Compains

Histoire d'un village du Cézallier

COMPAINS au XVIIe siècle

L’ÉTAT DE L’AUVERGNE

      Période de reconstruction dite “de la poule au pot”, le premier tiers du XVIIe siècle bénéficie du retournement temporaire de la conjoncture après les guerres de religion. La production agricole augmente, on défriche et “la paix règne entre les princes”. Pourtant, riche en tensions politiques, dérèglements climatiques, disettes épisodiques, épidémies, guerres, horrible famine, le siècle égrène son chapelet de crises entrecoupées de périodes de rémission qui rompent avec des décennies tragiques. La société reste très inégalitaire au profit d’une partie de la noblesse et du haut clergé qui jouissent de privilèges, notamment fiscaux, dont ne bénéficie pas la majorité des non-nobles, fortement taxés en Auvergne. Aucun des trois ordres, noblesse, clergé, tiers état, n’est cependant homogène. On trouve en Auvergne des nobles paupérisés, comme par exemple  les André de la Ronade à Compains. Quant aux curés des villages, ils sont contraints de plaider contre le seigneur quand celui-ci capte à leur détriment la dîme nécessaire à leur survie. A l’inverse, on décèle au village l’accession à une relative “commodité” de certains, juristes, notaires, agents seigneuriaux et rares gros laboureurs.

Troubles politiques

      L’Auvergne est perturbée par de grands désordres entretenus par une partie de la noblesse. Après sa traversée de la province (1629) Richelieu exige la destruction de certains châteaux devenus des repaires de factieux. Près de Compains, le château de Vodable, mais aussi ceux de Montpensier, Usson ou Ybois sont mis en adjudication. Des nobles auvergnats participent à la conspiration d’Henri Coëffier de Ruzé d’Effiat, marquis de Cinq Mars qui sera exécuté en 1642. D’autres, prennent part à la sédition de la Fronde. D’autres enfin, comme le marquis de Canillac ou le comte d’Espinchal exercent une véritable tyrannie et créent autour d’eux un climat de violence et d’oppression. Les tribunaux exceptionnels tenus lors des Grands Jours d’Auvergne (1665-1666), tentent de rétablir un peu d’ordre. Selon Fléchier qui assista à ces Grands Jours, Canillac “a pratiqué tout ce que la tyrannie peut inventer en matière d’imposition…pour exécuter ses desseins…il entretenait dans des tours douze scélérats, dévoués à toutes sortes de crimes, qu’il appelait ses douze apôtres, qui cathéchisaient avec l’épée ou avec le bâton ceux qui étaient rebelles à sa loi…”. Contumaces, Canillac et Espinchal seront exécutés… mais en effigie.

L’état des lieux de l’intendant d’Auvergne (1637)

      La misère endémique de la province qu’il est chargé d’administrer au nom du roi n’échappe pas à Jean de Mesgrigny, intendant d’Auvergne (1635-1637). Pour mieux évaluer la situation, il a entrepris une tournée à travers toute la province “y ayant fort peu de lieux où je ne me sois pas transporté”. De cette expérience de terrain, il tirera une Relation de l’état de la province d’Auvergne, adressée en 1637 à Louis XIII. Il y évoque “le pauvre peuple d’Auvergne” trop fortement imposé, avec en particulier la Basse Auvergne qui supporte les deux tiers des impositions de la province. L’intendant insiste sur les ressources complémentaires indispensables apportées par l’émigration temporaire de ceux qui quittent le pays en hiver pour aller “trafiquer en provinces étrangères de bestiaux, chevaux et mulets ou, s’ils sont pauvres, ils vont scier en Piémont… et reviennent l’été voir leur famille et leur ménage et apportent de l’argent pour payer leur taille”. Il est vrai que beaucoup d’hommes parfois accompagnés d’enfants, pour échapper à la longue torpeur hivernale, n’avaient d’autre alternative que le mouvement de balancier entre une émigration saisonnière hivernale et un retour printanier au pays avec l’argent gagné l’hiver, qu’on dépensait immédiatement pour payer les impôts. Tous les intendants d’Auvergne feront le même constat jusqu’à la Révolution : proportionnellement à sa population et compte tenu de son économie fragile, l’Auvergne, et en particulier la Basse Auvergne, est victime d’une surfiscalisation qui, à la fin du siècle  va s’alourdir encore  avec la création de la Capitation pour financer la guerre.

La fiscalité

      Si, comme le souhaitait Vauban (1633-1717), la première mission du monarque doit être le bonheur et l’accroissement du “menu peuple”, autant dire que la politique fiscale de Louis XIV ne contribua pas à l’objectif humaniste exprimé par le maréchal. Alors que le pays sort à peine de la terrible famine de 1694, la fiscalité royale vient s’appesantir encore plus lourdement sur le pays avec la création d’un nouvel impôt, la Capitation. Exceptionnellement, ce nouvel impôt était payable par les trois ordres, noblesse, clergé et tiers état, mais sur l’attestation du curé les pauvres étaient heureusement épargnés. La perception des impôts n’allait pas sans soulever de fortes oppositions. Un exemple parmi d’autres apparait en 1697 chez les Laizer. Alors que le receveur des tailles se présentait sur leur domaine de Montauron pour recouvrer l’impôt, il se heurta à la rébellion des métayers flanqués de leurs chiens et dut se replier sous les jets de pierres.

Difficultés des communautés paysannes

      Après la ponction démographique opérée par les guerres de religion au XVIe siècle, la condition paysanne pâtit d’une conjoncture en dents de scie. En l’absence d’améliorations techniques ou culturales, la routine domine et on ne constate pas de véritable augmentation de la production. Le retour du croît démographique, de mauvaises récoltes et la réapparition des fléaux (peste, variole), contraignent la majorité des familles paysannes à continuer de vivre sur le fil. Pris dans la spirale de l’endettement, des ruraux deviennent les débiteurs de ceux pour qui ils travaillent. Dans l’impossibilité de payer leurs dettes, leurs biens sont saisis. En dernier recours, la vente des biens dotaux de l’épouse prélude à la mendicité.

      Rares sont les sources qui évoquent Compains sous l’autorité des Montmorin – Saint-Hérem dans la première moitié du XVIIe siècle. Pour faire face aux pénuries et éviter la disette, Lacrozes, le régisseur de la seigneurie de Brion était autorisé à puiser dans les réserves céréalières de la seigneurie pour prêter des grains aux paysans en difficulté. A Brion en mai 1617, le contenu du “grenier de madame” [Claude de Chazeron comtesse de Brion veuve de Gaspard II de Montmorin Saint-Hérem] vient secourir des paysans qui peinent à faire la jointure de printemps. Lacrozes leur prête du bled (seigle) que les paysans parviendront à rembourser l’année suivante après la récolte. Pour ceux qui ne peuvent rembourser, c’est la saisie, parfois dérisoire quand, faute de mieux, on saisit un “chauderon”, parfois handicapante quand on saisit deux vaches qui représentent tout le bien d’une famille. On peut aussi concevoir à quels abus de pouvoir  ceux qui affermaient la seigneurie et leur régisseur pouvaient se livrer, souvent en toute impunité. Ainsi, sur les terres des Saint-Nectaire, après les récoltes médiocres de 1651 les cotenanciers de la Montagne de la Vaisse  n’ont pu payer le cens en argent durant plusieurs années. En 1658 ils sont contraints de payer 400 livres.

      La bourgeoisie de robe et la bourgeoisie marchande enrichie par son “industrie” profitent de l’endettement paysan pour étendre leurs biens dans les montagnes. Cette pratique a déjà été observée au XIVe siècle à Compains au temps des Bréon quand les Balbet, déjà propriétaires du Joran, profitent de l’endettement de Maurin III pour acheter la seigneurie de Largelier. Les bénéficiaires sont souvent des clermontois, des bessois, des égliseneuvois, parfois même des propriétaires étrangers au pays qui cherchent à diversifier leurs possessions en acquérant des biens dans les montagnes. Ce sont parfois aussi des juristes locaux ou non, avec en tête le notaire ou des agents seigneuriaux, juge châtelain, procureur fiscal, lieutenant ou paysan du village parvenu à se hisser au rang de gros laboureur. En rachetant les biens de paysans endettés, certains parviennent à se constituer un patrimoine conséquent. Par exemple, un acheteur achète un bien avec, pour le vendeur la faculté de rachat pendant six ans s’il le souhaite ou s’il en a les moyens. Souvent, le vendeur n’a pas réussi à rétablir sa situation et son bien finit par lui échapper. Nous verrons ultérieurement que Jean Morin, notaire à Compains, parfait connaisseur des arcanes du village, illustre ce cas à Compains.

L’État vient cependant à l’aide des paysans. Colbert interdit la saisie du bétail en paiement des dettes et cherche à stimuler la production de chanvre et de lin. On a vu au chapitre “Le lin, culture des montagnes” que le lin apparaissait dans les contrats de mariage vers 1675.

Des années de répit avant les années de misère (Lachiver)

      La province d’Auvergne profite un temps doublement de la conjoncture : placée par sa position centrale loin des champs de bataille, la province produisait en quantité les bestiaux indispensables à la nourriture des armées. Dans la seconde moitié du siècle, les fluctuations de la conjoncture marquent de ce fait une alternance de vaches grasses et de vaches maigres et les années 1680 sont pour les éleveurs du Cézalier des “années de répit”  à peine entrecoupées durant l’hiver 1683-1684 par des grêles et des inondations qui retardent les travaux à entreprendre au clocher de l’église Saint-Georges.

      Au delà du regard que nous entendons focaliser sur Compains qui compte au nombre des villages satellisés dans la zone d’influence (10 km) de Besse, nous saisirons l’opportunité d’évoquer ci-après quelques évènements survenus à Besse où la majorité de la population connaissait les mêmes difficultés économiques qu’à Compains. On dispose pour ce faire du renfort des commentaires de témoins du temps : on lira ci-dessous certaines observations notées par le curé de Besse en marge de ses registres paroissiaux, d’autres commentaires sont attribués à Godivel, bourgeois d’une dynastie de juristes bessois qui témoigne : “on n’avait jamais vu une abondance pareille pour le bled et le vin  et toutes sortes de fruicts et la paix estoit entre les princes […] il y avoit une si grande quantité de froment et de bled conseigle que la livre de pain de froment ne se vendoict pendant ces deux années que huict deniers […] enfin c’estoit une abondance que l’on ne peut exprimer qui commenca depuis 1685 jusques en 1688” (manuscrit attribué à Godivel, publ. par Longy).

      Grenier à viande pour les armées du roi, les montagnes profitent des retombées économiques de la guerre : “les éleveurs des montagnes gagnèrent alors pas mal d’argent a cause des achats que venaient faire sur place pour l’alimentation des armées les commissaires du roi qui enlevaient a tout prix les bêtes à cornes, de telle sorte que pendant les années 1690 et 1691 la vie, malgré de lourds impôts, fut encore assez facile pour une bonne partie de la population des montagnes” (Godivel). Mais ces périodes de prospérité en dents de scie n’amélioraient pas en profondeur la condition paysanne, chacun élevant des bêtes souvent chétives et soumises à de fréquentes épizooties qu’on ne savait pas soigner efficacement. Cette parenthèse conjoncturelle favorable fut malheureusement éphémère et suivie de plusieurs années d’une terrible famine [voir chapitre Misère].

LA VIE A BESSE EVOQUEE PAR SON CURE

      La vie à Compains, insuffisamment documentée au XVIIe siècle nous incite à nous tourner vers le bourg de Besse et les commentaires laissés en marge des registres paroissiaux par son curé. Une partie des habitants de cette bonne ville  vivait à l’abri des murailles du bourg dont on fermait les portes en cas de danger quand les épidémies rodaient dans la région ou quand les soldats du roi venaient hiverner dans la paroisse. Place commerciale importante à l’interface de la plaine et de la montagne, peuplée de marchands, de juristes et de commerçants, Besse comptait dans sa paroisse de nombreux villages (hameaux). C’est à Besse que les montagnards des villages environnants venaient s’approvisionner et vendre au marché qui se tenait  – comme aujourd’hui encore – tous les lundis matins. Entrainé par son périple en Auvergne jusqu’aux portes de Besse, l’intendant Jean de Mesgrigny observait que les habitants y étaient “extraordinairement pauvres” ce que confirment les témoins du temps pour lesquels le commerce et le rayonnement du bourg se dégradaient au profit du bourg d’Ardes.

Epidémies

      Les commentaires du curé laissent entrevoir la dureté de la vie quotidienne. Les maux habituels frappent le bourg emmuraillé de Besse. La peste qui y avait fait sa réapparition en 1529 revient avec la variole dans les années 1630. On garde les portes des murailles “a cause du danger de peste estans es environ et villaiges circumvoisins”. Pour éviter la contagion, on déporte la foire hors des murailles et, pour conjurer l’épidémie, on prie la Vierge d’intervenir. L’évêque Joachim d’Estaing se rend en pèlerinage à la chapelle de Vassivière. En 1636, 26 prêtres processionnent “à la manière accoutumée” jusqu’au cimetière de Besse consacré à l’inhumation des pestiférés.

Intempéries

       On subit toujours le “petit âge glaciaire” qui atteint son point culminant au XVIIe siècle. A Besse, le déchainement des éléments impressionne le curé qui relate son ressenti : plusieurs muletiers de Besse “qui allaient aux provisions” à Montferrand trouvent la mort avec leurs bœufs et leurs mulets à cause des intempéries. Litanie récurrente et toujours d’actualité, les Anciens déclarent n’avoir jamais vu de leur vie un si mauvais temps qu’en 1624.

Cantonnement des régiments

      La province d’Auvergne devait assurer la subsistance de trois régiments et quatre compagnies de chevau-légers qui venaient y prendre leurs quartiers d’hiver. L’obligation d’accueillir le cantonnement hivernal des régiments représentait une lourde charge pour les bessois comme pour les habitants des villages environnants. Mal tenus par leurs officiers, les soldats en garnison n’étaient pas des modèles de discipline et cet hivernage était redouté par les habitants. En 1628, le curé de Besse doit loger le chevalier d’Estaing dont la compagnie, en garnison à Besse, “a fait beaucoup de mal”, selon le religieux. La réparation des exactions des soldats coutera 500 écus à la paroisse.

      Certains, pour ne pas subir les débordements des soudards préféraient fuir leur maison. Ainsi raconte le curé, en 1632, “ceux de Neschers [les habitants] ont quitté leur bourg pour éviter la fureur des troupes de Monsieur, frère du Roy [Gaston d’Orléans], lesquels sont venus à Besse pour retraite”. On logeait dans les faubourgs de Besse en 1633 les soldats d’un régiment de chevau-légers du marquis de Canillac. Cette obligation était source répétée d’ennuis pour les bessois comme pour ceux des villages environnants – (dont Compens (Compains) – qui devaient contribuer au financement de l’hébergement des soldats et, à l’occasion, subir leurs débordements, comme quand, par exemple, des déserteurs assassinent un avocat.

L’ÉTAT DES LIEUX A COMPAINS

Une mosaïque de seigneuries

      L’histoire de Compains bénéficie à partir du XVIIe siècle de sources d’origine privée et de l’apport des minutes notariales. Cette documentation devenue abondante, quoique peu variée,  permettra cependant d’approcher de plus près certains aspects de l’évolution des seigneuries et de la vie quotidienne des compainteyres.

Une paroisse partagée entre plusieurs seigneuries

       Beaucoup plus étendue  qu’aujourd’hui (50 km2), la paroisse de Compains comptait environ 70 km2 avant la Révolution. Elle incluait à l’ouest sur les hautes terres d’Entraigues plusieurs hameaux (Chabagnol, Moudeyre, Groleix, Graffaudeix, Espinat, Redondel), flanqués d’importants espaces d’estives. A peu près vides d’habitants, ils étaient propices à la création de domaines. Mal défendus par les consuls de Compains,  ces territoires seront attribués à Egliseneuve d’Entraigues pendant la Révolution. C’est cet espace étendu qui est considéré par la carte ci-dessous et non le territoire de Compains pris dans ses limites actuelles.

      Trois seigneuries principales se partagent le finage de Compains sous l’Ancien Régime : Brion, Valbeleix et Entraigues dont les limites ne sont en rien positionnées sur les limites de la paroisse. La seigneurie de Brion déborde à l’est sur les communes de La Mayrand, (aujourd’hui Roche-Charles-La Mayrand), et du Valbeleix, à Vauzelle et au Cheix. C’est au nord et au sud de la paroisse que cette porosité inter-parroissiale se manifeste le plus clairement.  Au sud-ouest, la seigneurie d’Entraigues s’étire largement sur plusieurs villages (hameaux) éloignés du bourg de Compains, alors que sur la rive gauche de la Couze, la seigneurie du Valbeleix s’étend jusqu’au ruisseau de la Gazelle. Le temps ayant fait son œuvre, toutes sont dorénavant dépourvues de leur inconfortable château médiéval tombé en ruine (Brion, Entraigues, Roche-Charles) ; les nobles ont migré depuis longtemps vers Paris (Saint-Hérem a notamment un hôtel particulier place des Vosges), vers Clermont, ou encore vers des lieux climatiquement plus cléments (Chidrac pour les Laizer).

      En dépit des risques inhérents à ce genre d’exercice, on a tenté pour la clarté de l’exposé de cartographier les seigneuries de Compains dans la seconde moitié du XVIIe siècle. Le corpus de textes considéré en dépit d’une clarté parfois limitée, permet cependant d’éclairer le puzzle des propriétés qui découpe la paroisse. Comme nous le faisons dans chacun de nos chapitres en profitant de l’agilité qu’autorise un site internet, nous adapterons notre contenu au cas où de nouveaux textes viendraient préciser les limites définies actuellement.

Compains – Seigneuries au XVIIe siècle

La seigneurie de Brion

      Brion, le bourg de Compains, Chaumiane, le Montcineyre et son lac forment les éléments principaux de la seigneurie la plus importante à Compains. Depuis le Moyen Âge, les confinations de la seigneurie ont peu changé. Après la saisie des terres d’Entraigues achetées par Richard de Chaslus, puis Cureyre et Chaumiane vendus par Maurin III de Bréon, Chaumiane a finalement réintégré la seigneurie de Brion. Les successeurs de Maurin – les Peschin pendant une quarantaine d’années, puis les Souchet et les Montmorin-Saint-Hérem, chacun pendant plus d’un siècle – n’ont modifié qu’une fois la superficie de la châtellenie : sur les territoires bordiers à l’est de la paroisse couvrant Chandelières, Groslier et une partie de la paroisse de La Mayrand, est apparue, vraisemblablement au XVIe siècle,  une seigneurie ecclésiastique tenue par le chapitre de Saint-Chamand, on y reviendra ci-après.

        Deux évolutions majeures interviennent au XVIIe siècle : c’est d’abord le changement de main de Brion qui passe de François-Gaspard de Montmorin-Saint-Hérem à Jean de Laizer ; c’est ensuite l’importante aliénation d’une partie de la Montagne de La Taillade à laquelle a été contraint en 1696 Jean II de Laizer pour liquider une dette de 4000 livres contractée par ses parents auprès des Ursulines de Clermont. L’arrangement trouvé consista à vendre aux religieuses cinquante têtes d’herbage prises dans la partie Est de la montagne de La Taillade jusqu’au Pré de l’Arbre, soit la moitié de cette montagne située au pied de la Motte de Brion. S’agissait-il d’un dessaisissement durable ? On peut en douter. Cette vente n’était – semble-t-il – qu’une antichrèse destinée à permettre aux religieuses de percevoir les revenus de La Taillade le temps de se rembourser de la dette contractée par les Laizer. Ce contrat consistait donc à transférer momentanément aux créancières la possession de la moitié de La Taillade, le temps qu’elles en perçoivent les fruits et revenus à concurrence du montant de la dette. Jean II conservait ses droits seigneuriaux (cens) à La Taillade, mais abandonnait aux religieuses les droits de lods et ventes qu’il percevait quand un de ses dépendants vendait un bien tenu en censive. On retrouvera plus tard La Taillade revenue dans les biens du seigneur de Brion.

Les Saint-Nectaire à Compains : des biens nombreux mais dispersés

      La seigneurie du Valbeleix s’étirait au nord du ruisseau de la Gazelle de Marsol au Jansenet dont Saint-Nectaire s’était réservé le sommet, au moins depuis 1451, sans doute pour y installer un poste de garde. Au sud-ouest, les Saint-Nectaire tiennent en outre depuis le XVe siècle, le Puy de la Vaisse (1351 m.) et ses appartenances où ils touchent en 1658 un cens en argent et fromage. Ces terres ne sont pratiquement jamais tenues par des compainteyres. Au nord de ce Puy, des habitants de Condat, Egliseneuve, la Fage, Redondel et Escouailloux reconnaissent en 1659 tenir en indivision de François de Senneterre (Saint-Nectaire), seigneur du lieu, un tènement et montagne dit Long Bois, Roche Brune et Claux de La Reynerie, avec non loin, la pagésie de La Gardette qui est exploitée solidairement par plusieurs paysans du village d’Escouailloux. Enfin, à l’extrême sud de la paroisse, la Montagne de La Veysseyre est partagée entre deux seigneurs hauts justiciers : Saint-Nectaire et l’écuyer Julien Regin, qui y touchent chacun une partie du cens. En 1563, La Veisseyre est exploitée en pagésie (solidairement), par des tenanciers de Condat et Egliseneuve (Voir aussi le chapitre Les Saint-Nectaire).

La seigneurie d’Entraigues

Les hautes terres d’Entraigues données au XIIIe siècle à Dauphine de Bréon jusqu’au Cocudoux et les basses terres qui échurent à sa sœur cadette Marguerite de Bréon, relèvent dorénavant de la seigneurie d’Entraigues qui, au sud-ouest,empiète largement sur la paroisse de Compains avec les villages déjà cités plus haut de Redondel, Espinat, Graffaudeix, Moudeire, Grosleix et Chabaniol, les bois et le lac de Chambedaze (Bois de Maumont), et une partie de La Fage. Au XVIe siècle, on y payait aux Urfé, seigneurs d’Entraigues, une forte dîme prélevée à la onzième gerbe. Au début du XVIIe siècle, la seigneurie d’Entraigues a échu à Guillaume de Crémeaux, baron d’Entragues (Entraigues). Il est le fils d’Isabeau d’Urfé, mariée vers 1600 à Claude de Crémeaux. Vers 1700, la terre d’Entragues sera vendue au marquis de Malras d’Yolet qui vit au château d’Auteyras près de Billom.

Les lointains villages du sud-ouest ne cessent d’être habités au XVIIe siècle. Ainsi par exemple, La Fage dont est propriétaire Jean de La Reynerie qui jouit d’un “domaine et metterie” comprenant bois, paschiers, communaux, grange, étable, jardins, prés et terres avec 50 têtes d’herbage et plus encore dans la Montagne de La Vaisse. Pour récupérer Auzon,  (voir au chapitre Montmorin-saint-Hérem), on se souvient que Gaspard de Montmorin-Saint-Hérem avait promis 7000 écus, soit environ 21 000 livres à Jean de La Reynerie et son compère François de La Richardie. Incapable de payer lui même, Gaspard avait dû leur céder la jouissance de la seigneurie de Brion pour cinq ans (P. Cubizolles). En 1671, Jacques de La Reynerie fait une reconnaissance pour ses terres de La Fage à Malras d’Yolet, seigneur d’Entraigues, à qui il paie le cens. En 1701, La Reynerie  paie encore le cens pour ses biens de La Fage à Malras.

Plusieurs seigneuries de moindre envergure se partagent aussi le territoire paroissial.

Le petit fief d’Escouailloux

      D’une faible superficie et peu peuplée, la seigneurie d’Escouailloux était tenue au Moyen Âge par Bernard Ronat. Elle passe ensuite de mains en mains avant de parvenir par mariage à Etienne André de La Ronade, issu d’une famille des Montagnes d’Auvergne (Voir chapitre Escouailloux).

La seigneurie haute justicière du Giorand (Joran) : des herbages vides d’habitants

      Le massif du Joran est formé de plusieurs montagnes : le Teston, le Joran soubra (haut), le Joran soutra (bas), dit aussi Joran Baniard. Ces montagnes sont prolongées au midi par le Cros de Joran, magnifique endroit au nord de la paroisse de La Godivelle. Le Joran était joui en indivision en 1580 par “honorable personne Antoine Dumas, seigneur d’Escouailloux, Guillaume Chandezon et des bourgeois de Besse. En 1624, des arbitres divisent le Joran en deux lots égaux de 160 têtes d’herbage séparés par des bornes (une tête équivaut environ à un hectare). L’ensemble était couvert de plus de 300 bêtes. Les propriétaires de chacun des groupes sont des paysans, des juristes et des bourgeois de la région venus de Compains, Valbeleix et Besse. En 1665, le grand et le petit Joran sont passés aux mains d’Antoine Ribeyre, seigneur d’Opme qui exerce la haute justice sur ce territoire vide d’habitants. Doté de limites floues, le flanc sud du Joran fait l’objet de contestations d’appartenance  entre le curé de Compains et celui de La Godivelle pour le paiement de la dîme du Cros de Joran.

LES BIENS ECCLÉSIASTIQUES

Le chapitre de Saint-Chamand, seigneur à Chandelière, Groslier et La Mayrand

      Quoique peu représenté à Compains, le temporel ecclésiastique n’en est pas totalement absent. Depuis une date qu’on peut situer au XVIe siècle, une seigneurie du chapitre de Saint-Chamand s’étend à l’est de la paroisse de Compains sur les villages de Chandelière, Groslier et une partie de la paroisse de La Mayrand. Cette vente aux chanoines qui fut peut-être réalisée pendant que les Souchet étaient seigneurs de Compains (1411-v. 1525) n’est pas documentée pour le moment.

      Le chapitre de Saint-Chamand avait été créé au XVe siècle quand, après avoir acheté en 1473 le fief de Saint-Chamand, Robert de Balzac, sénéchal en Agenais et Gascogne (v. 1440-1503), muni de l’autorisation du Pape, avait décidé de doter un chapitre de six chanoines. Une collégiale et un cloître, achevés vers 1485, subsisteront jusqu’à la Révolution. La collégiale sera alors détruite et son mobilier dispersé. Seuls subsistent aujourd’hui les bâtiments conventuels.

      La cohabitation entre les chanoines et les compainteyres n’alla pas sans heurts ni procès. Comme dans toutes les seigneuries, les chanoines jouissaient de la propriété éminente et touchaient le cens, le loyer de la terre exploitée par les tenanciers qui avaient la propriété utile. Comme ils le faisaient contre les Laizer, les paysans n’hésitèrent pas à plaider contre les religieux quand ils jugèrent que le chapitre outrepassait ses droits. En 1709, un terrible hiver avait glacé la région durant plusieurs semaines. Les cens dus chaque année au chapitre ne furent réclamés par les religieux que plusieurs années plus tard, ce qui souleva les protestations de habitants qui, sans doute mal conseillés, furent désavoués par la justice. En 1722, ils durent se départir de l’instance conduite contre les religieux et se trouvèrent contraints de payer les arrérages dus au chapitre.

UNE MINE DE FER A COMPAINS : LA FERRIÈRE

Pour localiser La Ferrière

      Les toponymes de la matrice du cadastre de 1828 apportent quelques précisions sur l’emplacement de ce gisement ferrugineux. Trois parcelles du cadastre dénommées La Ferrière sont déclarées appartenir “aux habitants de la commune”. La première (n°351 du cadastre) est dénommée Bois de La Ferrière ; non loin, on trouve les deux autres parcelles (n°369 et 370), dites La Ferrière. On manque de documentation sur l’étendue du gisement et le volume de la production. On ne peut cependant exclure que la superficie de l’exploitation ait été plus vaste que ne le laissent penser les trois parcelles représentées en 1828 sur le cadastre. Le changement d’affectation du terrain remis en pâture après l’arrêt de l’exploitation minière a pu modifier les dénominations cadastrales établies plus de cent ans après la fin de l’extraction du minerai.

Compains – La Ferrière

La mine du seigneur

      Plusieurs générations de Laizer furent intéressées par la minéralogie. Au XVIIe siècle Jean de Laizer découvrit (?) et tenta d’exploiter avant 1697 une mine de fer découverte à la sortie ouest de Compains, près de l’embranchement de la route qui conduit d’Egliseneuve à Besse. Sans doute le comte de Laizer avait-il fait du bruit autour de son exploitation car durant un siècle, plusieurs auteurs (Audigier, Pigagnol de la Force, Legrand d’Aussy, La Martinière et l’abbé Nicolas Ordinaire en 1804), témoignaient encore des années plus tard de l’existence passée de cette mine éphémère.

Parmi ceux qui évoquent l’existence d’une mine de fer à Compains, on trouve deux intendants d’Auvergne, Lefèvre d’Ormesson dans son Mémoire sur l’état de la généralité de Riom en 1697 et Bonaventure Rossignol qui, vers 1740, y fait brièvement allusion. Pourtant contemporain du lancement de cette exploitation, Lefèvre d’Ormesson, visiblement peu informé, ne fait qu’évoquer “le sieur comte de Brion, du nom de Laiser, prétend en avoir trouvé une [mine de fer] dans sa terre de Compains”.

Echec du projet

       Vers 1740, l’intendant Rossignol fait réaliser une enquête pour mieux connaître les richesses minières de l’Auvergne et tenter de mieux les développer. Selon ce mémoire, la tentative d’exploiter le fer à Compains s’était soldée par d’importantes pertes financières, la mine n’étant pas assez productive. L’abbé Ordinaire en 1804 estimait dans son Essai statistique sur le département du Puy-de-Dôme, que “les frais du travail excédant le rapport, on l’abandonna”, mais peut-être recopiait-il ses prédécesseurs. Car les causes de l’échec du projet varient avec chaque auteur. Le chanoine Pierre Audigier dans son Histoire d’Auvergne, prétend que la qualité du fer était excellente : [la mine] “la plus connue est celle de Compains…le fer qu’on en tire est fort bon. Il y a 20 ans que l’on y travaillait avec succès, mais elle fut abandonnée par la mésintelligence qui se mit entre feu M. Le comte de Brion, seigneur de cet endroit, et les entrepreneurs”. Après cette tentative à la fin du XVIIe siècle, l’exploitation de la mine semble n’avoir jamais repris, en tous cas elle n’était plus exploitée en 1765 selon Pigagnol de La Force. Pour Legrand d’Aussy qui écrivait à la fin du XVIIIe siècle, l’exploitation avait été abandonnée “parce que les bois qui alimentaient les fourneaux se sont épuisés et ont manqué entièrement”. Peut-être avait on sous estimé la quantité de bois nécessaire sur un territoire où, hormis la forêt du Montcineyre, le bois était rare. On a le sentiment que chacun supputait. Aussi face à des auteurs probablement peu informés des véritables causes de cet abandon, nous suivrons pour le moment l’intendant Rossignol quand il estime avec vraisemblance que c’est la faible rentabilité du gisement qui scella l’arrêt de son exploitation.

L’attrait des laizer pour les mines n’était pas près de s’éteindre, nous y reviendrons plus en détail ultérieurement. En 1836 encore, Maurice de Laizer, lointain descendant de Jean, cherchait à exploiter une concession dans le gisement houiller de Brassac.

Voir aussi les chapitres

Jean Ier de Laizer seigneur de Brion de 1654 à 1676

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7 commentaires sur “COMPAINS au XVIIe siècle”

  1. SERGE Says:

    Remarquablement bien fait. Merci pour ces infos.

  2. Laronzière Says:

    Compains un passé unique !!! Merci de nous le révéler par ces recherches de grande valeur pour les générations présentes et futures .MERCI.

  3. barbat Says:

    merci beaucoup très intéressant,je suis avide de ces connaissances de notre histoire qui permet aussi de situer nos aieux dans le contexte

  4. LEGEARD Says:

    Merci.
    Je ne suis pas “de la paroisse”, comme on dit; mais j’ai trouvé dans cet article (très intéressant par ailleurs) ce que je cherchais: l’origine d’un curé d’Yèvres au diocèse de Chartres (17ème sièce): Messire Henry LUBé de la Ribeyre.
    Encore merci.

  5. barbat Says:

    visite très interessante meme si je ne suis pas de la paroisse du nord Cantal j’ai fréquenté Brion à l’occasion de ses foires quand je vais me promener dans cette belle région je la regarde d’une autre façon grace à vous

  6. AUGUET Says:

    Merci pour cette démonstration historique.
    Je recherche la descendance des Brion à nos jour pour un ami américain
    Si vous avez pu faire comme un arbre dans vos recherches ce serai formidable.
    Avez-vous sorti un livre sur l’histoire de vos recherches
    Je serai acquéreuse.
    Bien cordialement
    Danielle

  7. morin Says:

    Je ne repeterais pas tout le bien que je pense de ce site exceptionnel, surtout pour moi, qui ne connaissait rien à l Auvergne et qui ai pu refaire mon arbre jusqu’a Antoine Morin de brion et Catherine Verdier en 1690,retrouvant des liens dans tous les Morin,Verdier Chabaud,Attignat Fauchier Boyer Nabayrat Chamrousse Martin,etc.Je recherche toujours mon dernier lien de cet Antoine Morin mort pour le mariage de l un de ses fils Blaise morin en 1756 avec Boudier Michelle de Valbeleix, lieu de Vozelle.Je suis parti de mon grand pere notaire à Bernay, pour atterrir apres les colporteur laboureur …aux notaires royaux??? Au passage je me pose toujours des questions au sujet des Maurin de Brehon ou Brion ils s’arretent en 1350, avec Morinet,fils de Maurin3 et Dauphine, ne s’agirait il pas du passage des prenoms en noms???pendant le tunnel de 1350 à1590 si quelqu’un travaille sur les annes 1400 a1500 Bravo encore et merci pour tout.Amitiés

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