Compains

Histoire d'un village du Cézallier

– Foires à Brion

Travail en cours

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Les foires de Brion… d’hier à aujourd’hui

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Au MOYEN ÂGE

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Des foires antérieures à 1348

      Le sujet des foires de Brion occupe une place de choix dans l’histoire de Compains et permet d’envisager l’histoire du village sur la longue durée. Au Moyen Âge, le foirail de la seigneurie de Brion était avant 1348 un pôle d’attraction, une place de commerce, un lieu de rendez-vous pour ceux qui, venus des « pays » et territoires environnants, voulaient commercialiser leurs produits animaux ou végétaux. La foire était le lieu où les compainteyres pouvaient écouler chaque année l’excédent de leur production et s’approvisionner en produits du pays coupé et des Limagnes. Rupture avec l’isolement hivernal imposé par le climat, les foires constitueront pour les habitants une ouverture sur le monde et un brassage riche en contacts sociaux.

      Cette bonne fortune sera partagée durant des siècles avec les seigneurs locaux qui, jusqu’à la Révolution, profiteront des foires où ils percevaient des droits et louaient à des aubergistes les estaminets qu’ils y avaient fait construire. Contrairement aux grandes foires de Champagne, par exemple,  venir vendre et acheter à Brion ne donnait droit à aucun privilège fiscal et les seigneurs de Brion y prélèveront jusqu’à la Révolution deux taxes. La première était perçue sur les chemins qui conduisaient au foirail. Aux entrées dans la seigneurie on devait payer un péage (droit perçu par le seigneur sur les marchandises traversant sa seigneurie). On percevait la seconde sur le foirail où on devait payer des leydes (droits levés sur certaines denrées conduites à une foire). En contrepartie des taxes perçues, la coutume d’Auvergne rédigée en 1510 obligeait les seigneurs à respecter certaines obligations : « les seigneurs ayant droit de péage doivent entretenir les chemins, ponts, voies publiques pour raison desquels ils lèvent lesdits péages, et tenir en sûreté les passants et repassants ». Ces devoirs étaient négligés par  beaucoup de seigneurs favorisés par l’isolement des montagnes qui contribuait à maintenir un régime seigneurial fort et transgressif face aux ordonnances royales pourtant maintes fois renouvelées. Le roi exigeait que les taxes perçues soient justifiées par des titres et que les obligations de sécurité et d’entretien des chemins soient effectivement remplies. Cette position était relayée par l’évêque de Clermont qui manifestait sa réprobation envers ceux qui, soit levaient des péages sans titres, soit exigeaient de percevoir plus que ce qui leur était dû.

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Multiplication des foires et marchés au XIIIe siècle

      Autour de l’An Mil, l’augmentation de la population incita les seigneurs hauts justiciers à multiplier les foires. Placées dans la dépendance totale du pouvoir féodal, les foires étaient lucratives pour les féodaux sous réserve qu’ils en assurent la police et que des garanties soient données aux marchands. Ce qui devait arriver arriva. Devenues trop nombreuses, les foires se révélèrent contre productives. Placées à des dates et en des lieux trop proches les uns des autres, elles se concurrençaient entre elles au point que, pour mettre fin à cette situation désordonnée, la royauté décida de réglementer leur création.

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Seul le roi autorise les foires (1269)

      Après la prise en mains de l’Auvergne par le pouvoir royal sous Philippe Auguste, Louis IX (Saint-Louis) voulut mettre fin à cette prérogative seigneuriale fructueuse mais anarchique et décida de soumettre à son autorisation la création des foires sur le territoire du royaume. On voulait mieux encadrer  les seigneurs et gérer plus efficacement l’espace en mettant en place un réseau de foires qui ne se gêneraient pas entre elles. Le parlement proclama en 1269 qu’au roi seul appartiendrait le droit d’octroyer une foire. Les seigneurs justiciers se trouvaient ainsi mieux encadrés et, en principe, il leur devenait impossible d’établir des foires sur leurs terres ni d’y percevoir aucun droit sur les marchandises sans la permission royale. Cette décision  devait marquer la fin d’une prolifération préjudiciable pour tous.

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Des déplacements risqués

      Se rendre à une foire des montagnes n’allait pas sans danger. On venait parfois de régions lointaines, couchant à la belle étoile, avec le risque de faire de mauvaises rencontres, loups, ours ou malandrins. pour favoriser le commerce, on donnait aux marchands qui se rendaient aux foires des « conduits » qui leur garantissaient la sécurité sur la route et une indemnité en cas de dommage. En 1392 (n.s.), « les marchands et bonnes gens qui viennent pour marchander ès dites foires » de Besse étaient munis d’un sauf-conduit particulier. Jean, duc de Berry, fils du roi apanagé d’une partie de l’Auvergne, interdisait qu’on contrevienne aux ordonnances royales en prenant des gages ou en faisant exécution sur les marchands.

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Premières foires à Brion et alentour

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  • Au temps des Bréon seigneurs de Brion

      Il n’est pas surprenant de voir le conseil municipal de Compains déplorer en 1837 de n’avoir pu retrouver dans les archives de la commune aucun des titres d’institution des foires de Brion puisque nos recherches montrent que la date de la création des premières foires est antérieure à 1348.

      Les La Tour percevaient des droits sur les foires de Besse en 1233 et, au XIIIe siècle, dans la baronnie de Mercoeur on comptait deux foires à Maillargues, chef-lieu d’une seigneurie dont relevait Allanche. Qu’en était-il de leurs voisins les Bréon, proches vassaux des Dauphins d’Auvergne ? Comme bien d’autres, Maurin de Bréon a pu de son propre chef s’octroyer le droit d’instaurer des foires, pratique qui se serait trouvée consacrée par le temps ; autre possibilité, il aurait pu obtenir une ou des foires grâce à une concession royale, on ne sait. 

      Grâce à une recherche conduite par Mathieu Lescuyer sur la famille clermontoise des Balbet, on sait qu’en 1348 le foirail de Brion était bel et bien un lieu de négoce. A cette date Guillaume Balbet, bourgeois anobli de Clermont, affermait à Maurin de Bréon tous les péages et les leydes de la châtellenie de Brion. Balbet achetait depuis 1335 une partie de la production de seigle de la seigneurie de Brion. La volonté royale de maintenir un nombre limité de foires s’était exercée quelques années auparavant aux dépens de Richard de Chaslus seigneur d’Egliseneuve qui avait sollicité en 1341 la création de trois foires et d’un marché tous les jeudis à Egliseneuve. Après une enquête et un rapport  du bailli d’Auvergne, la création du marché fut approuvée en septembre 1341 mais les foires furent refusées considérant que leur siège serait trop proche de celles déjà autorisées dans le voisinage. Il s’agissait vraisemblablement des foires de la bourgade de Condat situées à moins de trois lieues et des foires de Brion situées à moins de quatre lieues.

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  • Sous Imbaud du Peschin et sa fille Jeanne du Peschin-Giac dame de Brion

      Peu avant que Jean de Berry duc d’Auvergne ne donne la seigneurie de Brion à son favori Imbaud du Peschin seigneur de Combronde, celui-ci avait sollicité en 1366 l’établissement d’une foire à Combronde alors même que la guerre de Cent Ans faisait rage. De nombreuses foires étaient alors supprimées « a cause des guerres et de la diversité des temps ». En dépit des hostilités, Imbaud avait bénéficié de sa position auprès du duc en obtenant la création à Combronde de deux foires et d’un marché. Poursuivant ses cadeaux à son favori, Jean de Berry avait donné en 1368 la seigneurie de Brion à Imbaud. L’occupation du château de Brion par les routiers dans les années 1370 et la guerre qui s’étira en Auvergne jusqu’au début des années 1390 favorisèrent sans doute la désertion des foires de Brion. L’urgence était alors à la reconquête des territoires en boutant les Anglais et les routiers hors de  l’Auvergne, plus qu’au maintien des foires dans des montagnes isolées, peu sûres et en partie désertées par leurs habitants.

Après la guerre : refondation de la chapelle de Brion en 1404

        La fille et héritière d’une partie des biens d’Imbaud, Jeanne du Peschin, était en 1404 la nouvelle « dame de Brion ». Proche de Jean de Berry et bien en cour auprès du roi, Jeanne avait sans doute œuvré au rétablissement rapide des foires dans les années 1390, après que les bruits de la guerre se fussent éloignés d’Auvergne.  Témoignage de la relance de l’activité après la guerre de Cent Ans, un parchemin relate en 1404 la fondation  de la chapelle castrale de Brion en une vicairie qu’on peut penser avec vraisemblance impulsée par Jeanne du Peschin.  En 1411 Jeanne vendra la seigneurie de Brion à Etienne Souchet, un élu clermontois (voir les chapitres consacré aux Peschin-Giac et aux Souchet).

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A l’ÉPOQUE MODERNE

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Le foirail, un bien propre au seigneur à l’usage réglementé

      Comme la Motte, le foirail était un bien propre au seigneur et feront partie de la réserve seigneuriale jusq’à la Révolution. Selon le cadastre de 1828, le foirail couvrait près de trois hectares et la Motte douze hectares, des superficies qui, compte tenu de la configuration du terrain, avaient dû peu évoluer au fil des siècles. Les brionnais reconnaissaient en 1673 qu’il existait à Brion « un foirail, borné et limité par des reconnaissances anciennes », sans doute celles du « terrier de la baronnie de Brion et seigneurie de Chaumiane » qu’avait fait établir vers 1532 François de Montmorin – Saint-Hérem , immédiatement après l’achat vers 1530 de la seigneurie de Brion. Un exemplaire de ce document destiné à clarifier l’état de la censive seigneuriale à Compains avait été signé le 20 août 1546 par Montmorin et Jean Forestier, notaire royal à Besse. Ce terrier malheureusement disparu tenait en « un volume de parchemin couvert de bazane rouge et contenant 31 feuillets ». On se heurte une fois de plus au silence des sources car, archivé dans la grosse tour d’Ardes où le Dauphin d’Auvergne conservait ses archives, le terrier fut brûlé lors de l’incendie du château.

      Selon un accord de 1673 entre Jean Ier de Laizer et les habitants de Brion, le foirail situé au pied de la Motte pouvait être pacagé entre les foires par les bestiaux des brionnais durant la bonne saison à l’exclusion de la Motte, protégée par des bornes.

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Un accès et un usage encadrés par des taxes

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  • Trois points de péage pour accéder aux foires à Compains

      Entraves issues de la féodalité, deux taxes étaient perçues par le seigneur lors des foires. Le péage était un droit seigneurial perçu sur les marchands étrangers à la paroisse qui venaient commercer sur le foirail de Brion ; la leyde était perçue sur les marchandises vendues à la foire. La perception du péage s’effectuait dans des cabanes de péage placées sur les principaux chemins d’accès au foirail.

Trois points de péage ont pu être identifiés :

          ♦ A lest de la Motte, « La chabanou del peage », la cabane du péage, est citée dans le terrier de la seigneurie du Luguet. Elle était située au pied de la Motte de Brion près du Moulin Tartière, à la frontière entre le hameau de Jassy (commune de Saint-Alyre-ès-Montagne), et le hameau de Brion, sur la rive droite du ruisseau L’eau derrière, à l’aboutisement du chemin qui conduisait d’Issoire à Brion.

            ♦ A l’ouest, « la pierre de péage appellée pierre sarraillade » est de nos jours toujours située sur le Joran. On y taxait ceux qui, venant de l’ouest par le chemin de Maupas, traversaient la Montagne de Barbesèche pour venir à Brion.

            ♦ Un troisième péage placé au bourg taxait ceux venus du nord de la paroisse.

La Pierre sarraillade, pierre de péage placée sur le Joran

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Une taxe de foirail : la leyde

      La leyde était une taxe levée sur les marchandises de toute nature, grains, bestiaux et marchandises diverses exposées au foirail par les commerçants étrangers à la seigneurie. Ceux qui étaient domiciliés dans la paroisse ne payaient rien.

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Les Souchet vendent les péages et les leydes de Brion

      Après avoir possédé la seigneurie de Brion plus d’un siècle (1411-v. 1525-1530), les descendants d’Etienne Souchet vendent la seigneurie à François de Montmorin – Saint-Hérem vers 1525-1530. Peu auparavant, « noble homme Etienne Souchet escuyer seigneur de Brion », descendant homonyme de l’acheteur de la seigneurie en 1411, passe le 15 décembre 1529 avec « noble Robert de la Barre » un contrat de revente des « droits de péage et laides » (leydes), qui se percevaient aux foires de Brion. Cette vente correspondit à la vente par Etienne Souchet de la seigneurie de Brion à François de Montmorin – Saint-Hérem.

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Des taxes et des cabanes lucratives pour les seigneurs de Brion

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  • Cinq foires à Brion sous les Montmorin et les premiers Laizer

       Alors que Gilbert-Gaspard de Montmorin – Saint-Hérem était seigneur de Compains, on comptait le 4 juin 1646 « cinq grandes foires » à Brion, un nombre qui se vérifiait encore en 1667, quelques années après l’achat de la seigneurie par Jean Ier de Laizer. Le « seigneur de Sioughat Jean de Lezer » bénéficia en 1670 d’un arrêt de la « cour du parlement de France…portant enregistrement des lettres patantes de sa majesté pour raison desdites foires…et des droits de laides ». Après la mort de Jean Ier en janvier 1676, le 25 septembre suivant, une sentence était rendue en la sénéchaussée d’Auvergne à Riom au profit de sa veuve, Jeanne de Bellinay. Elle confirmait les privilèges précédemment accordés à Jean Ier « pour raison de l’établissement de cinq foires a Brion… et droit de laide desdites foires ». Lacune vraisemblable des extraits retrouvés de cette sentence, l’existence de péages n’est pas mentionnée. Ils existaient cependant toujours puisqu’en en 1693, Jean II de Laizer déclarait percevoir à Brion « un droit de péage et leyde » prélevé sur les bestiaux et les grains.

       Selon les lieux et les foires, la leyde pouvait aussi frapper des produits tels que les cuirs, les draps, le poisson, le bois, les meules de moulin… Dans la charte de Besse par exemple, un cuir de bœuf, de vache ou de mulet présenté à la foire était taxé à une obole (petite monnaie valant un demi denier), pour une charretée de poisson on payait six deniers et pour une charretée de bois on payait deux buches.

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Brion – Le foirail et ses cabanes à l’ouest de la Motte – Au fond, le Lac des Bordes

cliché aérien Francis Cormon ©

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  • Trois nouvelles foires à Brion en 1724  

      Le nombre des foires va se trouver porté à huit en 1723 après que Jean [Baptiste] de Laizer ait obtenu des lettres de provision pour l’établissement de trois nouvelles foires de fin de saison à tenir le 22 août, le 6 et le 14 octobre. Avant d’obtenir ces lettres, Jean de Laizer avait dû suivre un protocole bien défini : d’abord solliciter l’intendant pour qu’il fasse remonter la demande vers les services royaux, puis obtenir des lettres patentes qui n’allaient être enregistrées qu’après vérification de l’utilité des foires supplémentaires souhaitées qui ne devraient pas nuire aux foires voisines.

       Outre l’augmentation du nombre des foires, les lettres de provision dont bénéficia Jean-Baptiste l’autorisaient à bénéficier d’un privilège fiscal consistant à percevoir « comme en bénéficiaient ses prédécesseurs », un péage et une leyde. Ces deux taxes devaient être compensées par des services rendus (sécurité du foirail et entretien des chemins) et reposer sur des titres valides. De huit, les foires passèrent avant la Révolution à dix ou douze selon les années.

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Demande de création de nouvelles foires au Valbeleix et à Egliseneuve

      Aux portes de Compains, les seigneurs ne manquaient pas de demander de nouvelles foires. Sous François Ier, Nectere de Senectere (Nectaire de Saint-Nectaire), notamment seigneur du Valbeleix et du hameau de Marsol à Compains, avait sollicité auprès des services royaux la création d’une foire au « Voubelet » (Valbeleix) le lendemain de la Saint-Laurent (10 août 1525). On accéda à sa requête en avril 1526, mais sous réserve « pourvu qu’audit jour [il] n’y ait [d’] autres foires a quatre lieues a la ronde », soit 16 kilomètres. Si cette restriction de distance et de date fut respectée, la foire fut refusée en raison de sa proximité avec Brion (11 km) qui permettait de se rendre aux foires et de s’en retourner au Valbeleix dans la même journée. Nos sources ne renseignent l’existence d’aucune foire au Valbeleix.

       A Egliseneuve, Guillaume de Crémaux baron d’Entragues (Entraigues) qui avait sollicité en 1640 la création d’une foire par an et d’un marché hebdomadaire vit sa demande acceptée sous les mêmes conditions restrictives que précédemment. Cent ans plus tard, on comptait en 1740 deux foires  à Egliseneuve.

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REVENUS et DEVOIRS SEIGNEURIAUX ASSOCIES aux FOIRES

XVIIe-XVIIIe s.

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Modalités de la perception des péages et des leydes

      La taxe versée au profit du seigneur par « les marchands et bonnes gens qui viennent marchander ès dites foires et marchés » était recouvrée directement par le receveur de la leyde, possiblement un officier seigneurial, ou affermée à un « fermier », paysan, bourgeois qui reversait au seigneur le montant convenu en gardant pour lui un bénéfice. Pour faire la part du fermier, il était donc demandé aux commerçants plus que ne demandait le seigneur.

      Arrêtons nous sur quelques cas particuliers. Deux ans avant sa mort, Jean [Baptiste] de Laizer acensait en 1732 les droits de péage des foires de Brion à François Morin de Compains moyennant la somme de 125 par an. Huit ans plus tard, en 1740, alors que sévit une terrible crise économique, Louise de Miremont comtesse de Brion, veuve de Jean-Baptiste (1704-1734), est tutrice de Jean-Charles son fils encore mineur quand elle acense pour quatre ans à Jean Bohaud, « hostelier » habitant au bourg de Compains, les péages des foires perçus sur les trois chemins qui conduisent à Brion. Bohaud sous-acense à son tour ces péages de « toutes les foires qui se tiennent à brion toutes les années et ce de trois chemins qui sont celui de Compens, celui du gioran et celui de Jassy » à deux voituriers de Besse, Michel Bohaud et Claude Babut moyennant 51 livres par an pour une courte durée de quatre ans, le temps sans doute de laisser passer la crise économique qu’on subit depuis 1738. On notera que le prix est extrêmement bas comparé aux 120 livres que rapportaient les seuls péages en 1732. Les années 1739-1740 étaient des années de terrible disette. Pour ne pas pénaliser la fréquentation des foires, il ne fallait pas les obérer par des taxes trop lourdes. L’acense en cascade pratiquée par Bohaud allait cependant renchérir les droits seigneuriaux déjà « onéreux au commerce » et donc les coûts pour les commerçants qui se rendraient aux foires. Bien que contraire aux ordonnances royales et dénoncés par les agronomes parce que freinant les échanges commerciaux, les droits seigneuriaux continuaient de nuire au négoce en cette période de grave crise économique.

      Notons enfin qu’il arrivait qu’un seigneur prenne pour fermiers ou concessionnaires de leurs droits l’ensemble des habitants d’une seigneurie. Ainsi en fut-il du marquis de Broglie que l’État venait de priver de son droit de toucher des péages mais qui restait détenteur d’un droit de leyde aux foires de Besse. Seigneur de Besse en 1754, Broglie délaissa son droit de leyde aux habitants de la petite ville moyennant la perception d’une redevance annuelle de 1271 livres.

      Des sources peu abondantes ne nous permettent malheureusement pas d’appréhender le poids que faisaient peser ces taxes sur les commerçants qui se rendaient à Brion, ni dans quelle mesure cette charge augmenta au fil du temps.

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Les contreparties dues par le seigneur

       Dans un courrier à son subdélégué à Besse, l’intendant d’Auvergne déplorait de ne pas connaître la nature des charges inhérentes au péage de Brion, ni si le seigneur propriétaire les remplissait exactement. Car le prélèvement du « péage par terre perçu les jours de foire » impliquait des devoirs pour le seigneur de Brion et devait correspondre à un service rendu aux participants aux foires, principalement l’entretien des chemins et la sécurité qu’assuraient les agents seigneuriaux assistés par la maréchaussée venue de Besse. En lieu et place de ces devoirs, on verra ci-après que François de Laizer empochait le revenu des taxes perçues aux foires pour légitimer ses frères cadets.

      La charge de maintenir en bon état des chemins piétinés chaque année par des milliers de bêtes aurait pu constituer un poste de dépense onéreux si tant est qu’elle ait été correctement exécutée, ce qui ne parait pas avoir été le cas, en particulier dans la Montagne de Barbesèche où les paysans déplorent les dégats commis par le passage des bestiaux. Mieux documenté, le maintien de la sécurité pendant les foires montre que la paix civile ne régnait pas toujours pendant les foires (voir le chapitre Crimes et châtiments). A plusieurs reprises, face à la population ameutée, c’est la brigade de maréchaussée de Besse qu’on voit intervenir en petit effectif à Brion lors d’un tumulte. Ne voit-on pas même parfois des gendarmes pris à partie par des femmes et lapidés ! Le tempérament des montagnards n’incitaiet pas les gedarmes à sévir rapidement après des violences commises au foirail. Après des « émotions » intervenues lors d’une foire le 7 août 1741, quatre gendarmes à cheval et un trompette durent se transporter – sans aucune diligence aucune neuf mois plus tard en mai 1742 – au domicile des individus perturbateurs qui habitaient au hameau compainteyre de Cureyre, au Valbeleix et à Roche-Charles. Sans doute sans grande conviction compte tenu du caractère bien connu des montagnards, la maréchaussée venait perquisitionner et assigner les contrevenants accusés d’émeute, de sédition populaire et d’excès commis à l’encontre de cavaliers de la brigade de gendarmerie de Besse lors de la foire de l’année précédente. Le résultat de leurs investigations nous échappe pour le moment.

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Qui profitait des droits perçus sur le foirail et de la location des cabanes ?

      Jean II de Laizer déclarait sous serment le 30 mai 1693 que la terre de Brion lui avait rapporté 600 livres « ou environ » en 1692, somme à laquelle il fallait ajouter 140 livres de péages et de leyde. Le poids de ces deux dernières taxes s’élevait donc à 19% du revenu total de la seigneurie pour l’année 1692, un chiffre important dont on ne peut exclure qu’il ait pu être minoré. Car soumis à la conjoncture économique, les revenus des foires pouvaient subir des variations considérables, en particulier dans la période de crise qui allait suivre entre 1793 et 1795 où allait sévir une terrible famine.

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  • Nouvel abus seigneurial

      Le fruit des taxes perçues lors des foires aurait dû servir, comme on l’a dit plus haut, à l’amélioration des chemins et à la sécurité du foirail. Ce revenu était en réalité détourné par Jean II de Laizer pour légitimer l’un de ses frères cadet, François, « capitaine au régiment du lyonnois ». Laizer déclarait reverser à son frère  à titre de « légitime….pour sa part de l’héritage paternel », les 140 livres du montant des péages et des leydes touchés à Brion, d’où on déduira qu’il n’entretenait pas les chemins et n’assurait pas la sécurité des foires. Son successeur, François de Laizer, qui sera brièvement seigneur de Compains de 1716 à 1722, cherchera à compenser ces détournements en privant les brionnais de 25 hectares de pacages sous le prétexte d’en affecter le revenu à la sécurité des foires et des chemins en lieu et place des sommes détournées.

       Ce nouvel abus ne sera dénoncé par le tribunal qu’en….1830, date où Maurice de Laizer, redevenu propriétaire de quelques terres à Compains, sera contraint d’abandonner les 25 hectares dont s’était emparé indument son ancêtre (Voir le chapitre consacré à François de Laizer).

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L’Eglise se défie des foires

       Les transactions passées dans les cabanes du foirail pouvaient être accompagnées de rixes qui s’achevaient par de « grands coups de baston sur la teste » et des  procès-verbaux dressés pour « jurement de Dieu et mespris a justice ». A Compains comme partout l’Église se méfiait des foires. Les jours de foires étaient aussi des jours de fêtes qui coïncidaient souvent avec les grandes fêtes religieuses, ce qui contribuait à détourner de leur devoir dominical certains paroissiens qui, bravant l’ire du curé, préféraient la foire à la messe. Redoutant cet absentéisme, l’Église écouta la plainte qui montait de nombreuses paroisses, exprimée notamment en 1614 dans les Cahiers contenant la plainte et remontrance faitte aux estats généraux par le clergé du diocèse de Clermont. Les Cahiers demandaient au roi que foires et marchés se tiennent non le jour de la fête religieuse mais qu’ils soient décalés au lendemain, ce qui fut accordé. Distantes d’environ cinq kilomètres du bourg où on célébrait le culte dominical, les foires menaçaient d’autant plus la messe que la chapelle de Brion était tombée en ruine après 1766 et qu’on avait cessé d’y célébrer.

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La location des cabanes et des tentes du foirail

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  • Neuf cabanes sur le foirail

      On ne trouvait pas sur le foirail de Brion de halle qui aurait pu abriter les commerçants. C’était dans des cabanes, des tentes et des huttes qu’acheteurs et vendeurs pouvaient mener leurs tractations et vivre des moments conviviaux. Premiers cabaretiers de la paroisse, les seigneurs de Brion profitaient au XVIIIe siècle du revenu que leur procuraient neuf  cabanes-auberges construites à leur initiative qu’ils louaient pour des montants variables à des taverniers venus des bourgs voisins. Pour n’être ouverts que sporadiquement, ces abris représentaient une source appréciable de revenu. Selon un jugement du tribunal intervenu en 1830 qui rappelle des faits anciens, les cabanes du foirail ne cesseront d’être louées par actes notariés entre 1723 et 1818 sans soulever d’opposition de la part des habitants.

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  • Des cabaniers venus d’ailleurs

      Sans doute à cause des relations tendues entretenues avec les habitants de la seigneurie, les bailleurs des cabanes où on débitait « en bon père de famille » du vin et des denrées seront très rarement des compainteyres.  Venus des bourg voisins d’Egliseneuve, Besse ou Ardes, les « cabaniers », cafetiers, limonadiers ou hostes accueillaient les marchands qui côtoyaient les notaires en quête de clientèle. C’est « sur le champ de foire dans la cabane de madame veuve Eversandre, aubergiste » que le notaire Antoine Pipet de Besse rédigea le 26 mai 1890 le contrat de mariage de Jean Boyer et Annette Jourde grands-parents de l’auteure de ce site.

      En 1673,  période de guerre favorable à la vente du bétail, on trouvait sur le foirail six cabanes et des huttes, propriétés de Jean Ier de Laizer qui les baillait pour des montant variables selon leur qualité. L’un de ses descendants, Jean [Baptiste] de Laizer, après avoir été autorisé à créer trois nouvelles foires à Brion en 1723, fit construire plusieurs cabanes qu’il acensa à diverses reprises à des bessois. Par exemple le 16 juin 1730, il louait une cabane du foirail à Pierre Picard associé à Michel Jonas de Besse moyennant la somme de 40 livres par an. Le 6 août 1731 il acensait une cabane au profit d’Antoine Hours de Besse moyennant 60 livres/an ; enfin en 1733, il affermait une cabane à Brion à Michèle Papet veuve de Gabriel Tartière de Besse,  moyennant 45 livres annuelles. La variabilité du prix de location des cabanes – entre 40 et 60 livres/an dans la première moitié du siècle et entre 72 et 96 livres/an à la veille de la Révolution, était fonction aussi bien de la qualité de la cabane que de la conjoncture qui pouvait fluctuer la fréquentation des foires.

       Veuve depuis 1734, Louise de Miremont comtesse de Miremont tutrice de son fils mineur Jean-Charles, avait choisi le prêtre Ligier Morin comme tuteur honoraire de l’enfant. Chargé de régler certaines affaires de la comtesse, le religieux passait avec les paysans des baux pour les cabanes du foirail. Ligier Morin  le 25 mai 1739, jour de la Saint-Urbain, acensa pour six ans à Antoine Danglard « hotelier » du Valbeleix une cabane au foirail précédemment tenue par Tartière de Besse pour y vendre du vin. L’aubergiste s’engageait à payer 35 livres par an à raison de sept livres par foire ce qui sous-entend que la cabane ne fonctionnerait que lors des cinq plus grandes foires et non à chacune des huit foires obtenues par Jean [Baptiste] de Laizer. On subissait alors un important dérèglement climatique avec hiver très froid et pluies diluviennes qui générèrent une épouvantable disette assortie d’épidémies et d’une forte mortalité. Cette conjoncture économique très défavorable pourrait expliquer que le nombre des foires ait été diminué ou que la totalité des cabanes n’ait été ouverte qu’aux dates des principales foires.

      Tuteur honoraire de Jean-Charles de Laizer, le prêtre Ligier Morin se devait de veiller à la formation de son pupille en l’associant aux actes courants de gestion de la seigneurie. C’est ainsi qu’en présence de son tuteur, Jean-Charles de Laizer alors âgé de 16 ans, prolonge le six décembre 1750 l’acense d’une cabane du foirail à Jean Bohaud, « hoste »au bourg de Compains, une cabane du foirail « pour y vendre et débiter du vin et autres denrées ». Semblant montrer une certaine défiance seigneuriale, le paiement s’effectuera au fil du déroulement des foires en trois termes égaux, précaution qui ne figurait pas dans les baux de Jean [Baptiste] mais qu’on retrouvera dans certains baux suivants. Les locations et les renouvellements se poursuivront jusqu’en 1788 au profit de marchands d’Egliseneuve et de Besse pour des montants annuels variant entre 72 et 96 livres. Signalons encore qu’en 1882, les descendants de Maurice de Laizer loueront pour 10 francs une cabane construite sur la montagne de Brion avec cette curieuse restriction qu’ils se réservaient le droit de la faire abattre quand bon leur semblerait.

       Que rapportaient les abris du foirail aux seigneurs de Brion ? En l’état actuel de notre documentation, on ne peut faire ni hypothèse, ni approximation s’agissant du revenu que les cabanes pouvaient procurer aux Laizer. Le prix de la location variait d’une cabane à l’autre et les sources sont muettes quant au prix de la location des tentes et des huttes placées sur le foirail aux côtés des cabanes.

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  • Menaces sur les cabanes

      Les jours de foire, le foirail était arpenté par les officiers seigneuriaux et le juge châtelain qui surveillaient le bon déroulement des tractations, pacifiaient ou réprimaient les éventuels contrevenants et s’assuraient de la perception de la leyde.

      Les baux visaient – parfois très précisément – à protéger les cabanes du foirail de deux menaces principales, le feu qui était particulièrement redouté et les animaux qui, pour tromper leur attente, mangeaient les toitures des cabanes. Les incendies n’étaient pas rares, facilités par la présence du seigle qui couvrait la plupart des habitations.  En 1747, Nicolas Admirat, « marchand-hoste » habitant de la ville de Besse avait vu s’enflammer la cabane qu’il louait à Louise de Miremont. La comtesse avait actionné Charles Godivel alors juge châtelain de Compains pour qu’Admirat remît en état la taverne que, selon elle, il avait laissé brûler par négligence. Pour mieux protéger les habitants des grands froids, les toitures des cabanes rasaient le sol offrant aux animaux une nourriture facile d’accès mais peu digeste. La menace était prise au sérieux par les seigneurs de Brion quand ils baillaient une cabane, ils ne manquaient pas d’insérer une clause  protectrice dans les baux de location. Ainsi Jean-Charles de laizer faisait-il préciser dans un bail en 1766 que le preneur est tenu de veiller à « empecher que les chevaux les jours de foire ne détruisent le couvert à paille » de la cabane qu’exploite Pierre Perrier, un « hostelier d’Ardes ». On peut encore voir des vestiges de ces toitures rasantes notamment à Brion et Jassy, hameau de Saint-Alyre-ès-Montagne.

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L’Etat royal veut supprimer péages et leydes

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  • En finir avec les péages pour éliminer des freins au commerce

       Le droit régalien qui tentait depuis le XVIIe siècle de supprimer les taxes perçues aux foires restait battu en brèche par les anciens comportements féodaux qui s’obstinaient avec opiniâtreté à taxer les marchands qui se rendaient aux foires. Vestige des anciennes servitudes féodales auxquelles s’accrochait la noblesse, la perception du péage participait du matraquage fiscal qui nuisait à l’économie du royaume. Les seigneurs hauts justiciers, tels les Laizer, ne devaient pas exiger de péages sans être capables de présenter les titres justificatifs de leur prétention ou, pour le moins, ils devaient pouvoir arguer d’une possession « immémoriale » reconnue, ce à quoi ils étaient loin de pouvoir prétendre. Beaucoup étaient incapables de montrer leurs titres et négligeaient l’entretien des ponts et chemins qui auraient pu justifier le prélèvement d’un péage.

      Suivant la coutume d’Auvergne qui stipulait « nul seigneur sans titres » et poursuivant un mouvement entamé au XVIIe siècle pour réduire les freins au négoce, l’État accentua la pression sur les contrevenants au XVIIIe siècle. La démarche progressiste des services royaux s’inscrivait dans la volonté de faciliter les tractations commerciales en abattant les anciennes barrières fiscales injustifiées qui entravaient la circulation des marchandises.

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  • La création de la Commission des péages

         L’année même où Jean [Baptiste] de Laizer obtient que trois nouvelles foires se tiennent à Brion, leydes et péages sont à nouveau mises en cause en 1724 quand la couronne  décide l’établissement d’une Commission des péages habilitée à agir dans toute l’étendue du royaume. Initialement créée à titre temporaire, la commission dut sièger 60 ans, c’est dire si elle rencontra des résistances chez la noblesse. Mais l’État était décidé à frapper les récalcitrants qui continuaient de prélever des péages usurpés. Un arrêt du Conseil d’Etat du 24 avril 1725 ordonna l’exécution des décisions royales concernant les droits et péages et fit défense à tous ceux qui n’avaient pas présenté leurs titres de percevoir ces droits. Il s’agissait pour le roi « d’éteindre cet impôt ». Nul privilégié ne s’empressant de montrer ses titres, des délais furent accordés.

       Au vu de l’effet quasi inexistant produit par les injonctions royales à Compains et dans son environnement immédiat, on peut dire sans craindre de trop généraliser que l’application sur le terrain des ordonnances royales présenta longtemps d’importantes lacunes. Si certains se soumirent, d’autres, les plus nombreux, ignorèrent de répondre aux enquêtes pour préserver le plus longtemps possible une source de revenus qu’ils savaient usurpée.

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  • Les soumis et les réfractaires

       Au sein de la minorité de seigneurs qui se plia aux volontés royales, on trouvait l’abbesse de Sainte-Claire de Clermont-Ferrand qui faisait percevoir des leydes et des péage sur la rivière de Condat et à Compains dans la seigneurie d’Entraigues. Les religieuses qui avaient remis leurs titres justificatifs en 1734 au greffe de la commission des péages, virent leurs droits confirmés et purent continuer à lever des taxes.

       Aux portes de Compains, apparaissent à Egliseneuve et à Besse, deux cas qui illustrent les sanctions prononcées contre ceux qui faisaient fi de la nouvelle politique royale. Dans la seigneurie d’Entraigues qui couvrait le sud-ouest de la paroisse de Compains, le 3 mai 1486, Robert de Balzac, seigneur d’Egliseneuve et d’Entraigues, avait été maintenu dans la possession et jouissance de percevoir un droit de péage « sur le pont de la Prade sur la rivière de Condat ». Trois siècles plus tard, François de Malras, marquis d’Yolet et seigneur d’Entraigues, subit par sa négligence les conséquences du durcissement de la politique royale. En 1730, le pont de la Prade qui franchissait la rivière de Condat s’était trouvé « renversé par son ancienneté et par sa mauvaise construction la violence des eaux ayant sapé ses fondations ». L’état du pont obligeait ceux qui se rendaient aux foires de Brion à braver le danger pour franchir à gué la rivière. Lassé, Rahon, gros marchand d’Egliseneuve, s’associa avec des habitants pour reconstruire le pont. Les travaux achevés, les habitants levèrent eux-mêmes à leur profit le péage sur ceux qui passaient par la seigneurie d’Entraigues et ce, « au préjudice du sieur marquis ». Ce que voyant, le marquis voulut revenir en possession de son droit de péage et s’empressa de rembourser une partie du montant des travaux. Ce fut insuffisant. Le 29 août 1741, Yolet qui n’avait toujours pas montré les titres justifiant ses prétendus droits, se vit supprimer son droit de percevoir un péage (voir le chapitre Obstacles aux déplacements). Trois ans plus tard, il se décida à présenter une série de copies de titres qui pouvaient justifier selon lui de lever un péage. Sans égards pour les représentations tardives du marquis, le 13 août 1743 les péages touchés dans la seigneurie dite alors « d’Entragues » au bourg d’Egliseneuve et sur le pont de la Prade furent définitivement supprimés. La même mésaventure arriva à François de Broglie, seigneur notamment à Besse, La Tour et Ravel dans la paroisse de Picherande. Broglie ne perdit pas moins de dix péages dont ceux touchés à Besse, Ravel et La Tour, faute d’avoir pu justifier d’une pratique immémoriale ou d’avoir été capable de montrer ses titres.

       Entre 1728 et 1755, 53 seigneurs qui avaient négligé de montrer leurs titres en dépit des arrêts royaux, se virent supprimer 131 péages considérés par l’administration royale comme « une usurpation très réprehensible » qui pouvait être punie (mais le fut-elle ?) de la restitution des montants touchés et de mille livres d’amende. On verra que les Laizer, quoique n’ayant pas montré leurs titres, échappèrent à ces suppressions.

       Un état partiel des péages confirmés établi le 17 mars 1771 dans la généralité de Riom montre qu’entre 1729 et 1755 seuls neuf seigneurs qui touchaient un péage par terre ou par eau montrèrent des titres valides qui leur permirent de voir leurs titres confirmés pour 11 de ces péages.

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  • Mais où sont passés les titres ? Les Laizer font fi des ordres royaux

       Au fil du XVIIIe siècle, des péages restèrent levés aux foires en toute illégalité jusqu’à la Révolution. Heureusement, le poids du régime seigneurial lié aux taxes de foires ne pesait pas sur les habitants de la paroisse car, en dépit des ordonnances royales, les Laizer ne montrèrent jamais les titres qui auraient pu justifier leur perception.  Par contre, les taxes pesaient sur ceux qui se rendaient aux foires et pouvaient contribuer à limiter leur fréquentation au profit de foires débarrassées des péages. Comme les leydes ne faisaient pas partie des taxes à supprimer, il arrivait dans certaines seigneuries qu’on « confondît » leydes et péages : « les droits que l’on exige sur les voitures, bestiaux, denrées et marchandises qui passent seulement dans un lieu sont des droits de péage ; ceux que l’on perçoit sur les bestiaux et les marchandises qui sont vendus aux foires et aux marchés peuvent etre des droits leydes. Il est indispensable de vérifier si on paie une leyde sur ce qui est amené et vendu aux foires ou si on paie un péage sur ce qui passe dans les lieux ». Ainsi voit-on Jean [Baptiste] de Laizer, sourd aux ordonnances royales, acenser en 1732 à François Morin les droits de péages des foires de Brion moyennant 120 livres par an, des prélèvements illégitimes qui vont se poursuivre jusqu’à la Révolution en dépit des réclamations répétées des services royaux.

Gagner du temps

      L’administration royale avait fini par s’apercevoir qu’on lui avait caché qu’il restait à Brion un lieu où, sous la dénomination de leyde on levait sur la circulation des marchandises des droits qui étaient en réalité des péages. Malgré des ordres royaux répétés au fil du siècle, Jean [Baptiste] de Laizer, imité ensuite par sa veuve Louise de Miremont, puis par leur fils Jean-Charles, réussirent à passer entre les mailles du filet jusqu’à la Révolution, simplement en négligeant de répondre aux demandes royales.

      En 1775, chaque propriétaire de péage, qu’il fut seigneur ou propriétaire de droits, fut une fois de plus sommé par la Commission des péages de présenter ses titres justificatifs. Turgot, contrôleur général des finances de Louis XVI, sollicitait  l’intendant d’Auvergne pour obtenir un état des droits perçus sur les grains. L’objectif était de « faire cesser les obstacles de tout genres qui peuvent s’opposer à l’abondance ou au juste prix des subsistances ». Une fois de plus les Laizer cherchèrent à gagner du temps. L’affaire trainait encore en longueur en 1777 lors d’une nouvelle enquête des services royaux auprès de l’intendant qui somma son subdélégué à Besse de l’informer. Sans réponse en 1780, la Commission des péages somma Jean-Charles de Laizer de fournir ses titres dans les trois mois sous peine de suppression de leur perception. Laizer se dispensait en outre de justifier s’il remplissait correctement les charges d’entretien des chemin et de sécurité des foires, contreparties obligées de la perception des péages.

Impuissance ou corruption des agents royaux

      Le 18 avril 1780, le subdélégué Charles Godivel arguait qu’on l’avait induit en erreur en 1777 en prétendant qu’il ne s’agissait à Brion que d’une leyde et non d’un péage. Par contre, il prétendait ne pas connaître la nature des charges attachées à un péage à Brion, ni « si le comte de Laizer percevait à Brion un péage illégitime ». On doutera de sa bonne foi sachant qu’à cette date, son fils Guillaume Godivel, était juge châtelain de Compains. A force de se défausser, l’administration royale laissa donc percevoir à Brion des péages qui continuèrent de supplémenter les revenus seigneuriaux.

      Ces anciennes taxes féodales continueront à corseter les échanges à Brion jusqu’à ce que l’Assemblée nationale prononce en 1790 leur abolition sans indemnité. A la Révolution, il n’y eut pas de Cahier de doléances de Compains, mais le Cahier de Besse qu’on peut considérer comme le porte-parole des villages de la région, réclamait que soient supprimés les droits qui gênaient le commerce, car partout où ces droits avaient été supprimés, on avait constaté un sursaut du négoce.

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L’ÉCONOMIE des FOIRES de BRION

ANCIEN RÉGIME – RÉVOLUTION – XIXe SIÈCLE

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Foires des bourgs et foires des champs

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  • Un réseau de foires périphérique au massif du Cézalier

      Plantées au sein d’un chapelet de foires égaillées dans les bourgs majoritairement situés aux marges du massif du Cézalier (Egliseneuve, Condat, Ardes…), les foires de plein champ de Brion semblent avoir été le fruit d’un paradoxe. A première vue, elles auraient pu sembler handicapées par un climat difficile, un relief haché, des chemins défoncés, un éloignement souvent important des régions d’où provenaient les acheteurs, des taxes seigneuriales… Pourtant, leur succès multiséculaire ne se démentit jamais, même si de nos jours leur nature a profondément changé.

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  • Des foires d’accès difficile

       Selon l’intendant Ballainvilliers en 1765, entre Issoire et Ardes, l’un des itinéraires ordinaires d’accès  aux foires de Brion, les chemins étaient si peu praticables aux voitures que les marchandises devaient être chargées sur des mulets. Autant dire qu’entre Ardes et Brion la situation devait être du même acabit, sinon pire. Pour se rendre au foirail, les marchands devaient suivre les anciens chemins de foires tracés en étoile autour de Brion. Empruntés chaque année par les commerçants aussi bien que par des milliers de bêtes qui « endommagent considérablement » les montagnes  en se rendant aux foires, ces chemins multiséculaires, assis sur le crêtes pour sécuriser les itinéraires, étaient desservis par des mulets ou même à dos d’homme. On les trouve aujourd’hui réservés à la desserte agricole et empruntés par les marcheurs.

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  • Le calendrier des foires

      Le XVIIIe siècle voit l’éclosion d’un grand nombre de foires. L’intendant d’Auvergne Bernard de Ballainvilliers comptait près de 600 foires en Auvergne en 1765, dont douze qu’il qualifiait d’« assez importantes », sans malheureusement les nommer. Des « cinq grandes foires » de Brion en 1667, on était passé à douze en 1763. A « Egliseneuve près Condat où il y avait deux foires par an » en 1740, on en comptait quatre en 1763 et trois à Ardes. En 1789, on comptait cinq foires à Besse, soit deux de plus qu’en 1750. Le Calendrier d’Auvergne curieux et utile de l’année 1763 nous renseigne sur le nombre et la chronologie des foires autorisées aux marges du Cézalier. Il montre que bien qu’on accorde la création de nouvelles foires, on voulait éviter de trop les multiplier pour éviter une concurrence contre-productive. 


Calendrier des foires (1763)

Mai – Brion : 2, 25

Juin – Brion : 5, 16, 25

Juillet – Egliseneuve 11 – Brion 22 – Ardes 26

Août – Brion 7, 22 – Egliseneuve 11 – Allanche 16 – Condat 26

Septembre – Brion 1er, 14 – Allanche 7 – Besse 22 – Ardes 29

Octobre – Brion 5, 14 – Egliseneuve 7 – Besse 8 – Allanche 25 – Ardes 28

Novembre – Egliseneuve 9 – Ardes 13 – Condat 15 – Besse 18

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  •  Le calendrier des foires à Brion

      Les calendriers d’Auvergne en attestent, le foirail de Brion qui accueillait une douzaine de foires annuellement était le plus fréquenté des montagnes. L’activité ne culminait que de façon éphémère, deux jours par mois durant les six mois qui s’étiraient de mai à octobre. A Brion, une foire ne pouvait ni débuter trop tôt, ni se terminer trop tard en saison. La saison des foires s’ouvrait au milieu du printemps printemps avec deux foires en mai, puis cinq foires en juin. Ce début tardif au printemps comme la fin précoce des foires à l’automne marquent l’adaptation nécessaire au climat et au rythme de la production. Passé octobre, on ne trouvait plus que les foires placées à des altitudes inférieures et dotées d’un climat moins exposé aux intempéries. 

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Calendrier d’Auvergne 1763 (B.P.C.F.)

Dans la marge la lettre I devant Brion désigne l’Élection d’Issoire à laquelle appartenait Compains

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  • Fréquentation et rayonnement des foires

      Selon la saison, les foires étaient inégalement fréquentées. A l’instar des estives, leur tenue était d’abord contrainte par la rudesse du climat.  L’affluence, forte au printemps et à l’automne était moyenne en milieu de saison et l’été, occupé par les travaux des champs et la confection des fromages voyait les foires s’espacer. Une enquête de l’intendance d’Auvergne notait que « les foires [de Brion] les plus considérables sont celles des 25 may, 16 juin, 22 juillet, 7 aoust et 14 septembre. Les grains s’y débitent comme à Besse aux habitants ». Nombreuses, les foires de printemps étaient  très fréquentées. On s’y défaisait des jeunes veaux et de certains animaux engraissés l’hiver. Octobre était  le grand mois des foires de fin de saison quand chacun allégeait son troupeau des bêtes qu’il ne pourrait hiverner de ses foins et pailles. C’était aussi le moment de la dévalade des troupeaux et le terme des redevances, en particulier du cens payable au seigneur.

      Leur situation au centre d’un véritable vivier à bestiaux donnait aux foires de Brion un rayonnement considérable dans le royaume et on peut dire, selon les témoins du temps, que l’aire de marché vers laquelle on commercialisait les bestiaux vendus à Brion couvrait  la moitié du pays. On venait y acheter depuis la France entière, sauf quand la province se fermait, frappée d’une épizootie. Placée au centre d’échanges locaux, régionaux et nationaux, les foires étaient un indicateur économique de la bonne santé ou de la fragilité d’une région. Des sources, principalement d’origine administrative (intendance, subdélégué de Besse…), décrivent avec précision la provenance des acheteurs qui se rendaient à Brion.

Origines-destinations des acheteurs à Brion

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       L’intendant d’Ormesson insistait en 1697 sur le débit considérable des produits achetés et sur l’origine souvent très lointaine des acheteurs de bestiaux et de fromages qui cheminaient jusqu’aux montagnes de Compains. Comme le feront ses successeurs, il exposait que les bovins quittaient Brion vers de nombreuses régions du royaume et en particulier le Poitou pour les jeunes bêtes, mais aussi Lyon et Genève, le Limousin, le Berry, le Bourbonnais, Marseille et l’Occitanie ; les produits achetés étaient revendus à Clermont et jusqu’en Provence, en Languedoc, en Guyenne et à Bordeaux. Ceux partis vers la Normandie étaient engraissés et ensuite vendus à Paris. Les fromages de la région de Besse et Ardes allaient notamment vers Nantes et « dans les villes arrosées par la Loire », mais aussi vers Paris et le Languedoc.

      Une conjoncture guerrière pouvait se révéler profitable aux éleveurs. On bénéficia à Brion d’un effet d’aubaine quand, sous Louis XIV, des marchands venus de Franche-Comté vinrent enlever une quantité considérable de bovins  lors de la guerre qui vit le roi s’emparer du comté de Bourgogne (1673-1674). Plus tard, le juriste bessois Godivel révèlera que « les éleveurs des montagnes gagnèrent alors pas mal d’argent à cause des achats que venaient faire sur place pour l’alimentation des armées les commissaires du roi qui enlevaient à tout prix les betes à cornes, de telle sorte que pendant les années 1690 et 1691 la vie, malgré de lourds impots, fut encore assez facile pour une bonne partie de la population des montagnes ». Il s’agissait là  d’années exceptionnelles pour les éleveurs que les nombreuses guerres conduites par Louis XIV « favorisaient ». Des années plus tard, l’intendant Ballainvilliers répétait ce constat en 1764 : le revenu essentiel des montagnes tient au produit considérable des bestiaux, au lait, au beurre et aux fromages et « le temps où ce commerce est le plus avantageux est lorsque la guerre se fait en Italie, la plus grande partie des bestiaux qui s’y consomment étant tirée de l’Auvergne ». A l’inverse, l’intendant d’Ormesson n’omettait pas de remarquer en 1697 que l’interruption par la guerre du commerce vers la Guyenne et Bordeaux avait diminué le prix et le débit des fromages.

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  • Spécialisation des foires

       Le déroulement des foires qui mettait face à face éleveurs, maquignons, producteurs de toutes sortes et acheteurs venus à Brion de tous les horizons du royaume est peu abordé par la documentation si ce n’est sous l’angle des débordements qu’y causait l’intempérance. Si le commerce à Brion s’organisait principalement autour des bêtes à cornes et de leurs produits dérivés, les fromages et les peaux principalement, cela n’empêchait  pas que « les grains s’y débitent comme à Besse aux habitants des montagnes ». Outre le bétail, on vendait à Brion le surplus de la production de grains et on achetait par exemple de l’huile de lin ou de noix.  Le rapport des semences des montagnes était très insuffisant, aussi achetait-on aux foires ou aux marchés les semences pour les prochains semis. Cultivées dans des région plus fertiles, elles étaient d’un meilleur produit.

       Le rayonnement national des foires de Brion était tel que les foires voisines avaient dû se spécialiser. Pour éviter la concurrence, Egliseneuve et Ardes qui comptaient à elles seules sept foires, avaient dû développer chacune une spécialité. Egliseneuve avait des foires aux mulets et aux chevaux, alors qu’à Ardes se tenaient d’importantes foires aux moutons.

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  • Le « délaissement » des foires

       La moindre fréquentation des foires pouvait être saisonnière – en plein été on travaillait aux champs – ou consécutive à une épizootie, ou même être la conséquence d’une conjoncture maussade. Dans les années 1760, le constat de l’intendant Ballainvilliers révèle un contexte économique dégradé « les marchands étrangers ne paraissent plus pour acheterles bestiaux ne se vendent point… la vente des bestiaux est un commerce qui languit depuis longtemps et ne fournit plus les ressources pécunières dont la région aurait besoin« …., le commerce des bestiaux est « dans un discrédit presque général…les foires sont désertes ». Après les crises des années 1739-1740, la conjoncture peu favorable va se maintenir et même s’aggraver peu avant la Révolution.

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La RÉVOLUTION

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Préservation des foires

       Les révolutionnaire ne remirent pas en cause les foires, au contraire, mais une période d’hésitation s’installa quand certains voulurent en augmenter le nombre. Saisie de la question des foires et marchés en 1790, l’Assemblée constituante (1789-1791) avait d’abord maintenu la législation en vigueur et décidé qu’on laisserait les choses en l’état comme sous l’Ancien Régime. La Convention nationale (1792-1795) prétendit ensuite libérer leur création et autorisa le 11 août 1793 la libre ouverture des foires et marchés. Devant l’anarchie qui ne tarda pas à s’installer, la Convention revint sur sa décision et autorisa le 18 ventôse an II (8 mars 1794) le maintien des foires existantes avant 1789 tout en interdisant d’en ouvrir d’autres. Sous le Consulat, l’autorisation du ministre de l’intérieur devint nécessaire pour ouvrir une foire.

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Sécuriser les montagnes et le foirail

       Après l’émigration des Laizer, la sécurité du foirail et des chemins ne fut plus assurée et la commune de Compains dut envisager de prendre en charge la surveillance des foires. Une délibération des habitants en 1791 décida qu’il était urgent de nommer un garde qui serait en particulier chargé de dresser procès-verbal des dommages que les bestiaux auraient infligé aux herbages et aux « héritages » (biens) des habitants les jours de foire. Les cabanes-auberges du foirail continuèrent d’être affermées en 1792 par des particuliers d’Egliseneuve et de Besse, en dépit d’un relâchement certain qui se faisait sentir dans leur entretien. L’année suivante, les neuf cabanes du foirail se trouvaient « horriblement endommagées par les vents et les orages ». A l’invitation du maire François Blanchier et de Pierre-Alexandre Morin, curé de la commune, Guillaume Godivel président-syndic du district de Besse, se transporta au foirail de Brion pour établir l’état des lieux. Les cabanes avaient été pillées et il y manquait des tables et des bancs. Pour remplacer ce matériel, Godivel décida que des arbres de quarante pieds de longueur seraient nécessaires. En outre, il faudrait reconstruire un chapial (pignon) et réparer avec des gluis de seigle les toitures endommagées par les intempéries. Comme les cabanes ne pourraient être réparées avant les premières foires de mai, « il faut inviter les fermiers à faire les premières foires comme ils pourront et leur fournir des tables ». Les ouvriers embauchés pour faire le travail exigèrent, outre leur salaire, qu’on leur donnât du vin.

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Le foirail, Bien National de seconde origine

       Le 15 germinal (4 avril 1794) et le 25 messidor an II (13 juillet 1794), les 25 têtes d’herbage soustraites par François de Laizer aux habitants de Brion en 1722 furent adjugées nationalement par le district de Besse comme biens ayant appartenu à son descendant le ci-devant émigré Jean-Charles de Laizer, à trois cultivateurs de Compains, François Tartière, Antoine Boyer et Ligier Minet. Bien qu’associés, les trois cultivateurs qui avaient préjugé de leur capacité à financer cet achat se trouveront dans l’impossibilité d’exécuter les conditions de l’adjudication et seront déchus en 1814 du bénéfice de l’adjudication par arrêté du Conseil de préfecture du Puy-de-Dôme. Pendant ce temps, les foires se poursuivaient tant bien que mal. Un état des récoltes de l’an VI (1798) notait qu’à Brion « il y a quatre foires convenables par an ».

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Les FOIRES DEPUIS la RÉVOLUTION (XIXe siècle)

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Les révolutions passent, les foires demeurent

       Sous l’Empire, le conseil municipal de Compains insistait en 1806 sur la nécessité de maintenir les foires de Brion compte tenu de leur importance et de leur rayonnement local et régional : « il s’y vend toute espèce de bétail, des moutons, des chevaux, des cochons, toutes sortes de denrées ; beaucoup de marchands forains viennent sur le champ de foire étaler leurs marchandises qui consistent en chapellerie, rouennerie [toile en laine ou en coton d’abord fabriquée à Rouen], mercerie ».  Les commentaires des autorités locales en réponse à une enquête sur les foires dans le département du Puy-de-Dôme rejoignaient ceux fait au siècle précédent « outre le commerce des jeunes boeufs et des jeunes vaches…on vend [lors de la foire du 22 juillet 1806] des vaches que l’on a engraissées dans les montagnes du canton de Besse ». De la foire du 7 août les élus déclaraient « grand commerce de bestiaux gras dont on achète une grande partie pour conduire à Lyon, à Marseille et même Montpellier ». D’août à octobre, les marchands du centre de la France et du midi venaient faire à Brion des achats considérables de bœufs gras, « il y a lieu de conserver ces foires » déclaraient les élus. A l’occasion d’une nouvelle enquête réalisée en 1837, les élus déclaraient : « les foires… toujours fort achalandées…. c’est de Brion que viennent toutes les vaches qu’achètent les cultivateurs de la Limagne ; les gros marchands des départements voisins fréquentent ces foires qui sont les plus importantes de l’arrondissement pour le commerce des bestiaux ». Tout au long du XIXe siècle, dix foires se tiendront à Brion chaque année.

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Survenance à Compains de l’émigré Maurice de Laizer

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  • Les Biens Nationaux restés invendus

       Passés la Révolution et l’Empire, les compainteyres s’aperçurent à leurs dépens qu’ils n’en avaient pas encore fini avec les anciens seigneurs de Compains, Brion et Chaumiane. La loi du 5 décembre 1814 qui restituait aux émigrés les biens restés invendus depuis la Révolution. Le petit-fils émigré de Jean-Charles de Laizer, Maurice de Laizer, fils de l’émigré Louis-Gilbert de Laizer, arrivé en France, entreprit de rentrer en possession des biens tenus à Compains par sa famille avant la Révolution et restés invendus lors de la vente des Biens Nationaux de seconde origine.

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Le règlement de la succession de Louise d’Espinchal

      Avec son oncle Félix de Laizer et sa sœur Alexandrine, religieuse, Maurice procèda en 1817 au règlement de la succession de leur grand-mère Louise d’Espinchal. Une controverse s’élèva entre les trois héritiers au sujet du produit du foirail de Brion. Ils se rallièrent finalement à l’avis des experts et finirent par convenir que le foirail pourrait rapporter six cents francs à l’année, après qu’on y ait apporté quelques améliorations.

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  • Quel est le propriétaire légitime du foirail ?

       A Compains, le conseil municipal ne voyait pas d’un bon oeil le retour de Maurice de Laizer. Quand il afferma en  1818 à Marie Barbat le droit de vendre du vin et de construire une cabane à cet effet, le maire François Blancher revendiqua auprès du Préfet le droit de propriété de la commune sur le foirail. Un long procès s’ensuivit. Laizer fit valoir en 1823 qu’il était propriétaire du communal resté invandu sur lequel se tenaient les foires. Pour le conseil municipal, à cette date Maurice de Laizer « se prétend » propriétaire du communal sur lequel se tiennent les foires. Pour la commune « c’est le hameau de Brion [qui] est propriétaire de plusieurs communaux, entre autres un communal sur lequel on tient les foires…les plus fréquentées et les mieux garnies de bestiaux de la montagne ». Parallèlement à cette contestation, Laizer accable les paysans sous les procès. En 1827, alors qu’il poursuit la location des cabanes et des tentes sur le foirail, Laizer cherchait par l’intermédiaire de son régisseur un entrepreneur qui veuille se charger à prix- fait de la construction de nouvelles cabanes. Sans doute n’en trouva-t-il pas car en 1829 un seul bâtiment lui appartenait encore sur le foirail alors qu’il demandait à rentrer en possession de ses biens non encore vendus – la Motte, le foirail et le Lac des Bordes, soit selon le cadastre, plus de 91 hectares à Brion si on y inclut le foirail et les bâtiments associés. Le tribunal reconnaitra à Maurice la propriété sur le foirail, la Motte et le Lac des Bordes à charge pour lui d’abandonner les 25 hectares dont s’était emparé son aïeul. Maurice met alors fin au bail des paysans sur les trois lieux

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Cette même année, il attaque en justice François Blanchier, maire Compains. Un jugement du tribunal rendu en faveur de Laizer en 1830 énonce que « le foirail et la Motte sont un pacage productif au milieu duquel existent encore sur le point culminant de la montagne les ruines de l’ancien château de Brion, le lac étant devenu également par l’écoulement des eaux un terrain productif pour le pacage des bestiaux ». Laizer, redevenu propriétaire d’une partie des anciens biens de sa famille à Brion, doit en contrepartie abandonner les 25 têtes d’herbage dont son ancêtre François s’était abusivement emparé en 1722 au détriment des paysans. 

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Taxer les foires pour financer les équipements collectifs ?

      Sous le Second Empire, alors que régnait une relative prospérité (beaucoup de maisons furent reconstruites ou rénovées vers cette époque), la commune de Compains voulut construire une mairie-école, rénover le presbytère, déplacer le cimetière et construire une sacristie. L’architecte qui travaillait pour la commune en 1855 chercha des financements possibles.  Il estimait – ce qu’on n’a pu vérifier – que les foires de Brion pouvaient attirer jusqu’à 6000 bêtes lors d’une seule foire. Que dire quand on en comptait dix par an même si elles étaient d’importance inégale.  Pour financer les travaux, l’architecte envisageait donc de demander qu’on taxât à nouveau les foires de Brion, se fondant sur l’exemple des foires de Rochefort et de Besse, taxées depuis un an.

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Brion le foirailLe hameau de Brion et son foirail

(Source : Cadastre 1828, A.D.P.-de-D.)

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Toujours plus de foires

      Sans cesse les communes tentaient de faire croître le nombre de leurs foires. L’annuaire du département du Puy-de-Dôme dénombrait 632 foires en Auvergne en 1889, soit 5% de plus qu’en 1765. Créer une nouvelle foire mettait en avant des rivalités intercommunales et parfois même intracommunales, on le verra à Compains.

       La procédure de création d’une foire au XIXe siècle exigeait une délibération du conseil municipal, une délibération des communes voisines que la nouvelle foire ne devait pas gêner, l’avis du Préfet et l’envoi du dossier au ministère concerné pour statuer sur la demande. Ainsi, quand les habitants d’Egliseneuve d’Entraigues demandèrent en 1851 la création d’une nouvelle foire le Jeudi saint, la demande des égliseneuvois se heurta à l’opposition du conseil municipal de Compains qui voulait protéger les foires de Brion. Le conseil refusa de donner son accord, considérant le tort « considérable » que cette nouvelle foire porterait à celles des localités environnantes où les foires étaient déjà bien assez nombreuses.

       Espérant à son tour faire travailler ses aubergistes, la commune de Compains sollicita en 1879 la création de trois nouvelles foires : l’une à Brion le 19 octobre, les deux autres à Compains le 14 mars et le  lundi suivant la fête de saint Georges, patron de la paroisse. Cette propension à l’allongement vers le début et la fin de saison des dates des foires pourrait être un indice de l’atténuation du petit âge glaciaire qu’on observe vers le milieu du XIXe siècle et du réchauffement progressif qui suivit.

    Pour vérifier que la création de ces nouvelles foires à Compains ne gênerait personne, les conseils municipaux de cinq villages voisins furent consultés. L’un s’abstint. Les conseils municipaux des communes de Marcenat, Chanterelle, Condat et Montgreleix ne trouvèrent aucun inconvénient à la création des foires du 19 octobre et du lundi après la saint Georges, mais s’opposèrent à la création d’une foire à Compains le 14 mars à cause de celles qui se tenaient le même jour à Marcenat et le lendemain à Condat. La commission consultée tint compte de ces remarques et recommanda de ne pas autoriser la foire du 14 mars à Compains.  La demande du bourg pour obtenir deux foires supplémentaires mit en émoi les brionnais et les tenanciers des tavernes du foirail. L’équilibre entre les hameaux de la commune n’allait pas tarder à se fissurer à la demande des habitants de Brion.

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Brion revendique de former une commune indépendante de Compains (1884)

      Dans une commune aussi étendue que Compains qui couvre plus de 50 km2, l’éloignement des villages faisait que les intérêts des uns ne coïncidaient pas toujours avec ceux des autres. Pendant la Révolution, la démonstration en avait été faite quand plusieurs hameaux de Compains avaient rejoint Egliseneuve, qui deviendra de ce fait Egliseneuve d’Entraigues, village pour eux plus proche et plus facile d’accès que le bourg de Compains en hiver.

L’ancien hameau seigneurial de Brion, peut-être encouragé par la construction alors envisagée d’un chemin d’intérêt commun qui aurait relié Issoire à Condat par Brion, mais à coup sûr inquiet de voir le bourg réclamer deux foires, manifesta en 1884 des velléités d’indépendance. Forts de leur population nombreuse, et surtout des revenus générés par les foires, les brionnais tentèrent une sécession et voulurent se séparer de Compains pour former une nouvelle commune.

      Les arguments ne manquaient pas à Brion. En 1884, Compains était peuplé de 916 habitants, dispersés dans une quinzaine de villages et d’écarts. Le hameau de Brion à lui seul comptait 160 habitants, soit 17,5% de la population compainteyre sur un territoire (section F du cadastre de 1828),  qui couvrait 10 km2, soit 20% de la superficie communale.

      Quand, en 1879, la commune de Compains sollicita de l’Administration de pouvoir bénéficier de deux foires supplémentaires qui se tiendraient au bourg, la demande ne put que susciter des débats parmi les brionnais qui purent craindre de voir leur « monopole » menacé. Il est permis de penser que ce fut là le déclencheur de leur soudaine velléité d’indépendance. Un autre fait ne leur avait sans doute pas échappé : les recettes et les dépenses de la commune de Compains pour les trois dernières années montraient  que le  hameau de Brion générait à lui seul des recettes  équivalentes aux recettes du reste de la commune ; quant aux dépenses, Brion dépensait 30% de moins que le reste du village. La revendication des brionnais, évidemment justifiée de leur seul point de vue, était inacceptable pour la majorité des habitants de la commune qu’elle aurait privés des revenus apportés par les foires. cette remise en cause de l’intérêt général par une secession de Brion était inacceptable pour les autres compainteyres.

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       Une pétition des conseillers municipaux de Brion, lue au conseil municipal d’Issoire lors de la séance du 9 mai 1894, demande de s’ériger en commune distincte de Compains en arguant des relations commerciales entretenues entre Brion et Issoire. En outre, argumentaient-ils, compte tenu des revenus générés par les foires de Brion, le village pourrait améliorer son foirail et contribuer à la création de voies de communication plus directes avec la Limagne. Ces propositions reçurent un avis très favorable de la ville d’Issoire.

       Les demandes des habitants furent pourtant renvoyées dos à dos : le rêve sécessionniste des brionnais fut déçu et le bourg n’eut pas  les foires qu’il convoitait. Le statu quo ante avait triomphé : Compains échappait à ce qui aurait pu être le troisième démantèlement de son histoire. Il est permis de penser que l’intérêt général avait triomphé, mais l’affaire révélait une division immémoriale entre les deux communautés d’habitants. Le bourg dans la vallée était franchement tourné vers Besse alors qu’à cinq kilomètres de là, l’ancien village seigneurial perché sur le plateau penchait plutôt vers Ardes.

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Brion – Le foirail et les auberges aujourd’hui

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La dernière (?) cabane construite sur le foirail

      Une cabane partie en pierre, partie en planches et couverte de chaume fut encore élevée en 1905 sur le foirail par les époux Cohadon-Grand avec le consentement de la famille Laizer qui restait propriétaire du sol. Pour une redevance annuelle de 20 francs, on y exploitait les jours de foire un débit de boisson connu sous le nom de Café Cohadon. Après la mort de Gabriel-Casimir de Laizer (1909), la famille vendit en 1924 les terres de Brion à Antoine Chabaud époux de Marie Echavidre de Brion, grand-parents maternels de madame Pételet-Peuch.

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Et aujourd’hui…

     Une douzaine de foires subsistent aujourd’hui à Brion. Moins fréquentées par les bestiaux que par les auvergnats et les touristes attirés par la beauté du lieu et l’envie d’y vivre un moment chaleureux, elles restent à la belle saison de précieux moments d’échanges et de rencontres festives au sein d’un territoire où la chute du nombre d’habitants rend d’autant plus appréciées ces rencontres conviviales.

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Brion – Foire en septembre 2019

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ANNEXE

Un exemple d’adjudication des droits de place

à la foire de Brion (1868)

     Alors qu’aujourd’hui les foires de Brion ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes, elles représentaient au temps de nos ancêtres un pôle d’attraction considérable et une source de revenus très appréciables pour la commune. A Brion se pressaient lors de chaque foire des milliers de bêtes et quantité de vendeurs de produits locaux. Plusieurs fois dans l’année, les compainteyres pouvaient y écouler l’excédent de leur production et y trouvaient les produits du pays coupé et de la plaine. Les foires ne pouvaient cependant fonctionner sans une organisation et une tarification précises. Hommes et animaux devaient être encadrés afin d’éviter abus et débordements. L’espace de terrain occupé par les animaux et par les vendeurs de produits les plus divers était donc strictement défini et précisément tarifé.

     Les emplacements à la foire étaient affermés à la bougie au plus cher enchérisseur pour une durée de trois ans. Celui qui remportait l’enchère ne pouvait demander pour chaque place un prix plus élevé que le prix qui figurait dans le cahier des charges. Son intérêt était donc d’attirer un maximum de participants pour dépasser l’enchère obtenue et réaliser un bénéfice.

      C’était il y a 150 ans…, nous sommes en 1858 et Jacques Minet est alors maire de Compains. Assisté de deux conseillers municipaux, Antoine Champeix de Marsol et Antoine Tartière de Chaumiane, le maire fait procéder à l’adjudication des droits de place à prendre au foirail de Brion les jours de foire :

  • pour les emplacements recevant des bovins, chevaux, ânes, mulets, moutons, boucs et cochons exposés en vente,
  • pour les bancs et échoppes et autres objets exposés et mis en vente.

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Les cahiers des charges

     Préalablement à la vente, deux cahiers des charges ont été établis, le premier pour les bestiaux, le second pour les bancs et échoppes. Les deux baux ont une durée de trois ans. Les devoirs de l’adjudicataire sont strictement définis : il devra fournir une caution et ne pourra sous-affermer sans l’autorisation du conseil municipal. Il ne pourra employer la force ou la violence pour la perception de ses droits de foire mais devra en référer à l’autorité locale qui lui prêtera assistance et engagera des poursuites en cas de besoin. Il ne pourra percevoir un tarif plus élevé que celui mentionné dans le cahier des charges sous peine de poursuites.

Espace occupé et tarif pour les bestiaux

  • cheval, jument avec ou sans poulain, mule, mulet, espace autorisé : 1 m. 50, tarif : 15 centimes,
  • poulain ou pouliche séparée de sa mère, 1 mètre, 10 centimes,
  • âne ou anesse avec ou sans ânon, 90 cm, 5 centimes,
  • boeuf, taureau, 2 mètres, 15 centimes,
  • bourret ou jeune taureau d’un ou deux ans, 1 m. 90, 90 centimes,
  • génisse de deux ans et plus ou vache avec ou sans veau, 1 m. 50,
  • veau de moins d’un an ou bourette ou génisse de moins de deux ans, 1 m. 40, 5 centimes,
  • mouton, brebis, bouc, chèvre avec ou sans agneau ou chevreau, 25 centimètres, 2 centimes
  • agneau ou chevreau séparé de leur mère, 25 cm, 1 centime
  • cochon ou truie gras, 1 m., 10 centimes
  • cochon ou truie maigre ou nourrain (jeune porcelet), 50 cm, 5 centimes

Espace occupé et tarifs pour les droits de place, de bancs et d’échoppes

  • chaque mètre carré de terrain occupé par une voiture, un banc, une table chargée paiera 15 centimes,
  • chaque mètre de terrain occupé par une baraque ou échoppe, 20 centimes,
  • chaque 45 cm occupé par une benne (corbeille en osier tressé utilisée pour le transport des fruits, légumes, grains), 8 centimes,
  • chaque mètre carré occupé par un étalage à terre de marchandise de tous genres, 10 centimes,
  • chaque 10 cm occupé par une douzaine de fromages Saint-Nectaire, 4 centimes,
  • chaque mètre occupé par des bennes contenant du pain, 20 centimes,
  • chaque 33 cm occupé par une petite benne de fromages, 8 centimes,
  • chaque 50 cm occupé par une grande benne de fromages, 10 centimes,
  • chaque 16 cm occupé par une personne tenant au bras un panier contenant une douzaine de fromages et au dessus, 5 centimes,
  • chaque mètre de terrain occupé par des gros fromages dits de Cantal, 20 centimes,
  • tous les autres articles non énoncés ci-dessus seront taxés à raison de 10 centimes par mètre carré.

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L’adjudication

     Les enchères sont publiques. Les enchérisseurs se réunissent dans la maison de Gérard Amblard, le maire de Compains ayant fait savoir que la salle de mairie était trop petite pour y faire entrer tous les participants.

Les droits de place pour les animaux sont mis aux enchères au prix de 500 francs. Le temps de brûler trois bougies ce sont Antoine Bertrand du Luguet, Antoine Mallet habitant à Muret commune de Besse, Antoine Berthelage  de Saint-Pierre Colamine, Aimable Pipet de Besse, Jean Berthelage propriétaire voiturier de Besse et Joseph Rabany qui enchérissent à leur tour. Finalement, Jean Berthelage est déclaré adjudicataire du droit de places moyennant 1240 francs payables chaque année ; il sera cautionné par Antoine Berthelage.

Les droits de place pour les bancs et échoppes sont mis à prix 150 francs. Seuls trois enchérisseurs se manifestent : Antoine Julliard, teinturier à Besse, Jean Tartière du village de La Ronzière à Compains et Antoine Imbert aubergiste de Saurier qui est déclaré adjudicataire moyennant la somme annuelle de 500 francs. Il sera cautionné par François Geneix d’Escouailloux, un des villages de Compains.

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Foire à Brion

 Foire à Brion (première moitié du XXe siècle)

A SUIVRE

 

2 commentaires sur “– Foires à Brion”

  1. Barrau Says:

    Votre texte « à suivre » est passionnant.
    Où peut-on trouver la suite, voire des textes similaires ?

    Merci de votre réponse.

  2. Laronzière Says:

    Dans son ouvrage « Le Montagnard auvergnat »1914, Paul Roux nous apprend que la construction de la route en 1874 a favorisé la consommation de vin de Limagne à Brion . Auparavant, seules deux familles se permettaient ce luxe . Le vin provenait de Saint Germain Lembron et était rapporté dans des outres . L’auteur de cet article est né en 1860,ses parents tenaient une auberge à Brion .Il est possible de consulter le livre « Archives d’Auvergne  » Editions Michèle Trinckvel Article « Un éleveur à Brion  » page 53

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