Compains

Histoire d'un village du Cézallier

– L’église Saint-Georges

   

L’EGLISE SAINT-GEORGES  XIIe – XIIIe siècle 

 

     A la fin du XIIe ou dans le premier tiers du XIIIe siècle, Compains ne resta pas à l’écart de l’élan religieux qui couvrait le royaume d’un « blanc manteau d’églises ». A peine pourrait-on nuancer cette observation poétique du moine Raoul Glaber pour parler en Auvergne d’un « sombre manteau d’églises » compte tenu de la nature des matériaux employés. Le nouveau sanctuaire construit à Compains dans un style transition  entre le roman et le gothique, dit aussi gothique primitif, conserve une nef romane à deux travées sans bas-côtés, à laquelle fut ajouté un choeur transition. La tour d’escalier située au pied du clocher ne sera ajoutée qu’au XVe siècle.

 

Saint-Georges, omniprésent à Compains 

Saint George

 

     L’église Saint-Georges de Compains est sous la titulature d’un martyr oriental, saint Georges, un saint auxiliateur qui secourt les hommes et les animaux. Honoré partout à Compains (église, fontaine, oratoire, vitrail), saint Georges aurait été selon la légende un officier des légions romaines d’orient supplicié en 303 sous Dioclétien.

  

  Statue équestre de saint Georges terrassant le dragon. Transept de l’église de Compains.

 

 

Compains – Eglise Saint-Georges Chasse de Saint-Georges

 

 

 

 

 

Symbolisant la lutte contre le paganisme, on trouve saint Georges terrassant le dragon dans l’église où un bois sculpté, un vitrail et une chasse lui sont dédiés. Il orne la fontaine du village et, à peu de distance du centre du bourg, il christianise une source où l’on construisit au XVIIIe siècle un oratoire qui lui est dédicacé.

 

 

 

 

 

 

 

 

  L’église, coeur de la paroisse 

  

 

    Sur la place, à l’ombre du Sully où on attachait encore le bétail au siècle dernier, on débattait des questions à régler profitant de ce qu’à l’appel des cloches, tous sont venus assister à l’office depuis les nombreux villages de la paroisse. On trouvait là les chefs de famille « faisant et composant la majeure et la plus saine partie des principaux habitants ». 

  

 

 

 

Un édifice coûteux à entretenir 

     L’église romano-gothique commencée à la fin XIIe ou au début du XIIIe siècle est de style transition. Elle associe une nef romane à deux travées et un choeur de style gothique primitif à travée unique. A l’époque de sa construction, nous sommes en un temps où les chevaliers de Bréon, seigneurs de Brion, prenaient la Croix vers la Terre Sainte et devenaient les vassaux du Dauphin d’Auvergne (1222).

D’une solide construction, l’édifice fut remanié au XVe siècle et une tourelle d’escalier lui fut accolée près du transept sud. On la rénova au XIXe siècle. L’entretien du bâtiment, cause de dépenses importantes, faisait l’objet de multiples palabres entre les compainteyres et suscitait l’inquiétude des évêques lors des visites pastorales.

 

 

Le chevet

Eglise Compains côté EST

     Polygonal, le chevet est percé de fines fenêtres en lancette semblables à des meurtrières pour mieux protéger l’église du froid. Il est renforcé par des colonnes elles aussi polygonales surmontées de chapiteaux dont les motifs ornementaux portent un fort sens symbolique.

 

 

 

 

 Les chapiteaux

Compains chapiteaux chevet cerf 2

 

 

   

 

 

   Chapiteau au décor animalier

 

 

 

 

 

 

     Un chapiteau au décor animalier symétrique porte au centre et de part et d’autre de l’axe médian deux animaux de profil qui s’affrontent. A gauche un lion. Symbole de puissance, le lion au fil du XIIe siècle, a succédé à l’ours comme roi des animaux. Il est représenté ici dressé sur ses pattes arrières, toutes griffes dehors, dans une position fréquente en héraldique.

     Face à lui, un dragon lui aussi dressé sur ses pattes arrière porte des cornes de bouc et des ailes de chauve-souris. Dans cette scène où le sculpteur a voulu symboliser le combat entre le bien et le mal, le lion représente ici le croyant qui combat le péché. On peut y voir également le gardien de l’église puisque le lion, outre sa réputation de courage, était réputé dormir les yeux ouverts.

     Ces deux animaux sont flanqués de deux cerfs porteurs de bois imposants. Au fil du XIIe siècle, la chasse au cerf, animal christique et gibier royal, avait remplacé la chasse à l’ours autrefois pratiquée par les nobles. Traditionnellement, le cerf tuait le serpent, incarnation du mal et la repousse annuelle de ses bois en faisait  un symbole de résurrection.

     Enfin, on remarque des feuilles de houx qui comblent les vides du chapiteau et prennent la forme d’une croix sur l’axe médian. Considéré comme le symétrique hivernal du chêne, le houx symbolisait la persistance de la végétation en hiver. Depuis le temps des druides, il était aussi réputé repousser les mauvais esprits et la foudre.

 

            Chapiteau des vignerons

 

 

     Le chapiteau ci-contre représente des têtes sereines et souriantes séparées par un entrelacs de grappes de raisin et de feuilles de vigne. Sans doute exécutés par le même artiste, les personnages portent tous la même coiffure à rouleaux qu’arborent les têtes des culots qui soutiennent les colonnes du choeur de l’église.

     Sachant que le climat interdisait la culture de la vigne à Compains, on ne peut voir ici une représentation de la vie rurale locale. C’est donc à nouveau un thème religieux que le sculpteur a voulu évoquer ici : celui du Christ et de l’eucharistie.

 

 

 

 

 Les modillons du chevet

 

 modillons du chevet

      modillon à tête d’homme

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 La tour d’escalier

Solidement construite la tourelle d’escalier (XVe siècle) conduit jusqu’aux cloches.

 

 

     Qui finança l’ajout de cette tourelle quelques décennies après la fin des ravages de la guerre de Cent ans ? Peut-être les Souchet, des bourgeois clermontois détenteurs depuis 1411 de la seigneurie de Brion qu’ils ne vendront que vers 1525 aux Montmorin Saint-Hérent. Seigneurs du lieu durant près de 150 ans, les Souchet pourraient avoir voulu laisser leur empreinte dans les montagnes en finançant cet ajout à l’église. 

 

  La construction de la tour s’assortit de la mise en place à l’angle d’un de ses murs d’une minuscule tête humaine dont la signification mystérieuse nous interpelle.

 

 

 

Surprise sur le mur de la tour :

Petite tête placée sur la tour d’escalier

 

 

Eglise Compains Tour

Tour d’escalier (XVe s.)

     Le cercle bleu tracé sur la tour d’escalier ci-contre désigne l’emplacement d’une tête (à droite) peut-être un « veilleur de pierre », figurine protectrice qu’on plaçait en Auvergne à l’angle de deux murs d’une maison ou sur sa façade pour la protéger. Que veut nous dire sa position sur l’église ? Protection contre la foudre ou contre le malin ?

 

 

 

 

 

  

Le « clochier » 

     L’église dallée et voûtée apparait bien dégradée quand l’archiprêtre d’Issoire examine l’état du bâtiment en 1634. Le « clochier de Compens » est couvert d’un toit de bardeaux dits « allebardeaux » dans le parler local et la toiture fuit « y pleuvant de partout ». La situation semble avoir été rétablie un siècle plus tard « avons trouvé le sanctuaire et toute l’église […] en état » fait consigner Jean-Baptiste Massillon, évêque de Clermont en 1727.  Il faut dire qu’à cette époque, le curé a bénéficié pour les travaux de l’église, d’un don important du notaire de Compains et de son épouse.

La réfection du clocher à base hexagonale qui s’élève à la croisée du transept s’avéra indispensable en 1683. Les paroissiens étaient si pauvres et « si surchargés de taille » qu’ils n’avaient pu faire accomoder le clocher à temps. Les éléments s’étaient mis de la partie : « la gresle et les inondations [ont été] si fréquentes qu’il leur a esté impossible de remettre le clocher de ladite paroisse [qui] tout ruiné menace d’une chute entière ». Mais où trouver l’argent des travaux ? C’est l’impôt qui y pourvoiera. Dans une supplique adressée à l’intendant d’Auvergne, la levée d’une imposition exceptionnelle fut demandée par les habitants pour réunir les 1200 livres nécessaires à l’exécution des travaux. Ainsi fut fait et chacun paya au prorata de ses revenus.  En 1742, c’est au tour du presbytère d’être considéré « en état de détresse ». Peu avant la Révolution, l’état de l’église sera estimé correct par l’évêque, sous réserve d’en rénover le pavement. 

Nombre de clochers du Cézalier ont été restaurés, remaniés ou reconstruits au XIXe siècle pour réparer tant les outrages du temps que ceux des révolutionnaires. Refait en 1822, le clocher de Compains voit sa flèche couverte de bardeaux de châtaignier, pratique courante en région de montagne. 

Le clocher contient quatre cloches refaites en 1884, 1887 (2) et 1896.

 

 

 

 

 

Le portail méridional 

     Comme de nos jours, c’était le portail méridional triplement voussuré qu’on utilisait au quotidien. Il fut refait au XIXe siècle comme les deux autres portes de l’église  (B. Phalip). Les vantaux du portail sont couverts de quatre pentures en fer forgé dont le style évoque en plus rustique le type d’Auzon qu’on retrouve fréquemment dans la partie ouest de l’Auvergne. Certaines terminaisons des pentures ouvragées portent des ébauches de têtes humaines ou des gueules de monstres assez frustes. 

Le portail méridional de l’église Saint-Georges 

 

 

La légende des pentures de Compains

     On racontait à Compains l’origine légendaire des quatre pentures du portail sud. En un temps où les seigneurs avaient encore de « mauvaises coutumes », deux chevaliers s’affrontaient sur leur destrier devant le porche de l’église.

chevalier

 Blessé, l’un d’eux voulut chercher refuge dans l’église où il entra, toujours à cheval. A l’instant où les fers de l’animal touchaient le pavement du sanctuaire, ils se détachèrent. On les cloua alors sur les vantaux de la porte.

 

Egliseneuve d’Entraigues, église Saint-Austremoine   

Chevalier   

  

 

 

 

 

 

 L’INTERIEUR DE L’EGLISE

 

  

 

Compains –  La nef de l’église Saint-Georges

Lithographie d’Emile Sagot (1801-1900) – Arch. dép. du P.- de-D., Photothèque Cg63 – Reprod. Serge Seguin 

  

 

 La nef

 Les chapiteaux

 

    Bon pasteur ou pélerin ?

     Dans la nef, des chapiteaux floraux revêtent un aspect purement ornemental. Les chapiteaux historiés, aux corbeilles élancées et galbées, ne sont pas inspirées par des scènes de la vie religieuse mais plutôt par des scènes de la vie quotidienne des montagnes.

 

 

     Des personnages barbus ornent les angles des corbeilles séparés par des bottes de seigle ou des fleurs . Le sculpteur des chapiteaux semble avoir voulu représenter la vie des paysans des environs. Vêtu d’une robe et appuyé sur son bâton, un personnage en pied évoque l’un des nombreux bergers qui gardaient les troupeaux dans les montagnes. On ne peut non plus exclure qu’il s’agisse du Bon Pasteur (Evangile de Luc, chap. 15) ou même  du pèlerin qui, soutenu par son bâton se rendait à Vassivière ou à la Font-Sainte.

 

Compains – Eglise Saint-Georges Chapiteaux à corbeilles évasées ornés de têtes séparées par des fleurs et des gluys de seigle.

 

 

 

 

Etat déplorable de l’église au XVIIe et au XVIIIe siècle

     Les visites pastorales montrent que la cure vit dans la parcimonie, même sur l’autel : « la lampe [de l’autel] n’est allumée que pendant l’office […] faute de fonds », et ce encore en 1782. Cette pratique économe est particulièrement désapprouvée par l’évêque François Bochard de Saron qui ordonne qu’une personne pieuse fasse des quêtes dans la paroisse pour financer l’achat d’huile.

     L’autel est garni en 1634 de nappes, de chandeliers de cuivre et d’images saintes. On y trouvait en 1700 le Saint Sacrement dans un tabernacle de bois sculpté avec un ciboire d’argent et deux vases. Même les vêtements du curé sont pitoyables : « les chapes sont toutes déchirées », les contours sont faits dans de « pauvres étoffes » et les « ornements de chasubles ont besoin d’etre réparés ». 

 

 

 

Le Choeur

 L’abside

      L’âpre climat des montagnes a influencé les constructeurs de l’église, comme peut-être aussi le style en vogue en Poitou et Limousin. De hautes fenêtres en lancette très étroites éclairent l’abside polygonale à cinq pans. Bien adaptées à la froidure ambiante, elles compensent leur étroitesse par un large ébrasement intérieur et extérieur qui assure une bonne luminosité au choeur de l’église. 

L’autel

     La seconde moitié du XIXe siècle est marquée en Auvergne par un important mouvement de rénovation des églises encouragé par les évêques. Dans nombre de sanctuaires, des autels de marbre blanc sont alors installés pour remplacer les retables et les anciens autels.

 

 

     Compains n’échappa pas à ce mouvement rénovateur.  L’autel de marbre blanc est surmonté d’un tabernacle de la même matière. L’ensemble est sensiblement différent de l’autel représenté quelques années auparavant sur la lithographie d’Emile Sagot. Pour faire face aux frais, le conseil de fabrique dut faire appel aux dons des paroissiens.

 

Choeur, détail d’une retombée de voûte Ministère de la culture, base Palissy, cl. Franck Genestoux

 

   

    

     Le mobilier liturgique est souvent délabré : on ne trouve à Compains en 1634, aucun confessionnal « qui aurait indulgenté ladite paroisse ». En 1700, un confessionnal sommaire a été réalisé mais l’évêque demande qu’on lui ajoute « des grilles a deux écoutes, deux accoudoirs et agenoulloirs a peine d’interdiction dudit confessionnal ». La chaire est dite en 1782 « dans le plus mauvais état et de toute vétusté ». Quant aux « peuples », ils ne sont pas invités à s’asseoir : « il n’y a d’autre banc que celui du seigneur » dans l’église Saint-Georges. 

 

 

    

 

 

 

 

 

 

 

    L’arrière de l’autel abrita longtemps ce qui servait de sacristie. Plusieurs fois réclamée par les évêques au XVIIe    et au XVIIIe siècle la sacristie était jugée indispensable, « n’y ayant qu’un réduit très étroit derrière l’autel ». Après maintes hésitations, une petite sacristie qui empiétait sur le cimetière du côté sud de l’église fut construite au XIXe siècle.

culot main

 Les culots

 

  culot tête

  

 

 

  

  

 L’imagination des tailleurs de pierre auvergnats fit son oeuvre à l’entrée  du choeur de l’église : regardant l’autel, deux paires de culots d’exécution très soignée terminent des colonnes tronquées. Les deux premiers culots présentent des têtes d’hommes aux traits ronds et simples qui portent une chevelure à rouleaux (voir aussi à Aigueperse et Riom) ; les deux autres culots montrent deux mains qui semblent jaillir du mur pour soutenir les colonnes. Les mains aux doigts écartés et aux ongles marqués semblent tendues vers l’autel.

 

 

  

 

  

  

     Les fonts baptismaux font l’objet de critiques répétées lors des visites pastorales : ils ne sont pas couverts d’une « piramide » de bois et l’eau du baptême repose directement dans le bassin de pierre. Une cuve baptismale, sans doute la pierre sculptée de losanges (XIIe-XIIIe siècle) que nous voyons aujourd’hui dans le transept nord, est décrite en bon état lors de la visite pastorale de l’évêque en 1700. Il y manque cependant un couvercle (la pyramide) qui ne sera installé qu’au début du XVIIIe siècle. Un autre problème se pose à l’évêque François de Bonal en 1782 : « le bassin a besoin d’être étamé […] et les vases des saintes huiles [sont] hors d’état de conserver décemment ce qu’ils contiennent ». 

  

  

  

 

                                                                    

Le buste du donateur

  

  

      Près de la cuve baptismale est installée une croix de cimetière en andésite aux bras courts cylindriques et aux amortissements arrondis. La croix porte un Christ caractéristique de l’art populaire auvergnat. A son pied, le buste du donateur placé sur le fut surmonte un socle octogonal de facture gothique. Au revers de la croix, la vierge.

  

  

  

   

La croix et les fonts baptismaux se trouvaient à la fin des années  quatre vingts à l’extérieur de l’église, près du portail méridional. 

  

   

 

 Croix de cimetière dans le transept de l’église

De face, le Christ, au revers de la croix, la Vierge.

 

 

 

 

 

 

 

  LES LIEUX DE SEPULTURE

 

Le transept de l’église, l’autre cimetière

      La nef romane du XIIe siècle à deux travées est séparée du choeur gothique par le transept, lieu où sont habituellement « ensépulturés »  les prêtres de la paroisse et certains laïcs. 

        Les religieux sont traditionnellement inhumés dans la chapelle Notre Dame du Rosaire, du côté nord de l’édifice. C’est là que fut enseveli en 1740 Jean Breulh, vicaire puis curé de Compains pendant plus de quarante ans  pour respecter la dernière volonté exprimée dans son testament : « a esté inhumé dans leglize de Compains et dans la chapelle du Rosaire messire Jean Breulh pretre et curé dudit Compains ». 

        Pour les laïcs, qu’ils fussent nobles ou roturiers commodes, être enterré dans l’église était un privilège recherché mais tarifé qui représentait un avantage financier pour le curé de la paroisse. Certains laïcs furent inhumés dans le transept sud, face à la chapelle Saint-Martial. Jean de Laizer, seigneur de Compains, Brion et Chaumiane fut inhumé en 1676 dans l’église Saint-Georges comme le fut son épouse Jeanne de Bonnafos de Bélinay en 1687. André de la Ronade, hobereau de la petite seigneurie d’Escouailloux, y fut enseveli en 1687, comme l’avait été Pierre Martin, laboureur de Marsol en 1658. Des Morin, famille longtemps influente à Compains, y furent également inhumés : en 1663  les parents d’« honorable homme »  Jean Morin notaire royal, furent ensevelis « dans la nef de l’église joignant le pilier qui est a main droite de la chapelle Saint-Martial où est la petite porte de l’église montant au clocher ». Jean Morin Nabayrat, gros laboureur du village, l’y suivra en 1689. 

       Depuis le 16 août 1670, un arrêt du parlement avait interdit les inhumations dans les églises, sauf pour les propriétaires d’enfeu. Le 10 mars 1776, un texte royal renouvelait cette interdiction pour tous à l’exception de ceux qui avaient eu jusque là le droit d’être « sépulturés » dans le choeur. 

 

Le cimetière  

      Dans son testament, le villageois souhaitait être « ensevely et inhumé au tombeau de ses prédecesseurs ».  Le cimetière de Compains longeait les côtés sud et est de l’église. A Compains comme dans les paroisses voisines, les évêques déploraient que l’entretien du cimetière fût négligé par les habitants. Pour conserver leur dignité aux sépultures et éviter la divagation des animaux parmi les tombes, le cimetière devait être clos de murs que l’évêque considérait toujours comme trop bas ou mal entretenus. En 1634, il n’y avait ni portes ni grilles « pour empecher que les bestiaux n’y entrent ». Persistant en 1700, ce défaut semble réparé lors des visites de l’évêque Massillon en 1727 et 1735. La situation était redevenue critique en 1782 : murs trop bas, portes absentes, rien n’est plus fait au cimetière « pour en défendre l’accès aux animaux ». 

     Le transfert des cimetières hors des villages fut ordonné en 1776. Un texte napoléonien rappela cette nécessité mais ces injonctions furent peu suivies dans les petites communes rurales et en particulier à Compains. En 1855 les équipements collectifs étaient encore inexistants. La commune n’avait encore ni mairie ni école, le presbytère était une ruine et le cimetière n’avait toujours pas été déplacé. L’idée même de réaliser un aménagement communal soulevait des polémiques.

     Comme nombre de cimetières de montagne, le cimetière de Compains était construit sur le rocher qui, affleurant par endroits, empêchait que les tombes soient creusées aussi profondément que nécessaire. L’architecte appelé en renfort par le préfet considérait que le cimetière qui longeait le flanc sud de l’église Saint-Georges constituait « un foyer insalubre » qu’il fallait faire disparaître du chef-lieu de la commune alors que « partout des ossements blanchis couvrent la surface du terrain ». Il dresse le tableau peu hygiénique de la situation : « la profondeur moyenne des fosses est d’un mètre [et] lorsque le terrain sera affaissé il n’y aura pas quarante centimètres entre le cadavre en putréfaction et les personnes qui le dimanche attendent dans le cimetière l’heure de la messe ». Alors qu’on comptait 910 habitants à Compains en 1855, les pouvoirs publics estimaient le cimetière trop exigu eut égard aux trente cinq décédés que, selon l’architecte, on y inhumait en moyenne chaque année. Notons que l’examen des registres de sépultures amène à réviser les allégations de l’architecte qui, voulant convaincre, doublait le nombre des morts : entre 1845 et 1870 on comptait en moyenne chaque année  à Compains dix huit inhumations et non trente cinq, mais cela changeait-il le fond du problème ?

     Se fondant sur les pratiques « immémoriales » des habitants, le maire et son conseil municipal exprimaient leur vive opposition à la translation du cimetière. Disant refléter l’avis de la plupart des compainteyres, les élus estimaient « qu’il n’y a pas dans le village de maladies épidémiques et qu’on y vit aussi longtemps qu’ailleurs ». Le conseil argumente qu’avant 1792 la population était beaucoup plus nombreuse puisque la commune comprenait cinq villages de plus – ceux qui ont été détachés de Compains pour être rattachés à Egliseneuve [voir le chapitre Population et territoires] – que personne ne s’était jamais plaint de l’état du cimetière et qu’en outre la commune « très pauvre » en financerait difficilement le déplacement. La préfecture finira par renoncer.

Le cimetière de Compains ne fut transféré au nord du village qu’en 1932. 

 

Les « morts sur le toit » 

      En un temps où la froidure, plus âpre qu’aujourd’hui,  durait cinq ou six mois, décéder l’hiver dans le Cézalier pouvait être synonyme d’inhumation différée. L’hiver, la neige bloquait durablement les chemins encombrés de congères et rendait difficile le creusement des caveaux.  Certaines communes étendues du Cézalier étaient riches de villages nombreux, mais dispersés et éloignés de l’église. La distance rendait aventureuse la conduite du défunt au cimetière. 

     Contrainte et forcée, la famille différait alors l’inhumation. Le défunt, enveloppé dans un solide linceul, était hissé sur le toit de la maison à l’abri des animaux errants. Cette solution d’attente imposée par la nécessité dans les régions très froides était pratiquée couramment dans le Cézalier avant l’apparition des engins de déneigement. L’arrière-grand-mère (1836-1924) de l’auteure de ces lignes fut ainsi hissée sur le toit de chaume de sa maison d’Artoux dans l’attente du dégel qui permettrait de l’ensevelir dans le cimetière alors situé près de l’église de Saint-Alyre-ès-Montagne.

  

LES CLOCHES

Rôle protecteur des cloches

      Quatre cloches sonnaient à Compains. Les ruraux du Cézalier attribuaient un fort pouvoir symbolique aux cloches de leur église. Les cloches servaient d’intermédiaire entre l’homme et le ciel pris tant dans sa dimension religieuse que profane. Sonnant pour attirer les fidèles égaillés dans des hameaux dispersés, carillonnant quand se déclarait un incendie ou quand le brouillard blanchissait la montagne, les cloches rythmaient chaque moment de la vie du village, qu’ils soient religieux, climatiques ou accidentels. 

      Tout dévot pouvant cacher un superstitieux, les cloches étaient considérées comme indispensables pour éloigner la grêle ou détourner la foudre. Les Rituels des diocèses reconnaissaient ce rôle protecteur « le son de la cloche met en pièce l’orage, écarte le tonnerre, dissipe la tempête » dit le Rituel de Bourges. Le subdélégué d’Issoire, Laffont de Saint Marts, se montre plus dubitatif quand il parle du « préjugé où sont les habitants de cette province et surtout ceux des montagnes, que le son des cloches détourne les orages ». 

      Compains fut gravement touché par les grêles en 1775. Le procès verbal de chevauchée des experts venus constater l’étendue des dégats, relate que la foudre frappa ce jour là le clocher de l’église. L’incendie épargna le sanctuaire mais les dégats montèrent à 400 livres. Les sonneurs de cloches sont les premières victimes de l’orage. Ce jour de 1775, le sonneur Louis Espinoux en réchappa, mais brûlé, il fut hors d’état de travailler pendant trois semaines, ne put récolter son foin, le perdit et réclama de ce fait 80 livres d’indemnités. 

Le parlement de Paris finira par défendre de sonner les cloches pendant les orages pour éviter le foudroiement des carillonneurs. Progressivement au XIXe siècle, se dissipera l’idée que le son des cloches peut constituer un bouclier protecteur face aux intempéries. 

Refonte des cloches de Compains sous Louis XV 

     Sonner, casse ! Comme le clocher, les cloches nécessitèrent à plusieurs reprises des travaux coûteux. Lors de la visite pastorale de 1634, le clocher n’était plus garni que de trois cloches : la quatrième venait d’être refondue et attendait sa bénédiction dans l’église. En 1768, les deux plus grosses cloches étaient endommagées : « la grande cloche de l’église s’est cassée en la sonnant à l’ordinaire, la seconde qui est a peu près de la même grandeur se trouve percée et a presque perdu son gond ». Seules restent « deux petites cloches qui ne leur sont d’aucun secours vu leur petitesse ». Leur son n’atteint pas les hameaux les plus éloignés du bourg. 

     Comment se passer de cloches « dans les mauvais jours d’hyver qui souvent par ce moyen ont empeché de périr plusieurs d’entre eux qui s’étaient écartés des chemins [car] tous les villages de ladite paroisse [sont]  sittués dans les montaignes vastes sans aucun arbre ny remarque qui puisse faire reconnaitre l’endroit ». Le 3 juillet 1767, une assemblée générale réunit devant l’église une cinquantaine de chefs de famille. Les consuls brossent le noir tableau des nombreux inconvénients et des dangers qui résulteraient de l’absence des plus grosses cloches. Surtout, comment appeler à la messe des ouailles dispersées dans des villages « éloignés de leur églize d’une lieue et d’une lieue et demy ». On décida de refondre les cloches. Un impôt exceptionnel fut voté et payé par les 64 chefs de famille qui cotisaient 20 livres de taille et au dessus. Au préalable, les services royaux de Versailles avaient donné leur accord. Et deux ans plus tard, les égarés dans les brumes du Cézalier purent enfin retrouver leur chemin! 

 

Eglise Saint-Georges - vue nocturne

Eglise Saint-Georges

 

     

 

Un commentaire sur “– L’église Saint-Georges”

  1. BROQUERIE Says:

    Bonjour,
    Le site de Compains me plaît dans sa présentation; les photos à l’appui illustrent parfaitement certains commentaires.
    Bravo à l’auteur(e)
    VB