPOQUE MODERNE

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Une petite chapelle sous la titulature de Saint Jean-Baptiste

      Les textes médiévaux auxquels nous nous référons ne nomment pas la titulature de la chapelle. La dédicace à Saint Jean-Baptiste qu’on découvre à l’Époque Moderne laisse deviner qu’à l’origine la chapelle de Brion n’était sans doute qu’une simple chapelle baptismale. Peu après l’achat de la seigneurie par François de Montmorin-Saint-hérem vers 1525-1530, les sources décrivent la chapelle en 1535 comme un petit sanctuaire (sacellum), isolé (solitus), long de douze pas et large de six, une taille exigüe qui sous-entendrait qu’à l’époque de sa construction la population de Brion devait être rare. A cette date, la chapelle était dotée d’une vicairie dont le desservant était toujours à la nomination du seigneur du lieu qui conservera jusqu’à la Révolution le privilège de cette nomination. On ne faisait que baptiser et, rarement, marier à la chapelle près de laquelle on ne trouvait pas de cimetière, privilège réservé à l’église du chef-lieu. C’est au bourg que les brionnais devaient se rendre pour assister aux principaux offices et se faire ensépulturer au pied de l’église Saint-Georges.

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Heurts et malheurs de la chapelle 

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  • Une chapelle mal entretenue

       La chapelle semble n’avoir jamais suscité l’intérêt ni les largesses des seigneurs du lieu. A l’Époque Moderne, son état est documenté par les rares visites pastorales de l’évêque de Clermont ou de son représentant. En 1634, le procès-verbal de la visite d’inspection dépeint l’inquiétante dégradation du bâtiment, pavé et couvert de tuiles en bois, des tavaillons de châtaignier, choix heureusement conservé de nos jours au bourg sur le clocher de l’église Saint-Georges. La chapelle est livrée à tous les vents. Les fenêtres sont « toutes ouvertes sans aucune vitre ni fenestre de bois et par lesquelles les hommes pourroient passer ». A l’intérieur, les objets du culte sont bien pauvres. Les ornements, comme le missel, sont usés et les armoires sans fermeture. Le Saint-Sacrement lui-même est « dans un ciboire de cuivre tout rompu ». Après l’arrivée de Jean Ier de Laizer en 1654, la chapelle sera dite l’année suivante « appartenant au seigneur de Brion ». La suite des évènements montrera que, pas plus que ses prédécesseurs, il ne se souciera de la chapelle, imité en cela par ses descendants.

  • Suspensions de la desserte de la chapelle

       Le mauvais état de la chapelle fit qu’elle fut suspendue à plusieurs reprises. Quand le curé Gabriel de Chazelles avait pris en mains en 1677 sa nouvelle cure de Compains, il avait découvert qu’après sa visite pastorale de 1676, l’évêque de Clermont, Gilbert de Vény d’Arbouze avait suspendu la desserte de la chapelle de Brion, jugée trop dangereuse tant que des travaux n’y seraient pas effectués. En piteux état, les objets du culte ne valaient pas mieux que le gros œuvre : manque d’autel portatif, nappes d’autel usées, tabernacle de bois grossier, chasuble de camelot usée (une étoffe de laine mêlée parfois de poil de chèvre), missel détérioré et, couronnant le tout, des armoires qui ne fermaient pas à clé sauf celle qui contenait deux reliquaires. Gabriel de Chazelles fit effectuer les réparations demandées par l’évêque et souhaita pouvoir y reprendre la célébration d’une messe bimensuelle. Après une contre-visite de Léger Dabert, curé de la paroisse de Saint-Diéry commis par l’évêque pour vérifier la réalité des travaux, la chapelle sera rouverte en 1677.

       Un quart de siècle plus tard, l’évêque François Bochard de Saron qui visitait la paroisse de Compains en 1700, décida à son tour d’interdire la chapelle pendant un an, pour laisser à ceux qui en percevaient le revenu le temps de réaliser les travaux qui s’imposaient. Certains habitants se mobilisaient pour réparer la chapelle comme en 1727 un pauvre journalier de Brion, Michel verdier, qui léguait dans son testament dix livres pour qu’y soient effectuées des restaurations. Les travaux furent sans doute réalisés puisqu’ en 1735, Jean Breulh curé de Compains, pouvait déclarer à l’évêque Jean-Baptiste Massillon que la chapelle de Brion était en état.

A partir du cliché aérien de la Motte pris par Philippe Tournebise (voir ci-dessous),  notre schéma propose deux hypothèses : la première concerne la chapelle Saint Jean-Baptiste qu’on situe au sommet de la Motte et à l’intérieur des murailles de l’enceinte du château, emplacement que permet d’envisager un texte de 1347. La seconde hypothèse a trait au village castral de Brion : le plus ancien des deux hameaux de Brion serait l’actuel Brion-bas, conjecture confortée par un fait avéré : c’est à Brion-bas que se trouvait le four seigneurial.

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La Motte de Brion vue du ciel (Cl. Philippe Tournebise)

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  • Des reliques lucratives

     La pourtant modeste chapelle de Brion abritait, aux dires du curé De Chazelles lors d’une visite paroissiale, plusieurs reliques de saint Jean-Baptiste, sainte Magdelaine, saint Martin et, plus extraordinaire encore, « du saint bois de la croix de nostre seigneur Jesus Christ ». Contenues dans deux reliquaires enfermés dans un buffet fermant à clef, ces reliques, approuvées par l’évêque, ne devaient pas manquer d’attirer une grande affluence et des dons à la chapelle les jours de foire. Comme les reliques attribuées à saint Gorgon conservées dans l’église Saint-Georges, on peut penser que ces reliques nombreuses – quoique bien invraisemblables – ont pu être ramenées à Brion par François de Montmorin-Saint-Hérem après la mise à sac de l’abbaye de Gorze en Lorraine, (voir le chapitre consacré aux Montmorin-Saint-Hérem).

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Cumuler pour survivre

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  • Vicaire à mi temps : à Brion et à Saint-Alyre-es-Montagne

      La chapelle Saint-Jean-Baptiste était desservie par un vicaire nommé par le seigneur, parfois, comme en 1732, à la demande du curé de Compains. Il était difficile de trouver des prêtres prêts à accomplir leur mission dans les montagnes. Le curé de Compains, Jean Breulh allait remédier à cet inconvénient en attirant dans sa paroisse deux de ses neveux. Après que Jean Breulh, neveu homonyme du curé de Compains, ait été vicaire de la paroisse Saint-Jean-Baptiste de Randan, il fut ensuite nommé vicaire à Brion, par Jean [Baptiste] de Laizer. Retenu dans sa paroisse, le jeune Jean Breulh nomma, le 11 juillet 1732 un procureur chargé de le représenter  pour prendre possession de la chapelle de Brion après la démission de Fauchier, son prédécesseur. Jean Breulh dut cumuler cette fonction peu lucrative avec celle de vicaire à Largillier auprès du curé de Saint-Alyre-ès-Montagne. Marque de népotisme tolérée par l’Église, c’est un autre neveu du curé, Guilhaume Breulh, qui lui succéda auprès de son oncle à Compains.

  • Les brionnais financent et logent le vicaire

        Un traité passé avec ses ouailles avait réglé les conditions de l’exercice du ministère de Jean Breulh à Brion. Le vicaire s’engageait à y dire les messes fondées et toutes les messes des jours de fêtes et dimanches « a l’exception néanmoins desquelles festes solennelles auxquelles lesdits habitants seront tenus aller ouir la messe et faire leurs dévotions à Compains leur paroisse ». Les messes exceptionnelles et les inhumations – on a vu qu’on ne connait pas trace de cimetière à Brion – restaient donc l’apanage du chef-lieu.

     Le desservant de la chapelle bénéficiait de la générosité des fidèles. Pour assurer son service, Jean Breulh touchait – outre son titre clérical de 80 livres financé par ses parents – 80 autres livres par an que les brionnais s’engageaient à lui payer solidairement en deux fois « lorsqu’ils jetteront les herbages de leurs montaignes et le surplus […] a la saint Martin » (Saint-Martin d’hiver : 11 novembre). Chaque habitant devait participer au paiement du vicaire au prorata de ses biens « a raison des testes d’herbages que chacun jouirrat dans la montaigne […] se chargeant de plus tous lesdits habitants d’aporter audit Breulh chacun trois chars de bois pour son chauffage ». Un brionnais commode,  Jean Chanet, procura un logement au vicaire : « bailhe audit sieur Breulh la maison a luy eschue par le décès de François Chanet, son frère, pour y faire sa residence ». Pour compléter ses revenus, Breulh affermait à des brionnais les terres de la chapelle conformément à des ordonnances médiévales qui imposaient que chaque église soit dotée de 12 arpents de terre. Ces biens baillés à plusieurs particuliers du village consistaient en trois prés totalisant 19 journaux, soit un peu moins de 19 hectares. En 1743, Breulh acensait ces prés moyennant 140 livres, une redevance en fromages de montagne et l’estivage et hivernage de deux vaches dont il se réservait le lait et le croît. Le vicaire n’était pas indigent puisqu’il touchait ainsi 300 livres par an sans compter la rétribution que lui versaient les habitants de Saint-Alyre-ès-Montagne.

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Rares mariages à la chapelle de Brion

Les mariages célébrés dans la chapelle de Brion, rares, n’en étaient pourtant pas totalement absents.

1708 Golfier- Martin

Mariage à la chapelle Saint-Jean-Baptiste de Brion (1708)

Jacques Golfier prêtre communaliste et vicaire de Brion, donne la bénédiction nuptiale à Michel Golfier de Brion et Catherine Martin de Marsol, en présence de Blaise Chabeaud, Michel Verdier, Michel Golfier de Brion et Jean Martin de Marsol. Jean Breulh, curé de Compains, signe l’acte.

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        Ce sont plutôt des mariages exceptionnels qui sont célébrés à Brion comme  en 1708 quand Jacques Golfier, vicaire à Brion, marie son frère Michel Golfier avec Catherine Martin de Marsol. Jean Breulh, curé du bourg qui signe l’acte. En 1722, quand Jean Roux de Belleguette épouse Antoinette Crégut de Brion, le curé Breulh autorise que ce mariage dans la chapelle Saint-Jean-Baptiste, soit exceptionnellement célébré par Guillaume Besseyre, prêtre de la communauté de Saint-André de Besse. Rares, mais pas inexistants, quelques mariages interparoissiaux sont aussi célébrés à Brion.

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Mariage de François Ratat de Belleguette avec Françoise Antignatd’Auzolle,

paroisse de Saint-Alyre-ès-Montagne (1737)

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ABANDON DE LA CHAPELLE

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Denis de La Chassignolle, prieur de la chapelle de Brion

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  • Une famille peu fortunée

    En 1689, âgé de 39 ans, François de La Chassignolle était seigneur à Chassagne, une paroisse proche du Valbeleix où il habitait au Verdier, aux portes de Compains.  Maintenus dans la noblesse sous Louis XIV, les La Chassignolle rendaient hommage à Antoine de Pons, seigneur du Roquet, pour leurs biens du Verdier. Ecuyer, François de La Chassignolle avait été blessé au service du roi. Peu fortuné, il « declare ne tenir aucun fief et arrière-fief et requiert estre dispensé du service, attendu qu’il a un frère marechal des logis au service de sa majesté… s’estant épuisé d’argent pour le mettre en équipage ayant esté mesme obligé de lui avancer le revenu de deux ans de son bien ».

  • Denis de La Chassignolle

       Après le décès de Jean Breulh, neveu homonyme de l’ancien curé de Compains et « paisible possesseur » de la vicairie de la chapelle de Brion, il fallut nommer un nouveau vicaire. Jean-Charles de Laizer nomma le 25 avril 1766, le prêtre Denis de La Chassignolle, « ledit seigneur ayant trouvé en luy toutes les qualités nécessaires pour posséder et remplir la vicairie ». Il s’agissait là d’une nomination de complaisance destinée à obliger les La Chassignolle, voisins de seigneurie des Laizer au lieu-dit le Verdier au Valbeleix.

       Né en 1730, Denis de La Chassignolle avait été ordonné diacre par l’évêque François de La Garlaye. Le nouveau prêtre et vicaire de la chapellenie de Brion est en 1766 doyen du chapitre de Vic-le-Comte où il réside et prieur de Rieu-en-Val. Ses parents, Antoine de La Chassignolle et Françoise Legrand, tenaient des héritages (des biens) au Verdier dans la paroisse du Valbeleix où ils rendaient hommage à Antoine de Pons, seigneur du Roquet et dans la paroisse de Picherande à l’ouest de Compains. Ils avaient constitué à leur fils un titre clérical de 80 livres de pension viagère fondé sur une maison et jardin confinés à leurs propres biens, une hypothèque prise sur leur domaine situé dans le tènement de Chavessière et plusieurs champs, le tout sis au Valbeleix.

  • Le prieur délaisse la chapelle, mais pas ses revenus

      Inchangées, les obligations à remplir par le nouveau prieur de Brion étaient « de dire ou de faire célébrer dans ladite chapelle deux messes par chaque mois suivant l’usage ainsi qu’était chargé de faire ledit sieur Breulh et d’autres precedans chapellins ». Résidant à Vic-le-Comte, on pouvait penser que Denis de la Chassignolle choisirait de faire célébrer les messes par un autre officiant en se contentant de toucher les revenus des terres de la chapelle. Il n’en fut rien.

     Quand il prend possession de la chapelle le premier mai 1766, Denis de La Chassignolle pratique les gestes rituels habituels : il visite les ornements, déclare à haute voix qu’il prend possession du sanctuaire et sonne les cloches de la chapelle « dont la corde pend au dehors », signe que la chapelle était dotée d’un clocher-mur. Le nouveau prieur bénéficiait dorénavant des revenus de la chapelle, fondés sur quelques terres qu’il afferme à des brionnais. Le 2 avril 1767, c’est à Jean Chanet qu’il baille deux prés et dix têtes d’herbages sur la montagne des Amoureix. On vendra à Brion en 1803 un grand pré, dit le pré Chavany, « provenant de la chapelle de Brion ». Il contenait douze à treize journaux. Les travaux à la chapelle n’étaient pas à la charge des habitants. Ils devaient être effectués « aux frais et dépens du titulaire ou de ceux qui en perçoivent les bénéfices », c’est à dire Denis de La Chassignolle qui percevait les revenus des têtes d’herbage attachées à la chapelle et des messes fondées à la mémoire des défunts. On va voir qu’il ne respectera pas cette obligation et que la chapelle, victime du désintérêt de son desservant ne résista pas à l’épreuve du temps.

  • Le tour de passe-passe du prieur de Brion

      Les brionnais ignoraient que la chapelle Saint-Jean-Baptiste vivait ses derniers jours, car après 1766, on n’y célébrera plus. Denis de La Chassignolle n’avait aucunement l’intention – ni probablement les moyens – de réhabiliter la chapelle. Lors de la visite pastorale de l’évêque François de Bonal en 1782, l’édifice était devenu si dangereux qu’on n’y célébrait plus depuis 16 ans, soit depuis la nomination de Denis de La Chassignolle qui s’était désintéressé de son entretien. Une fois encore l’évêque ordonna que soient faites les réparations indispensables dans un délai d’un an. Passé ce délai la chapelle serait interdite. Ce qui arriva. Pour la communauté des fidèles, la chapelle avait perdu toute réalité ecclésiale et ce, à cause de son prieur. Mais comment ?

      Un quart de siècle plus tard, les sources nous dévoilent qu’à l’insu de ses ouailles, Denis de La Chassigolle, avait fait transférer les messes fondées de la chapelle Saint-Jean-Baptiste vers l’église de Compains. Un courrier adressé en 1790 par dix habitants de Brion aux députés du Directoire du Puy-de-Dôme et à ceux du Directoire de Besse leur remontre qu’on célébrait « il y a encore vingt cinq ans » des messes fondées tous les dimanches et fêtes et même certains jours ouvrés. Cependant, sans même prendre l’avis des brionnais, ni surtout sans les informer, Denis de La Chassignolle avait fait ordonner par l’évêque du diocèse de Clermont la translation de la desserte de ces fondations vers le curé de l’église paroissiale de Compains.

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Persistance du besoin de secours spirituel chez les compainteyres

       A quelques années d’intervalle, deux faits concordants viennent attester d’un besoin de soutien spirituel qui n’a pas faibli à Compains lors de la survenue de la Révolution. Alors qu’au bourg, les habitants avaient accepté en 1770 de voter un impôt exceptionnel pour refondre les cloches de l’église Saint-Georges, à Brion, les brionnais regrettaient leur chapelle qui alliait praticité pour les malades et les Anciens et secours spirituel pour toute la communauté villageoise. Peu résignés à l’idée de voir disparaitre leur chapelle, les fidèles qui déploraient de se trouver « privés de cet agrément » se déclaraient en 1790 prêts à payer pour son entretien au cas où La Chassignolle se refuserait à acquitter lesdites fondations, et ils demandaient la nomination d’un nouveau chapelain. A l’aube de la Révolution, ces comportements concordants révèlent clairement la persistance d’un fort sentiment religieux chez les compainteyres.

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Effacement cartographique de la chapelle

      Bien que documentée à plusieurs reprises jusqu’à la Révolution, la chapelle n’est pas représentée sur la carte de Cassini réalisée vers 1760, alors qu’elle est pourtant encore desservie à cette date. Sans doute les pierres de la chapelle furent-elles dispersées longtemps avant la confection du cadastre de 1828 qui n’en signale même plus les ruines pas plus que ne l’évoquent les visites pastorales au XIXe siècle. Souvenons-nous enfin de la croix mystérieuse retrouvée à Brion enkystée dans un buisson. La croix du clocher de la chapelle ?

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 A SUIVRE

 

 

3 commentaires sur “– La chapelle Saint-Jean-Baptiste de Brion”

  1. SANCHEZ Says:

    Denis de la Chassignolle né à Valbeleix vers 1729 reçu la tonsure le 16/04/1749 et la pretrise le 30/03/1754. Charles Godefroy de la Tour d’Auvergne, Duc de Bouillon le nomma au doyenné de Chapitre de la Sainte Chapelle du Palais de Vic le Comte, il y fut installé le 11/02/1754.Suite à la Révolution de 1789 il ne s’est pas soumis à la Loi d’Expatriation du 26/08/1792 et fut arreté en Avril 1793 enfermé au petit séminaire, il fut libéré le 17/06/1795. A sa sortie de Prison, il retourna au Valbeleix très malade. En 1802 les Vicaires Généraux le mentionnait comme pretre fidèle approuvé honorablement pour exercer le Saint Ministère. Domicilié à la Paroisse du Port il termina Chanoine Honoraire de sa Cathédrale ( ND du Port) Il mourut le 25/05/1808 à 79 ans.

    Selon la généalogie connue, la famille de la CHASSIGNOLLE était alliée à de grandes familles Maison de VICHY, de la SALLE, de CHABANES et maintenue dans l’ancienne noblesse dite d’extraction par jugement de FORTIA 1665.

    Une partie de cette famille résidait aussi à Picherande.

  2. Viviane BROQUERIE Says:

    Que de travaux réalisés à la recherche des documents! BRAVO!

  3. Jean Pierre Says:

    Cette croix et cette chapelle disparue à Brion … un sujet très intéressant.. à élucider!!!???

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