Compains

Histoire d'un village du Cézallier

Patrimoine religieux

   

L’EGLISE SAINT-GEORGES  XIIe – XIIIe siècle 

  

 

  

  

Saint-Georges, omniprésent à Compains 

A Compains, l’église est sous la titulature d’un martyr oriental, saint-Georges, un saint auxiliateur qui secourt les hommes et les animaux. Officier des légions romaines d’orient supplicié en 303 sous Dioclétien, saint Georges est honoré partout à Compains.Symbolisant la lutte contre le paganisme, on le trouve terrassant le dragon dans l’église où un bois sculpté et un vitrail lui sont dédiés. Il orne la fontaine du village et, à peu de distance du centre du bourg, il christianise une source où l’on construisit au XVIIIe siècle l’oratoire de Saint-Georges

  

  

  

  

  

L’église, coeur de la paroisse 

Sur la place, à l’ombre du Sully, là où on attachait à l’occasion le bétail, on débattait des questions à régler profitant de ce que tous, répondant à l’appel des cloches, sont venus assister à l’office depuis les nombreux villages de la paroisse. On trouvait là les chefs de famille « faisant et composant la majeure et la plus saine partie des principaux habitants ». 

  

  

Un édifice coûteux à entretenir 

 L’église romano-gothique commencée au XIIe siècle, fut édifiée en un temps où les chevaliers de Bréon, seigneurs de Brion, prenaient la Croix vers la Terre Sainte. D’une solide construction, l’édifice fut remanié au XVe siècle et une tourelle polygonale fut accolée au transept sud, face au cimetière. On la rénova au XIXe siècle. 

  

 

  

  

Qui finança l’ajout de la tourelle quelques décennies après la fin des ravages de la guerre de Cent ans ? Peut-être les Souchet, des bourgeois clermontois détenteurs depuis 1409 de la seigneurie de Brion qu’ils ne vendront qu’en 1556 aux Montmorin Saint-Hérent. Seigneurs du lieu durant près de 150 ans, les Souchet pourraient avoir voulu laisser leur empreinte dans les montagnes en finançant cet ajout à l’église. 

 

  

  

  

 De taille moyenne, l’église associe une nef romane à deux travées  – seconde moitié du XIIe siècle (B. Phalip) – et un choeur gothique à travée unique. L’entretien du bâtiment, cause de dépenses importantes, faisait l’objet de multiples palabres entre les compainteyres et suscitait l’inquiétude des évêques en visite pastorale. 

  

 

  

Le « clochier » 

L’église dallée et voûtée apparait bien dégradée quand l’archiprêtre d’Issoire examine l’état du bâtiment en 1634. Le « clochier de Compens » est couvert d’un toit « dallebardeaux » et la toiture fuit « y pleuvant de partout ». La situation semble avoir été rétablie un siècle plus tard « avons trouvé le sanctuaire et toute l’église [...] en état » fait consigner Jean-Baptiste Massillon, évêque de Clermont en 1727.  En 1742, c’est au tour du presbytère d’être considéré « en état de détresse ». Peu avant la Révolution, l’état de l’église sera estimé correct par l’évêque, sous réserve d’en rénover le pavement. 

La réfection du clocher à base hexagonale qui s’élève à la croisée du transept s’avéra indispensable en 1683. Les paroissiens étaient si pauvres et « si surchargés de taille » qu’ils n’avaient pu faire accomoder le clocher à temps. Les éléments s’étaient mis de la partie : « la gresle et les inondations [ont été] si fréquentes qu’il leur a esté impossible de remettre le clocher de ladite paroisse [qui] tout ruiné menace d’une chute entière ». Mais où trouver l’argent des travaux ? C’est l’impôt qui y pourvoiera. Dans une supplique adressée à l’intendant d’Auvergne, la levée d’une imposition exceptionnelle fut demandée par les habitants pour réunir les 1200 livres nécessaires à l’exécution des travaux. Ainsi fut fait et chacun paya au prorata de ses revenus. 

Nombre de clochers du Cézalier ont été restaurés, remaniés ou reconstruits au XIXe siècle pour réparer tant les outrages du temps que ceux des révolutionnaires. Refait en 1822, le clocher de Compains voit sa flèche couverte de bardeaux de châtaignier, pratique courante en région de montagne. 

  

  

 Le portail méridional 

Comme de nos jours, c’était le portail méridional triplement voussuré – refait au XIXe siècle comme les deux autres portes de l’église  (B. Phalip) – qu’on utilisait au quotidien. Ses vantaux sont couverts de quatre pentures en fer forgé dont le style évoque en plus rustique le type d’Auzon qu’on retrouve fréquemment dans la partie ouest de l’Auvergne. Certaines terminaisons des pentures ouvragées portent des ébauches de têtes humaines ou des gueules de monstres assez frustes. 

Le portail méridional de l’église Saint-Georges 

 

 

Combat de chevaliers

 

 

La légende des pentures de Compains

On racontait à Compains l’origine légendaire des quatre pentures du portail sud. En un temps où les seigneurs avaient encore de « mauvaises coutumes », deux chevaliers s’affrontaient sur leur destrier devant le porche de l’église.

Blessé, l’un d’eux voulut chercher refuge dans l’église où il entra, toujours à cheval. A l’instant où les fers de l’animal touchèrent le pavement du sanctuaire, ils se détachèrent. On les cloua alors sur les vantaux de la porte. 

 

Pièce d’échecs en ivoire XIIe siècle. Musée du Louvre

  

 

 

 L’intérieur de l’église 

L’âpre climat des montagnes a influencé les constructeurs de l’église, comme peut-être aussi le style en vogue en Poitou et Limousin. De hautes fenêtres en lancette très étroites éclairent l’abside polygonale à cinq pans aux angles ornés de colonettes. Bien adaptées à la froidure ambiante, elles compensent leur étroitesse par un large ébrasement intérieur et extérieur qui assure une bonne luminosité à l’édifice. 

  

 

Compains –  La nef de l’église Saint-Georges au XIXe siècle 

Lithographie d’Emile Sagot (1801-1900) – Arch. dép. du Puy-de-Dôme, Photothèque Cg63 – Reprod. Serge Seguin 

  

La cure vit dans la parcimonie même sur l’autel : « la lampe [de l'autel] n’est allumée que pendant l’office [...] faute de fonds », et ce encore en 1782. Cette pratique économe est particulièrement désapprouvée par l’évêque François Bochard de Saron qui ordonne qu’une personne pieuse fasse des quêtes dans la paroisse pour finance l’achat d’huile. L’autel est garni en 1634 de nappes, de chandeliers de cuivre et d’images saintes. On y trouvait en 1700 le Saint Sacrement dans un tabernacle de bois sculpté avec un ciboire d’argent et deux vases. Même les vêtements du curé sont pitoyables : « les chapes sont toutes déchirées », les contours sont faits dans de « pauvres étoffes » et les « ornements de chasubles ont besoin d’etre réparés ». 

 Le mobilier liturgique est souvent délabré : on ne trouve à Compains en 1634, aucun confessionnal « qui aurait indulgenté ladite paroisse ». En 1700, un confessionnal sommaire a été réalisé mais l’évêque demande qu’on lui ajoute « des grilles a deux écoutes, deux accoudoirs et agenoulloirs a peine d’interdiction dudit confessionnal ». Quant à la chaire, elle est dite en 1782 « dans le plus mauvais état et de toute vétusté ». Quant aux « peuples », ils ne sont pas invités à s’asseoir « il n’y a d’autre banc que celui du seigneur » dans l’église Saint-Georges. 

  

L’arrière de l’autel abrita longtemps ce qui servait de sacristie. Plusieurs fois réclamée par les évêques au XVIIe et au XVIIIe siècle « n’y ayant qu’un réduit très étroit derrière l’autel ». Après maintes hésitations, une petite sacristie fut construite au XIXè siècle, empiétant sur le cimetière du côté sud de l’église. 

 

  

  

  

  

  

  

  

 Les culots 

  

  

 L’imagination des tailleurs de pierre auvergnats fit son oeuvre dans le choeur de l’église. A l’entrée du choeur, regardant l’autel, deux paires de culots d’exécution très soignée terminent des colonnes tronquées. Les culots, deux têtes et deux mains, semblent jaillir du mur pour soutenir les colonnes. Délicatement exécutées, les deux têtes d’hommes donnent par leur rondeur une impression de solidité. Les mains aux doigts écartés et ongles marqués semblent tendues vers l’autel. 

  

 

  

  

Les fonts baptismaux font l’objet de critiques répétées lors des visites pastorales : ils ne sont pas couverts d’une « piramide » de bois et l’eau du baptême repose directement dans le bassin de pierre. Une cuve baptismale – est-ce la pierre sculptée de losanges (XIIe-XIIIe siècle) que nous voyons aujourd’hui dans le transept nord ? – est décrite en bon état lors de la visite pastorale de l’évêque en 1700. Il y manque cependant un couvercle (la pyramide) qui ne sera installé qu’au début du XVIIIe siècle. Un autre problème se pose à François de Bonal en 1782 : « le bassin a besoin d’être étamé [...] et les vases des saintes huiles [sont] hors d’état de conserver décemment ce qu’ils contiennent ». 

  

  

  

Près de la cuve baptismale est installée une croix de cimetière en andésite aux bras courts cylindriques et aux amortissements arrondis. La croix porte un Christ caractéristique de l’art populaire auvergnat.   A son pied, le buste du donateur placé sur le fut surmonte un socle octogonal de facture gothique. Au revers de la croix, la vierge.

                                                                    

Le buste du donateur

  

  

  

  

  

  

   

  

  

 

La croix et les fonts baptismaux se trouvaient à la fin des années  quatre vingts à l’extérieur de l’église, près du portail méridional. 

  

   

 

 

De face, le Christ.

Au revers de la croix, la Vierge

 

 

 

 

 

  Les lieux de sépulture 

L’église. La nef romane du XIIe siècle à deux travées est séparée du choeur gothique par le transept, lieu où sont habituellement « ensépulturés »  les prêtres de la paroisse et certains laïcs. 

Les religieux sont traditionnellement inhumés dans la chapelle Notre Dame du Rosaire, du côté nord de l’édifice. C’est là que fut enseveli en 1740 Jean Breulh, vicaire puis curé de Compains pendant plus de quarante ans  pour respecter la dernière volonté exprimée dans son testament : « a esté inhumé dans leglize de Compains et dans la chapelle du Rosaire messire Jean Breulh pretre et curé dudit Compains ». 

 Pour les laïcs, qu’ils fussent nobles ou roturiers commodes, être enterré dans l’église était un privilège recherché mais tarifé qui représentait un avantage financier pour le curé de la paroisse. Certains laïcs furent inhumés dans le transept sud, face à la chapelle Saint-Martial. André de la Ronade, hobereau de la petite seigneurie d’Escouailloux, y fut enseveli en 1687, comme l’avait été Pierre Martin, laboureur de Marsol en 1658. Des Morin, famille longtemps puissante à Compains, y furent également inhumés : en 1663  les parents d’« honorable homme »  Jean Morin notaire royal, furent ensevelis « dans la nef de l’église joignant le pilier qui est a main droite de la chapelle Saint-Martial où est la petite porte de l’église montant au clocher ». Jean Morin Nabayrat, gros laboureur du village, l’y suivra en 1689. 

Depuis le 16 août 1670, un arrêt du parlement avait interdit les inhumations dans les églises, sauf pour les propriétaires d’enfeu. Le 10 mars 1776, un texte royal renouvelait cette interdiction pour tous à l’exception de ceux qui avaient eu jusque là le droit d’être « sépulturés » dans le choeur. 

On ne trouve pas de membre de la famille du comte de Laizer dans l’église Saint-Georges. Seigneurs de Brion à partir de 1650, ils vivaient principalement à Chidrac. Plusieurs sont enterrés à Clermont-Ferrand, au cimetière des Carmes.

Le cimetière  

Dans son testament, le villageois souhaitait être « ensevely et inhumé au tombeau de ses prédecesseurs ».  Le cimetière de Compains longeait les côtés sud et est de l’église. A Compains comme dans les paroisses voisines, les évêques déploraient que l’entretien du cimetière fut négligé par les habitants. Pour conserver leur dignité aux sépultures et éviter la divagation des animaux parmi les tombes, le cimetière devait être clos de murs que l’évêque considérait toujours comme trop bas ou mal entretenus. En 1634, il n’y avait ni portes ni grilles « pour empecher que les bestiaux n’y entrent ». Persistant en 1700, ce défaut semble réparé lors des visites de Massillon en 1727 et 1735. La situation était redevenue critique en 1782 : murs trop bas, portes absentes, rien n’est plus fait au cimetière « pour en défendre l’accès aux animaux ». 

Le transfert des cimetières hors des villages fut ordonné en 1776. Un texte napoléonien rappela cette nécessité mais ces injonctions furent peu suivies dans les petites communes rurales et en particulier à Compains. En 1855 les équipements collectifs étaient encore inexistants. La commune n’avait encore ni mairie ni école, le presbytère était une ruine et le cimetière n’avait toujours pas été déplacé. L’idée même de réaliser un aménagement communal soulevait des polémiques.

Comme nombre de cimetières de montagne, le cimetière de Compains était construit sur le rocher qui, affleurant par endroits, empêchait que les tombes soient creusées aussi profondément que nécessaire. L’architecte appelé en renfort par le préfet considérait que le cimetière qui longeait le flanc sud de l’église Saint-Georges constituait « un foyer insalubre » qu’il fallait faire disparaître du chef-lieu de la commune alors que « partout des ossements blanchis couvrent la surface du terrain ». Il dresse le tableau peu hygiénique de la situation : « la profondeur moyenne des fosses est d’un mètre [et] lorsque le terrain sera affaissé il n’y aura pas quarante centimètres entre le cadavre en putréfaction et les personnes qui le dimanche attendent dans le cimetière l’heure de la messe ». Alors qu’on comptait 910 habitants à Compains en 1855 les pouvoirs publics estimaient le cimetière trop exigü eut égard aux trente cinq décédés que, selon l’architecte, on y inhumait en moyenne chaque année. Notons que l’examen des registres de sépultures amène à réviser les allégations de l’architecte qui, voulant convaincre, doublait le nombre des morts : entre 1845 et 1870 on comptait en moyenne chaque année  à Compains dix huit inhumations et non trente cinq, mais cela changeait-il le fond du problème ?

Se fondant sur les pratiques « immémoriales » des habitants, le maire et son conseil municipal expriment leur vive opposition à la translation du cimetière. Disant refléter l’avis de la plupart des compainteyres, les élus estimaient « qu’il n’y a pas dans le village de maladies épidémiques et qu’on y vit aussi longtemps qu’ailleurs ». Le conseil argumente qu’avant 1792 la population était beaucoup plus nombreuse puisque la commune comprenait cinq villages de plus – ceux qui ont été détachés de Compains pour être rattachés à Egliseneuve [voir le chapitre Population et territoires] - que personne ne s’était jamais plaint de l’état du cimetière et qu’en outre la commune « très pauvre » en financerait difficilement le déplacement. La préfecture finira par renoncer.

Le cimetière de Compains ne fut transféré au nord du village qu’en 1932. 

 

Les « morts sur le toit » 

 En un temps où la froidure, plus âpre qu’aujourd’hui,  durait cinq ou six mois, décéder l’hiver dans le Cézalier pouvait être synonyme d’inhumation différée. L’hiver, la neige bloquait durablement les chemins encombrés de congères et rendait difficile le creusement des caveaux.  Certaines communes étendues du Cézalier étaient riches de villages nombreux mais dispersés et éloignés de l’église. La distance rendait aventureuse la conduite du défunt au cimetière. 

Contrainte et forcée, la famille différait alors l’inhumation. Le défunt, enveloppé dans un solide linceul, était hissé sur le toit de la maison à l’abri des animaux errants. Cette solution d’attente imposée par la nécessité dans les régions très froides était pratiquée couramment dans le Cézalier avant l’apparition des engins de déneigement. 

  

Les cloches 

Rôle protecteur des cloches

Quatre cloches sonnaient à Compains. Les ruraux du Cézalier attribuaient un fort pouvoir symbolique aux cloches de leur église. Les cloches servaient d’intermédiaire entre l’homme et le ciel pris tant dans sa dimension religieuse que profane. Sonnant pour attirer les fidèles égaillés dans des hameaux dispersés, carillonnant quand se déclarait un incendie ou quand le brouillard blanchissait la montagne, les cloches rythmaient chaque moment de la vie du village, qu’ils soient religieux, climatiques ou accidentels. 

  Tout dévot pouvant cacher un superstitieux, les cloches étaient considérées comme indispensables pour éloigner la grêle ou détourner la foudre. Les Rituels des diocèses reconnaissaient ce rôle protecteur « le son de la cloche met en pièce l’orage, écarte le tonnerre, dissipe la tempête » dit le Rituel de Bourges. Le subdélégué d’Issoire, Laffont de Saint Marts, se montre plus dubitatif quand il parle du « préjugé où sont les habitants de cette province et surtout ceux des montagnes, que le son des cloches détourne les orages ». 

 Compains fut gravement touché par les grêles en 1775. Le procès verbal de chevauchée des experts venus constater l’étendue des dégats, relate que la foudre frappa ce jour là le clocher de l’église. L’incendie épargna le sanctuaire mais les dégats montèrent à 400 livres. Les sonneurs sont les premières victimes de l’orage. Le sonneur de cloches Louis Espinoux en réchappa, mais brûlé, il fut hors d’état de travailler pendant trois semaines. Ayant perdu son foin qu’il n’avait pu récolter, il réclama 80 livres d’indemnités. 

Le parlement de Paris finira par défendre de sonner les cloches pendant les orages pour éviter le foudroiement des carillonneurs. Progressivement au XIXe siècle, se dissipera l’idée que le son des cloches peut constituer un bouclier protecteur face aux intempéries. 

Refonte des cloches de Compains sous Louis XV 

Sonner, casse ! Comme le clocher, les cloches nécessitèrent à plusieurs reprises des travaux coûteux. Lors de la visite pastorale de 1634, le clocher n’était plus garni que de trois cloches : la quatrième venait d’être refondue et attendait sa bénédiction dans l’église. En 1768, les deux plus grosses cloches étaient endommagées : « la grande cloche de l’église s’est cassée en la sonnant à l’ordinaire, la seconde qui est a peu près de la même grandeur se trouve percée et a presque perdu son gond ». Seules restent « deux petites cloches qui ne leur sont d’aucun secours vu leur petitesse ». Leur son n’atteind pas les hameaux les plus éloignés du bourg. 

Comment se passer de cloches « dans les mauvais jours d’hyver qui souvent par ce moyen ont empeché de périr plusieurs d’entre eux qui s’étaient écartés des chemins [car] tous les villages de ladite paroisse [sont]  sittués dans les montaignes vastes sans aucun arbre ny remarque qui puisse faire reconnaitre l’endroit ». Le 3 juillet 1767, une assemblée générale réunit devant l’église une cinquantaine de chefs de famille. Les consuls brossent le noir tableau des nombreux inconvénients et des dangers qui résulteraient de l’absence des plus grosses cloches. Surtout, comment appeler à la messe des ouailles dispersées dans des villages « éloignés de leur églize d’une lieue et d’une lieue et demy ». On décida de refondre les cloches. Un impôt exceptionnel fut voté et payé par les 64 chefs de famille qui cotisaient 20 livres de taille et au dessus. Au préalable, les services royaux de Versailles avaient donné leur accord. Et deux ans plus tard, les égarés dans les brumes du Cézalier purent enfin retrouver leur chemin! 

 

  

  

 LA CHAPELLE SAINT-GORGON 

 

    Construite en 1843 entre le Montcineyre et la ferme de la Roche, la chapelle Saint-Gorgon est édifiée près de la route qui mène de Compains à Besse. 

Gorgon, un officier romain converti au christianisme 

    Officier romain au service de l’empereur Dioclétien à Nicomédie, près de Constantinople, Gorgon fut martyrisé en 303 après sa conversion au christianisme. Dans la Légende  dorée, Jacques de Voragine raconte que Gorgon et d’autres chrétiens avec lui furent « martyrisés avec des crochets de fer et, sur leurs plaies, et en particulier les intestins perforés, on jeta du vinaigre et du sel. Comme ils n’en éprouvaient aucun mal, on les mit sur le gril et ils avaient l’impression d’être couchés sur un lit de fleurs ». Dioclétien, devant cette indifférence aux tortures qu’il avait ordonnées, les fit pendre avec un lacet laissant les corps en pâture aux chiens et aux loups. Pourtant, les corps des suppliciés demeurèrent intacts jusq’au moment où les fidèles purent les recueillir et leur donner une sépulture. 

   

 

Le corps de saint Gorgon fut plus tard transporté à Rome. En 763, l’évêque de Metz, neveu de Pépin le Bref, le fit conduire en Gaule où il fut enseveli au monastère de Gorze, près de Metz. 

Saint-Gorgon dans l’église Saint-Georges 

Les reliques 

    L’existence d’une relation particulière entre Compains et saint Gorgon tient aux reliques attribuées au saint qu’on retrouve conservées « dans une grande caisse » dans l’église Saint-Georges au XVIIe siècle. La présence des reliques est avérée à Compains en 1623, date à laquelle elles furent examinées par l’évêque Joachim d’Estaing en visite pastorale dans la paroisse. 

Mais pourquoi les reliques de saint Gorgon auraient-elles migré de la Lorraine jusqu’à Compains ? 

    La translation serait due aux Montmorin Saint-Hérent, branche cadette de l’illustre famille auvergnate de Montmorin. A Compains, en 1513  Jean de Montmorin Saint-Hérent était seigneur d’Espinat, un des hameaux de la paroisse. Son fils François acheta la seigneurie de Brion au plus tard en 1546, date à laquelle il en rendait hommage à Louis III de Bourbon-Vendôme, seigneur de Mercoeur. Après avoir guerroyé en Lorraine pour Henri II roi de France, François de Montmorin Saint-Hérent aurait été autorisé à ramener en Auvergne une partie des reliques de saint Gorgon après le pillage en 1542 de l’abbaye de Gorze où elles avaient été déposées. Devenu seigneur de Brion et Chaumiane en 1546, François de Montmorin aurait déposé dans l’église Saint-Georges les reliques ramenées de Lorraine. 

    En 1700, les reliques sont décrites « contenues dans une chasse en cuivre ». La chasse, datée du XIIIe siècle, fut classée aux Monuments historiques en 1904. En forme de maison, elle est en cuivre plaqué sur une âme de bois. Une inscription s’y trouvait « hic sunt ossa beati Gorgonius martyris ». 

 

      La visite pastorale à Compains le 12 juin 1894 de Pierre-Marie Belmont évêque de Clermont, atteste la  présence du reliquaire et des ossements de saint Gorgon renfermés dans une chasse en bois par le curé Vidal en 1855. Ces reliques font toujours partie aujourd’hui  du patrimoine de l’église Saint-Georges. 

Le vitrail 

    Au début du XXe siècle, on continuait d’honorer saint Gorgon à Compains. En 1901, un vitrail fut installé dans l’église Saint-Georges : il représente saint Gorgon en tenue d’officier romain muni de son épée et de son bouclier. 

 

 

 La chapelle Saint-Gorgon 

Premiers dons au XVIIIe siècle 

    Les malheurs du temps ne permirent pas d’ériger la chapelle avant la Révolution. Pourtant, les villageois avaient envisagé cette construction dès la première moitié du XVIIIe siècle. On peut penser que le curé de la paroisse, Jean Breulh, ne fut pas étranger à ce projet. Curé à Compains de 1700 à 1740 après y avoir été vicaire en 1686, c’est durant les quarante années de son ministère que furent réunis les premiers fonds destinés à la construction d’une chapelle qu’on voulait dédier à saint Gorgon. 

    En 1739 et 1741 les premiers dons apparaissent dans le testament d’un métayer de la comtesse de Brion et dans celui d’un modeste journalier de la paroisse. Ils espèrent que leur don contribuera à assurer le repos de leur âme et « ne voulant point partir de ce monde sans avoir fait tous les actes d’un bon chrétien » ils chargent leurs héritiers de payer la somme qu’ils lèguent pour aider à la construction de la chapelle. 

La construction 

    La chapelle ne fut édifiée qu’un siècle plus tard, en 1843. Située à près de deux kilomètres au nord du bourg de Compains, non loin de la route qui conduit à Besse, elle se dresse près d’une source, face au Montcineyre, dans un lieu isolé entre le ruisseau de la Gazelle et la ferme de la Roche. 

 

    L’édifice est circulaire, choix architectural rare dans la région. Bâtie en pierre du pays, la chapelle est couverte d’un toit de lauzes et surmontée d’une croix de lave. Les murs sont percés de deux baies et d’un oculus situé au dessus de la porte. L’orifice d’un tronc fut percé dans le mur extérieur en 1844 pour recueillir les offrandes. En 1884, lors de la visite pastorale, on déclara à l’évêque que les offrandes suffisaient à l’entretien de la chapelle. 

    A l’intérieur on trouvait sur un autel « en bois dur » la statue de saint Gorgon représenté en officier romain portant un casque à plumet et tenant à la main un bâton qui portait lui aussi un plumet. Le saint était fêté deux fois l’an à Compains. Une procession en son honneur avait lieu le jour de la fête-Dieu et à partir de 1852, une messe annuelle fut dite à la chapelle le dimanche qui suivait le 9 septembre, jour de la Saint-Gorgon. 

    La plupart des monuments dédiés à saint Gorgon en France sont situés près d’une source réputée miraculeuse ou guérisseuse. On peut considérer qu’à Compains la chapelle christianisa un lieu siège d’anciennes croyances pré-chrétiennes. Au village, le saint était invoqué contre les coliques des animaux – allusion au sel et au vinaigre répandus sur les intestins mis à nu du saint – et contre les maladies de peau. 

  

 

 Tronc de Saint-Gorgon 

Marie Chabaud fondatrice 1844 

  

La fontaine  Saint-Georges  

 

 En 1746, on voit les habitants s’activer « a la continuation d’un oratoire a la fontaine de Saint-George ». Après de dures années marquées par les disettes, les épidémies et des épizooties récurentes, les compainteyres voulurent  doter le bourg d’un oratoire dédié comme l’église, à saint Georges.  De dimensions modestes, il prit la forme d’une chapelle, couverte d’ardoises et surmontée d’une croix. L’eau de la fontaine qui coule non loin du centre de Compains était réputée guérir de la gale.

 

 

 

Les croix

 

De très anciennes croix christianisent le territoire de la commune.

 C’est la simple croix de pierre juchée en équilibre sur un rocher au milieu des herbages tournée vers un horizon où l’on aperçoit la butte de Brion, ou celle qui surgit au détour d’un sentier boisé près du ruisseau de la Gazelle, alors qu’une autre apparait  dans un jardin du bourg.

 

Croix vers Marsol 

 

 

 Croix de la Gazelle

Près du ruisseau de la Gazelle, la croix de section quadrangulaire, sans figuration ni inscription, surmonte un dé trapézoïdal posé sur un socle fait de pierres empilées. Le socle et le dé semblent plus anciens que la croix.

 

 

Croix dans un jardin du bourg

 

 

 

Cylindrique aux bras courts, la croix d’andésite porte un médaillon central. Des croix de ce type étaient parfois érigées par des particuliers en remerciement d’une guérison ou d’un voeu exaucé.

 C’est aussi la petite croix de pierre sculptée encastrée – depuis quand ? – dans les branches d’un bosquet de Brion-Haut à quelques mètres de l’emplacement présumé de l’ancienne chapelle castrale ruinée depuis la fin du XVIIIe siècle.

 

 

 

 

 

Plus près de nous, c’est encore la croix de mission élevée au XIXe siècle près de l’église Saint-Georges ou la croix de carrefour en fer forgé posée sur le chef de la Vierge à la sortie du village.

Croix de mission

 

 

 

Vierge à la Croix

carrefour de Compains à Besse et Egliseneuve

 

 

 

 

 

 

 

 

La croix en fer forgé de la quatrième Station du pélerinage de Vassivière,

offerte par le village de Compains.

 

    Une plaque apposée sur la première Station du chemin de croix de Notre Dame de Vassivière indiquait « Chemin de croix de Vassivière érigé par M. Brun, vicaire général, le 9 juillet 1854 sous l’épiscopat de Mgr Féron ». Plusieurs villages (Saint-Diéry, Valbeleix, Saint-Anastaise, Compains, Espinchal, Murol, Le Chambon, Saint-Victor, Besse et Egliseneuve) et quelques particuliers offrirent chacun une des douze croix qui jalonnent la montée au sanctuaire. Ces croix en fer forgé reposent sur un piédestal de lave. Aujourd’hui disparues, des plaques de marbre encastrées dans le piédestal  mentionnaient le nom du donateur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A SUIVRE

 

  

 

Un commentaire sur “Patrimoine religieux”

  1. BROQUERIE Says:

    Bonjour,
    Le site de Compains me plaît dans sa présentation; les photos à l’appui illustrent parfaitement certains commentaires.
    Bravo à l’auteur(e)
    VB