Compains

Histoire d'un village du Cézallier

Foires à Brion

Foires à Brion

Les foires étaient apparues « officiellement » en France en 1269 après que le parlement eût proclamé qu’au roi seul appartenait le droit de les octroyer. Indispensables à la commercialisation du produit des montagnes, les foires tenaient dès le Moyen Âge une place considérable au Bas et Haut-Pays d’Auvergne. On venait s’y approvisionner en grains et on y vendait des bestiaux, des fromages et des peaux. L’intendant d’Auvergne Bernard de Ballainvilliers comptait six cents foires en Auvergne en 1765 dont douze qu’il qualifiait d ‘ « assez importantes ».

Grand lieu de négoce, attestées dès le XIVe siècle [G. Fournier], les foires de Brion constituaient un des pôles commerciaux principaux des montagnes où se croisaient les ruraux des régions environnantes. Des « cinq grandes foires » qui se tenaient sur le foirail de Brion en 1667, on était passé à onze en 1764 : « les foires les plus considérables sont celles des 25 may, 16 juin, 22 juillet, 7 aoust et 14 septembre. Les grains s’y débitent comme à Besse aux habitants », notait une enquête de l’intendant d’Auvergne.

 

La butte de Brion vue de Marsol 

 

Rares sont les textes qui concernent les premières foires de Brion. Peu avant que Jean de Berry ne donnât Brion à Imbaud du Peschin seigneur de Combronde, celui-ci en 1366 (Ms 597) voulut établir à Combronde une foire. La guerre de Cent Ans  faisait rage et de nombreuses  foires avaient été supprimées « a cause des guerres et de la diversite des temps ». Imbaud obtint cependant la création à Combronde de deux foires et un marché. Mais tous n’étaient pas aussi bien en cour qu’Imbaud du Peschin et obtenir une foire n’allait pas de soi. Richard de Chaslus, seigneur d’Egliseneuve d’Entraygues et voisin de nombreuses possessions de Maurin III de Bréon, en fit l’amère expérience. Il demanda  en 1341 la création à Egliseneuve de trois foires et un marché tous les jeudis. Mais les sièges des foires ne devaient pas être trop rapprochés pour ne pas nuire à celles déjà autorisées dans le voisinage. Comme à chaque demande de création de foire, une enquête eut lieu et le bailly d’Auvergne fit un rapport : la création du marché fut approuvée, les foires furent refusées.

Les jours de foires coïncidaient souvent avec les fêtes religieuses. A Compains, les foires étaient nombreuses et la distance était importante entre Brion où elles se déroulaient et le bourg où on célébrait le culte. Tout contribuait à détourner de leur devoir dominical un grand nombre de paroissiens qui, bravant l’ire du curé, préféraient la foire à la messe. Redoutant cet absentéisme, l’Eglise écouta la plainte qui montait de nombreuses paroisses. En 1614, dans les « Cahiers contenant la plainte et remonstrance faitte aux estats généraux par le clergé du diocèse de Clermont », l’Eglise demandait au roi que foires et marchés se tiennent, non le jour de la fête religieuse, mais le lendemain.

Le foirail faisait partie des biens propres du seigneur de Brion, la famille Laizer entre 1656 et la Révolution. Le comte de Brion percevait un droit seigneurial, une leyde (taxe) qui rapportait 24 livres en « année commune » dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. En contrepartie de la taxe perçue, le comte devait, au moins en théorie, veiller à la sécurité des foires et à leur bon déroulement. Pour ce faire, il s’était fait céder par ses paysans de Brion vingt têtes d’herbages dans les communaux pour servir à l’établissement des foires et cinq autres têtes pour faire veiller à l’exécution du règlement.

On avait entendu parler à Versailles du péage que faisait payer le comte de Laizer à Brion! En 1780,  l’administration royale voulut vérifier que le péage perçu par le comte était bien légitime. Necker écrivit à Chazerat intendant d’Auvergne pour demander la justification de ce péage non signalé par l’administration d’Auvergne. Selon la règle « nul seigneur sans titres »  on exigeait du comte qu’il fît la preuve de ses droits et comme il n’existe pas de péage sans charges à remplir par celui qui le touche, l’administration royale s’enquérait de connaître celles afférant au péage de Brion. Le subdélégué de l’intendant à Besse,  Charles Godivel, interrogé par l’intendant, argua qu’il s’agissait d’une leyde et non d’un péage, réclama les titres à la famille, vains efforts. Et comme souvent, si l’enquête aboutit, sa fin ne nous est pas parvenue.

La démarche des services royaux s’inscrivait dans la volonté de l’administration royale de faciliter le commerce en limitant les barrières fiscales injustifiées qui l’entravaient. Mais en dépit des efforts de la royauté  pour fluidifier le commerce, certaines de ces taxes subsistèrent jusqu’à la Révolution. Le cahier de doléances de la ville de Besse ne manqua pas de réclamer que soit ordonnée la suppression de tous les droits qui gênaient le commerce.

La location des cabanes du foirail – des tavernes où on vendait du vin et des denrées – représentait une autre source de revenus pour le seigneur qui les affermait pour neuf ans à charge pour les preneurs d’en user « en bon père de famille », promesse difficile à tenir quand les transactions étaient trop arrosées. Les foires dégénéraient souvent en rixes, s’achevant par des voies de faits, de « grands coups de baston sur la teste » et des procès verbaux dressés pour « jurement du nom de Dieu et mespris à justice ». En 1747, Nicolas Admirat, « marchand hoste » (tavernier) habitant de la ville de Besse vit s’enflammer sur le foirail de Brion la cabane qu’il louait à Louise de Miremont, comtesse de Brion, veuve de Jean de Laizer. La comtesse actionna la justice de la châtellenie de Besse pour qu’Admirat remît en état la cabane qu’il avait laissé brûler par négligence, déclarait-elle. Admirat arguait que l’incendie avait été prémédité par « deux quidam qui malicieusement et de dessein » avaient perpétré leur mauvais coup après son départ et celui de ses domestiques. L’affaire, pour nous, reste sans suite.

Les foires de Brion au XIXe siècle

En 1855, l’architecte qui travaillait pour la commune de Compains cherchait des financements pour construire une mairie-école,  rénover le presbytère, déplacer le cimetière et construire une sacristie. Il estimait que les foires de Brion pouvaient attirer jusqu’à 6000 bêtes lors d’une seule foire, que dire quand on en compte dix par an. Il envisageait pour financer ses travaux de demander qu’on taxât à nouveau les foires de Brion, se fondant sur l’exemple des foires de Rochefort et de Besse, taxées depuis un an.

Les foires de Brion n’attiraient pas qu’une population de marchand et d’éleveurs. A la fin du XIXe siècle encore, nombre de notaires s’y rendaient depuis Besse ou Ardes, rédigeant leurs actes dans les tavernes.

 

 

 

 

A SUIVRE

 

2 commentaires sur “Foires à Brion”

  1. Gaston Says:

    Attention à l’alcotest en descendant des foires de Brion.Les sbires du seigneur peuvent vous retirer le droit au port d’armes.Il y a trop de meurtres.

  2. Barrau Says:

    Votre texte « à suivre » est passionnant.
    Où peut-on trouver la suite, voire des textes similaires ?

    Merci de votre réponse.

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