Les Souchet seigneurs de Brion (1411-v.1525-1530)
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Le siècle des Souchet à Compains
1411-v. 1525-1530
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Le contexte
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Comme nombre de paroisses mal protégées, Compains fut éprouvée par la guerre de Cent Ans entrée en Auvergne après la défaite de Poitiers (1356) et peut-être même par la peste qui sévissait depuis 1348 dans le royaume. Son château occupé un temps par les routiers, le village avait sans doute vu se disperser ou s’éteindre une grande partie de ses paysans avant que ne prennent fin vers 1392 les combats contre les Anglais et les compagnies qui leur étaient associées. La noblesse d’Auvergne coalisée reprend en 1392 les derniers châteaux tenus par les routiers.
Après la vente par les Bréon de leur fief de Brion à Jean de Berry duc d’Auvergne, celui-ci avait donné la seigneurie à son favori, Imbaud du Peschin. On était au pire moment de la guerre en Auvergne. Suite à l’occupation du château de Brion par les routiers, il avait fallu payer un pâtis en 1375 pour le libérer, ou pour le moins pour limiter les exactions des compagnies qui s’y étaient installées. Aussi peut-on peut penser qu’à la fin du siècle, la seigneurie de Brion, désertée par une partie de ses habitants et vraisemblablement pillée par les routiers, avait perdu une grande partie de sa valeur. Mais le pire fléau qui s’abattit sur l’Auvergne fut peut-être le duc d’Auvergne lui-même, Jean de Berry. Fastueux, amateur d’art et rapace il taxa très lourdement son duché d’Auvergne à son propre profit, conduisant Froissart à écrire « il lui était égal où cela fut pris pourvu qu’il l’eut ».
Pourtant, l’amorce d’un redressement économique se profilait à Brion. Signe d’un retour à la vie normale, après la mort de son père, la fille d’Imbaud du Peschin, Jeanne du Peschin devenue « dame de Brion » fait rouvrir en 1404 la chapelle Saint-Jean-Baptiste de Brion où elle installe un vicaire. C’est ensuite Étienne Souchet, riche bourgeois clermontois fraichement anobli, qui achète en 1411 la seigneurie de Brion à Jeanne du Peschin. Cet achat confirmait la tendance à l’implantation dans les montagnes de propriétaires forains d’origine roturière déjà observée au temps des Bréon avec Guillaume Balbet, lui aussi issu d’une riche famille clermontoise. Après la mort de Jean de Berry (1416) et celle de Béraud de Mercoeur Dauphin d’Auvergne en 1426, la guerre, les escarmouches et les brigandages n’en continueront pas moins à frapper sporadiquement l’Auvergne. La peste ne cessait pas non plus ses ravages. Au milieu du siècle, l’épidémie frappe Allanche. Qu’en fut-il de Compains ? On ne sait. Les calamités naturelles viennent s’ajouter au coût des opérations de guerre qui reprennent dans la province entre 1432 et 1445 . L’économie des montagnes sera notamment marquée par un climat erratique avec en particulier la canicule en 1420, de mauvaises récoltes de bleds en 1438-39 et, en 1480-81, un terrible hiver de famine sous Louis XI. Au tournant du siècle renaissant (1505-1506), disettes, mortalités épidémiques et guerres subsistent ici et là et ralentissent le redressement de la région. Quand surviendra vers 1530 l’achat aux Souchet de la seigneurie de Brion par François de Montmorin-Saint-Hérem, l’Auvergne entame une nouvelle étape. Le connétable de Bourbon, duc de Bourbon et d’Auvergne aura été dépouillé de l’Auvergne rentrée dans le domaine de la couronne, scellant la fin de la dernière grande principauté territoriale d’Auvergne, alors que, rédigée depuis 1510, la coutume d’Auvergne sera venue fixer les usages.
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Jeanne du Peschin, « dame de Bréon », vend la seigneurie de Brion à Etienne Souchet (1411)
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On a vu au chapitre consacré aux Peschin-Giac que, manquant d’argent après la disparition de son mari Louis de Giac, Jeanne du Peschin et son fils Pierre de Giac, après avoir hypothéqué la seigneurie de Brion avaient dû se résoudre à vendre en 1411 « les chastel, terre, baronnie et mandement de breon avec ses appartenances » au clermontois Étienne Souchet, un bourgeois récemment anobli. Pour payer « le douaire de la suer (soeur) dudit messire Pierre », ils « vendirent et transporterent audit feu mary de jamette le chastel et lieu de Brion », tel que le déclare le compte rendu d’un procès conduit devant le parlement de Charles VII (roi de 1422 à 1461) par Jamette de Nesson, veuve d’Etienne Souchet, mort peu après l’achat de Brion.
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Un bourgeois clermontois anobli seigneur des montagnes
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- Après les Balbet, les Souchet
On avait déjà pu observer avec les Balbet la tendance à l’implantation dans les montagnes d’une nouvelle catégorie de propriétaires fonciers issus de la bourgeoisie clermontoise récemment anoblie pour services rendus à la couronne. Guillaume Balbet, tirant parti des embarras financiers de Maurin III de Bréon avait exploité la situation à son avantage en achetant à Compains la Montagne de Joran et la seigneurie de Largelier dans la paroisse voisine de Saint-Anastaise. Cette tendance se poursuivit à Compains après la fin de la guerre de Cent Ans quand, dans la dernière décennie du XIVe siècle, Étienne Souchet, marchand drapier aisé, membre de l’oligarchie clermontoise, obtint des lettres d’anoblissement pour lui, son épouse et ses descendants « nobilitatio Stephani Socheti, Jacobitas uxoris et prolis ». Quelques années plus tard, Étienne achètera en 1411 la seigneurie de Brion à Jeanne du Peschin et son fils Pierre de Giac pour un montant de 1796 livres tournois. Nous le nommerons Etienne Ier Souchet pour le distinguer de ses descendants homonymes.
A Clermont, Étienne Ier Souchet comptait au nombre des « civis claromontis » dont il fut l’un des élus. Le droit d’avoir des élus n’avait été décroché que récemment par les citoyens clermontois. Après une émeute ourdie avant 1250 contre l’évêque seigneur de la ville, les clermontois avaient dû obtenir l’accord du prélat pour pouvoir tenir des assemblées, jusqu’à ce qu’en dépit des réticences de l’ecclésiastique, Charles V octroie aux habitants à la fin du XIVe siècle le droit d’élire leurs représentants. Le pouvoir royal se substituait au pouvoir ecclésiastique et arbitrait en faveur de la ville. Étienne Souchet avait profité de cette mesure. Il sera élu de Clermont à deux reprises, en 1492 et en 1406, imité en 1405 par son frère Guillaume. En 1460, Étienne III Souchet sera lui aussi élu échevin de Clermont.
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L’achat de la seigneurie de Brion : un gage d’ascension sociale mais sous condition
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Jusqu’à la Révolution, affirmer son identité noble devait s’afficher par le biais d’un signe de notoriété visible, l’acquisition d’une seigneurie, si possible surmontée d’un château. Ne verra-t-on pas en 1755 encore, Jean-Charles de Laizer dernier seigneur de Brion, acheter la seigneurie de Montaigut-le-Blanc pour en doter Louis-Gilbert, son fils aîné. Pour Étienne Souchet, anobli ainsi que sa postérité, le fief de Brion représentait un tremplin vers une notabilité plus importante. C’était, pouvait-il penser, une bonne affaire car « la possession de fiefs prédispose cette nouvelle bourgeoisie à une ascension rapide » (E. Grelois). Désormais, la noblesse ne constituait plus un groupe social homogène. On y rencontrait dorénavant des mondes différents, comme celui des juristes et des marchands qui se faufilaient parmi les familles d’ancienne noblesse qui se battaient pour le roi, avaient des engagements vassaliques et même, pour certaines, comptaient en leur sein des croisés. Les Bréon avaient incarné ces très anciennes familles d’Auvergne qu’un suzerain, en l’occurrence le Dauphin d’Auvergne, était honoré de compter parmi ses vassaux. Quatre siècles plus tard, un roturier anobli suscitait chez les nobles le dédain quand ce n’était pas, on le verra, le rejet. Deux conceptions du monde s’affrontèrent donc après l’achat de Brion. L’une, celle de la chevalerie imprégnée de traditions et lui faisant face, celle des robins et de la marchandise, celle des travailleurs prospères bien intégrés dans la communauté qu’ils représentent et pratiquant des actions charitables. Les partis pris des « hauts et puissants seigneurs » et des « nobles hommes » seront d’autant plus difficilement admis par les nouveaux anoblis que l’ancienne noblesse, pas toujours au fait du métier des armes et de la stratégie militaire, remplissait médiocrement son rôle en défendant mal le royaume. L’armée royale essuyait défaite sur défaite, on pense à Crécy (1348), à Poitiers (1356), à l’inefficacité montrée pour « bouter » les Anglais hors de France pendant la guerre de Cent Ans, et à la déroute d’Azincourt (1415). Sur les théâtres étrangers, les chevaliers ne faisaient pas mieux. Après l’échec cuisant des croisades de Louis IX en Egypte (1248) et à Tunis (1270), ce fut un nouvel échec lors de la croisade barbaresque de Mahdya (1390) et une nouvelle déroute à Nicopolis (1396) qui achevèrent de déconsidérer les preux chevaliers.
L’ascension sociale d’Etienne Souchet en faisait le vassal de Béraud III de Mercoeur, l’un des plus grands seigneurs d’Auvergne et du royaume. Béraud était issu de la grande famille féodale des Dauphin d’Auvergne qui avait hérité depuis quelques dizaines d’années d’une partie des biens des Mercoeur, restés sans descendant direct. Mort l’année même de l’achat de la seigneurie, de Brion, Étienne n’eut guère le temps de réaliser que son acquisition allait plonger sa veuve et ses descendants dans une véritable épreuve de force avec le dauphin. Les Souchet remplissaient pourtant toutes les conditions de la notabilité que le récent achat de Brion venait de parachever. Bienfaisants par le biais de leurs actions dans une confrérie, élus de Clermont, alliés à de grandes familles clermontoises, ils habitaient non loin de Notre-Dame du Port un hôtel estimé 1500 livres en un temps où les vieilles familles nobles comme les Bréon avaient dû depuis bien longtemps vendre leur hôtel clermontois pour faire face à leur endettement. Après le décès d’Étienne Souchet, le fief de brion, réputé bien patrimonial par la coutume d’Auvergne, fut transmis à ses héritiers. Étienne Ier avait testé le 16 avril 1411 en faveur de son jeune fils mineur Étienne II Souchet, son héritier universel, encore sous la tutelle de sa mère Jamette de Nesson. Celle-ci ne s’attendait sans doute pas au coup de théâtre que préparait Béraud de Mercoeur. Car Brion n’était pas pour le dauphin qu’une vaste châtellenie de montagne, c’était un fief mouvant de lui. Béraud n’allait pas tarder à rappeler aux Souchet qu’ils se situaient pour lui en bas de l’échelle du second ordre, trop bas pour devenir les vassaux d’un Dauphin d’Auvergne. Il décréta le retrait féodal.
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Le retrait féodal de Béraud de Mercoeur Dauphin d’Auvergne
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Le fief de Brion tenu par les Bréon était placé sous la suzeraineté du Dauphin d’Auvergne depuis au moins les premières années du XIIIe siècle. Selon la coutume d’Auvergne, Jeanne du Peschin pouvait vendre Brion mais elle ne pouvait transmettre la propriété de ce fief à un acquéreur sans que s’accomplisse la formalité de l’investiture. Ce n’était pas le vassal vendeur – Jeanne du Peschin – c’était le suzerain lui-même – Béraud de Mercoeur, Dauphin d’Auvergne, comte de Clermont – qui devait transmettre le fief mouvant de lui à l’acheteur qui, pour lui, ne pouvait être qu’un chevalier issu d’une honorable famille noble. Autant dire qu’Étienne Souchet ne présentait aucune des caractéristiques du vassal acceptable. Au sein du second ordre, les Souchet faisaient partie des roturiers qu’on toise. Pire encore, bien que membre de la haute bourgeoisie clermontoise, Souchet n’apparaissait pas précédé d’une réputation flatteuse puisque ses détracteurs le soupçonnaient ouvertement d’avoir pratiqué l’usure. Médisance de circonstance ou réalité, avoir un vassal réputé usurier, et qui plus est, profiteur des difficultés financières de Jeanne du Peschin, en faisait pour le Dauphin un homme indigne de lui rendre hommage.
La coutume d’Auvergne offrait à Béraud une échappatoire qu’il ne manqua pas d’utiliser. Bien qu’acceptant l’aliénation de fief noble consentie à un roturier, la coutume autorisait que le suzerain exerçât le retrait féodal, à condition pour lui de rembourser à l’acheteur « le prix principal avec les loyaux coutemens dedans le temps de trois mois ». De par sa suzeraineté, Béraud détenait la propriété éminente (directe) sur le fief de Brion placé dans sa mouvance. En décidant le retrait féodal il récupérait en outre la propriété utile du fief qu’il pouvait incorporer à ses possessions ou bien vendre à un seigneur considéré plus respectable que les Souchet, sous réserve toutefois de rembourser à ceux-ci leur achat. Fort de ses droits féodaux, Béraud saisit cette opportunité. Il refusa l’investiture et voulut racheter le fief de Brion aux Souchet qui n’auraient pas été lésés sur le plan financier, ils n’auraient été que dédaignés comme vassaux par le Dauphin en raison de leur noblesse récente assortie, à tort ou à raison, d’une réputation jugée douteuse. Pour les Souchet le retrait de Béraud ne sera pas le dernier déboire, puisqu’il faut y ajouter trois procès et un revenu de la seigneurie parfois considéré comme insuffisant.
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Les Souchet résistent et gagnent
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Les Souchet faisaient partie d’un réseau d’alliances tissé avec de grandes familles clermontoises, notamment les Nesson et les Lacmeulh. Signe des temps, manifestation de leur puissance économique et de leur influence au sein de la communauté clermontoise, Jamette de Nesson, veuve d’Étienne Souchet, son gendre Jean de Lacmeulh, petit-fils d’un bourgeois anobli et élu clermontois, comme sa femme Anthonie Souchette refusèrent le remboursement de leur achat et le montant de la vente se trouva consigné entre les mains de la juridiction temporelle épiscopale. Béraud ne réussira pas à s’emparer de Brion.
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Consignation du prix de la seigneurie de Brion par Béraud de Mercoeur
B.P.C.F. Ms 1100 (18 novembre 1419)
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Parallèlement à son désaccord avec Béraud, la veuve d’Étienne Souchet, Jamette de Nesson « baillistre (tutrice) de son fils Etienne II Souchet, plaidait devant le parlement installé à Poitiers le 23 novembre 1423 contre Pierre de Giac, fils de Jeanne du Peschin. Peu favorable aux Souchet, Jouvenel avocat de Giac déclarait que « souchet estoit marchant soutil et famosus de usuris vel quasi » – ce qui, observera-t-on, n’avait pas empêché Giac de vendre Brion à Souchet – et ce à quoi Jamette de Nesson rétorquait que « son feu mary estoit notable homme ». Sans doute est-ce la mort de Béraud de Mercoeur qui mit fin aux prétentions de ce suzerain resté attaché au maintien de la tradition féodale. Avec lui s’éteignit le dernier Dauphin d’Auvergne. Le successeur de Béraud va se montrer moins hautain et les Souchet pourront conserver Brion.
Seigneur haut justicier à Brion, Étienne II Souchet dans un dénombrement de 1437 pour son « chastel de breon » situé « en la paroisse de compaign », rendait hommage à Charles 1er de Bourbon (1381-1434), comte de Montpensier par sa femme Marie de Berry (1375-1434), duchesse d’Auvergne et fille cadette de Jean de Berry. Les Souchet ne furent pas faits chevaliers, alors même que l’ancienne noblesse elle-même rencontrait de plus en plus de difficultés pour faire face aux frais très onéreux de l’adoubement dont la pratique se raréfiait alors que se maintenait la cérémonie de l’hommage.
On pourrait voir dans l’échec du retrait féodal mû par le dauphin l’amorce du déclin de l’autorité féodale ou encore une répercussion de la crise consécutive à la guerre qui avait rebattu les cartes économiquement et socialement. A l’insu d’une noblesse déclinante, la bourgeoisie urbaine était en pleine ascension. La seigneurie de Brion restera sous l’autorité des Souchet plus d’une centaine d’années encore.
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Armoiries des Souchet – Remacle, Armorial d’Auvergne
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Les Souchet et l’Église
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Le riche bourgeois devait se livrer à diverses actions caritatives, pratiquer des oeuvres pies, faire entrer l’un de ses enfants en religion ou encore utiliser sa richesse en faisant édifier une chapelle ou, comme on le soupçonne au bourg de Compains, flanquer d’une tour d’escalier l’église paroissiale de sa seigneurie.
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• Des enfants ecclésiastiques
Dans les grandes familles bourgeoises clermontoises, l’entrée d’un enfant dans la cléricature était un marqueur d’ascension sociale, comme l’anoblissement ou l’achat d’une seigneurie, Les Souchet placèrent en religion plusieurs de leurs enfants : Guillaume Souchet fut chanoine du chapitre cathédral de Clermont (1494-1497), comme le sera Blaise Souchet en 1516. Étienne IV, frère de Guillaume, sera lui aussi d’Eglise, prieur de Beauvoir près de Clermont où les Souchet tenaient leur autre seigneurie.
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• Membres de la confrérie du Saint-Esprit
Plusieurs confréries contrôlées par les grandes familles dirigeantes de Clermont exerçaient des actions charitables et hospitalières. On trouvait à Clermont des confréries dans les paroisses de Notre-Dame du Port, de Saint-Genès et de Saint-Pierre et chacune devait payer le cens au chapitre cathédral. Signe de notoriété, Étienne Ier Souchet avait été nommé bayle assermenté de la Confrérie du Saint-Esprit de la paroisse de Notre-Dame du Port où il habitait. Cette confrérie bienfaisante faisait l’aumône et distribuait la nourriture aux pauvres.
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• Fondateurs de vicairies et constructeurs d’édifices religieux
A Compains : la construction de la tour d’escalier qui conduit au clocher
Au bourg, une tourelle d’escalier éclairée de trois petites fenêtres flanque le transept sud de l’église Saint-Georges pour donner accès au clocher. Datée du XVe siècle par les Monuments historiques, elle a été mal construite. Sans grand souci du bâti préexistant, elle obstrue en partie une verrière de la nef qui ne diffuse de ce fait que chichement la lumière.
Compains- Eglise Saint-Georges – Tourelle (des Souchet ?) au pied du clocher
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Compte tenu de sa datation, il est vraisemblable qu’on peut attribuer aux Souchet la construction de cette tour d’escalier. Ce choix architectural renseigne et intrigue à la fois. Il nous renseigne sur le bon état général de l’église qu’on peut supposer puisqu’au lieu de restaurer le bâtiment principal on choisit de financer l’ajout de cette tourelle. Mais il intrigue également puisque nos sources ne nous renseignent pas sur la provenance des libéralités qui permirent de financer cet ajout. Jeanne du Peschin, endettée, n’eut vraisemblablement pas les moyens de faire cette annexe peu prestigieuse mais malgré tout onéreuse à construire. Mort en 1411, l’année même où il acheta la seigneurie de Brion, Étienne Ier Souchet peut être mis hors de cause. C’est donc vers l’un de ses descendants qu’on se tournera dans une famille qu’on verra ci-après investie à Clermont dans la construction d’une chapelle. Les Nesson, autre riche famille roturière anoblie récemment et alliée au Souchet, feront eux aussi construire à Aigueperse une imposante tour octogonale en pierre de Volvic. Dite « tour des Nesson », cette tour jouxte le bras sud du transept de la collégiale Notre-Dame.
A Clermont : fondation d’une chapelle et de vicairies à Notre-Dame du Port
La construction d’édifices religieux faisait partie du rayonnement que devait avoir une famille fortunée. Quand pour complaire aux riches familles qui souhaitaient être enterrées à Notre-Dame du Port le chapitre y autorisa la construction de chapelles, Étienne II Souchet y fit construire vers 1450 la chapelle Sainte-Marthe où il fonda la vicairie dite « des Souchet ». Attenante au mur de l’église, la chapelle s’ouvrait sur le bas-côté sud de l’édifice. Selon Gilbert Rouchon et Pierre Balme, il est stipulé dans un acte de présentation de la vicairie par Étienne II Souchet en 1455 que des messes seront dites dans la chapelle « per ipsum consecrata et edificati ». Selon l’usage, Souchet dut assigner des revenus au fonctionnement de la vicairie et de son vicaire, notamment de revenu de prés qu’il détenait aux environs de Clermont. L’un des vicaires fut le prêtre Pierre Espedon, chorier et sous-chantre de Notre-Dame du Port. Vicaire de Sainte-Marthe en 1455, il y desservait l’autel des Souchet où des messes étaient dites pour le repos des défunts de la famille.
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Clermont-Ferrand – Porte sud de l’église Notre-Dame du Port
Blason des Souchet
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A la génération suivante, Antoine Souchet, dit « écuyer » et « seigneur en partie de Brion » qu’il tenait en coseigneurie avec ses frères, fondera à son tour par testament le 16 juillet 1619 une vicairie dans la chapelle Sainte-Marthe : « je fonde une vicairie perpétuelle laquelle je veulx estre deservie en l’esglise notre dame du port dudit clermont en la chapelle de mes predecesseurs appelest Souchet ». La vicairie devait être financée par les dîmes perçues par Antoine Souchet à Chappe et des messes des morts devaient y être dites pour le salut de son âme. Au début du XVIIe siècle, Anthoine Taillandier était vicaire de cette vicairie qu’on continuait de nommer « des Souchet », alors que, semble-t-il, la famille était éteinte. La chapelle Sainte-Marthe est aujourd’hui détruite. Il reste à son emplacement sur le mur sud-ouest de Notre-Dame du Port les armoiries des Souchet, un écu à trois couronnes de fleurs, sculpté sur le tympan de la petite porte gothique qui donnait autrefois accès à la chapelle.
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Déboires financiers des héritiers d’Étienne Ier Souchet
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• Étienne II Souchet seigneur d’« une seigneurie de grand renom et de peu de valeur »
Durant les règnes troublés de Charles VI et Charles VII, des bandes de routiers continuèrent de rôder dans les montagnes au point qu’en 1442, les États de Basse et Haute Auvergne voteront un subside de 24 000 livres pour mener la lutte contre ces compagnies errantes. Les questions de sécurité restaient prégnantes à Brion. Pour les Souchet, il fallait éviter que ce qu’il restait du château ne retombe entre de mauvaises mains et assurer la sécurité des foires qui, comme la chapelle de Brion en 1404, avaient, peut-on penser, repris leur activité au début du siècle. Tout cela avait un coût et peut-être lors de l’achat avait-t-on surestimé le revenu de la seigneurie au sortir de la guerre de Cent Ans. Un mémoire retrouvé aux Archives municipales de Clermont par G. Rouchon et P. Balme, fait état des difficultés financières rencontrées par Étienne II Souchet à Brion. Gentilhomme de fraiche date, il expérimentait le poids des charges qui pesaient sur un seigneur des montagnes. Pour lui, Brion était « une seigneurie de grand renom et de peu de valeur », couteuse en frais d’officiers, voyages, ban et arrière ban. Gentilhomme de fraiche date, Étienne faisait l’expérience des charges qui pesaient sur un châtelain dont les revenus pouvaient fluctuer selon la conjoncture économique, les épizooties, le climat ou les pestes. Comme dans toute seigneurie, il touchait les « cens, rentes et tailles » et bénéficiait des « manoeuvres, charrois, estans (étangs), garennes, bois, pasquiers, tenemens et pertinences mouvant en fief de mondit seigneur »qui lui rapportaient 200 livres en 1437, un revenu important à cette date rapporté aux revenus relevés pour 1488 par Pierre Charbonnier dans sa thèse. A la même date, Souchet déplorait que « la terre de Brion lui a mis sur les bras trois proces au parlement », séquelles du retrait féodal de Béraud Dauphin qui purent déséquilibrer un temps ses finances.
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• L’insécurité et la guerre
Soutenir un train de vie seigneurial avait un coût, en particulier quand il fallait tenir son rang à la guerre. Un anobli récent qui tenait fief au XVe siècle devait servir dans les armées du roi. Des commissaires fixaient le nombre et l’espèce d’hommes de guerre qu’on devait fournir au roi lors d’aveux et dénombrements des tenants de fiefs. Lors de l’établissement du ban de 1488, les frères Souchet coseigneurs de Brion, furent rangés parmi les « gentilshommes brigandiniers » et durent servir le roi avec deux brigandiniers en équipement d’archer.
La brigandine était une cote de maille formée de plaques rivées sur du cuir ou sur du tissu que portaient les gens de guerre qui combattaient à pied.
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En 1488, « Estienne [III] Souchet pour luy et ses freres seigneurs de Brion a affirme par serement qu’ilz tiennent LX livres de rente »(Teilhard de Chardin). Cet aveu fait sous serment en vue de l’établissement du ban nous livre un chiffre bien incertain – 60 livres – très inférieur aux 200 livres déclarées en 1437. Peut-être faut-il relier cette chute de revenus à l’impact du terrible hiver 1480-1481 dont les conséquences auraient pu peser lourdement sur les revenus agricoles durant les années suivantes. Néanmoins, les 60 livres de revenu des Souchet, sans doute fort minorées, situaient encore leurs revenus dans le tiers supérieur des revenus des seigneurs auvergnats selon Pierre Charbonnier qui observe qu’en 1488, un grand nombre de feudataires déclaraient entre 2 et 100 livres, un système déclaratif qui encourageait à minorer ses revenus.
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• Tracas familiaux et fiscaux
Tenir son rang avait un coût et la famille dut se plier à certaines obligations comme le devoir de combattre dans les armées royales : « son fils aîné est au service du roi [militaire] et il n’a pu payer encore les 300 écus qu’on lui réclame », déclaraient les collecteurs d’impôt, parlant d’Etienne II. Celui-ci, qui devait également veiller à l’établissement de ses enfants, sollicitait un dégrèvement d’impôt, déclarant que les dîmes du cadet ne lui rapportaient rien et qu’il avait deux filles à marier. Bien marier ses filles exigeait des dots à la mesure de la notabilité que voulait manifester la famille. Habitués aux plaintes des contribuables, les collecteurs d’impôt se montraient peu sensibles aux doléances d’Étienne et ne s’en laissaient pas compter. Point ne suffisait, selon eux, que les Souchet aient obtenu depuis deux ou trois générations des lettres de noblesse en importunant le souverain ou moyennant finance, ni qu’ils vivent noblement, déclaraient–ils. Au rôle de 1460 le baron de Brion déclarait être surchargé d’impôts d’autant que cette même année il était taxé au ban d’un homme d’armes et trois chevaux. A Clermont, le collecteur des impôts arguait qu’il fallait d’abord se soucier des vrais pauvres « il faut y songer avant de dégrever le baron de Brion qui peut attendre et verra des jours meilleurs ». En somme, pour le receveur, plaie d’argent n’était pas mortelle quand on s’appelait Souchet.
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Les Souchet vendent leurs biens de Compains
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Les difficultés des coseigneurs de Brion étaient réelles. Dans un premier temps, elles vont les conduire à vendre à Robert de Balzac une portion de la seigneurie de Brion située au hameau de Chandelière, puis viendra la vente à François de Montmorin-Saint-Hérem de ce qui leur restait de la seigneurie de Brion.
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• Vente de Chandelière à Robert de Balzac d’Entraigues
Plongés dans des difficultés financières, Etienne Souchet III et ses trois frères vendent dans la dernière décennie du XVe siècle une partie des terres de la seigneurie situées à Chandelière à un originaire du brivadois, Robert de Balzac d’Entraigues (1440-1503). Baron d’Entraigues (Entragues) en lisière sud de Compains, Robert de Balzac est un proche du roi de France, un homme de guerre et un écrivain. Profitant de sa proximité avec la seigneurie de Brion, il y achète aux Souchet une terre à Chandelière dont il dotera les chanoines de Saint-Chamant, paroisse de l’actuel Cantal où Robert de Balzac avait fondé un chapitre et fait construire une collégiale où on l’enterrera en 1503 (voir le chapitre Chroniques villageoises, Chandelière).
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• Les Montmorin attendent leur heure
Les difficultés rencontrées par les coseigneurs de Brion vont favoriser vers 1530 les desseins de François de Montmorin (voir le chapitre consacré aux Montmorin-saint-Hérem). Geoffroy de Montmorin avait hérité par sa femme Dauphine de Tinière, de deux villages à Compains, Cureyre terre allodiale des Bréon et Chaumiane. A Compains en 1461, Pierre de Montmorin-Saint-Hérem était toujours seigneur de ces villages, un bien dont héritera avant 1480 son frère Gilbert, époux d’Alix de Chalençon. D’héritiers en héritiers on parvient à Jean Ier de Montmorin-Saint-Hérem, époux de Marie de Chazeron qui tenait en censive à sa mort (24 mars 1521), les mas compainteyres hérités de sa famille, Espinas, La Fage, Cureyre et Chaumiane. Dès lors que les Souchet voulurent vendre la seigneurie de Brion, il devenait cohérent pour leur fils, François de Montmorin-Saint-Hérem de mettre en place une politique foncière qui agrègerait ces terres dispersées à Compains à la seigneurie de Brion, une stratégie qui devait permettre en outre à l’acquéreur de disposer des revenus d’une des foires les plus importantes d’Auvergne.
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• Vente de la seigneurie de Brion à François de Montmorin-Saint-Hérem
Vente des droits de péage et des leydes des foires
L’aliénation de la seigneurie de Brion par les Souchet intervint en deux temps : la vente des péages et leydes d’une part, la vente de la seigneurie de l’autre. Un extrait de contrat sur parchemin retrouvé dans une source du XVIIIe siècle, révèle que « noble homme Etienne Souchet ecuyer seigneur de Brion » revendit le 15 décembre 1529 à « noble Robert de la Barre les droits de péage et laides qui se percevaient aux foires de Brion ». En l’absence d’une documentation plus complète, il semble que les revenus des foires et la seigneurie furent vendus séparément.
Vente de la seigneurie de Brion
L’acte de vente de la seigneurie par les Souchet à Montmorin n’est pas retrouvé pour l’heure. Compte tenu du texte précédent, on estimera que ce fut vers 1530 que s’acheva le siècle des Souchet à Compains. L’achat par François de Montmorin acte le retour d’une très ancienne famille noble auvergnate à Brion. Comme son lignage avant lui, François fait carrière à l’armée et à la cour où il compte au nombre des cent gentilshommes qui composaient la maison de François Ier. En 1546, il rend hommage à Louis III de Bourbon-Vendôme neveu du connétable félon pour sa baronnie de Brion et sa seigneurie de Chaumiane.
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• Les derniers coseigneurs de Brion
Etienne III Souchet avait épousé Lucie de Saint-Quintin dont il avait eu au moins cinq enfants. Son épouse testa en 1500 au bénéfice de Guillaume, Etienne, Michel et Antoine ses enfants. Tous étaient dits coseigneurs de Brion, mais à des degrés divers. Etienne IV Souchet bénéficiait de la moitié, ses frères de l’autre moitié. En 1503, Etienne IV Souchet sieur de Brion était encore présent au ban comme son frère Michel dit « sieur en partie » de Brion. En 1519, « noble homme Antoine Souchet, escuyer », coseigneur en partie de Brion testait à son tour en présence de nombreux prêtres choriers de la collégiale Saint-Genès de Clermont. Ses héritiers universels étaient ses neveux, Etienne et Blaise qui reçurent la moitié de ses biens alors que Michel, Charles et Jacques Souchet et leurs sœurs recevaient l’autre moitié. Le leg d’Antoine dispersait entre au moins sept bénéficiaires sa portion des revenus de la seigneurie. On retrouvera Etienne IV, Antoine et Michel au rôle du ban des nobles du duché d’Auvergne alors qu’en 1523 ils prêtent serment de fidélité à François Ier après la trahison du connétable de Bourbon et la chute de la principauté bourbonnaise. A cette occasion, Etienne et Antoine sont dits « sires de Brion » et Michel « sire en partie de Brion ». Ils font partie des 365 nobles auvergnats sur 406 présents en Auvergne, auxquels François Ier avait demandé – et obtenu – la confirmation de leur fidélité après la défection du connétable.
Quelques années après la vente de Brion, Blaise Souchet, chanoine de la cathédrale et archiprêtre d’Issoire est dit en 1536 fils de « noble » seigneur de Brion vivant en 1494 et de Loyse de Saint-Quentin (Louise de Saint-Quintin). Il était seigneur de Chas et de Beaurepaire près de Clermont en 1534, deux seigneuries qui finiront entre les mains de Jeanne de Thiolle, sa nièce. On notera qu’on trouvait à Beaurepaire un château et un fief qui avaient été donnés en 1364, probablement en dot, par Guillaume de Bornet à son gendre Pierre de Giac, époux de Marguerite de Bornet (voir le chapitre Les Peschin-Giac). Compte tenu de la piteuse situation financière de Jeanne du Peschin « dame de Brion » jusqu’en 1411 et de son fils Louis de Giac, il semble que les Souchet aient racheté aux Peschin-Giac non seulement la seigneurie de Brion, mais aussi celle de Beaurepaire. Les Souchet s’éteindront, selon Remacle, au début du XVIIe siècle.
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Épilogue
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Les compétences, les alliances et le dévouement à la collectivité clermontoise affiché par les Souchet contribuèrent à l’ascension sociale de la génération qui émergea après 1392 et la fin de la guerre de Cent Ans en Auvergne. Mais conforter sa noblesse en achetant une seigneurie allait-il de soi en 1411 quand on était un ancien drapier clermontois ? L’anoblissement, d’Etienne Souchet, parachevé par l’acquisition du fief de Brion, pouvait passer pour un parcours sans faute. Mais ce faisant, les Souchet n’avaient pas dû mesurer la prégnance des mœurs féodales chez la haute aristocratie auvergnate. Acheter Brion c’était s’attaquer à forte partie et agiter un chiffon rouge devant un représentant de la caste dirigeante issue de l’ancienne chevalerie, le Dauphin d’Auvergne. L’opposition à l’achat des Souchet vint donc de leur nouveau suzerain, homme imbu de son lignage et des traditions chevaleresques, Béraud III de Mercoeur, descendant à la fois des Dauphins d’Auvergne et des Mercoeur. Acheter Brion, fief immémorialement tenu par de prestigieuses familles d’Auvergne, les Bréon, puis les Peschin-Giac qui œuvraient dans l’entourage de Jean de Berry et du roi, c’était faire d’un ancien commerçant, fut-il riche, le vassal d’un Grand du royaume. Béraud, ne l’admit pas d’où son retrait féodal pour s’opposer à la vente. La fin de cette opposition fut sans doute causé par sa mort. Pour le successeur de Béraud, la considération dont les Souchet jouissaient dans le milieu clermontois et le poids de leurs réseaux suffirent à conforter leur position à Brion pendant plus d’une centaine d’années, en dépit des procès et des accusations d’usure, fondées ou non.
Tenir son rang dans la noblesse n’allait pas de soi et c’est à l’érosion progressive des biens des Souchet qu’on va assister à Brion, sans pouvoir y déceler pour l’heure une cause déterminante, si ce n’est peut-être le fonctionnement en coseigneurie, option choisie par la famille jusqu’à la vente de Brion à Montmorin. Qui se sentait véritablement responsable de l’exploitation efficace de la seigneurie ? Sans bénéficier d’une ancienne tradition familiale d’implantation dans les montagnes, les Souchet, n’étaient-ils pas trop « urbains » et s’étaient-ils jamais sentis imprégnés de « l’esprit » des montagnes ? Les sources montrent les Souchet déplorer les nombreux voyages qu’ils devaient entreprendre jusqu’à Compains, et regretter que les officiers seigneuriaux coûtent trop cher. Quant au château, gageons que son entretien n’était plus pour eux une ardente obligation quand tenir une seigneurie leur suffisait à paraître.
Brion coûta cher aux Souchet : procès devant le parlement, sécurité des foires à assurer et catastrophes climatiques ne manquèrent pas d’impacter la rentabilité de la châtellenie, mais Brion était plus qu’une source de profit pour les Souchet, c’était un signe extérieur de réussite, d’où, peut-on penser, la construction de la tour d’escalier de l’église. Sans doute leur assise financière se révéla-t-elle insuffisante, comme a pu l’être leur connaissance des montagnes. La quatrième génération des Souchet fut celle du démantèlement et de la vente de Brion. Cet achat par François de Montmorin-Saint-Hérem remit le fief sous l’égide d’un ancien et prestigieux lignage auvergnat. Il permit à François de rattacher à la seigneurie de Brion d’anciennes possessions dispersées dans la paroisse, tenues depuis longtemps par ses ancêtres à Compains où la nouvelle réalité économique et sociale qui commençait à se répandre sous l’impulsion de riches bourgeois issus de la robe ou de la marchandise n’avait pu s’imposer.
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A SUIVRE





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