Compains

Histoire d'un village du Cézallier

– Escoufort-bas et haut

Burons ruinés sur la montagne d’Escoufort-Bas

En surplomb de la route départementale (D 36) qui conduit de Compains à Besse, les hauteurs d’Escoufort bas recèlent, à 1194 mètres d’altitude, les vestiges délabrés d’anciens bâtiments agricoles dont certains surmontent des excavations.

Escoufort-Bas – Burons ruinés

Isolés dans les herbages et aujourd’hui colonisés par la végétation, ces bâtiments sont dits “burons” dans le cadastre de 1828. De forme rectangulaire, certains sont dotés d’une cave spacieuse et relativement bien conservée. L’encadrement de certaines portes est encore en élévation et des pierres éboulées portent la trace d’un chambranle. Un examen plus approfondi que le survol effectué jusqu’à présent dévoilera peut-être l’existence de cheminées.

Un village à Escoufort au XIVe siècle

Le développement des bourgs et des villes au Moyen Âge généra une demande de viande bovine et ovine qui profita aux villages des montagnes. L’affar (exploitation agricole) d’Escoufort bas (Scoufor soutra) relevait au XIVe siècle de Bernard Ronat, seigneur de Rochebrune et seigneur haut justicier d’Escouailloux. Escoufort semble n’avoir jamais appartenu à la famille chevaleresque des Bréon, peu implantés sur la rive gauche du ruisseau de la Gazelle. En 1354, dans une nommée à Béraud dauphin son suzerain, Bernard Ronat reconnaissait percevoir à Escoufort des redevances foncières en argent et en nature (seigle et volailles).

Escoufort bas – Burons ruinés

En 1451, Antoine de Saint-Nectaire seigneur du Valbeleix est alors le seigneur haut justicier d’Escoufort. Il détient à Compains une grande partie de la rive gauche du ruisseau de la Gazelle avec les tènements de la Roche, la chalm (montagne pierreuse) de Marsol, une partie de Jansenet. Saint-Nectaire fait exploiter le tènement d’Escoufort en indivision, en particulier par un paysan originaire du manse de Bressou près du village voisin de Saint-Anastaise. La redevance en argent sera payée au seigneur chaque année à la Saint-Julien et portée au Valbeleix, seigneurie de Saint-Nectaire dont dépend Escoufort.

Escoufort-Bas – Burons ruinés

Escoufort sur les cartes : Cassini (v. 1760) et cadastre (1828)

La carte de Cassini signale une vacherie et plusieurs burons à Scorforbas. La matrice du cadastre de 1828 montre que cinq cultivateurs se partageaient les burons d’Escoufort bas : Antoine Blancher de Belleguette et quatre habitants de Marsol, François Verdier, François Reynaud, Jean Verdier et la veuve de Pierre Echavidre.

Burons d’Escoufort bas d’après le cadastre (1828)

Escoufort-bas

Escoufort-bas

Les nouvelles formes d’exploitation

Une fois déserté le village médiéval d’altitude qui avait perdu son intérêt sécuritaire, un domaine fut peut-être installé à Escoufort-bas. L’évolution des modes d’exploitation poussa ensuite à construire des burons en réutilisant les pierres de l’ancien village médiéval. On vit ainsi apparaitre des “cabanes à faire le fromage”, aux murs de pierre et couvertes à paille, certaines surmontant une cave voûtée. On a vu, (chapitre La maison du Cougny), que la grange-étable du Cougny avait été construite au XVIIe siècle. S’agissant d’Escoufort bas, on sait qu’au moins un buron y existait en 1758. Cette année là, François Verdier y constitua à son fils Jean qui se mariait “une cabane a faire des fromages située sur la Montagne d’Escoufort bas, laquelle est batie avec une voute du coté de jour, le tout en bon état a l’exception du couvert a paille qu’il y a besoin de refaire… plus la loge a tenir les cochons sous couvert”. On retrouve le nom de Verdier à quelques centaines de mètres, inscrit sur un jambage de la porte de la maison-étable de Beauregard.


Escoufort-Bas – Burons ruinés

Escoufort-Bas – Jambage de porte

L’exemple de la maison du Cougny, un buron construit au XVIIe siècle devenu maison à la fin du XIXe siècle, laisse à penser que, ces burons pourraient être fort anciens et peut être construits dès l’Epoque Moderne.

LES CAVES à FROMAGE

Des caves de pierre sèche voutées en berceau, dites aussi cabanes, sont construites sous certains des burons d’Escoufort ou parfois isolées mais toujours dans l’environnement immédiat d’un buron. Couvertes de mottes de terre, elles servaient à la confection des fromages qu’on y entreposait ensuite. La cave la mieux conservée, haute d’environ deux mètres, est dotée de niches prises dans l’épaisseur des murs qui offrent des espaces de rangement.

Escoufort-Bas – Cave

Escoufort-Bas – Cave voûtée en berceau “selon l’usage du pays”

Escoufort-Bas – Cave (hauteur deux mètres environ)

Escoufort-Bas – Cave

Escoufort-Bas – Niche en réserve dans l’épaisseur du mur de la cave

Escoufort-Bas – Niche en réserve dans l’épaisseur du mur de la cave

En guise de conclusion provisoire, on peut dire qu’un village d’altitude exista à Escoufort-Bas au Moyen Âge où les cultivateurs payaient des redevances au seigneur local. Etait ce à l’endroit précis où l’on voit les burons d’Escoufort-Bas aujourd’hui, on peut le penser avec vraisemblance. La sécurité revenue à l’Epoque Moderne et après des évolutions dans les modes d’exploitation, (domaines), l’habitat permanent des maisons médiévales fut délaissé et évolua en “cabanes à faire des fromages”. La vie pastorale y suivit dorénavant son mouvement pendulaire entre les étables du village et les montagnes à lait et à graisse qu’on peuplait de bêtes à cornes durant l’été.

ESCOUFORT-HAUT

Burons au nord du Montcineyre sur le cadastre de 1828 (Arch.dép. du Puy-de-Dôme)

On trouvait en 1828 au nord du Montcineyre, plusieurs burons proches des sources du ruisseau de la Gazelle. Comme aujourd’hui, un seul buron apparaissait à “Scoufort-haut” alors que plusieurs autres burons existaient à la Pave où ne subsiste qu’un seul bâtiment aujourd’hui.

Buron d’Escoufort-Haut

A SUIVRE