– Foires à Brion et alentour
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Les FOIRES à BRION et ALENTOUR
d’HIER à AUJOURD’HUI
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Les foires occupent une place de choix dans l’histoire du village de Compains et nos recherches ont permis d’envisager cette histoire sur la longue durée, au delà de 1348. On verra qu’aux foires de Brion le compainteyre rencontrait la France, bien avant que la nécessité d’émigrer ne lui impose de se rendre dans les « provinces étrangères ».
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Au MOYEN ÂGE
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Multiplication des foires vers l’An Mil
L’augmentation de la population autour de l’An Mil incita les seigneurs hauts justiciers à multiplier les foires pour commercialiser l’excédent des produits de leur seigneurie. Placées dans la dépendance totale du pouvoir féodal, les foires étaient lucratives pour les féodaux sous réserve, on le verra, qu’ils en assurent la sécurité et que des garanties de sécurité soient données aux marchands. Ce qui devait arriver arriva. Devenues trop nombreuses, les foires se révélèrent contre-productives. Placées à des dates et en des lieux trop proches les uns des autres, les foires se concurrençaient entre elles au point que se créa une situation anarchique à laquelle le roi dut mettre bon ordre.
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- Seul le roi autorise les foires (1269)
Après la prise en main de l’Auvergne par le pouvoir royal sous Philippe Auguste, sont petit-fils Louis IX (Saint-Louis) voulut mettre fin à cette prérogative seigneuriale et décida que la création des foires et leur répartition spatiale dans le royaume seraient soumises à son autorisation. On voulait mieux encadrer les seigneurs et aménager plus efficacement l’espace en mettant en place un réseau de foires qui ne se gêneraient pas entre elles. Le parlement proclama en 1269 qu’au roi seul appartiendrait le droit d’autoriser une foire. Les seigneurs hauts justiciers devenaient mieux encadrés et il leur serait en principe impossible de créer une foire ni d’y percevoir des droits sans la permission royale. Même si on peut envisager qu’elle ne fut pas strictement respectée, cette décision royale marquait la fin d’une prolifération préjudiciable au commerce.
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- Des déplacements risqués
Se rendre aux foires auvergnates en ces temps reculés n’allait pas sans danger. On venait parfois de régions lointaines, couchant à la belle étoile, avec le risque de faire de mauvaises rencontres, loups, ours ou malandrins. Pour favoriser le commerce on donnait aux marchands qui se rendaient aux foires des « conduits » censés garantir leur sécurité sur la route et une indemnité en cas de dommage. En 1392 (n.s.) « les marchands et bonnes gens qui viennent pour marchander esdites foires » de Besse étaient munis d’un sauf-conduit particulier. Le fils du roi, Jean, duc de Berry apanagé d’une partie de l’Auvergne interdisait qu’on contrevienne aux ordonnances royales en prenant des gages ou en faisant exécution sur les marchands.
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Premières foires à Brion avant 1348
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- Au temps des Bréon seigneurs de Brion
Il n’est pas surprenant de voir le conseil municipal de Compains déplorer en 1837 de n’avoir pu retrouver dans les archives de la commune aucun titre d’institution des foires de Brion. La date de leur création est pourrait-on dire « immémoriale ».
Au XIIIe siècle, les La Tour percevaient des droits sur les foires de Besse en 1233 et à Maillargues, tenu par les Mercoeur, on comptait au XIIIe siècle deux foires l’une le 11 juin et l’autre le 10 octobre. Qu’en était-il de leurs voisins les Bréon, proches vassaux du Dauphin d’Auvergne et de son château de Vodable ? Le Bréon avaient-ils obtenu une ou plusieurs foires par concession royale ou le temps seul avait-il consacré cette pratique ? Une recherche conduite par Mathieu Lescuyer sur la famille clermontoise des Balbet, montre que le foirail de Brion était un lieu de négoce avant l’année 1348. A cette date, Guillaume Balbet, bourgeois anobli de Clermont, affermait deux taxes à Maurin de Bréon le péage, droit perçu par le seigneur sur les marchandises traversant la seigneurie et la leyde, un droit levé sur certaines denrées conduites aux foires de Brion. Le marchand Guillaume Balbet traitait depuis longtemps avec Maurin de Bréon à qui il achetait depuis 1335 une partie de la production de seigle de la seigneurie.
La volonté royale de maintenir un nombre limité de foires s’imposa en 1341 aux dépens de Richard de Chaslus, seigneur d’Egliseneuve qui avait sollicité la création de trois foires et d’un marché tous les jeudis dans sa seigneurie. Après une enquête et un rapport du bailli d’Auvergne, la création du marché fut approuvée en septembre 1341 mais les foires furent refusées considérant que leur siège serait trop proche de celles déjà organisées dans le voisinage où se tenaient des foires à Brion et à Condat.
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- Sous Imbaud du Peschin et sa fille Jeanne du Peschin-Giac, dame de Brion
Peu avant que Jean de Berry duc d’Auvergne ne donne la seigneurie de Brion à son favori Imbaud du Peschin seigneur de Combronde, celui-ci avait sollicité en 1366 l’établissement d’une foire à Combronde alors même que la guerre de Cent Ans faisait rage. De nombreuses foires étaient alors supprimées « a cause des guerres et de la diversité des temps ». En dépit des hostilités, Imbaud avait bénéficié de sa position auprès du duc en obtenant la création à Combronde de deux foires et d’un marché. Poursuivant ses cadeaux à son favori, Jean de Berry avait donné en 1368 la seigneurie de Brion à Imbaud du Peschin. L’occupation du château de Brion par les routiers dans les années 1370 et la guerre qui s’étira en Auvergne jusqu’au début des années 1390 avaient sans doute conduit à la désertion des foires de Brion ou pour le moins à leur ralentissement. L’urgence était alors à la reconquête des territoires en boutant les Anglais et les routiers hors de l’Auvergne, plus qu’au maintien des foires dans des montagnes isolées, peu sûres et en partie désertées par leurs habitants.
La fondation d’une vicairie à la chapelle de Brion (1404)
La fille et héritière d’une partie des biens d’Imbaud, Jeanne du Peschin, était en 1404 la nouvelle « dame de Brion ». Proche de Jean de Berry et bien en cour auprès du roi, Jeanne avait sans doute œuvré à relancer la fréquentation des foires dans les années 1390, après que les bruits de la guerre se soient éloignés d’Auvergne. Témoignage du repeuplement des montagnes après la guerre de Cent Ans, un parchemin relate en 1404 la refondation d’une vicairie dans la chapelle castrale de Brion, fondation qu’on peut penser avec vraisemblance impulsée par Jeanne du Peschin. La chapelle castrale de Brion, qui daterait de la construction du château, existait en 1347, date à laquelle nos recherches montrent Johannes Bohery prêtre de cette chapelle. Cette refondation de la chapelle doit être considéré comme l’indice de la reprise de l’activité dans les montagnes après la guerre et laisse présager qu’en 1404 le renouveau des foires était amorcé avec le retour des habitants au village. En 1411 Jeanne vendra la seigneurie de Brion à Etienne Souchet, un élu clermontois (voir les chapitres consacrés aux Peschin-Giac et aux Souchet).
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A L’ÉPOQUE MODERNE
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Le foirail, un bien propre au seigneur à l’usage réglementé
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Comme la Motte, le foirail fera partie des biens propres au seigneur jusqu’à la Révolution. Selon le cadastre de 1828, le foirail couvrait près de trois hectares et la Motte douze hectares, des superficies qui, compte tenu de la configuration du terrain, avaient dû peu évoluer au fil des siècles. Les brionnais reconnaissaient en 1673 qu’il existait à Brion « un foirail, borné et limité par des reconnaissances anciennes », sans doute celles du « terrier de la baronnie de Brion et seigneurie de Chaumiane » qu’avait fait établir vers 1532 François de Montmorin – Saint-Hérem, immédiatement après l’achat vers 1530 de la seigneurie de Brion. Un exemplaire de ce document destiné à clarifier l’état de la censive seigneuriale à Compains avait été signé le 20 août 1546 par Montmorin et Jean Forestier, notaire royal à Besse. Ce terrier malheureusement disparu tenait en « un volume de parchemin couvert de bazane rouge et contenant 31 feuillets ». On se heurte une fois de plus au silence des sources car, archivé dans la grosse tour d’Ardes où le Dauphin d’Auvergne conservait ses archives, le terrier fut brûlé lors de l’incendie du château.
Selon un accord de 1673 entre Jean Ier de Laizer et les habitants de Brion, le foirail situé au pied de la Motte pouvait être pacagé entre les foires par les bestiaux des brionnais durant la bonne saison à l’exclusion de la Motte, protégée par des bornes.
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Un accès aux foires et un usage du foirail frappés par des taxes
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Entraves issues de la féodalité, le péage sur les chemins et la leyde sur le foirail étaient des droits seigneuriaux perçus sur les marchands étrangers à la paroisse qui venaient commercer sur le foirail de Brion. Le montant de ces taxes n’est pas renseigné par nos sources.
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- Trois points de péage pour accéder au foirail
La perception du péage sur ceux qui se rendaient aux foires s’effectuait dans des cabanes placées sur les principaux chemins d’accès au foirail. Trois points de péage établis aux limites de la seigneurie ont pu être identifiés.
♦ A lest de la Motte, « La chabanou del peage », la cabane du péage, est citée dans le terrier de la seigneurie du Luguet. Elle était située au pied de la Motte de Brion près du Moulin Tartière, à la frontière entre le hameau de Jassy (commune de Saint-Alyre-ès-Montagne), et le hameau de Brion, sur la rive droite du ruisseau L’eau derrière, à l’aboutissement du chemin qui conduisait d’Issoire à Brion.
♦ A l’ouest, « la pierre de péage appellée Pierre Sarraillade » est de nos jours toujours visible sur les hauts du Joran. On y taxait ceux qui, venant de l’ouest par le chemin de Maupas, traversaient la Montagne de Barbesèche pour venir à Brion.
♦ Un troisième péage placé au bourg taxait ceux venus du nord de la paroisse.
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La Pierre sarraillade, pierre de péage placée sur le Joran
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- Une taxe de foirail : la leyde
La leyde était une taxe levée sur les denrées et les marchandises de toute nature, grains et bestiaux exposés sur le foirail par les commerçants étrangers à la seigneurie. Elle devait être payée dans les huit jours. Ceux qui étaient domiciliés dans la paroisse ne payaient rien. On sait qu’une partie des grains exposés à la vente sur le foirail par les marchands était prélevée au profit du seigneur, quand Jean II de Laizer déclare en 1693 bénéficier d’« un droit de péage et leyde » prélevé sur les bestiaux et les grains,
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Des taxes et des cabanes lucratives pour les seigneurs de Brion
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- Les Souchet vendent les péages et les leydes des foires de Brion
Après avoir tenu la seigneurie de Brion plus d’un siècle (1411-v. 1525-1530), les descendants d’Etienne Souchet vendent la seigneurie à François de Montmorin – Saint-Hérem vers 1525-1530. Peu auparavant, « noble homme Etienne Souchet escuyer seigneur de Brion », descendant homonyme de l’acheteur de la seigneurie en 1411, passe le 15 décembre 1529 avec « noble Robert de la Barre » un contrat de revente des « droits de péage et laides » (leydes), qui se percevaient aux foires de Brion. Cette vente précède ou suit sans doute de peu la vente de la seigneurie de Brion par Etienne Souchet à François de Montmorin – Saint-Hérem.
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- Cinq foires à Brion sous les Montmorin-Saint-Hérem et les premiers Laizer
Alors que Gilbert-Gaspard de Montmorin – Saint-Hérem était seigneur de Compains, on comptait le 4 juin 1646 « cinq grandes foires » à Brion, un nombre qui se vérifiait encore en 1667, quelques années après l’achat de la seigneurie par Jean Ier de Laizer. Le « seigneur de Sioughat Jean de Lezer » bénéficia en 1670 d’un arrêt de la « cour du parlement de France…portant enregistrement des lettres patantes de sa majesté pour raison desdites foires…et des droits de laides ». Après la mort de Jean Ier en janvier 1676, le 25 septembre suivant, une sentence était rendue en la sénéchaussée d’Auvergne à Riom au profit de sa veuve, Jeanne de Bellinay. Elle confirmait les privilèges précédemment accordés à Jean Ier « pour raison de l’établissement de cinq foires a Brion… et droit de laide desdites foires ». Lacune vraisemblable des extraits retrouvés de cette sentence, l’existence de péages n’est pas mentionnée. Ils existaient cependant toujours puisqu’on a vu qu’en 1693, Jean II de Laizer déclarait percevoir à Brion « un droit de péage et leyde » prélevé sur les bestiaux et les grains.
Selon les lieux et les foires, la leyde pouvait aussi frapper des produits tels que les cuirs, les draps, le poisson, le bois, les meules de moulin… Dans la charte de Besse (1270) par exemple, un cuir de bœuf, de vache ou de mulet présenté à la foire était taxé à une obole (petite monnaie valant un demi denier), pour une charretée de poisson on payait six deniers et pour une charretée de bois on payait deux buches.
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Brion – Le foirail et ses cabanes à l’ouest de la Motte – Au fond, le Lac des Bordes
cliché aérien Francis Cormon ©
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- Trois nouvelles foires à Brion en 1724
Le nombre des foires va se trouver porté à huit en 1724 après que Jean [Baptiste] de Laizer ait obtenu des lettres de provision pour l’établissement de trois nouvelles foires de fin de saison à tenir le 22 août, le 6 et le 14 octobre. Avant d’obtenir ces lettres, Jean Baptiste avait dû suivre un protocole bien défini : d’abord solliciter l’intendant pour qu’il fasse remonter la demande vers les services royaux, puis obtenir des lettres patentes qui ne seraient enregistrées qu’après vérification de l’utilité des foires supplémentaires souhaitées qui ne devraient pas nuire aux foires voisines.
Outre l’augmentation du nombre des foires, les lettres de provision dont bénéficia Jean-Baptiste l’autorisaient à bénéficier d’un privilège fiscal consistant à percevoir un péage et une leyde « comme en bénéficiaient ses prédécesseurs ». Ces deux taxes devaient être compensées par des services rendus (sécurité du foirail et entretien des chemins) et reposer sur des titres valides. De huit, les foires passèrent avant la Révolution à dix ou douze selon les années.
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Demandes de création de nouvelles foires au Valbeleix et à Egliseneuve
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- Au Valbeleix
Quoique proches de Brion, les seigneurs voisins de Compains ne manquaient pas de demander de nouvelles foires. Sous François Ier, Nectere de Senectere (Nectaire de Saint-Nectaire), notamment seigneur du Valbeleix et du hameau de Marsol à Compains, avait sollicité auprès des services royaux la création d’une foire au « Voubelet » (Valbeleix) le lendemain de la Saint-Laurent (10 août 1525). Les services royaux accédèrent sous réserve à cette requête en avril 1526, « pourvu qu’audit jour [il] n’y ait [d’] autres foires a quatre lieues a la ronde », soit 16 kilomètres. Si cette restriction de distance et de date fut respectée, la foire dut être refusée en raison de sa proximité avec Brion (11 km) qui permettait de se rendre aux foires et de s’en retourner au Valbeleix dans la même journée. Postérieurement, nos sources ne renseignent l’existence d’aucune foire au Valbeleix.
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- A Egliseneuve
Guillaume de Crémaux baron d’Entragues (Entraigues), seigneur d’Égliseneuve, avait sollicité en 1640 la création d’une foire par an et d’un marché hebdomadaire à Égliseneuve. Il vit sa demande acceptée sous les mêmes conditions restrictives que précédemment au Valbeleix. Il obtint la création d’une halle pour faciliter l’activité des marchands. On ne sait s’il obtint la foire lors de sa demande en 1640, mais cent ans plus tard, deux foires se tenaient en 1740 à Egliseneuve.
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REVENUS et DEVOIRS SEIGNEURIAUX ASSOCIÉS aux FOIRES
XVIIe-XVIIIe s.
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Modalités de la perception du péage et de la leyde
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- Le recouvrement
On a vu précédemment que Jean II de Laizer percevait sur le foirail de Brion une leyde sur les grains et les bestiaux. Les taxes versées au profit du seigneur par les « marchands et bonnes gens qui viennent marchander esdites foires et marchés » étaient recouvrées sur place par un receveur ou affermées à un « fermier », paysan, bourgeois ou officier seigneurial qui reversait au seigneur le montant convenu en gardant pour lui un dédommagement. Pour faire la part du fermier, il était donc perçu sur le commerçant plus que ne demandait le seigneur.
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- Quelques cas particuliers à Compains
♦ Jean [Baptiste] de Laizer (1704-1734) acensait en 1732 le péage des foires de Brion à François Morin moyennant la somme de 125 livres/an.
♦ Louise de Miremont comtesse de Brion, veuve de Jean [Baptiste] de Laizer, tutrice de Jean-Charles, son fils mineur, afferme en 1740 pour quatre ans à Michel Bohaud « hostelier » au bourg de Compains les péages de « toutes les foires qui se tiennent à Brion chaque année sur trois chemins qui conduisent aux foires, celui de Compains, celui du Gioran (Joran) et celuy de Jassy ». Michel bohaud sous-acense ensuite ces péages à un autre Michel Bohaud et à Claude Babut, des voituriers de la ville de Besse, le tout moyennant 51 livres/an pendant quatre ans. La forte différence constatée avec l’acense de 1732 serait la conséquence de la terrible misère rencontrée dans les montagnes dans les années 1738-1742 qui voyait baisser la fréquentation des foires. Pour ne pas pénaliser les foires, il ne fallait pas les obérer par des taxes trop lourdes. L’acense en cascade pratiquée par Bohaud allait cependant renchérir les droits seigneuriaux déjà « onéreux au commerce » et donc les coûts pour les commerçants qui se rendraient aux foires. Bien que contraire aux ordonnances royales et dénoncés par les agronomes parce que freinant les échanges commerciaux, les droits seigneuriaux continuaient de nuire au négoce en cette période de grave crise économique.
Notons enfin qu’il arrivait qu’un seigneur prenne pour fermiers ou concessionnaires de ses droits l’ensemble des habitants d’une seigneurie. Ainsi en fut-il du marquis de Broglie que l’État venait de priver de son droit de toucher des péages mais qui restait détenteur d’un droit de leyde aux foires de Besse. Seigneur de Besse en 1754, Broglie délaissa son droit de leyde aux habitants de la petite ville moyennant la perception d’une redevance annuelle de 1271 livres.
Des sources peu abondantes ne nous permettent malheureusement pas d’appréhender le poids que faisaient peser ces taxes sur les commerçants qui se rendaient à Brion, ni dans quelle mesure cette charge augmenta au fil du temps.
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Qui profitait des droits perçus lors des foires ?
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Jean II de Laizer déclarait sous serment le 30 mai 1693 que la terre de Brion lui avait rapporté 600 livres « ou environ » en 1692, somme à laquelle il fallait ajouter 140 livres de péages et de leyde. Le poids de ces deux dernières taxes – censées servir comme on l’a vu plus haut à assurer la sécurité des foires et l’entretien des chemins – s’élevait donc à 19% du revenu total de la seigneurie pour l’année 1692, un chiffre important dont on ne peut exclure qu’il ait été minoré. Or, il ressort de la documentation que Jean II utilisait le montant des taxes perçues à Brion au profit de son frère François, officier dans l’armée, dont il complétait ainsi la légitime, (réserve légale d’un héritier), qui lui revenait de droit. Jean II déclarait verser à son frère cadet, François, « capitaine au régiment du lyonnois » à titre de « légitime….pour sa part de l’héritage paternel », les 140 livres du montant des péages et des leydes touchés à Brion. Successeur, de Jean II, François de Laizer sera brièvement seigneur de Compains de 1716 à 1722. Pour compenser ces détournements, il privera les brionnais de 25 hectares de pacages sous le prétexte d’en affecter le revenu à la sécurité des foires et des chemins en lieu et place des sommes détournées. Ce nouvel abus sera dénoncé par le tribunal en ….1830, date où Maurice de Laizer devenu propriétaire de certains Biens Nationaux restés invendus à Compains sera contraint de restituer aux paysans les 25 hectares dont son ancêtre s’était emparé indument.
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Les contreparties dues par le seigneur
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Dans un courrier à son subdélégué à Besse, l’intendant d’Auvergne déplorait ne pas connaître la nature des charges inhérentes au péage de Brion, ni si le seigneur propriétaire les remplissait exactement. Car le prélèvement du « péage par terre perçu les jours de foire » impliquait des devoirs pour le seigneur de Brion et devait correspondre à un service rendu aux participants aux foires, principalement l’entretien des chemins et la sécurité qu’assuraient les agents seigneuriaux assistés par la maréchaussée venue de Besse.
- L’entretien des chemins
La charge de maintenir en bon état des chemins piétinés chaque année par des milliers de bêtes aurait pu constituer un poste de dépense onéreux si tant est qu’elle ait été correctement exécutée, ce qui ne parait pas avoir été le cas, en particulier dans la Montagne de Barbesèche où les paysans déploraient de subir les dégâts commis par le passage des bestiaux.
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- La sécurité des foires
Mieux documenté, le maintien de la sécurité pendant les foires montre que la paix civile ne régnait pas toujours pendant les foires (voir le chapitre Crimes et châtiments). A plusieurs reprises, face à la population ameutée, c’est la brigade de maréchaussée de Besse qu’on voit intervenir en petit effectif à Brion lors d’un tumulte. Ne voit-on pas même parfois des gendarmes pris à partie par des femmes et lapidés ! Le tempérament des montagnards n’incitait pas les gendarmes à sévir rapidement après des violences commises au foirail. Après des « émotions » intervenues lors d’une foire le 7 août 1741, quatre gendarmes à cheval et un trompette durent se transporter – sans diligence aucune neuf mois plus tard en mai 1742 – au domicile des trois individus perturbateurs qui habitaient au hameau compainteyre de Cureyre, au Valbeleix et à Roche-Charles. Sans doute sans grande conviction compte tenu du caractère bien connu des montagnards, la maréchaussée venait perquisitionner et assigner les contrevenants accusés d’émeute, de sédition populaire et d’excès commis à l’encontre de cavaliers de la brigade de gendarmerie de Besse lors de la foire de l’année précédente. Le résultat de leurs investigations ne nous est pas connu.
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La location des cabanes et des tentes du foirail
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- Six, puis neuf cabanes sur le foirail
On ne trouvait pas sur le foirail de Brion de halle qui aurait pu abriter les commerçants. C’était dans des cabanes qu’acheteurs et vendeurs pouvaient mener leurs tractations et vivre des moments conviviaux. Premier cabaretier de la paroisse, Jean Ier de Laizer baillait sur le foirail en 1673 six cabanes pour un montant variable en fonction de la qualité de chacune. Les cabanes voisinaient avec des tentes et des huttes dont le foirail se couvrait les jours de foire. Pour n’être ouverts que sporadiquement, ces abris représentaient une source appréciable de revenu que les Laizer ne négligeront jamais.
Trois nouvelles foires et de nouvelles cabanes à Brion
Jean [Baptiste] de Laizer (1722-1733) après avoir été autorisé à créer trois nouvelles foires à Brion en 1723 fit construire plusieurs cabanes qu’il acensa à diverses reprises.
♦ Le 13 juin 1730 il acensait une cabane au foirail à Pierre Picard et Michel Jonas de Besse moyennant la somme de 40 livres/an.
♦ Le 6 août 1731 nouvelle acense de cabane au profit d’Antoine Hours de Besse, moyennant 60 livres/an.
♦ Cest à une veuve, Michèle Papet, veuve de Gabriel Tartière de Besse, qu’il acense à nouveau une cabane le premier mai 1733 moyennant 45 livres/an.
Après le décès de Jean-Baptiste en 1734, sa veuve Louise de Miremont comtesse de Brion tutrice de Jean-Charles son fils mineur, avait choisi le prêtre Ligier Morin comme tuteur honoraire de son fils. Chargé par Louise de régler certaines affaires, le religieux passait avec les paysans des baux pour la location des cabanes du foirail. Il acensait par exemple le jour de la Saint-Urbain 1739 (25 mai) à Antoine Danglard « hotelier » du Valbeleix, la cabane du foirail précédemment tenue par Tartière de Besse. Pour pouvoir y vendre du vin l’aubergiste s’engageait à payer 35 livres/an à raison de 7 livres par foire.
Autorisé par son tuteur en 1750, le jeune Jean-Charles de Laizer baille à ferme pour la somme de 30 livres pour une durée de 6 ou 9 ans à Jean Bohaud « hoste » du bourg de Compains une cabane du foirail « pour y vendre du vin et autres denrées ». Le paiement s’effectuera en trois termes égaux, un choix qu’on retrouvera à plusieurs reprises après cette date comme seront répétées les recommandations concernant la préservation du couvert à paille et les précautions contre l’incendie. On observe qu’il fallait parfois s’associer pour diminuer les risques quand Jean-Charles de Laizer baille en 1763 une cabane pour 9 ans à deux cabaretiers communs en biens d’Egliseneuve, Pierre Fougendre et François Papon moyennant 42 livres/an payables au fil du déroulement des foires, à la Saint Urbain, le 25 juin, le 22 juillet et le premier septembre. La cabane avait été précédemment jouie par Guillaume Brugière de la ville d’Ardes. Trahissant la hausse du montants des baux, plusieurs baux de cabanes seront renouvelés par Jean-Charles en 1788 au profit de taverniers d’Egliseneuve et de Besse pour des montants variant entre 72 livres et 96 livres. Selon un jugement du tribunal intervenu en 1830 qui rappelle des faits anciens, les cabanes du foirail dont l’utilité était incontestable en l’absence de halle ne cesseront d’être louées par actes notariés entre 1723 et 1818 sans soulever d’opposition de la part des habitants. En 1882, les descendants de Maurice de Laizer loueront encore pour 10 francs une cabane construite sur la montagne de Brion, se réservant le droits de la faire abattre quand bon leur semblerait.
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- Des cabaniers venus d’ailleurs
Sans doute à cause des relations tendues entretenues avec les habitants de la seigneurie, les bailleurs des cabanes où on débitait « en bon père de famille » du vin et des denrées seront très rarement des compainteyres. La préférence du seigneur bailleur allait à des limonadiers étrangers à Compains. Venus des bourg voisins d’Egliseneuve, Besse ou Ardes, les « cabaniers », cafetiers, limonadiers ou « hostes » accueillaient les marchands qui côtoyaient les notaires en quête de clientèle. C’est « sur le champ de foire dans la cabane de madame veuve Eversandre, aubergiste » que le notaire Antoine Pipet de Besse rédigea le 26 mai 1890 le contrat de mariage de Jean Boyer et Annette Jourde grands-parents de l’auteure de ce site.
Que rapportaient les abris du foirail aux seigneurs de Brion ? En l’état actuel de notre documentation, on ne peut faire ni hypothèse, ni approximation s’agissant du revenu que les cabanes pouvaient procurer aux Laizer. Les prix variaient d’une cabane à l’autre et les sources sont muettes quant au prix de la location des tentes et des huttes placées sur le foirail aux côtés des cabanes.
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- Menaces sur les cabanes
Les jours de foire, le foirail était arpenté par les officiers seigneuriaux et le juge châtelain qui surveillaient le bon déroulement des tractations, pacifiaient ou réprimaient les éventuels contrevenants et s’assuraient de la perception de la leyde.
Les baux visaient – parfois très précisément – à protéger les cabanes du foirail de deux menaces principales, les animaux qui, pour tromper leur attente, mangeaient les toitures des cabanes et les incendies. Particulièrement ezdoutés, ils n’étaient pas rares, facilités par la présence du seigle qui couvrait la plupart les chaumières. En 1747, Nicolas Admirat, « marchand-hoste » habitant de la ville de Besse avait vu s’enflammer la cabane qu’il louait à Louise de Miremont. La comtesse avait requis l’intervention de Charles Godivel alors juge châtelain de Compains pour qu’Admirat remît en état la taverne que, selon elle, il avait laissé brûler par négligence. Pour mieux protéger les habitants des grands froids, les toitures des cabanes rasaient le sol offrant aux animaux une nourriture facile d’accès mais peu digeste. La menace était prise au sérieux par les seigneurs de Brion quand ils baillaient une cabane, ils ne manquaient pas d’insérer une clause protectrice dans les baux de location. Ainsi Jean-Charles de laizer faisait-il préciser dans un bail en 1766 que le preneur était tenu de veiller à « empecher que les chevaux les jours de foire ne détruisent le couvert à paille » de la cabane qu’exploitait Pierre Perrier, un « hostelier d’Ardes ». On peut encore voir des vestiges de ces toitures rasantes notamment à Brion et Jassy, hameau de Saint-Alyre-ès-Montagne.
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L’Etat royal veut supprimer le péage
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- Éliminer les freins au commerce
Depuis le XVIIe siècle, le roi cherchait sans grand succès à faire disparaitre les droits « onéreux au commerce » que des acenses en cascades ne faisaient qu’augmenter. Le droit régalien qui tentait depuis le XVIIe siècle de supprimer les taxes perçues aux foires restait battu en brèche par les anciens comportements féodaux qui s’obstinaient avec opiniâtreté à taxer les marchands qui se rendaient aux foires. Vestige des anciennes servitudes féodales auxquelles s’accrochait la noblesse, la perception du péage participait du matraquage fiscal qui nuisait à l’économie du royaume. Les seigneurs hauts justiciers, tels les Laizer, ne devaient pas exiger de péages sans être capables de présenter les titres justificatifs de leur prétention ou, pour le moins, ils devaient pouvoir arguer d’une possession « immémoriale » reconnue, ce à quoi ils étaient loin de pouvoir tous prétendre. Beaucoup étaient incapables de montrer leurs titres et négligeaient l’entretien des ponts et chemins qui auraient pu justifier le prélèvement d’un péage.
Suivant la coutume d’Auvergne qui stipulait « nul seigneur sans titres » et poursuivant un mouvement entamé au XVIIe siècle pour réduire les freins au négoce, la couronne accentua la pression sur les contrevenants au XVIIIe siècle. La démarche progressiste des services royaux s’inscrivait dans la volonté de faciliter les tractations commerciales en abattant les anciennes barrières fiscales injustifiées qui entravaient la circulation des marchandises. Durant les années qui précédèrent la Révolution, les agronomes dénonceront cette fiscalité seigneuriale qui freinait les échanges commerciaux.
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- Création d’une Commission des péages
L’année même où Jean [Baptiste] de Laizer obtient que trois nouvelles foires se tiennent à Brion, le péage est à nouveau mis en cause en 1724 quand l’État décide l’établissement d’une Commission des péages habilitée à agir dans toute l’étendue du royaume. Initialement créée à titre temporaire, la commission dut siéger 60 ans, c’est dire si elle rencontra des résistances chez la noblesse. Mais l’État était décidé à frapper les récalcitrants qui continuaient de prélever des péages usurpés. Un arrêt du Conseil d’ État du 24 avril 1725 ordonna l’exécution des décisions royales concernant les droits et péages et fit défense à tous ceux qui n’avaient pas présenté leurs titres de percevoir ces droits. Il s’agissait pour le roi « d’éteindre cet impôt ». Nul privilégié ne s’empressant de montrer ses titres, des délais furent accordés.
Au vu de l’effet quasi inexistant produit par les injonctions royales à Compains et dans ses abords immédiats, on peut dire sans craindre de trop généraliser que l’application sur le terrain des ordonnances royales présenta longtemps d’importantes lacunes. Si certains se soumirent, d’autres, les plus nombreux, négligèrent de répondre aux enquêtes pour préserver le plus longtemps possible une source de revenus qu’ils savaient usurpée.
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Les soumis et les réfractaires
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- Les soumis
Au sein de la minorité de seigneurs qui se plia aux volontés royales, on trouvait l’abbesse de Sainte-Claire de Clermont-Ferrand qui faisait percevoir un péage sur la rivière de Condat et au sud-ouest de Compains prélevait des droits de leyde dans la seigneurie d’Entraigues. Les religieuses qui avaient remis leurs titres justificatifs en 1734 au greffe de la Commission des péages, virent leurs droits confirmés et purent continuer à lever des taxes.
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- Les réfractaires
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Les Laizer font fi des ordres royaux
Le cas des Laizer montre un autre exemple de l’inobservance des volontés royales : le péage restera levé à Compains jusqu’à la Révolution sans que les Laizer aient jamais – selon nos sources – montré les titres qui auraient pu les justifier.
Les leydes ne faisaient pas partie des taxes à supprimer, aussi arrivait-il dans certaines seigneuries qu’on « confondît » leydes et péages : « les droits que l’on exige sur les voitures, bestiaux, denrées et marchandises qui passent seulement dans un lieu sont des droits de péage ; ceux que l’on perçoit sur les bestiaux et les marchandises qui sont vendus aux foires et aux marchés peuvent etre des droits leydes. Il est indispensable de vérifier si on paie une leyde sur ce qui est amené et vendu aux foires ou si on paie un péage sur ce qui passe dans les lieux ». Ainsi avons nous vu Jean [Baptiste] de Laizer, sourd aux ordonnances royales, acenser en 1732 à François Morin les droits de péages des foires de Brion moyennant 120 livres par an, des prélèvements illégitimes qui vont se poursuivre jusqu’à la Révolution en dépit des réclamations répétées des services royaux.
L’administration royale avait fini par s’apercevoir qu’on lui avait caché qu’il restait à Brion un lieu où, sous la dénomination de leyde on levait sur la circulation des marchandises des droits qui étaient en réalité des péages. Malgré des ordres royaux répétés au fil du siècle, Jean [Baptiste] de Laizer, imité après sa mort par sa veuve Louise de Miremont, puis par leur fils Jean-Charles, réussirent à passer entre les mailles du filet jusqu’à la Révolution, en négligeant simplement de répondre aux demandes royales.
En 1775, chaque propriétaire de péage, seigneur ou propriétaire de droits, fut une fois de plus sommé par la Commission des péages de présenter ses titres justificatifs. Turgot, contrôleur général des finances de Louis XVI, sollicitait l’intendant d’Auvergne pour obtenir un état des droits perçus sur les grains. L’objectif était de « faire cesser les obstacles de tout genres qui peuvent s’opposer à l’abondance ou au juste prix des subsistances ». Une fois de plus les Laizer cherchèrent à gagner du temps. L’affaire trainait encore en longueur en 1777 lors d’une nouvelle enquête des services royaux auprès de l’intendant qui somma son subdélégué à Besse de l’informer. Sans réponse en 1780, la Commission des péages somma Jean-Charles de Laizer de fournir ses titres dans les trois mois sous peine de suppression de leur perception. Laizer se dispensait en outre de justifier s’il remplissait correctement les charges d’entretien des chemins et de sécurité des foires, contreparties obligées de la perception des péages.
Le 18 avril 1780, le subdélégué Charles Godivel arguait qu’on l’avait induit en erreur en 1777 en prétendant qu’il ne s’agissait à Brion que d’une leyde et non d’un péage. Par contre, il prétendait ne pas connaître la nature des charges attachées à un péage à Brion, ni « si le comte de Laizer percevait à Brion un péage illégitime ». On doutera de sa bonne foi sachant qu’à cette date, son fils Guillaume Godivel, était juge châtelain de Compains. Au manque de détermination de la monarchie répondait l’incurie ou la corruption de son administration.
Aux abords de Compains : les marquis d’Yolet et de Broglie sanctionnés
Deux autres cas bien différents, l’un à Egliseneuve, l’autre à Besse illustrent les sanctions prononcées contre ceux qui faisaient fi de la nouvelle politique royale. Dans la seigneurie d’Entraigues le 3 mai 1486, Robert de Balzac, seigneur d’Egliseneuve et d’Entraigues, avait été maintenu dans la possession et jouissance de percevoir un droit de péage « sur le pont de la Prade sur la rivière de Condat ». Trois siècles plus tard, François de Malras, marquis d’Yolet et seigneur d’Entraigues, subit par sa négligence les conséquences du durcissement de la politique royale. En 1730, le pont de la Prade qui franchissait la rivière de Condat s’était trouvé « renversé par son ancienneté et par sa mauvaise construction la violence des eaux ayant sapé ses fondations ». L’état du pont obligeait ceux qui l’empruntaient pour se rendre aux foires de Brion à braver le danger pour franchir à gué la rivière. Lassé, Rahon, gros marchand d’Egliseneuve, s’associa avec des habitants pour reconstruire le pont. Les travaux achevés, les habitants levèrent eux-mêmes à leur profit le péage sur ceux qui « passant et repassant », traversaient la seigneurie d’Entraigues et ce, « au préjudice du sieur marquis ». Ce que voyant, Yolet voulut revenir en possession de son droit de péage et s’empressa de rembourser une partie du montant des travaux. Ce fut insuffisant. Le 29 août 1741, Yolet qui n’avait toujours pas montré les titres qui justifiaient ses prétendus droits, se vit supprimer son droit de percevoir un péage (voir le chapitre Obstacles aux déplacements). Trois ans plus tard, il se décida à présenter une série de copies de titres qui pouvaient justifier selon lui de lever un péage. Sans égards pour les représentations tardives du marquis, le 13 août 1743 les péages touchés dans la seigneurie dite alors « d’Entragues », au bourg d’Egliseneuve et sur le pont de la Prade furent définitivement supprimés.
La même mésaventure arriva à François de Broglie, seigneur notamment à Besse, La Tour et Ravel dans la paroisse de Picherande. Broglie ne perdit pas moins de dix péages dont ceux touchés à Besse, Ravel et La Tour, faute d’avoir pu justifier d’une pratique immémoriale ou d’avoir été capable de montrer ses titres.
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- Ambivalence de la politique royale
Entre 1728 et 1755, 53 seigneurs qui avaient négligé de montrer leurs titres en dépit des arrêts royaux, se virent supprimer 131 péages considérés par l’administration royale comme « une usurpation très réprehensible » qui pouvait être punie (mais le fut-elle ?) de la restitution des montants touchés et de mille livres d’amende. On a vu que les Laizer, quoique n’ayant pas montré leurs titres, parvinrent à échapper à ces suppressions.
Un état partiel des péages confirmés établi le 17 mars 1771 dans la généralité de Riom montre qu’entre 1729 et 1755 seuls neuf seigneurs qui touchaient un péage par terre ou par eau montrèrent des titres valides qui leur permirent de voir leurs titres confirmés pour 11 de ces péages.
La position royale recelait une réelle ambiguïté. Conformément aux préconisations des physiocrates, les ordonnances royales visaient à encourager le commerce en décourageant ceux qui percevaient des péages sans pouvoir justifier de leur droit à la faire, et certains, on l’a vu, virent leurs péages supprimés. Cependant, les droits de ceux qui possédaient des titres justificatifs furent confirmés alors que le maintien de leur péage était tout aussi nuisible au commerce que l’aurait été celui des contrevenants. La commission des péages fut une demi-mesure, mise en œuvre avec lenteur et sans véritable détermination pour ne pas soulever trop d’opposition parmi la noblesse. Juge et partie, la monarchie ne montrait pas l’exemple : le roi possédait d’importants bien domaniaux (en particulier près de Besse) où on prélevait des péages qu’il voulait conserver et d’autre part, l’argent manquait pour indemniser les détenteurs de péages.
Les anciennes taxes féodales continueront à corseter les échanges à Brion et à supplémenter les revenus des Laizer jusqu’à ce que l’Assemblée nationale prononce en 1790 leur abolition sans indemnité. A la Révolution, il n’y eut pas de Cahier de doléances de Compains, mais le Cahier de Besse qu’on peut considérer comme le porte-parole des villages de la région, réclamait que soient supprimés les droits qui gênaient le commerce, car partout où ces droits avaient été supprimés, on avait constaté un sursaut du négoce.
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L’ÉCONOMIE des FOIRES de BRION
ANCIEN RÉGIME – RÉVOLUTION – XIXe SIÈCLE
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L’Église se défie des foires
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Les jours de foires étaient aussi des jours de fêtes qui coïncidaient souvent avec les grandes fêtes religieuses, ce qui contribuait à détourner de leur devoir dominical certains paroissiens qui, bravant l’ire du curé, préféraient la foire à la messe. Redoutant cet absentéisme, l’Église écouta la plainte qui montait de nombreuses paroisses, exprimée notamment en 1614 dans les Cahiers contenant la plainte et remontrance faitte aux estats généraux par le clergé du diocèse de Clermont. Les Cahiers demandaient au roi que foires et marchés se tiennent non le jour de la fête religieuse mais qu’ils soient décalés au lendemain, ce qui fut accordé.
A Compains comme partout l’Église se méfiait des foires. Les transactions passées dans les cabanes du foirail pouvaient être accompagnées de rixes qui s’achevaient par de « grands coups de baston sur la teste » et des procès-verbaux étaient dressés pour « jurement de Dieu et mespris a justice ». Distantes d’environ cinq kilomètres du bourg où on célébrait le culte dominical, les foires menaçaient d’autant plus la messe dominicale que la chapelle de Brion était tombée en ruine après 1766 et qu’on avait cessé d’y célébrer. Venir alors assister au culte supposait de parcourir à pied et quel que soit le temps, les dix kilomètres aller-et retour du chemin ardu qui séparait Brion du bourg.
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Foires des bourgs et foires des champs
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- Un réseau de foires périphérique au massif du Cézalier
Plantées au sein d’un chapelet de foires égaillées dans les bourgs majoritairement situés aux marges du massif du Cézalier (Egliseneuve, Condat, Ardes…), les foires de plein champ de Brion semblent avoir été le fruit d’un paradoxe. A première vue, elles étaient lourdement handicapées par un climat difficile, un relief haché, des chemins défoncés, un éloignement souvent important des régions d’où provenaient les acheteurs, des taxes seigneuriales… Malgré tout, leur succès multiséculaire ne se démentit jamais. Même si de nos jours leur nature a profondément changé, elles sont toujours là pour attester du prix qu’on accorde à une tradition qu’on ne veut pas laisser disparaitre et viennent témoigner d’un besoin de convivialité dans ce lieu de rencontres où se croisèrent de tous temps commerce et festivités.
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- Des foires d’accès difficile
Selon l’intendant Ballainvilliers en 1765, entre Issoire et Ardes, l’un des itinéraires ordinaires d’accès aux foires de Brion, les chemins étaient si peu praticables aux voitures que les marchandises devaient être chargées sur des mulets. Autant dire qu’entre Ardes et Brion la situation devait être du même acabit, sinon pire. Pour se rendre au foirail, les marchands devaient suivre les anciens chemins de foires tracés en étoile autour de Brion. Empruntés chaque année par les commerçants aussi bien que par des milliers de bêtes qui « endommagent considérablement » les montagnes en se rendant aux foires, ces chemins multiséculaires, assis sur les crêtes pour sécuriser les itinéraires, étaient desservis par des mulets ou même à dos d’homme. On les trouve aujourd’hui réservés à la desserte agricole et empruntés par les marcheurs.
Quelques chemins d’accès à Brion
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- Le calendrier des foires
Le XVIIIe siècle voit l’éclosion d’un grand nombre de foires. L’intendant d’Auvergne Bernard de Ballainvilliers comptait près de 600 foires en Auvergne en 1765, dont douze qu’il qualifiait d’« assez importantes », sans malheureusement les nommer. Le Calendrier d’Auvergne curieux et utile de l’année 1763 nous renseigne sur le nombre et la chronologie des foires autorisées aux marges du Cézalier. A « Egliseneuve près Condat où il y avait deux foires par an » en 1740, on en comptait quatre en 1763 et trois à Ardes. Alors qu’à Besse on ne dénombrait que trois foires en 1750, on comptera en 1789 « cinq foires dont une assez bonne, les autres très mauvaises » à cause des communications coupées par le mauvais temps.
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Calendrier des foires (1763) Mai – Brion : 2, 25 Juin – Brion : 5, 16, 25 Juillet – Egliseneuve 11 – Brion 22 – Ardes 26 Août – Brion 7, 22 – Egliseneuve 11 – Allanche 16 – Condat 26 Septembre – Brion 1er, 14 – Allanche 7 – Besse 22 – Ardes 29 Octobre – Brion 5, 14 – Egliseneuve 7 – Besse 8 – Allanche 25 – Ardes 28 Novembre – Egliseneuve 9 – Ardes 13 – Condat 15 – Besse 18 |
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- Le calendrier des foires de Brion
De « cinq grandes foires » de Brion en 1667, le foirail de Brion accueillait une douzaine de foires un siècle plus tard. Brion était la foire la plus fréquentée des montagnes, même si l’activité n’y culminait que de façon éphémère, deux jours par mois durant les six mois qui s’étiraient de mai à octobre. A Brion, une foire ne pouvait ni débuter trop tôt, ni se terminer trop tard en saison. La saison des foires s’ouvrait au milieu du printemps avec deux foires en mai, puis trois foires en juin. Ce début tardif au printemps comme la fin précoce des foires à l’automne marquaient l’adaptation nécessaire au climat et au rythme de la production. Passé octobre, on ne trouvait plus que les foires placées à des altitudes inférieures et dotées d’un climat moins exposé aux intempéries.
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Calendrier d’Auvergne 1763 (B.P.C.F.)
Dans la marge la lettre I devant Brion désigne l’Élection d’Issoire à laquelle appartenait Compains
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- Fréquentation et rayonnement des foires de Brion
Selon la saison, les foires étaient inégalement fréquentées. A l’instar des estives, leur tenue était d’abord contrainte par la rudesse du climat. L’affluence aux foires était forte au printemps et à l’automne. L’été, occupé par les travaux des champs et la confection des fromages voyait les foires s’espacer. Une enquête de l’intendance d’Auvergne notait que « les foires [de Brion] les plus considérables sont celles des 25 may, 16 juin, 22 juillet, 7 aoust et 14 septembre. Les grains s’y débitent comme à Besse aux habitants ». Nombreuses, les foires de printemps étaient très fréquentées. On s’y défaisait des jeunes veaux et de certains animaux engraissés l’hiver. Pourtant, Brion n’était pas un lieu de vente exclusif pour les compaiteyres et il arrivait que certains se déplacent jusqu’à La Tour pour y vendre des bêtes. Octobre était le grand mois des foires de fin de saison quand chacun allégeait son troupeau des bêtes qu’il ne pourrait hiverner de ses foins et pailles. C’était aussi le moment de la dévalade des troupeaux (à la Saint-Géraud le 14 octobre) et le terme de certaines redevances, en particulier du cens payable au seigneur. Passé octobre, on ne trouvait plus que des foires dispersées aux marges du Cézalier dont, en novembre, une foire dans chacun des bourgs périphériques au massif, à Egliseneuve, Condat, Ardes et enfin Besse où se tenait la foire la plus tardive.
Leur situation au centre d’un véritable vivier à bestiaux donnait aux foires de Brion un rayonnement considérable dans le royaume. Selon les témoins du temps, l’aire de marché vers laquelle on commercialisait les bestiaux vendus à Brion, mais aussi d’où venaient les acheteurs, couvrait la moitié du pays. On venait acheter à Brion depuis la France entière, sauf quand la province se fermait, frappée d’une épizootie. Placée au centre d’échanges locaux, régionaux et nationaux, les foires étaient un indicateur économique de la bonne santé ou de la fragilité de la région.
Origines-destinations des acheteurs à Brion
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Des sources, principalement d’origine administrative (intendance, subdélégué de Besse…), décrivent avec précision la provenance des acheteurs qui se rendaient à Brion. L’intendant d’Ormesson insistait en 1697 sur le débit considérable des produits achetés et sur l’origine souvent très lointaine des acheteurs de bestiaux et de fromages qui cheminaient jusqu’aux montagnes de Compains. Comme le feront ses successeurs, d’Ormesson exposait que les bovins quittaient Brion vers de nombreuses régions du royaume et en particulier le Poitou pour les jeunes bêtes, mais aussi Lyon et Genève, le Limousin, le Berry, le Bourbonnais, Marseille et l’Occitanie ; les produits achetés étaient revendus à Clermont-Ferrand et jusqu’en Provence, en Languedoc, en Guyenne et à Bordeaux. Les bestiaux partis vers la Normandie étaient engraissés et ensuite vendus à Paris. Les fromages de la région de Besse et Ardes allaient notamment vers Nantes et « dans les villes arrosées par la Loire », mais aussi vers Paris et le Languedoc.
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- Effets d’aubaine
Les foires bénéficiaient ou pâtissaient des mouvements de balanciers consécutifs à la conjoncture économique et politique. Le déclenchement d’une guerre pouvait se révéler profitable aux éleveurs. On bénéficia à Brion d’un effet d’aubaine quand, sous Louis XIV, des marchands venus de Franche-Comté vinrent enlever une quantité considérable de bovins lors de la guerre qui vit le roi s’emparer de la Bourgogne (1673-1674). Plus tard, le juriste bessois Godivel révèlera que « les éleveurs des montagnes gagnèrent alors pas mal d’argent à cause des achats que venaient faire sur place pour l’alimentation des armées les commissaires du roi qui enlevaient à tout prix les betes à cornes, de telle sorte que pendant les années 1690 et 1691 la vie, malgré de lourds impots, fut encore assez facile pour une bonne partie de la population des montagnes ». Il s’agissait là d’années exceptionnelles pour les éleveurs auxquels les nombreuses guerres conduites par Louis XIV fournissaient des opportunités à saisir. Des années plus tard, l’intendant Ballainvilliers répétait ce constat en 1764 : le revenu essentiel des montagnes tient au produit considérable des bestiaux, au lait, au beurre et aux fromages et « le temps où ce commerce est le plus avantageux est lorsque la guerre se fait en Italie, la plus grande partie des bestiaux qui s’y consomment étant tirée de l’Auvergne ». A l’inverse, l’intendant d’Ormesson n’avait pas omis de remarquer en 1697 que l’interruption par la guerre du commerce vers la Guyenne et Bordeaux avait diminué le prix et le débit des fromages.
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- Spécialisation des foires aux environs de Brion
L’aspect commercial du déroulement des foires qui mettait face à face éleveurs, maquignons, producteurs de toutes sortes et acheteurs venus à Brion de tous les horizons du royaume est peu abordé par la documentation. Si le commerce s’articulait principalement à Brion autour des bêtes à cornes et de leurs produits dérivés, les fromages et les peaux principalement, cela n’empêchait pas que « les grains s’y débitent comme à Besse aux habitants des montagnes ». Outre le bétail, on écoulait à Brion le surplus de la production de grains de la seigneurie et on achetait de l’huile de noix ou du miel. Le rendement des semences des montagnes était très insuffisant, aussi achetait-on aux foires ou aux marchés les semences pour les prochains semis. Cultivées dans des régions plus fertiles, ces semences étaient d’un meilleur produit. La production familiale de lin et de chanvre était plutôt réservée à la consommation locale.
Le rayonnement national des foires de Brion était tel que les foires voisines avaient dû se spécialiser. Pour éviter la concurrence, Egliseneuve et Ardes qui comptaient à elles seules sept foires par an, avaient dû développer chacune une spécialité. Egliseneuve avait des foires aux mulets et aux chevaux, alors qu’à Ardes se tenaient d’importantes foires aux moutons.
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- Le « délaissement » des foires
La moindre fréquentation des foires pouvait être saisonnière – en plein été on travaillait aux champs – ou consécutive à une épizootie – l’Auvergne se fermait alors aux bestiaux étrangers – ou même être la conséquence d’une conjoncture maussade qui s’éternisait comme on l’observe dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. C’est dans les années 1760, le constat de l’intendant Ballainvilliers qui révèle un contexte économique dégradé « les marchands étrangers ne paraissent plus pour acheter … les bestiaux ne se vendent point… la vente des bestiaux est un commerce qui languit depuis longtemps et ne fournit plus les ressources pécunières dont la région aurait besoin« …., le commerce des bestiaux est « dans un discrédit presque général…les foires sont désertes ». Les maladies du bétail furent à plusieurs reprises la cause de ce « délaissement ». Bien que l’Auvergne fut « une manufacture de fromage » l’été sur les plus hautes montagnes, l’activité était malgré tout handicapée car « cette ressource est depuis longtemps peu fructueuse par la rareté de l’argent qui a fait tomber ce commerce dans un discrédit général », constatait l’intendant. Maladies du bétail, manque d’argent, manque d’acheteurs, Et pourtant on créait de nouvelles foires puisque de huit en 1724 on était passé à douze avant la Révolution.
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La RÉVOLUTION
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Préserver les foires
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Les révolutionnaires ne remirent pas en cause les foires, au contraire. Pourtant une période d’hésitation s’installa quand certains voulurent en augmenter le nombre. Saisie de la question des foires et marchés en 1790, l’Assemblée constituante (1789-1791) avait d’abord fait preuve de retenue. On avait maintenu la législation en vigueur et laissé les choses en l’état comme sous l’Ancien Régime. La Convention nationale (1792-1795) prétendit ensuite libérer la création des foires et autorisa le 11 août 1793 la libre ouverture des foires et marchés. Face à l’anarchie qui ne tarda pas à s’installer, la Convention revint sur sa décision et autorisa le 18 ventôse an II (8 mars 1794) le maintien des seules foires existantes avant 1789, tout en interdisant d’en ouvrir d’autres. Sous le Consulat, l’autorisation du ministre de l’intérieur devint nécessaire pour ouvrir une foire.
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Sécuriser les montagnes et le foirail
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Après l’émigration des Laizer, la sécurité du foirail et des chemins ne fut plus assurée et la commune de Compains dut envisager de prendre en charge la surveillance des foires. Une délibération des habitants en 1791 décida qu’il était urgent de nommer un garde qui serait en particulier chargé de dresser procès-verbal des dommages que les bestiaux auraient infligé aux herbages et aux « héritages » (biens) des habitants les jours de foire. Les cabanes-auberges du foirail continuèrent d’être affermées en 1792 par des particuliers d’Egliseneuve et de Besse, en dépit du relâchement certain qui se faisait sentir dans leur entretien. L’année suivante, les neuf cabanes du foirail se trouvaient « horriblement endommagées par les vents et les orages ». A l’invitation du maire François Blanchier et de Pierre-Alexandre Morin, curé, Guillaume Godivel président-syndic du district de Besse, se transporta au foirail de Brion pour établir l’état des lieux. Les cabanes avaient été pillées et il y manquait des tables et des bancs, sans doute volés. Pour les remplacer, Godivel décida que des arbres de quarante pieds de longueur seraient nécessaires. En outre, il faudrait reconstruire un chapial (pignon) et réparer avec des gluis de seigle les toitures endommagées par les intempéries. Comme les cabanes ne pourraient être réparées avant les premières foires de mai, « il faut inviter les fermiers à faire les premières foires comme ils pourront et leur fournir des tables ». Les ouvriers embauchés pour faire le travail exigèrent, outre leur salaire, qu’on leur donnât du vin.
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Le foirail, Bien National de seconde origine
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Le 15 germinal (4 avril 1794) et le 25 messidor an II (13 juillet 1794), les 25 têtes d’herbage soustraites par François de Laizer aux habitants de Brion en 1722 furent adjugées nationalement par le district de Besse comme Biens Nationaux de seconde origine (d’origine noble), ayant appartenu à son descendant le ci-devant émigré Jean-Charles de Laizer, à trois cultivateurs de Compains, François Tartière, Antoine Boyer et Ligier Minet. Bien qu’associés, les trois cultivateurs qui avaient préjugé de leur capacité à financer cet achat se trouveront dans l’impossibilité d’exécuter les conditions de l’adjudication. Pendant ce temps, les foires se poursuivaient tant bien que mal. Un État des récoltes de l’an VI (1798) notait qu’à Brion « il y a quatre foires convenables par an ». La majorité des foires était donc peu rentable.
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Les FOIRES APRÈS la RÉVOLUTION
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Les révolutions passent, les foires demeurent
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Sous l’Empire, le conseil municipal de Compains insistait en 1806 sur la nécessité de maintenir les foires de Brion compte tenu de leur importance et de leur rayonnement local, régional et national : « il s’y vend toute espèce de bétail, des moutons, des chevaux, des cochons, toutes sortes de denrées ; beaucoup de marchands forains viennent sur le champ de foire étaler leurs marchandises qui consistent en chapellerie, rouennerie [toile en laine ou en coton d’abord fabriquée à Rouen], mercerie ». Les commentaires des autorités locales en réponse à une enquête sur les foires dans le département du Puy-de-Dôme rejoignaient ceux fait au siècle précédent « outre le commerce des jeunes boeufs et des jeunes vaches…on vend [lors de la foire du 22 juillet 1806] des vaches que l’on a engraissées dans les montagnes du canton de Besse ». De la foire du 7 août les élus déclaraient « grand commerce de bestiaux gras dont on achète une grande partie pour conduire à Lyon, à Marseille et même Montpellier ». D’août à octobre, les marchands du centre de la France et du midi venaient faire à Brion des achats considérables de bœufs gras ; « il y a lieu de conserver ces foires » déclaraient les élus. A l’occasion d’une nouvelle enquête réalisée en 1837, les élus déclaraient : « les foires… toujours fort achalandées…. c’est de Brion que viennent toutes les vaches qu’achètent les cultivateurs de la Limagne ; les gros marchands des départements voisins fréquentent ces foires qui sont les plus importantes de l’arrondissement pour le commerce des bestiaux ». Tout au long du XIXe siècle, il semble que seules dix foires se tiendront à Brion chaque année.
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Survenance à Compains de l’émigré Maurice de Laizer
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- Récupération des Biens Nationaux restés invendus
Passés la Révolution et l’Empire, les compainteyres s’aperçurent à leurs dépens qu’ils n’en avaient pas encore fini avec les anciens seigneurs de Compains, Brion et Chaumiane. Chez les Laizer, tous avaient émigré : Jean-Charles, son fils Louis-Gilbert et son petit-fils Maurice. La loi du 5 décembre 1814 restituait aux émigrés les biens restés invendus depuis la Révolution. Maurice, revenu de Russie, était de retour en France entre 1815 et 1820. Il entreprit alors de rentrer en possession des biens tenus à Compains par sa famille avant la Révolution et restés invendus lors de la vente des Biens Nationaux de seconde origine.
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- Le règlement de la succession de Louise d’Espinchal
Avec son oncle Félix de Laizer et sa sœur Alexandrine, religieuse, Maurice de Laizer procéda en 1817 au règlement de la succession de leur grand-mère Louise d’Espinchal, épouse de Jean-Charles de Laizer. Après qu’un différend se soit élevé entre les trois héritiers au sujet du produit du foirail de Brion, tous trois se rallièrent finalement à l’avis des experts et finirent par convenir que le foirail pourrait rapporter six cents francs à l’année, après qu’on y ait apporté quelques améliorations.
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- Quel est le propriétaire légitime du foirail ?
A Compains, le conseil municipal ne voyait pas d’un bon œil l’arrivée de Maurice de Laizer dont le débarquement soudain à Compains annonçait des réclamations territoriales. Quand Laizer voulut affermer en 1818 à Marie Barbat le droit de construire une cabane pour y vendre du vin, le maire de Compains, François Blancher revendiqua auprès du Préfet le droit de propriété de la commune sur le foirail.
Un long procès s’ensuivit. Laizer fit valoir en 1823 qu’il était propriétaire du communal resté invendu sur lequel se tenaient les foires. Pour le conseil municipal, Maurice de Laizer « se prétend » propriétaire du communal sur lequel se tiennent les foires et « c’est le hameau de Brion [qui] est propriétaire de plusieurs communaux, entre autres un communal sur lequel on tient les foires…les plus fréquentées et les mieux garnies de bestiaux de la montagne ». Parallèlement à cette contestation, Laizer se montrait particulièrement incommodant et accablait les paysans sous les procès. En 1827, alors qu’il poursuivait la location des cabanes et des tentes sur le foirail, il cherchait par l’intermédiaire de son régisseur, un entrepreneur qui veuille se charger à prix- fait de la construction de nouvelles cabanes sur le foirail. Sans doute n’en trouva-t-il pas car en 1829 un seul bâtiment lui appartenait encore sur le foirail alors qu’il demandait toujours à rentrer en possession de ses biens non encore vendus – la Motte, le foirail et le Lac des Bordes, soit selon le cadastre, plus de 91 hectares à Brion. Il attaque en justice François Blanchier, maire Compains. Le tribunal reconnait en 1830 à Maurice la propriété du foirail, de la Motte et du Lac des Bordes, mais à condition qu’il abandonne les 25 hectares dont s’était abusivement emparé son aïeul. Laizer met alors fin aux baux des paysans sur les trois lieux.
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Taxer les foires pour financer les équipements collectifs ?
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Sous le Second Empire, alors que régnait une relative prospérité (beaucoup de maisons furent reconstruites ou rénovées vers cette époque), la commune de Compains voulut construire une mairie-école, rénover le presbytère, déplacer le cimetière et construire une sacristie. L’architecte qui travaillait pour la commune en 1855 chercha des financements possibles. Il estimait – ce qu’on n’a pu vérifier – que les foires de Brion pouvaient attirer jusqu’à 6000 bêtes lors d’une seule foire. Que dire quand on en comptait dix par an même si on admet qu’elles étaient d’importance inégale. Pour financer les travaux, l’architecte envisageait donc de demander qu’on taxât à nouveau les foires de Brion, se fondant sur l’exemple des foires de Rochefort et de Besse, taxées depuis un an.
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Le hameau de Brion et son foirail
(Source : Cadastre 1828, A.D.P.-de-D.)
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Toujours plus de foires
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Sans cesse les communes tentaient de faire croître le nombre de leurs foires. L’annuaire du département du Puy-de-Dôme dénombrait 632 foires en Auvergne en 1889, soit 5% de plus que n’en comptait l’intendant Ballainvilliers en 1765. Mais vouloir créer une nouvelle foire pouvait réveiller des rivalités intercommunales et parfois même intracommunales, on le verra à Compains.
La procédure de création d’une foire au XIXe siècle exigeait une délibération du conseil municipal, une délibération des communes voisines que la nouvelle foire ne devait pas gêner, l’avis du Préfet et l’envoi du dossier au ministère concerné pour statuer sur la demande. Ainsi, quand les habitants d’Égliseneuve-d’Entraigues demandèrent en 1851 la création d’une nouvelle foire le Jeudi saint, la demande des égliseneuvois se heurta à l’opposition du conseil municipal de Compains qui voulait protéger les foires de Brion. Le conseil refusa de donner son accord, considérant le tort « considérable » que cette nouvelle foire porterait aux foires des localités environnantes où elles étaient déjà bien assez nombreuses.
Espérant à son tour faire travailler ses aubergistes, Compains sollicita en 1879 la création de trois nouvelles foires : l’une à Brion le 19 octobre, les deux autres à Compains le 14 mars et le lundi suivant la fête de Saint Georges (23 avril), patron de la paroisse. Cette propension à l’allongement vers le début et la fin de saison des dates des foires pourrait être un indice du début de l’atténuation du Petit âge glaciaire qu’on observe vers le milieu du XIXe siècle et du réchauffement progressif qui suivit.
Pour vérifier que la création de ces nouvelles foires à Compains ne gênerait personne, les conseils municipaux de cinq villages voisins furent consultés. L’un s’abstint. Les conseils municipaux des communes de Marcenat, Chanterelle, Condat et Montgreleix ne trouvèrent aucun inconvénient à la création des foires du 19 octobre et du lundi après la saint Georges, mais s’opposèrent à la création d’une foire à Compains le 14 mars à cause de celles qui se tenaient le même jour à Marcenat et le lendemain à Condat. La commission consultée tint compte de ces remarques et recommanda de ne pas autoriser la foire du 14 mars à Compains. Cependant, la demande du bourg d’obtenir deux foires supplémentaires avait mis en émoi les brionnais et les tenanciers des tavernes du foirail. L’entente entre les hameaux de la commune n’allait pas tarder à se fissurer après une demande des habitants de Brion.
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Brion revendique de former une commune indépendante de Compains (1884)
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Comme de nos jours, à la fin du XIXe siècle, Compains couvrait une superficie de plus de 50 km2. Dans une commune aussi étendue, l’éloignement des villages faisait que les intérêts des uns ne coïncidaient pas toujours avec ceux des autres. Pendant la Révolution, la démonstration en avait été faite quand plusieurs hameaux de Compains avaient rejoint Égliseneuve, qui deviendra de ce fait Égliseneuve d’Entraigues, village pour eux plus proche et plus facile d’accès que le bourg de Compains en hiver.
L’ancien hameau seigneurial de Brion, peut-être encouragé par la construction alors envisagée d’un chemin d’intérêt commun qui aurait relié Issoire à Condat par Brion, mais à coup sûr inquiet d’avoir vu le bourg réclamer deux foires, manifesta en 1884 des velléités d’indépendance. Forts de leur population nombreuse, et surtout des revenus générés par les foires, les brionnais tentèrent une sécession et cherchèrent à se séparer de Compains pour former une nouvelle commune.
Les arguments ne manquaient pas à Brion. En 1884, Compains était peuplé de 916 habitants, dispersés dans une quinzaine de villages et d’écarts. Le hameau de Brion à lui seul comptait 160 habitants, soit 17,5% de la population compainteyre sur un territoire (section F du cadastre de 1828), qui couvrait 10 km2, soit 20% de la superficie communale. Quand, en 1879, la commune de Compains avait sollicité de l’Administration de pouvoir bénéficier de deux foires supplémentaires qui se tiendraient au bourg et d’une foire supplémentaire à Brion, la demande ne put que susciter des débats parmi les brionnais qui, craignant de voir leur « monopole » menacé par le bourg, se mirent soudainement à rêver d’indépendance. Un autre fait ne leur avait sans doute pas échappé : les recettes et les dépenses de la commune de Compains pour les trois dernières années montraient que le hameau de Brion générait à lui seul des recettes équivalentes aux recettes du reste de la commune ; quant aux dépenses, Brion dépensait 30% de moins que le reste du village. La revendication des brionnais, évidemment justifiée de leur seul point de vue, était inacceptable pour la majorité des habitants de la commune qu’elle aurait privés des revenus apportés par les foires auxquelles ils contribuaient. Cette remise en cause de l’intérêt général par une sécession de Brion était inacceptable par les autres compainteyres.
Lue au conseil municipal d’Issoire lors de la séance du 9 mai 1894, une pétition des conseillers municipaux de Brion demandait que Brion puisse s’ériger en commune distincte de Compains en arguant des relations commerciales entretenues entre Brion et Issoire. En outre, argumentaient les brionnais, compte tenu des revenus générés par les foires, le village pourrait améliorer son foirail et contribuer à la création de voies de communication plus directes avec la Limagne. Ces propositions reçurent un avis très favorable de la ville d’Issoire.
Heureusement le statu quo ante triompha et les demandes des habitants furent renvoyées dos à dos : le rêve sécessionniste des brionnais fut déçu et le bourg n’eut pas les foires qu’il convoitait. Compains échappait à ce qui aurait pu être le troisième démantèlement de son histoire. L’intérêt général avait triomphé, mais l’affaire révélait une division immémoriale entre les deux communautés d’habitants. Le bourg dans la vallée de la Couze était franchement tourné vers Besse, alors qu’à cinq kilomètres de là, l’ancien village seigneurial perché sur le plateau penchait plutôt vers Ardes et Issoire.
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Brion – Le foirail et les auberges aujourd’hui
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La dernière (?) cabane construite sur le foirail
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Une cabane partie en pierre, partie en planches et couverte de chaume fut encore élevée en 1905 sur le foirail par les époux Cohadon-Grand avec le consentement de la famille Laizer qui restait propriétaire du sol. Pour une redevance annuelle de 20 francs, on y exploitait les jours de foire un débit de boisson connu sous le nom de Café Cohadon. Après la mort de Gabriel-Casimir de Laizer (1909), la famille vendit en 1924 ses terres de Brion à Antoine Chabaud époux de Marie Echavidre de Brion.
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Épilogue
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Son réservoir à bestiaux de toutes sortes restera l’atout principal des foires de Brion jusqu’au XXe siècle. Dès avant 1348, c’est dans le vivier du Cézalier que les commerçants venus durant des siècles de tous les horizons du pays vinrent puiser, qui des bovins, qui des fromages et bien d’autres denrées et produits. Lieu d’échanges commerciaux et sociaux, les foires de Brion offrirent au fil des temps à la communauté villageoise de Compains et des villages environnants dépourvus de foires (Valbeleix, La Godivelle, Espinchal, Saint-Alyre-ès-Montagne, Picherande…) un lieu d’ouverture sur le monde dans une région isolée et peu peuplée où on rencontrait, hier comme aujourd’hui, plus de bestiaux que d’humains.
Aux origines, les foires de Brion bénéficièrent de la volonté seigneuriale de rentabiliser les productions d’une seigneurie peu peuplée qui produisait plus qu’elle ne consommait. Un temps favorisés par un climat moins rude qu’il ne le deviendra avec l’avènement du Petit âge glacière au début du XIVe siècle, les seigneurs multiplièrent les foires où ils percevaient des taxes lucratives. Devenues trop nombreuses, les foires se révélèrent contre productives au point qu’elles durent être reprises en main par le roi qui mit fin au XIIIe siècle à leur prolifération anarchique et décida qu’à lui seul reviendrait de les autoriser. La Guerre de Cent ans éprouva durement le village. Le château fut occupé par les Anglais dans les années 1370 et on peut penser que le foirail situé à son pied n’accueillit plus de foires durant plusieurs années. La relance de la vicairie de la chapelle de Brion par Jeanne du Peschin en 1404, révélait sans doute la relance concomitante des foires. Sous l’Ancien Régime, l’arrivée des Montmorin-Saint-Hérem voit la confection d’un premier (?) terrier. La Motte était bornée et le foirail consacré aux foires et au pacage des bestiaux, usages que reconduiront les successeurs des Montmorin jusqu’à la Révolution.
On se rendait aux foires de Brion depuis la France entière et leur rayonnement fut considérable. Mais simultanément, et en contravention avec les ordonnances royales, les abus des nobles se multiplièrent : ils ne remplirent plus les devoirs associés aux foires – sécurité et entretien des chemins – tout en continuant d’y percevoir des taxes et d’y empocher le revenu des abris qu’ils y avaient fait construire. A Brion, les Laizer détournaient le revenu des taxes perçues aux foires au profit de leur famille. Pour relancer le négoce, le roi ordonna la suppression des péages non justifiés. Autour de la seigneurie de Brion plusieurs seigneurs durent renoncer à leurs péages tandis que les Laizer qui ne tenaient pas compte des ordonnances royales poursuivaient la perception du péage à Brion. Pourtant, la dynamique des foires, stimulée par l’augmentation de la population du royaume, vit leur nombre croître jusqu’à la Révolution et se maintenir ensuite.
Une douzaine de foires subsistent aujourd’hui à Brion. Moins fréquentées par les bestiaux que par les auvergnats et les touristes attirés par la beauté du lieu et l’envie d’y vivre un moment chaleureux, les foires restent à la belle saison de précieux moments d’échanges et de rencontres festives au sein d’un territoire où la chute du nombre d’habitants rend d’autant plus appréciées ces rencontres conviviales. Certes, la nature des foires à changé et le marché aux bestiaux à laissé la place au pied de la Motte à un lieu singulier fait d’échanges et de convivialité. Les foires maintiennent le lien entre les habitants et permettent aux « forains » de participer à la découverte des « montagnes occidentales », qu’ils aient fait le bon choix de s’y installer ou qu’ils s’y rendent simplement pour se ressourcer dans l’infinistère* du Cézalier.
* Le terme infinistère est ici emprunté au titre de l’ouvrage du père François Cassingéna, Cantique de l’infinistère, éd. Desclées de Brower.
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Brion – Foire en septembre 2019
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ANNEXE
Un exemple d’adjudication des droits de place
à la foire de Brion (1868)
Alors qu’aujourd’hui les foires de Brion ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes, elles représentaient au temps de nos ancêtres un pôle d’attraction considérable et une source de revenus très appréciables pour la commune. A Brion se pressaient lors de chaque foire des milliers de bêtes et quantité de vendeurs de produits locaux. Plusieurs fois dans l’année, les compainteyres pouvaient y écouler l’excédent de leur production et y trouvaient les produits du pays coupé et de la plaine. Les foires ne pouvaient cependant fonctionner sans une organisation et une tarification précises. Hommes et animaux devaient être encadrés afin d’éviter abus et débordements. L’espace de terrain occupé par les animaux et par les vendeurs de produits les plus divers était donc strictement défini et précisément tarifé.
Les emplacements à la foire étaient affermés à la bougie au plus cher enchérisseur pour une durée de trois ans. Celui qui remportait l’enchère ne pouvait demander pour chaque place un prix plus élevé que le prix qui figurait dans le cahier des charges. Son intérêt était donc d’attirer un maximum de participants pour dépasser l’enchère obtenue et réaliser un bénéfice.
C’était il y a 150 ans…, nous sommes en 1858 et Jacques Minet est alors maire de Compains. Assisté de deux conseillers municipaux, Antoine Champeix de Marsol et Antoine Tartière de Chaumiane, le maire fait procéder à l’adjudication des droits de place à prendre au foirail de Brion les jours de foire :
- pour les emplacements recevant des bovins, chevaux, ânes, mulets, moutons, boucs et cochons exposés en vente,
- pour les bancs et échoppes et autres objets exposés et mis en vente.
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Les cahiers des charges
Préalablement à la vente, deux cahiers des charges ont été établis, le premier pour les bestiaux, le second pour les bancs et échoppes. Les deux baux ont une durée de trois ans. Les devoirs de l’adjudicataire sont strictement définis : il devra fournir une caution et ne pourra sous-affermer sans l’autorisation du conseil municipal. Il ne pourra non plus employer la force ou la violence pour la perception de ses droits de foire mais devra en référer à l’autorité locale qui lui prêtera assistance et engagera des poursuites en cas de besoin. Il ne pourra percevoir un tarif plus élevé que celui mentionné dans le cahier des charges sous peine de poursuites.
Espace occupé et tarif pour les bestiaux
- cheval, jument avec ou sans poulain, mule, mulet, espace autorisé : 1 m. 50, tarif : 15 centimes,
- poulain ou pouliche séparée de sa mère, 1 mètre, 10 centimes,
- âne ou anesse avec ou sans ânon, 90 cm, 5 centimes,
- bœuf, taureau, 2 mètres, 15 centimes,
- bourret ou jeune taureau d’un ou deux ans, 1 m. 90, 90 centimes,
- génisse de deux ans et plus ou vache avec ou sans veau, 1 m. 50,
- veau de moins d’un an ou bourette ou génisse de moins de deux ans, 1 m. 40, 5 centimes,
- mouton, brebis, bouc, chèvre avec ou sans agneau ou chevreau, 25 centimètres, 2 centimes
- agneau ou chevreau séparé de leur mère, 25 cm, 1 centime
- cochon ou truie gras, 1 m., 10 centimes
- cochon ou truie maigre ou nourrain (jeune porcelet), 50 cm, 5 centimes
Espace occupé et tarifs pour les droits de place, de bancs et d’échoppes
- chaque mètre carré de terrain occupé par une voiture, un banc, une table chargée paiera 15 centimes,
- chaque mètre de terrain occupé par une baraque ou échoppe, 20 centimes,
- chaque 45 cm occupé par une benne (corbeille en osier tressé utilisée pour le transport des fruits, légumes, grains), 8 centimes,
- chaque mètre carré occupé par un étalage à terre de marchandise de tous genres, 10 centimes,
- chaque 10 cm occupé par une douzaine de fromages Saint-Nectaire, 4 centimes,
- chaque mètre occupé par des bennes contenant du pain, 20 centimes,
- chaque 33 cm occupé par une petite benne de fromages, 8 centimes,
- chaque 50 cm occupé par une grande benne de fromages, 10 centimes,
- chaque 16 cm occupé par une personne tenant au bras un panier contenant une douzaine de fromages et au dessus, 5 centimes,
- chaque mètre de terrain occupé par des gros fromages dits de Cantal, 20 centimes,
- tous les autres articles non énoncés ci-dessus seront taxés à raison de 10 centimes par mètre carré.
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L’adjudication
Les enchères sont publiques. Les enchérisseurs se réunissent dans la maison de Gérard Amblard, le maire de Compains ayant fait savoir que la salle de mairie était trop petite pour y faire entrer tous les participants.
Les droits de place pour les animaux sont mis aux enchères au prix de 500 francs. Le temps de brûler trois bougies ce sont Antoine Bertrand du Luguet, Antoine Mallet habitant à Muret commune de Besse, Antoine Berthelage de Saint-Pierre-Colamine, Aimable Pipet de Besse, Jean Berthelage propriétaire voiturier de Besse et Joseph Rabany qui enchérissent à leur tour. Finalement, Jean Berthelage est déclaré adjudicataire du droit de places moyennant 1240 francs payables chaque année ; il sera cautionné par Antoine Berthelage.
Les droits de place pour les bancs et échoppes sont mis à prix 150 francs. Seuls trois enchérisseurs se manifestent : Antoine Julliard, teinturier à Besse, Jean Tartière du village de La Ronzière à Compains et Antoine Imbert aubergiste de Saurier qui est déclaré adjudicataire moyennant la somme annuelle de 500 francs. Il sera cautionné par François Geneix d’Escouailloux, un des villages de Compains.
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Foire à Brion (première moitié du XXe siècle)
A SUIVRE



2 commentaires sur “– Foires à Brion et alentour”
Votre texte « à suivre » est passionnant.
Où peut-on trouver la suite, voire des textes similaires ?
Merci de votre réponse.
Dans son ouvrage « Le Montagnard auvergnat »1914, Paul Roux nous apprend que la construction de la route en 1874 a favorisé la consommation de vin de Limagne à Brion . Auparavant, seules deux familles se permettaient ce luxe . Le vin provenait de Saint Germain Lembron et était rapporté dans des outres . L’auteur de cet article est né en 1860,ses parents tenaient une auberge à Brion .Il est possible de consulter le livre « Archives d’Auvergne » Editions Michèle Trinckvel Article « Un éleveur à Brion » page 53
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