Compains

Histoire d'un village du Cézallier

– Foires à Brion

Les foires de Brion… d’hier à aujourd’hui

Au MOYEN ÂGE

     Indispensables à la commercialisation du produit des montagnes, les foires tenaient dès le Moyen Âge une place considérable au Bas et Haut-Pays d’Auvergne. Profitant de l’autonomie dont ils jouissaient alors, les grands féodaux avaient multiplié les foires. Lucratives puisque les seigneurs y percevaient des taxes, ces foires étaient aussi contre-productives quand, trop nombreuses, elles se concurrençaient entre elles. Après la reprise en mains de l’Auvergne par le pouvoir royal au XIIIe siècle, l’administration royale voulut rationaliser l’espace économique en organisant un réseau de foires cohérent. Le parlement proclama en 1269 qu’au roi seul appartenait le droit d’octroyer une foire “qui feriam, sine auctoritate domini regis : cum nullus in regno talia possit facere, absque consensus vel mandato dominis regis”.

     Les foires de Brion seraient attestées dès le XIVe siècle selon un auteur qui omet de citer sa source. Pôle d’attraction considérable, Brion attirait quantité d’acheteurs de bestiaux et de produits locaux parfois venus de régions aussi éloignées que le Languedoc ou le Poitou. Plusieurs fois dans l’année, les compainteyres pouvaient y écouler l’excédent de leurs bestiaux et s’y approvisionner en produits du “pays coupé” et de la plaine. C’était une ouverture sur le monde, une rupture avec l’isolement hivernal imposé par le climat.

      Peu avant que Jean de Berry ne donnât la seigneurie de Brion à Imbaud du Peschin seigneur de Combronde, celui-ci avait sollicité en 1366 l’établissement d’une foire à Combronde. La guerre de Cent ans faisait rage et de nombreuses foires avaient été supprimées “a cause des guerres et de la diversité des temps”. En dépit des hostilités, Imbaud obtint la création à Combronde de deux foires et d’un marché.

      Obtenir une foire n’allait pourtant pas de soi. Ainsi, Richard de Chaslus, seigneur d’Egliseneuve d’Entraigues et Cisterne, en fit l’expérience quand il sollicita en 1341 la création de trois foires et d’un marché tous les jeudis à Egliseneuve. Une enquête fut diligentée et le bailli d’Auvergne fit un rapport : la création du marché fut approuvée, mais les foires furent refusées, considérant que leur siège serait trop proche de celles déjà autorisées dans le voisinage.

A L’ÉPOQUE MODERNE

Un réseau de foires périphérique au massif du Cézalier

      Les foires de Brion étaient le lieu d’un négoce intense, mais éphémère sur la marge septentrionale du massif du Cézalier. Leur déroulement s’organisait principalement autour du commerce des “bêtes à cornes” et de leurs produits dérivés, les fromages vendus jusqu’en Provence et au Languedoc, les peaux et, le cas échéant, l’huile de lin, le miel et bien sûr, les grains. La production de lin et de chanvre était plutôt réservée à la consommation locale.

      Brion, mais aussi Allanche et Maillargues, placés au cœur des herbages du massif, totalisaient 17 foires, soit la majorité des foires de plein champ de la région. Le foirail de Brion accueillait à lui seul  une douzaine de foires à l’année. Selon un Mémoire sur le commerce en Auvergne rédigé vers 1750, deux des trois principales foires aux bestiaux se tenaient à Brion (2 et 25 mai), la troisième, une foire de fin de saison, se tenait le 11 octobre à Maillargues. Le grand nombre de foires tenues à Brion n’excluait pas que des bovins élevés à Compains soient vendus aux foires de La Tour d’Auvergne.

Brion – Le foirail et la Motte – Au fond, le Lac des Bordes

cliché aérien Francis Cormon ©

      Aux marges du massif du Cézalier, les bourgs d’Ardes, Besse, Egliseneuve et Condat comptaient treize foires à eux quatre. Ardes et Egliseneuve avaient spécialisé leur production pour limiter la concurrence : profitant des terres favorables aux ovins qui entouraient la localité, on tenait à Ardes d’importantes foires aux moutons ; aux foires d’Egliseneuve d’Entraigues, on vendait des ânes.

      Au XVIIe siècle, la mise en place du réseau des foires se poursuit. La circulation difficile sur des chemins rendus peu praticables par le climat et le défaut d’entretien incite les seigneurs à réclamer de nouvelles foires qui les feront bénéficier de davantage de taxes. En 1640, Guillaume de Crémaux, marquis d’Entragues, demande la création d’une foire par an et d’un marché hebdomadaire à Egliseneuve d’Entraigues. Il voit sa demande acceptée sous conditions : la foire pourrait se tenir le 10 août et le marché tous les mercredis sous réserve qu’à quatre lieues à la ronde la nouvelle foire ne puisse porter préjudice aux foires des alentours. Il obtient en outre la construction d’une halle pour faciliter l’activité des marchands.

Le calendrier des foires

      Comme les estives, les foires ne pouvaient ni débuter trop tôt en saison, ni se terminer trop tard. A Brion, elles se tenaient à date fixe, entre mai et octobre. Leur début tardif au printemps, comme leur fin précoce à l’automne, étaient  nécessairement calqués sur le rythme de la production, lui-même contraint par la rudesse du climat : passée la mi-octobre, on ne trouvait plus que des foires situées aux marges du Cézalier : avantagés par un climat moins rigoureux, Besse, Egliseneuve, Ardes et Condat tenaient leurs dernières foires en novembre.

      Nombreuses, les foires étaient éphémères et surtout d’importance inégale : en 1740, ne disait-on pas : “il y a quatre foires convenables par an”.


Calendrier des foires vers 1750

Mai – Brion : 2, 25

Juin – Brion : 5, 16, 25

Juillet – Egliseneuve 11 – Brion 22 – Ardes 26

Août – Brion 7,22 – Egliseneuve 11 – Allanche 16 – Condat 26

Septembre – Brion 1er, 14 – Allanche 7 – Besse 22 – Ardes 29

Octobre – Brion 5, 14 – Egliseneuve 7 – Besse 8 – Allanche 25 – Ardes 28

Novembre – Egliseneuve 9 – Ardes 13 – Condat 15 – Besse 18

      Le XVIIIe siècle voit l’éclosion d’un grand nombre de foires. Des “cinq grandes foires” de Brion en 1667, on était passé à douze en 1764. Une enquête de l’intendance d’Auvergne notait que les foires [de Brion] les plus considérables sont celles des 25 may, 16 juin, 22 juillet, 7 aoust et 14 septembre. Les grains s’y débitent comme à Besse aux habitants”. C’est en octobre, mois des foires les plus nombreuses, que chacun se défaisait des bêtes qu’il ne pouvait hiverner de ses foins et pailles. L’intendant d’Auvergne Bernard de Ballainvilliers comptait 600 foires en Auvergne en 1765 dont douze qu’il qualifiait “assez importantes”. En 1789, on comptait cinq foires à Besse, soit deux de plus qu’en 1750.

Calendrier d’Auvergne 1763 (B.P.C.F.)

Le Calendrier d’Auvergne qui nous renseigne sur la chronologie des foires autorisées dans le Cézalier et ses marges montre qu’on accordait la création de nouvelles foires tout en voulant éviter une concurrence contre-productive.

Le foirail – Lieu d’échanges – Lieu de pacage – Lieu de conflits 

      Le foirail couvre près de trois hectares (cadastre 1828 n°126) ; la Motte, (la Moutte disait-on à Compains), couvre 12 hectares (n°187 bis). L’un et l’autre – et on peut y ajouter le Lac des Bordes – étaient des biens propres aux seigneurs de Compains, les Laizer depuis la seconde moitié du XVIIe siècle.

     La non résidence des Laizer incitait les brionnais à s’approprier l’usage de ces biens seigneuriaux. Les habitants, au nombre de 29, durent pourtant reconnaitre en 1673 qu’il existait à Brion “un foirail borné et limité par des reconnaissances anciennes [probablement faites aux Montmorin-Saint-Hérem prédécesseurs des Laizer, ou peut-être même plus anciennes encore], sur un amont entre les deux villages de Brion avec six cabanes et huttes qui appartiennent au seigneur de Brion”. Selon cet accord, durant la bonne saison, seul le foirail situé au pied de la Motte pouvait être pacagé entre les foires par les bêtes des brionnais, à l’exclusion de la Motte, bornée et réservée au seigneur, réserve dont les paysans n’avaient cure, il faut en convenir.

      Seigneur de Brion depuis la mort de son frère Jean II en 1716, François de Laizer regrettait en 1721 de devoir respecter cet ancien accord sur lequel il n’osait pas revenir. Dans un courrier à son régisseur, il déplorait ne pas se sentir seul maître sur ses terres de la Motte, du foirail et du lac et, selon ses propres dires, exprimait des regrets en constatant que les paysans “mangent mon herbe”. Il était vrai que ceux-ci, pour certains ingérables, outrepassaient leurs droits et faisaient aussi pacager par leurs bêtes la Motte voisine du foirail, pourtant réservée au seigneur et protégée par des bornes.

      Le genre de vie de François n’en faisait pas un hobereau de campagne vivant au quotidien près de ses terres. Sans résidence à Brion dont on sait que le château était ruiné, il ne disposait que d’un pied à terre au bourg. Soldat dans les armées royales, il vivait loin de sa seigneurie et traitait avec les paysans par hommes de loi interposés ou déléguait pour le représenter auprès des villageois son frère cadet, Hugues de Laizer, seigneur de Lignerolles, une terre située dans la paroisse voisine de Saint-Anastaise.

      Cette non résidence contribua sans doute à ce qu’en 1722 les paysans se sentent autorisés à contester à François de Laizer la propriété du foirail et, pour faire bonne mesure, celle de la Motte et du Lac des Bordes. Il fallut une sentence du baillage de Montpensier pour que les habitants finissent par reconnaitre sa propriété à François. Celui-ci laissa finalement l’usage du foirail, du lac et de la Motte aux habitants, mais la contrepartie fut importante : les brionnais durent concéder 25 têtes d’herbages à Laizer pour l’établissement des foires et l’exécution du règlement. Perpétué durant des décennies, ce bail à ferme des biens privés sera renouvelé jusqu’en 1789 par Jean-Charles, petit-fils de François.

REVENUS et DEVOIRS SEIGNEURIAUX ASSOCIES aux FOIRES

Péages et  leydes

     Deux droits, un péage et une leyde – étaient perçus sur les voitures, les bestiaux et les marchandises qui se rendaient aux foires : “les droits que l’on exige sur les voitures, bestiaux, denrées et marchandises qui passent seulement dans un lieu sont des droits de péage ; ceux que l’on perçoit sur les bestiaux et les marchandises qui sont vendus aux foires et aux marchés peuvent être des droits de leyde”. 

Le péage

      Le péage exigé sur les animaux et les denrées était prélevé sur ceux qui se rendaient aux foires lors de leur passage en un lieu précis. Les habitants de la paroisse où se tenait la foire étaient exemptés.

Détecter où étaient perçus les péages est malaisé. Les sources montrent cependant trois points de péage avérés dans la paroisse ou très près de sa limite : le terrier de la seigneurie du Luguet signale entre Auzolle et Brion un lieu nommé “la chabanou del peage” à Jassy, (hameau de la parroisse de Saint-Alyre-ès-Montagne qui touche Brion) ; au sud, on trouve un autre lieu de péage pour ceux qui, venant de l’ouest par le chemin de Maupas, traversaient le Joran ; enfin, un péage se tenait au bourg  pour ceux qui, venant de Besse se rendaient à Brion.

Les modalités de la perception du péage

     Le seigneur ne percevait lui-même ni le péage, ni la leyde. Il déléguait leur perception à un “fermier” qui affermait ces taxes, puis lui reversait le montant convenu en gardant pour lui un bénéfice. En 1740, Louise de Miremont comtesse de Brion, veuve de Jean [Baptiste] de Laizer (1704-1734), est tutrice de Jean-Charles, son fils encore mineur. Elle afferme pour quatre ans à Jean Bohaud “hostelier” au bourg de Compains, toutes les foires qui se tiennent à Brion. Bohaud  acense ensuite à deux voituriers de Besse les péages qu’il a pris à ferme sur trois des chemins qui conduisent à Brion : celui de Compains, celui du Gioran (le Joran) et celui qui vient de Jassy, le tout pour le montant annuel de 51 livres.

Où va le produit du péage ?

      Le seigneur de Brion ne profitait pas toujours en personne des revenus des taxes qu’il percevait lors des foires. En 1693, Jean II de Laizer déclare reverser à son frère cadet, François, à titre de “légitime” pour sa part de l’héritage paternel, les 140 livres de leyde et de péage qu’il touche à Brion. François de laizer, “capitaine au régiment du lyonnois”, sera brièvement seigneur de Compains et Brion entre 1716 et 1722.

      Ce montant, perçu pendant les années de misère (1693-1695) où la fréquentation et le rapport des foires étaient, on le sait, fortement diminués, peut être mis en relation avec le produit moyen du péage des foires en “année commune”, évalué après la Révolution à 24 livres (1804). Cette somme, on le verra plus loin, était considérablement sous-estimée et en fait plus proche de 600 livres à cette époque. Souvent en cause, le faible rendement de certaines foires, le climat et les épizooties à l’origine d’effondrements conjoncturels parfois durables. Le constat de l’intendant Ballainvilliers en 1760 est révélateur de ce contexte économique dégradé : “les marchands étrangers ne paraissent plus pour acheter […] les bestiaux ne se vendent point […] les foires sont désertes”. Marquée par des crises régulières cette conjoncture ne va guère s’améliorer jusqu’à la Révolution.

La leyde

      A l’origine, le produit de la leyde devait servir d’indemnité au seigneur à cause des frais engagés pour la tenue des foires, l’entretien des chemins et la sécurité des lieux dans le ressort de la seigneurie. Réclamé uniquement aux marchands étrangers à la paroisse, le droit de leyde était perçu sur tous les bestiaux et marchandises conduits aux foires et marchés. Il arrivait qu’un seigneur prenne pour fermiers ou concessionnaires de leurs droits l’ensemble des habitants de la seigneurie. Ainsi en fut-il du marquis de Broglie, seigneur de Besse en 1754, qui avait délaissé son droit de leyde aux habitants du bourg de Besse moyennant une redevance annuelle de 1271 livres.

      A Brion, de 1654 à la Révolution, l’important courant commercial généré par les foires constitua une source de revenus conséquents pour les Laizer. En 1693, en pleine crise de subsistance, Jean II de Laizer déclarait malgré la famine ambiante percevoir “un droit de péage et leyde”. Recouvrée directement par le receveur de la leyde, ou affermée, la taxe était versée par les “marchands et bonnes gens qui viennent marchander es dites foires et marchés”. Comme pour le péage, sa perception s’effectuait dans des cabanes placées sur les lieux d’accès au foirail.

Les contreparties dues par le seigneur

      Si le comte de Brion avait des droits, il avait aussi des devoirs. Le “péage par terre perçu les jours de foire” n’était pas sans contrepartie puisque Laizer avait l’obligation de veiller à l’entretien des chemins,  au bon déroulement des foires et à la sécurité de tous dans le ressort de sa seigneurie.

      La charge de maintenir en bon état des chemins piétinés chaque année par des centaines, si ce n’est des milliers de bêtes, pouvait constituer un poste de dépense onéreux, si tant est qu’elle ait été correctement exécutée, sujet sur lequel les textes sont muets. Au dire des habitants, la réunion des deux chemins de foire reliant Compains à Brion et Compains à Cureyre “endommageait beaucoup la montagne”.

      Autre charge qui incombait au seigneur, le maintien de la sécurité autour de la foire est un peu mieux connu. Pour faire face à ces charges, le seigneur haut justicier de Brion bénéficiait d’un privilège : en 1722, “le comte de Brion […] de son autorité, se fit céder par ses vassaux [les paysans de Brion] vingt têtes d’herbages dans les communaux, sous le prétexte de servir à l’établissement des foires de Brion, plus cinq autres têtes pour veiller à l’exécution du règlement”, c’est à dire à la sécurité des lieux. Laizer jouissait de ces têtes sans aucun droit puisque, pour les brionnais, il n’avait “ni maison, ni établerie dans le village ni dans les dépendances et que sa simple qualité de propriétaire d’héritages ne lui donnait pas droit aux communaux d’après l’article 3 du titre 28 de la Coutume d’Auvergne”. Les habitants contestaient ce qui, pour eux, était un passe-droit. Le comte se trouvait ainsi doublement bénéficiaire : d’une part il touchait la leyde et le péage,  d’autre part il se remboursait des frais induits par les foires en privant les brionnais de têtes d’herbage nécessaires à la dépaissance de leur bétail.

      La paix civile ne régnait pas lors des foires. Mais à diverses reprises, face à la population ameutée, c’est la maréchaussée de Besse qu’on voit intervenir à Brion lors d’un tumulte. Parfois  même, on voit les gendarmes lapidés par des femmes ! Après des “émotions” intervenues lors d’une foire à Brion le 7 août 1741, quatre gendarmes à cheval et un trompette se transportent sans aucune diligence – neuf mois plus tard, en mai 1742 –  au Valbeleix, à Rochecharles et à Cureyre où les fauteurs de trouble ont été identifiés.  Ils viennent  perquisitionner et assigner ces contrevenants accusés d’émeute, de sédition populaire et d’excès commis à l’encontre de cavaliers de la brigade de gendarmerie de Besse lors de la foire de l’année précédente.

L’État veut supprimer péages et leydes

      Poursuivant un mouvement entamé au XVIIe siècle, le gouvernement cherchait à diminuer les entraves de toutes nature que rencontraient le commerce et la circulation des grains. A plusieurs reprises, des décisions royales étaient intervenues pour supprimer ou réduire les freins au négoce et les arrêts du Conseil d’état s’empilaient, faisant défense à tous ceux qui n’avaient pas présenté leurs titres de propriété de percevoir leyde ou péage. Le parlement était lui aussi hostile à la leyde qui enchérissait le prix des grains.

L’intendant d’Auvergne Ballainvilliers percevait bien en 1765 la nocivité des taxes. Dans un Mémoire sur l’Etat de l’Auvergne remis à Laverdy, contrôleur général des finances à Versailles, il critique les droits “onéreux au commerce” et les impôts prélevés en Auvergne qui lui paraissent “réellement exorbitants”.

      En 1775, Turgot, ministre de l’économie de Louis XVI, sollicitait l’intendant d’Auvergne pour obtenir un état des droits perçus sur les grains de la province. L’objectif était de “faire cesser les obstacles de tous genres qui peuvent s’opposer à l’abondance ou au juste prix des subsistances”. Chacun, qu’il soit seigneur ou propriétaire de droits sur les grains devrait présenter ses titres de propriété.

Mais où sont passés les titres ?

      Seuls les seigneurs hauts justiciers pouvaient exiger l’acquittement d’un péage. Encore fallait-il qu’ils puissent prouver leurs droits, soit par des titres, soit par une pratique immémoriale reconnue. La Coutume d’Auvergne stipulait “nul seigneur sans titres”. Dans la première moitié du XVIIIe siècle, lors de la mise en place par l’administration royale d’une commission des péages chargée de vérifier les titres, on découvrit que nombre d’entre eux étaient usurpés sans vergogne par certains nobles. Ainsi, le marquis de Broglie, seigneur de Besse, qui percevait des droits dans de nombreuses paroisses, perdra-t-il le droit de percevoir d’importants péages faute d’être capable de montrer les titres qui justifiaient ces prélèvements.

      Seigneurs haut-justiciers de Brion, les Laizer étaient donc autorisés à exiger l’acquittement de taxes. Mais face à une administration royale de plus en plus pointilleuse, encore fallait-il qu’ils prouvent leurs droits par des titres ou par une pratique immémoriale. Quand Charles de Chazerat, intendant d’Auvergne, répond en 1777 à une nouvelle enquête des services royaux sur les péages, il ne reçoit pas de réponse des Laizer, probablement eux aussi incapables de faire la preuve de leurs droits. Comme il n’existait pas de taxe perçue sans charge à remplir par celui qui la percevait, Laizer devait aussi prouver qu’il assurait l’entretien et la sécurité des foires. L’administration royale interrogea donc le subdélégué Godivel, représentant à Besse de l’intendant d’Auvergne. Celui-ci réclama leurs titres aux Laizer qui firent la sourde oreille. Trois ans plus tard, l’intendant demandait encore à Godivel “si le comte de Laizer percevait à Brion un péage illégitime”. Aucune trace d’aboutissement de cette enquête n’a été pour l’instant retrouvée.

      La démarche progressiste des services royaux s’inscrivait dans la volonté de faciliter le commerce en abattant les anciennes barrières fiscales injustifiées qui entravaient la circulation des marchandises. Partout où les leydes et les péages avaient été supprimés, on constatait un sursaut du négoce. Pourtant, ces anciennes taxes subsistèrent par endroits et continuèrent à corseter les échanges jusqu’à ce que l’Assemblée nationale prononce en 1790 leur abolition sans indemnité. A la Révolution, il n’y eut pas de Cahier de doléances de Compains, mais le Cahier de Besse, porte- parole des villages de la région, réclamait que soient supprimés les droits qui gênaient le commerce.

L’exploitation des cabanes et des tentes

       Le foirail se couvrait les jours de foire de cabanes et de tentes qui, pour n’être ouvertes que sporadiquement, représentaient cependant elles aussi une source supplémentaire et appréciable de revenus pour les Laizer. Plutôt qu’à des compainteyres, le comte affermait ces cabanes à des “cabaniers” venus le plus souvent des bourgs voisins d’Egliseneuve d’Entraigues, Besse ou Ardes, sans doute à cause des relations tendues entretenues avec les habitants de Compains, sans doute aussi parce que leur solvabilité était meilleure. Cafetiers, limonadiers ou “hostes” (aubergistes) y accueillaient les marchands qui y côtoyaient les notaires en quête de clientèle. Les bailleurs devaient exploiter ces cabanes en “bons pères de famille”, une promesse parfois difficile à tenir après des transactions bien arrosées (voir au chapitre Crimes et châtiments).

       En 1673, on trouvait sur le foirail six cabanes et huttes, propriétés de Jean Ier de Laizer qui les baillait pour un montant variable selon la cabane. Au fil du XVIIIe siècle, plusieurs autres cabanes seront construites sur le foirail. A partir de 1723, Jean [Baptiste] de Laizer, fils de François mort l’année précédente, fait construire plusieurs cabanes qui seront louées par actes notariés entre 1723 et 1818, sans soulever d’opposition de la part des habitants.

       Le prêtre Ligier Morin était chargé d’affaires de Louise de Miremont comtesse de Brion et tuteur honoraire de son fils Jean-Charles.  Le religieux passa avec les paysans de nombreux baux. Il acensait par exemple pour six ans le jour de la saint Urbain (25 mai) 1739 à Antoine Danglard “hotelier” du Valbeleix, une cabane du foirail pour y vendre du vin. L’aubergiste s’engageait à payer 35 livres par an à raison de 7 livres par foire. En 1750, le jeune Jean-Charles de Laizer autorisé par son tuteur, baille à ferme pour six ou neuf ans à Jean Bohaud hoste au bourg de Compains, une cabane du foirail “pour y vendre et débiter du vin et autres denrées”. Plusieurs baux de cabanes seront renouvelés par Jean-Charles en 1788 au profit de marchands d’Egliseneuve d’Entraigues et de Besse pour des montants annuels variant entre 72 et 96 livres.

Menaces sur les cabanes

      Dans les villages, le feu était particulièrement redouté et les incendies n’étaient pas rares. Le seigle des toitures formait un combustible propice aux incendies.  En 1747, Nicolas Admirat, “marchand hoste” (tavernier) habitant la ville de Besse vit s’enflammer sur le foirail de Brion la cabane qu’il louait à Louise de Miremont. La comtesse actionna le juge châtelain, Godivel, juriste de Besse, pour qu’Admirat remît en état la cabane qu’il avait, selon elle, laissé brûler par négligence. Pour sa défense, Admirat arguait que l’incendie avait été prémédité par “deux quidam qui malicieusement et de dessein avaient perpétré leur mauvais coup après son départ et celui de ses domestiques”.

      Les animaux s’en prenaient eux-aussi aux cabanes. Pour tromper leur attente, les chevaux qu’on attachait près des cabanes du foirail consommaient le couvert à paille des toitures qui, pour protéger du froid, frôlaient souvent le sol dans la région.  La menace était tellement prise au sérieux par les bailleurs qu’une clause d’un bail de Jean Charles de Laizer en 1766 indiquait que le preneur était tenu de veiller à “empecher que les chevaux les jours de foire ne détruisent le couvert à paille” de la cabane  qu’exploitait Pierre Perrier, hostelier d’Ardes. On peut voir les derniers vestiges de ces toitures rasantes, notamment à Brion et dans le hameau de Jassy, hameau de Saint-Alyre-ès-Montagne.

L’ÉGLISE se MÉFIE des FOIRES

Les transactions passées dans les cabanes du foirail étaient souvent suivies de rixes qui s’achevaient par de “grands coups de baston sur la teste” et des procès-verbaux dressés pour “jurement du nom de Dieu et mespris a justice”.

       A Compains comme partout, l’Église se défiait des foires. Distantes d’environ cinq kilomètres du bourg où on célébrait le culte, les foires coïncidaient souvent avec les fêtes religieuses, ce qui contribuait à détourner de leur devoir dominical un grand nombre de paroissiens qui, bravant l’ire du curé, préféraient la foire à la messe. Redoutant cet absentéisme, l’Église avait écouté la plainte qui montait de nombreuses paroisses. Les “Cahiers contenant la plainte et remonstrance faitte aux estats généraux par le clergé du diocèse de Clermont”, demandaient au roi en 1614 que foires et marchés se tiennent, non le jour de la fête religieuse, mais le lendemain. L’Église obtint gain de cause.

LA RÉVOLUTION

      Quand survient la Révolution, une période d’hésitation s’installe car certains veulent augmenter le nombre des foires. En 1790, l’Assemblée constituante, saisie de la question des foires et marchés (rapporteur Moreau de Saint-Méry), maintient d’abord la législation en vigueur. Puis la Convention nationale autorise (11 août 1793) que foires et marchés s’ouvrent librement. Mais face à l’anarchie qui se profile, la Convention revient sur son autorisation et  le 18 ventôse an II, (8 mars 1794), décide le maintien des foires existantes avant 1789 tout en interdisant d’en ouvrir d’autres. Sous le Consulat, c’est le retour à l’ordre et l’autorisation du ministre de l’intérieur devient nécessaire pour ouvrir une foire (décret du 7 thermidor an VIII-26 juillet 1800).

      A Compains, la sécurité du foirail et des chemins n’est plus assurée par le seigneur émigré. La commune doit prendre en charge la surveillance des foires. En 1791, les compainteyres délibèrent : il est urgent de nommer un garde qui sera en particulier chargé de dresser procès-verbal des dommages que les bestiaux auront infligés aux montagnes et aux héritages des habitants les jours de foire. En 1792, les cabanes-auberges des foires sont affermées par des particuliers d’Egliseneuve d’Entraigues et Besse. A Brion en 1793, les neuf cabanes, mal entretenues, sont en mauvais état. On décide de les réparer avant les foires de mai. Les ouvriers embauchés pour faire le travail exigent, outre leur salaire, qu’on leur donne du vin.

      Le 25 messidor an II, (13 juillet 1794), les 25 têtes d’herbage enlevées en 1722 par François de Laizer aux habitants de Brion sont adjugées comme biens de l’émigré Jean-Charles de Laizer à trois cultivateurs de Compains, François Tartière, Antoine Boyer et Ligier Minet. Trop pauvres, les trois associés se trouveront dans l’impossibilité de financer leur achat et seront déchus quelques années plus tard du bénéfice de l’adjudication.

AU XIXe SIÈCLE

Retour de l’émigré Maurice de Laizer à Compains : une avalanche de procès

Le retour de l’émigré

        Passée la Révolution, les compainteyres s’aperçoivent à leurs dépens qu’ils n’en ont pas encore fini avec les anciens seigneurs de Compains et Brion.  Le fils de Louis-Gilbert de Laizer, Maurice, qui avait fui en Russie la France de Napoléon, y avait aussi traité quelques affaires lucratives. Il rentré en France vers 1817 après la Restauration des Bourbons (1815), doté par les russes du grade de “lieutenant-colonel d’état-major”.

      Aux biens acquis en Russie au service du tsar va s’ajouter le montant de l’indemnisation dont la royauté fait bénéficier les émigrés revenus en France. La loi du 5 décembre 1814 restitue aux émigrés leurs biens restés invendus faute d’acheteurs lors de la vente des biens nationaux. Sous Charles X devenu roi de France, on vote le 27 avril 1825 la loi dite du milliard des émigrés. Cette manne financière qui indemnise les émigrés pour leurs biens vendus comme biens nationaux pendant la Révolution, va servir à Maurice de Laizer – selon ses propres dires – à poursuivre les “usurpateurs” de ses biens, notamment à Montaigut où son père avait un château, mais aussi, à Compains.

Le règlement de la succession de Louise d’Espinchal

      Avec son oncle Félix de Laizer et sa sœur Alexandrine, religieuse, Maurice procède en 1817 au règlement de la succession de leur grand-mère Louise d’Espinchal. Une controverse s’élève entre les trois héritiers au sujet du produit du foirail de Brion. Ils se rallient finalement à l’avis des experts et finissent par convenir que le foirail pourra rapporter six cents francs à l’année, après qu’on y ait apporté quelques améliorations.

Avalanche de procès contre les compainteyres et reconquête de terres à Compains

       Dès son retour dans son pays natal, Maurice de Laizer  entreprend donc de rentrer en possession des anciens biens tenus par sa famille à Compains. Durant des années, il va montrer une volonté tenace de recouvrer la plus grande partie de l’ancien patrimoine détenu par ses ancêtres. Cet acharnement se traduit par une kirielle de procès (on compte au minimum 46 procès) contre les habitants qui profitaient depuis trente ans des terres délaissées par les nobles, eux-mêmes partis combattre la France à l’étranger. Au fil de plusieurs années consacrées à la récupération des terres qui avaient appartenu à sa famille avant sa fuite, seule échappera à Maurice la petite partie des terres achetées – et payées – par les paysans.

      En 1818 Laizer avait affermé à Marie Barbat le droit de vendre du vin et de construire une cabane à cet effet. Elle conteste le prix du bail. Un procès s’ensuit. Maurice fait valoir en 1823 qu’il est propriétaire du communal sur lequel se tiennent les foires. En 1829, époque où un seul bâtiment lui appartient encore sur le foirail, il demande à rentrer en possession de ses biens non encore vendus : Motte, foirail, lac des Bordes, soit plus de 91 hectares à Brion, incluant les 2,95 hectares du foirail avec les bâtiments qui lui sont associés.

Cette même année, il attaque en justice François Blanchier, maire Compains. Un jugement du tribunal rendu en faveur de Laizer en 1830 énonce que “le foirail et la Motte sont un pacage productif au milieu duquel existent encore sur le point culminant de la montagne les ruines de l’ancien château de Brion, le lac étant devenu également par l’écoulement des eaux un terrain productif pour le pacage des bestiaux”. Laizer, redevenu propriétaire d’une partie des anciens biens de sa famille à Brion, doit en contrepartie abandonner les 25 têtes d’herbage dont son ancêtre François s’était abusivement emparé en 1722 au détriment des paysans. L’affaire irritait encore – en 2009 – l’un de ses descendants qui, parlant des cultivateurs de Compains, fulminait en évoquant le “dédain des agriculteurs riches (les koulaks auvergnats) pour plus pauvres qu’eux”. Pauvre Maurice… en 1855, il était, de loin, le plus gros contribuable de Compains.

Taxer les foires pour financer les équipements collectifs ?

      Quand la commune de Compains voulut construire une mairie-école, rénover le presbytère, déplacer le cimetière et construire une sacristie, l’architecte qui travaillait pour la commune en 1855 chercha des financements possibles.  Il estimait – ce qu’on n’a pu vérifier – que les foires de Brion pouvaient attirer jusqu’à 6000 bêtes lors d’une seule foire. Que dire quand on en comptait dix par an.  Pour financer les travaux, l’architecte envisageait de demander qu’on taxât à nouveau les foires de Brion, se fondant sur l’exemple des foires de Rochefort et de Besse, taxées depuis un an.

Brion le foirailLe hameau de Brion et son foirail

(Source : Cadastre 1828, A.D.P.-de-D.)

Des foires, encore des foires…

      Sans cesse les communes tentaient de faire croître le nombre de leurs foires. On a vu plus haut que l’intendant Ballainvillier décomptait 600 foires en 1765. L’annuaire du département du Puy-de-Dôme en dénombrait 5% de plus en 1889, soit 632 foires et 87 marchés en Auvergne.

      Une demande de création de foire le jeudi Saint exprimée par Egliseneuve d’Entraigues en 1851 s’était heurtée à l’opposition du conseil municipal de Compains. Pour protéger les foires de Brion, le conseil refusa de donner son accord, considérant le tort “considérable” que cette nouvelle foire porterait à celles des localités environnantes. Espérant elle aussi développer son commerce, la commune de Compains sollicita à son tour en 1879 la création de trois nouvelles foires : l’une à Brion le 19 octobre, les deux autres à Compains le 14 mars et le  lundi suivant la fête de saint Georges, patron de la paroisse.

    Pour vérifier que la création de ces foires ne gênerait personne, les conseils municipaux de cinq villages voisins furent consultés. L’un s’abstint. Les conseils municipaux des communes de Marcenat, Chanterelle, Condat et Montgreleix ne trouvèrent aucun inconvénient à la création des foires du 19 octobre et du lundi après la saint Georges, mais s’opposèrent à la création d’une foire à Compains le 14 mars à cause de celles qui se tenaient le même jour à Marcenat et le lendemain à Condat. La commission consultée tint compte de ces remarques et recommanda de ne pas autoriser la foire du 14 mars à Compains. Mais l’équilibre qu’on tentait de maintenir entre les communes n’allait pas tarder à se fissurer, cette fois à la demande des habitants de Brion.

Brion revendique de former une commune indépendante de Compains (1884)

      Dans une commune aussi étendue que Compains (50 km2), l’éloignement des villages faisait que les intérêts des uns ne coïncidaient pas toujours avec ceux des autres. Pendant la Révolution, la démonstration en avait été faite quand plusieurs hameaux de Compains avaient rejoint Egliseneuve d’Entraigues, village pour eux plus proche et plus facile d’accès que le bourg de Compains en hiver. On le vit à nouveau en 1884 quand, forts de leur population nombreuse, et surtout des revenus générés par les foires, les brionnais tentèrent une sécession et voulurent se séparer de Compains pour former une nouvelle commune.

      Compains en 1884 était peuplé de 916 habitants, dispersés dans une quinzaine de villages et d’écarts. Brion à lui seul comptait 160 habitants, soit 17,5% de la population compainteyre sur un territoire (section F du cadastre de 1828),  qui couvrait 10 km2, soit 20% de la superficie communale.

      Quand, en 1879, la commune de Compains sollicita de l’Administration de pouvoir bénéficier de deux foires supplémentaires qui se tiendraient au bourg, la demande ne put que susciter des débats parmi les brionnais qui purent craindre de voir leur “monopole” menacé. Il est permis de penser que ce fut là le déclencheur de leur soudaine velléité d’indépendance. Un autre fait ne leur avait sans doute pas échappé : les recettes et les dépenses de la commune de Compains pour les trois dernières années montraient  que le  hameau de Brion générait à lui seul des recettes  équivalentes aux recettes du reste de la commune ; quant aux dépenses, Brion dépensait 30% de moins que le reste du village. La revendication des brionnais, évidemment justifiée de leur seul point de vue, était inacceptable pour la majorité des habitants de la commune qu’elle aurait privés des revenus apportés par les foires. L’intérêt général était en jeu.

       Une pétition des conseillers municipaux de Brion, lue au conseil municipal d’Issoire lors de la séance du 9 mai 1894, demande de s’ériger en commune distincte de Compains en arguant des relations commerciales entretenues entre Brion et Issoire. En outre, argumentaient-ils, compte tenu des revenus générés par les foires de Brion, le village pourrait améliorer son foirail et contribuer à la création de voies de communication plus directes avec la Limagne. Ces propositions reçurent un avis très favorable de la ville d’Issoire.

       Les demandes des habitants furent pourtant renvoyées dos à dos : le rêve sécessionniste des brionnais fut déçu et le bourg n’eut pas  les foires qu’il convoitait. Le statu quo ante avait triomphé : Compains échappait à ce qui aurait pu être le troisième démantèlement de son histoire. Il est permis de penser que l’intérêt général avait triomphé, mais l’affaire révélait une division immémoriale entre les deux communautés d’habitants. Le bourg dans la vallée était franchement tourné vers Besse alors qu’à cinq kilomètres de là, l’ancien village seigneurial perché sur le plateau penchait plutôt vers Ardes.

Brion – Le foirail et les auberges aujourd’hui

La dernière (?) cabane construite sur le foirail

      Une cabane partie en pierre, partie en planches et couverte de chaume fut encore élevée en 1905 sur le foirail par les époux Cohadon-Grand avec le consentement de la famille Laizer qui restait propriétaire du sol. Pour une redevance annuelle de 20 francs, on y exploitait les jours de foire un débit de boisson connu sous le nom de Café Cohadon. Après la mort de Gabriel-Casimir de Laizer (1909), la famille vendit en 1924 les terres de Brion à Antoine Chabaud époux de Marie Echavidre de Brion, grand-parents maternels de madame Pételet-Peuch.

Et aujourd’hui…

     Une douzaine de foires subsistent aujourd’hui à Brion. Moins fréquentées par les bestiaux que par les auvergnats et les touristes attirés par la beauté du lieu et l’envie d’y vivre un moment chaleureux, elles restent à la belle saison de précieux moments d’échanges et de rencontres festives au sein d’un territoire où la chute du nombre d’habitants rend d’autant plus appréciées ces rencontres conviviales.

Brion – Foire en septembre 2019

ANNEXE

Un exemple d’adjudication des droits de place

à la foire de Brion (1868)

     Alors qu’aujourd’hui les foires de Brion ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes, elles représentaient au temps de nos ancêtres un pôle d’attraction considérable et une source de revenus très appréciables pour la commune. A Brion se pressaient lors de chaque foire des milliers de bêtes et quantité de vendeurs de produits locaux. Plusieurs fois dans l’année, les compainteyres pouvaient y écouler l’excédent de leur production et y trouvaient les produits du pays coupé et de la plaine. Les foires ne pouvaient cependant fonctionner sans une organisation et une tarification précises. Hommes et animaux devaient être encadrés afin d’éviter abus et débordements. L’espace de terrain occupé par les animaux et par les vendeurs de produits les plus divers était donc strictement défini et précisément tarifé.

     Les emplacements à la foire étaient affermés à la bougie au plus cher enchérisseur pour une durée de trois ans. Celui qui remportait l’enchère ne pouvait demander pour chaque place un prix plus élevé que le prix qui figurait dans le cahier des charges. Son intérêt était donc d’attirer un maximum de participants pour dépasser l’enchère obtenue et réaliser un bénéfice.

      C’était il y a 150 ans…, nous sommes en 1858 et Jacques Minet est alors maire de Compains. Assisté de deux conseillers municipaux, Antoine Champeix de Marsol et Antoine Tartière de Chaumiane, le maire fait procéder à l’adjudication des droits de place à prendre au foirail de Brion les jours de foire :

  • pour les emplacements recevant des bovins, chevaux, ânes, mulets, moutons, boucs et cochons exposés en vente,
  • pour les bancs et échoppes et autres objets exposés et mis en vente.

Les cahiers des charges

     Préalablement à la vente, deux cahiers des charges ont été établis, le premier pour les bestiaux, le second pour les bancs et échoppes. Les deux baux ont une durée de trois ans. Les devoirs de l’adjudicataire sont strictement définis : il devra fournir une caution et ne pourra sous-affermer sans l’autorisation du conseil municipal. Il ne pourra employer la force ou la violence pour la perception de ses droits de foire mais devra en référer à l’autorité locale qui lui prêtera assistance et engagera des poursuites en cas de besoin. Il ne pourra percevoir un tarif plus élevé que celui mentionné dans le cahier des charges sous peine de poursuites.

Espace occupé et tarif pour les bestiaux

  • cheval, jument avec ou sans poulain, mule, mulet, espace autorisé : 1 m. 50, tarif : 15 centimes,
  • poulain ou pouliche séparée de sa mère, 1 mètre, 10 centimes,
  • âne ou anesse avec ou sans ânon, 90 cm, 5 centimes,
  • boeuf, taureau, 2 mètres, 15 centimes,
  • bourret ou jeune taureau d’un ou deux ans, 1 m. 90, 90 centimes,
  • génisse de deux ans et plus ou vache avec ou sans veau, 1 m. 50,
  • veau de moins d’un an ou bourette ou génisse de moins de deux ans, 1 m. 40, 5 centimes,
  • mouton, brebis, bouc, chèvre avec ou sans agneau ou chevreau, 25 centimètres, 2 centimes
  • agneau ou chevreau séparé de leur mère, 25 cm, 1 centime
  • cochon ou truie gras, 1 m., 10 centimes
  • cochon ou truie maigre ou nourrain (jeune porcelet), 50 cm, 5 centimes

Espace occupé et tarifs pour les droits de place, de bancs et d’échoppes

  • chaque mètre carré de terrain occupé par une voiture, un banc, une table chargée paiera 15 centimes,
  • chaque mètre de terrain occupé par une baraque ou échoppe, 20 centimes,
  • chaque 45 cm occupé par une benne (corbeille en osier tressé utilisée pour le transport des fruits, légumes, grains), 8 centimes,
  • chaque mètre carré occupé par un étalage à terre de marchandise de tous genres, 10 centimes,
  • chaque 10 cm occupé par une douzaine de fromages Saint-Nectaire, 4 centimes,
  • chaque mètre occupé par des bennes contenant du pain, 20 centimes,
  • chaque 33 cm occupé par une petite benne de fromages, 8 centimes,
  • chaque 50 cm occupé par une grande benne de fromages, 10 centimes,
  • chaque 16 cm occupé par une personne tenant au bras un panier contenant une douzaine de fromages et au dessus, 5 centimes,
  • chaque mètre de terrain occupé par des gros fromages dits de Cantal, 20 centimes,
  • tous les autres articles non énoncés ci-dessus seront taxés à raison de 10 centimes par mètre carré.

L’adjudication

     Les enchères sont publiques. Les enchérisseurs se réunissent dans la maison de Gérard Amblard, le maire de Compains ayant fait savoir que la salle de mairie était trop petite pour y faire entrer tous les participants.

Les droits de place pour les animaux sont mis aux enchères au prix de 500 francs. Le temps de brûler trois bougies ce sont Antoine Bertrand du Luguet, Antoine Mallet habitant à Muret commune de Besse, Antoine Berthelage  de Saint-Pierre Colamine, Aimable Pipet de Besse, Jean Berthelage propriétaire voiturier de Besse et Joseph Rabany qui enchérissent à leur tour. Finalement, Jean Berthelage est déclaré adjudicataire du droit de places moyennant 1240 francs payables chaque année ; il sera cautionné par Antoine Berthelage.

Les droits de place pour les bancs et échoppes sont mis à prix 150 francs. Seuls trois enchérisseurs se manifestent : Antoine Julliard, teinturier à Besse, Jean Tartière du village de La Ronzière à Compains et Antoine Imbert aubergiste de Saurier qui est déclaré adjudicataire moyennant la somme annuelle de 500 francs. Il sera cautionné par François Geneix d’Escouailloux, un des villages de Compains.

Foire à Brion

 Foire à Brion (première moitié du XXe siècle)

A SUIVRE

2 commentaires sur “– Foires à Brion”

  1. Barrau Says:

    Votre texte “à suivre” est passionnant.
    Où peut-on trouver la suite, voire des textes similaires ?

    Merci de votre réponse.

  2. Laronzière Says:

    Dans son ouvrage “Le Montagnard auvergnat”1914, Paul Roux nous apprend que la construction de la route en 1874 a favorisé la consommation de vin de Limagne à Brion . Auparavant, seules deux familles se permettaient ce luxe . Le vin provenait de Saint Germain Lembron et était rapporté dans des outres . L’auteur de cet article est né en 1860,ses parents tenaient une auberge à Brion .Il est possible de consulter le livre “Archives d’Auvergne ” Editions Michèle Trinckvel Article “Un éleveur à Brion ” page 53

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