Compains

Histoire d'un village du Cézallier

– De Compains vers…

 

De l’Ancien régime au XIXe siècle

 

LES CHEMINS DE COMPAINS VERS …

 

       Les cartes de l’Auvergne établies sous l’Ancien Régime ne mettent en évidence que les routes principales et ignorent totalement les chemins qui desservaient localement les montagnes occidentales. Ni la carte de Lebat (1715), ni celle de Cassini (v. 1760), ne contribuent à la représentation des chemins qui sillonnaient les montagnes d’Auvergne, a fortiori de ceux qui desservaient Compains. L’Abbé Ordinaire parlant de l’Auvergne en 1804 évoque le triste état des chemins, à la fois victimes du climat, du désintéressement des populations et même de leurs empiètements “ils se dégradent journellement, on ne les soigne nulle part et nombre de riverains avides les ressèrent”. Ce sont les textes plus que les cartes qui permettent d’entrevoir ci-après quelques chemins de desserte rurale.

 

Les chemins intracommunaux

      Adapté au relief montueux et à une population villageoise dispersée dans de nombreux mas, un réseau de chemins tortueux et parfois rendu dangereux par les narses et les tourbières parcourt en tous sens la vaste paroisse de Compains (50 km2).

Compains – Vers le ruisseau de la Gazelle

Vers Brion

      Un parcours du combattant d’environ cinq kilomètres menait du bourg au village seigneurial de Brion. Pour emprunter le sentier qui, avant la construction de la route actuelle, reliait par beau temps les deux villages, on franchissait la Couze peu conséquente à cet endroit car proche de sa source. Parvenu sur le Massif après une montée difficile, on contournait Malsagne et la Contraille ; franchi le ruisseau des Règes à Blatte, on était presque à bon port. Pour suivre cet itinéraire, encore fallait-il qu’il fît beau temps car, quand les intempéries rendaient ce trajet impraticable, il fallait suivre la vallée de la Couze jusqu’au village de La Ronzière puis monter à Brion en suivant le ruisseau des Règes.

 

Vers la Gazelle et Marsol

      Construit sur une cheire caillouteuse, le bourg est relié au ruisseau de la Gazelle par des sentiers aujourd’hui pleins de charme bordés de murets de pierres sèches arrachées à la coulée volcanique ; ils y délimitent des espaces herbeux où paissent aujourd’hui encore de nombreux moutons. Pour se rendre aux Costes, on franchit la Gazelle sur un ponceau qui semble resté identique à celui que pratiquèrent les Bréon au Moyen Âge. Des Costes on suivait un chemin qui, en contrebas de la route actuelle, conduisait à Marsol.

 

Compains – Ponceau sur la Gazelle

 

 

Vers Chaumiane et le quart nord-ouest de la paroisse

      Vide d’habitants au delà de Chaumiane, le nord-ouest de la paroisse était parcouru de chemins qui desservaient une zone uniquement vouée à l’élevage et à l’exploitation du bois. La voie se divisait en deux branches de part et d’autre du Montcineyre pour assurer la communication avec Besse au nord et Egliseneuve d’Entraigues au sud. Descendu des hauteurs de Chaumiane, une coursière, dite “chemin des morts”, servait de raccourci pour transporter les cercueils jusqu’à l’église paroissiale.

 

Depuis les confins occidentaux

      Brion n’était pas, et de loin, le village le plus éloigné du bourg. Pour atteindre les hameaux d’Espinat, Redondel ou Graffaudeix il fallait parcourir plus de sept kilomètres sur des chemins parfois ardus. Quant à ceux qui, venus de La Fage, se rendaient par Yvérats et Cureyre jusqu’à Brion, ils devaient emprunter le “chemin du Maupas”, qualification qui en dit long sur les embuches qui guettaient ceux qui suivaient cet itinéraire.

 

 

De Compains vers les grandes villes d’Auvergne

 

Les principales voies de communication

       Dépourvus de cours d’eau navigables, les Massifs montagneux restent aussi dépourvus de routes véritablement carrossables jusqu’au début du XXe siècle sans jamais cesser  d’être sillonnés en tous sens par les marchands, les bestiaux et les marchandises diverses  qu’on allait débiter dans les provinces voisines ou qui en provenaient.

       Trois grands chemins reliaient Compains aux régions voisines : l’un, très difficilement praticable joignait Compains à Issoire et Saint-Germain-Lembron. On verra plus loin qu’une fois la sécurité revenue on envisagea un nouveau chemin plus court qui traverserait les gorges de Courgoul. Le deuxième ralliait Clermont par Besse, c’était le plus emprunté. Un troisième  conduisait vers le sud jusqu’à Egliseneuve et Condat.

 

Compains – Ruisseau de la Gazelle

 

Vers Issoire et Saint-Germain-Lembron

      En dépit de l’attraction exercée par les foires de Brion, se rendre de Compains à Issoire et Saint-Germain-Lembron resta longtemps très difficile. Décriée par les contemporains, peu praticable, la desserte des montagnes vers l’est illustrait bien l’enclavement général de la région.

       Dès avant l’Ancien Régime, Ardes était l’interface commerciale importante entre les Limagnes et les montagnes. Les acheteurs de bétail venus de la région lyonnaise, du Forez et du Beaujolais  arrivés à Marsac en Livradois convergeaient ensuite vers le point nodal d’Ardes d’où on se rendait aux foires de Brion. Le bourg-marchand d’Ardes était très mal relié à Issoire et Saint-Germain-Lembron pourtant seulement éloigné de trois lieues. L’intendant Ballainvilliers auteur d’un Mémoire sur l’état de l’Auvergne évoque en 1765 cette difficulté : bien qu’on comptât six foires à Ardes, la liaison avec Saint-Germain-Lembron était impraticable aux voituriers et c’est à dos de mulet qu’on devait transporter les marchandises. Pourtant, aux dires même de l’intendant, l’amélioration des chemins aurait grandement facilité le commerce des produits  des montagne. Ce vœu pieux ne fut jamais suivi d’effet : au XVIIIe siècle, les “routes des intendants” continuèrent d’éviter soigneusement les montagnes.

 

Vers Clermont par Besse et Champpeix

      Vers le nord, le chemin vers Besse, traversé par la Gazelle encore proche de sa source était considéré comme sûr et préféré par les compainteyres pour se rendre au marché qui se tenait (et se tient toujours) à Besse le lundi depuis le Moyen Âge. Mais au delà de Besse, le trajet qui passait par Champeix avant d’atteindre Clermont était tributaire de ponts souvent mal entretenus. Une requête des bessards déplore en 1775 que “le grand chemin de Besse à Clermont” soit devenu impraticable à cause de l’écroulement de deux ponts que les acquéreurs du bois tiré de la Forêt des Gardes (com. Saint-Genès-Champespe) avaient fait construire pour le transport du bois qu’ils y extrayaient. Les bessards demandent la reconstruction des ponts.

      Parfois, l’imbroglio tient à des malversations. Ainsi, en 1777, Godivel subdélégué de l’intendant à Besse déplore que le pont qui franchit le torrent de Roussat à Saint-Diéry, laissé inachevé trop longtemps doive être refait. Pendant ce temps l’entrepreneur, emprisonné dans une geôle sans doute peu étanche, s’est évadé. Ce n’est que quatre ans plus tard qu’on décide de reconstruire le pont qui – autre exemple d’impéritie – s’écroule à nouveau en 1789.

 

Vers Valbeleix et Courgoul

       Compains en 1839, souhaita prolonger le chemin de traverse qui conduisait au Valbeleix pour en faire un  “chemin vicinal de grande communication”. Les choses évoluant lentement, rien n’est encore fait en 1856 et les habitants exigent “à cor et à cri” qu’on améliore les voies de communication pour développer le commerce local. Le conseil municipal veut alors faire classer  “la voie qui s’en va en pente douce comme la rivière [Couze] qu’il a continuellement pour compagne” comme chemin de moyenne viabilité d’intérêt commun. Ce nouveau chemin  aurait suivi la Couze jusqu’au Valbeleix, puis aurait gagné Chidrac et Issoire.  Comparé à l’itinéraire habituel qui passait par Besse il faisait gagner bien des kilomètres mais on l’avait longtemps évité à cause de l’insécurité qui régnait dans les gorges de Courgoul où des rôdeurs détroussaient les passants. Selon les habitants, cette nouvelle route présenterait l’avantage d’éviter “de se perdre dans les plus mauvais temps” grâce au couvert boisé qui protègerait les voyageurs. Les routes des vallées étaient dorénavant considérées comme sûres.

 

Gorges de Courgoul – Vieux pont sur la Couze

au fond, le pont moderne

 

      Pour l’établissement de ce chemin n°26 qui, de bout en bout, devait relier Condat à Issoire par Compains, le conseil municipal était prêt à voter des crédits, à condition que la nouvelle route “traverse le lieu central de la commune de Compains” c’est à dire le bourg. On craignait visiblement que le nouveau chemin passe par Brion en évitant le bourg. Le conseil municipal espère alors que les expropriés seront prêts à donner à la commune les terrains qu’il faudra exproprier pour construire la route. Dix ans plus tard, cette illusion s’était dissipée et on envisageait de réunir des financements pour dédommager les expropriés. Le tracé sud qui, pour le conseil municipal, répondait le mieux aux besoins des voyageurs passait par Le Joignal, La Clide, Les Fraisses, Le Chomeil et Labourie soit, à peu de choses près, la route qui conduit aujourd’hui de Compains à Egliseneuve d’Entraigues.

 

Vers Egliseneuve d’Entraigues et Condat

Deux routes qui se divisent au col de la Chaumoune conduisent l’une vers Espinchal, l’autre plus fréquentée passe par Egliseneuve d’Entraigues avant d’atteindre Condat dont le pont ouvre la voie vers le Limousin et l’Artense. Nous verrons ci-après (Cf : Les freins aux déplacements) que cet itinéraire n’était pas dépourvu de danger quand il fallait franchir le pont de Condat.

Egliseneuve d’Entraigues – Cascade sur le ruisseau d’Entraigues

 

 

 

 

 

A SUIVRE