Compains

Histoire d'un village du Cézallier

– L’église Saint-Georges

   

L’EGLISE SAINT-GEORGES  (XIIe – XIIIe siècle)

 

     A la fin du XIIe ou dans le premier tiers du XIIIe siècle, Compains ne resta pas à l’écart de l’élan religieux qui couvrait le royaume d’un « blanc manteau d’églises ». A peine pourrait-on nuancer cette observation poétique du moine Raoul Glaber pour parler en Auvergne d’un « sombre manteau d’églises » compte tenu de la nature des matériaux employés. Le nouveau sanctuaire construit à Compains dans un style transition  entre le roman et le gothique, dit aussi gothique primitif, conserve une nef romane à deux travées sans bas-côtés, à laquelle fut ajouté un choeur transition. La tour d’escalier située au pied du clocher ne sera ajoutée qu’au XVe siècle.

 

Saint-Georges, omniprésent à Compains 

Saint George

 

     L’église Saint-Georges de Compains est sous la titulature d’un martyr oriental, saint Georges, un saint auxiliateur qui secourt les hommes et les animaux. Honoré partout à Compains (église, fontaine, oratoire, vitrail, chasse), saint Georges aurait été selon la légende un officier des légions romaines d’orient supplicié en 303 sous Dioclétien.

  

  Statue équestre de saint Georges terrassant le dragon. Transept de l’église de Compains.

 

 

Compains – Eglise Saint-Georges Chasse de Saint-Georges

 

 

 

 

 

Symbolisant la lutte contre le paganisme, on trouve saint Georges terrassant le dragon dans l’église où un bois sculpté, un vitrail et une chasse lui sont dédiés. Il orne la fontaine du village et, à peu de distance du centre du bourg, il christianise une source où l’on construisit au XVIIIe siècle un oratoire qui lui est dédicacé.

 

 

 

 

 

 

 

 

  L’église, coeur de la paroisse 

  

 

    Sur la place, à l’ombre du Sully où on attachait encore le bétail au siècle dernier, on débattait des questions à régler profitant de ce qu’à l’appel des cloches, tous sont venus assister à l’office depuis les nombreux villages de la paroisse. On trouvait là les chefs de famille « faisant et composant la majeure et la plus saine partie des principaux habitants ». 

  

 

 

 

Un édifice coûteux à entretenir 

     L’église romano-gothique commencée à la fin XIIe ou au début du XIIIe siècle est de style transition. Elle associe une nef romane à deux travées et un choeur de style gothique primitif à travée unique. A l’époque de sa construction, nous sommes en un temps où les chevaliers de Bréon, seigneurs de Brion, prenaient la Croix vers la Terre Sainte et devenaient les vassaux du Dauphin d’Auvergne (1222).

D’une solide construction, l’édifice fut remanié au XVe siècle et une tourelle d’escalier lui fut accolée près du transept sud. On la rénova au XIXe siècle : en 1821 on craignait la chute de la tourelle d’escalier « ce qui entrainerait l’effondrement de la nef ». L’entretien du bâtiment, cause de dépenses importantes, faisait l’objet de multiples palabres entre les compainteyres et suscitait l’inquiétude des évêques lors des visites pastorales.

 

 

Le chevet

Eglise Compains côté EST

     Polygonal, le chevet est percé de fines fenêtres en lancette semblables à des meurtrières pour mieux protéger l’église du froid. Il est renforcé par des colonnes elles aussi polygonales surmontées de chapiteaux dont les motifs ornementaux portent un fort sens symbolique.

 

 

 

 

 Les chapiteaux

Compains chapiteaux chevet cerf 2

 

 

   

 

 

   Chapiteau au décor animalier

 

 

 

 

 

 

     Un chapiteau au décor animalier symétrique porte au centre et de part et d’autre de l’axe médian deux animaux de profil qui s’affrontent. A gauche un lion. Symbole de puissance, le lion au fil du XIIe siècle, a succédé à l’ours comme roi des animaux. Il est représenté ici dressé sur ses pattes arrières, toutes griffes dehors, dans une position fréquente en héraldique.

     Face à lui, un dragon lui aussi dressé sur ses pattes arrière porte des cornes de bouc et des ailes de chauve-souris. Dans cette scène où le sculpteur a voulu symboliser le combat entre le bien et le mal, le lion représente ici le croyant qui combat le péché. On peut y voir également le gardien de l’église puisque le lion, outre sa réputation de courage, était réputé dormir les yeux ouverts.

     Ces deux animaux sont flanqués de deux cerfs porteurs de bois imposants. Au fil du XIIe siècle, la chasse au cerf, animal christique et gibier royal, avait remplacé la chasse à l’ours autrefois pratiquée par les nobles. Traditionnellement, le cerf tuait le serpent, incarnation du mal et la repousse annuelle de ses bois en faisait  un symbole de résurrection.

     Enfin, on remarque des feuilles de houx qui comblent les vides du chapiteau et prennent la forme d’une croix sur l’axe médian. Considéré comme le symétrique hivernal du chêne, le houx symbolisait la persistance de la végétation en hiver. Depuis le temps des druides, il était aussi réputé repousser les mauvais esprits et la foudre.

 

            Chapiteau des vignerons

 

 

     Le chapiteau ci-contre représente des têtes sereines et souriantes séparées par un entrelacs de grappes de raisin et de feuilles de vigne. Sans doute exécutés par le même artiste, les personnages portent tous la même coiffure à rouleaux qu’arborent les têtes des culots qui soutiennent les colonnes du chœur de l’église.

     Sachant que le climat interdit la culture de la vigne à Compains, on ne peut voir ici une représentation de la vie rurale locale. C’est donc à nouveau un thème religieux que le sculpteur a voulu évoquer ici : celui du Christ et de l’eucharistie.

 

 

 

 

 Les modillons du chevet

 

 modillons du chevet

      modillon à tête d’homme

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 La tour d’escalier

Solidement construite la tourelle d’escalier (XVe siècle) conduit jusqu’aux cloches.

 

 

     Qui finança l’ajout de cette tourelle quelques décennies après la fin des ravages de la guerre de Cent ans ? Peut-être les Souchet, des bourgeois clermontois détenteurs depuis 1411 de la seigneurie de Brion qu’ils ne vendront que vers 1525 aux Montmorin Saint-Hérent. Seigneurs du lieu durant près de 150 ans, les Souchet pourraient avoir voulu laisser leur empreinte dans les montagnes en finançant cet ajout à l’église. 

 

  La construction de la tour s’assortit de la mise en place à l’angle d’un de ses murs d’une minuscule tête humaine dont la signification mystérieuse nous interpelle.

 

 

 

Surprise sur le mur de la tour :

Petite tête placée sur la tour d’escalier

 

 

Eglise Compains Tour

Tour d’escalier (XVe s.)

     Le cercle bleu tracé sur la tour d’escalier ci-contre désigne l’emplacement d’une tête (à droite) peut-être un « veilleur de pierre », figurine protectrice qu’on plaçait en Auvergne à l’angle de deux murs d’une maison ou sur sa façade pour la protéger. Que veut nous dire sa position sur l’église ? Protection contre la foudre ou contre le malin ?

 

 

 

 

 

  

Le « clochier » et son coq

     L’église dallée et voûtée apparait bien dégradée quand l’archiprêtre d’Issoire examine l’état du bâtiment en 1634. Le « clochier de Compens » est couvert d’un toit de bardeaux dits « allebardeaux » dans le parler local et la toiture fuit « y pleuvant de partout ». La situation semble avoir été rétablie un siècle plus tard « avons trouvé le sanctuaire et toute l’église […] en état » fait consigner Jean-Baptiste Massillon, évêque de Clermont en 1727.  Il faut dire qu’à cette époque, le curé a bénéficié d’un don important du fils du notaire de Compains Jean Morin, lieutenant en la justice de Compains (†1711), et de son épouse Louise de Laizer (†1712) qu’il a pu utiliser pour des travaux à l’église.

 

L’ancien coq du clocher…

 

 

       La réfection du clocher qui s’élève à la croisée du transept s’avéra indispensable en 1683. Les paroissiens étaient si pauvres et « si surchargés de taille » qu’ils n’avaient pu faire accommoder le clocher à temps. Les éléments s’étaient mis de la partie : « la gresle et les inondations [ont été] si fréquentes qu’il leur a esté impossible de remettre le clocher de ladite paroisse [qui] tout ruiné menace d’une chute entière ». Mais où trouver l’argent des travaux ? C’est l’impôt qui y pourvoiera. Dans une supplique adressée à l’intendant d’Auvergne, la levée d’une imposition exceptionnelle fut demandée par les habitants pour réunir les 1200 livres nécessaires à l’exécution des travaux. Ainsi fut fait et chacun paya au prorata de ses revenus. 

En 1742, c’est au tour du presbytère d’être considéré « en état de détresse ». Peu avant la Révolution, l’état de l’église sera estimé correct par l’évêque, sous réserve d’en rénover le pavement. 

 

       Nombre de clochers du Cézalier ont été restaurés, remaniés ou reconstruits au XIXe siècle pour réparer  des ans l’irréparable outrage, pour réparer aussi les destructions des révolutionnaires. Refait en 1822, le clocher de Compains voit sa flèche couverte de bardeaux de châtaignier, une pratique courante en région de montagne.

       L’ancien coq qui surmontait le clocher est aujourd’hui placé dans l’église. Symbole de renaissance et de vie,  le coq est associé chez les chrétiens au jour qui se lève, au reniement de Saint-Pierre et à la résurrection. Depuis 2016, une nouvelle girouette,  elle aussi ornée d’un coq, surmonte le clocher de Saint-Georges.

 

… et le nouveau

 

Les cloches

       Les compainteyres craignirent à plusieurs reprises que « la rigueur de l’hiver ne fasse abattre le clochier […] qui est tout ruiné et menasse d’une ruine entière ». Mais qu’en fut-il des cloches ?

       Les ruraux du Cézalier attribuaient un fort pouvoir symbolique aux cloches de leur église. Les cloches servaient d’intermédiaire entre l’homme et le ciel pris tant dans sa dimension religieuse que profane. Sonnant pour attirer les fidèles égaillés dans des hameaux dispersés, carillonnant quand se déclarait un incendie ou quand le brouillard blanchissait la montagne, les cloches rythmaient chaque moment de la vie du village, qu’ils soient religieux, climatiques ou accidentels. 

      Tout dévot pouvant cacher un superstitieux, les cloches étaient considérées comme indispensables pour éloigner la grêle ou détourner la foudre. Les Rituels des diocèses reconnaissaient ce rôle protecteur « le son de la cloche met en pièce l’orage, écarte le tonnerre, dissipe la tempête » dit le Rituel de Bourges. Le subdélégué d’Issoire, Laffont de Saint Marts, se montre plus dubitatif quand il parle du « préjugé où sont les habitants de cette province et surtout ceux des montagnes, que le son des cloches détourne les orages ». 

Le parlement de Paris finira par défendre de sonner les cloches pendant les orages pour éviter le foudroiement des carillonneurs et progressivement, au XIXe siècle se dissipera l’idée que le son des cloches peut constituer un bouclier protecteur face aux intempéries. 

Comme le clocher, les cloches nécessitèrent à plusieurs reprises des travaux coûteux. Lors de la visite pastorale de 1634, le clocher n’était plus garni que de trois cloches : la quatrième venait d’être refondue et attendait sa bénédiction dans l’église.

Compains fut gravement touché par les grêles en 1775. Le procès verbal de chevauchée des experts venus constater l’étendue des dégats, relate que la foudre frappa ce jour là le clocher de l’église. L’incendie épargna le sanctuaire mais les dégats montèrent à 400 livres. Le carillonneur avait été la première victime de l’orage. Ce jour de 1775, le sonneur Louis Espinoux en réchappa, mais fut brûlé et hors d’état de travailler pendant trois semaines. Dans l’incapacité de récolter son foin, il le perdit et réclama de ce fait 80 livres d’indemnités. 

 

Refonte des cloches sous Louis XV

Deux des quatre cloches de l’église Saint-Georges sont hors d’usage en 1768 : « la grande cloche s’est cassée en sonnant à l’ordinaire, la seconde […] se trouve percée et a presque perdu son gond ». Seules restent « deux petites cloches qui ne leur sont d’aucun secours vu leur petitesse ».

       Syndics et consuls de la paroisse doivent maintenant convaincre leurs administrés qu’ils vont devoir financer la refonte des cloches. Ils brossent aux habitants le noir tableau d’une paroisse privée de ses cloches, d’autant que beaucoup d’entre eux sont « éloignés de leur église d’un quart de lieue et demy ». Comment se passer de cloches en effet « dans les mauvais jours d’hyver qui souvent par ce moyen ont empréché de périr plusieurs d’entre eux qui s’étaient écartés des chemins [car] tous les villages de ladite paroisse [sont] situés dans des montaignes vastes sans aucun arbre ny remarque qui puisse faire reconnaitre l’endroit ». Et comment éviter que la foudre ne s’abatte si on ne peut plus sonner à toute volée – quitte à ce que le sonneur soit foudroyé, ce qui arriva à Compains – pendant les terribles orages qui sévissent sur le Cézalier ? Comment aussi au quotidien appeler les fidèles à l’office et carillonner aux cérémonies ? Il faut au plus vite à Compains des cloches puissantes et qui sonnent bien !

     Convaincus, les compainteyres demandent l’avis de Durand, fondeur de cloches à Champeix. Son estimation monte à 1800 livres pour cinq quintaux de métal « necessaires pour remplacer le déchet qu’il y aura en refondant les deux cloches ».  Assemblés à la sortie de la messe, les paroissiens « sont d’avis d’une voie unanyme » qu’il faut réparer les cloches. Pour financer une telle dépense alors que les fonds de la fabrique de l’église sont insignifiants, il va falloir recourir à la procédure habituelle et lever sur les habitants un impôt exceptionnel. On décide donc d’envoyer une supplique à l’intendant d’Auvergne pour que soit ordonnée la levée  d’un impôt pour les cloches qui sera prélevé au prorata du revenu des taillables de la paroisse.

       Antoine de Montyon, intendant d’Auvergne, répond aux habitants le 10 août 1768. Circonspect, il décide qu’une nouvelle assemblée délibératoire des habitants doit être convoquée plus formellement sous quinzaine avec la participation obligatoire de ceux qui paient au moins vingt livres de taille. Répartis dans 12 des hameaux de Compains, on trouva 64 chefs de famille qui payaient 20 livres ou plus.

Les choses sont ensuite rondement menées. Une fois renouvelé l’accord des habitants, l’intendant par ordonnance du 13 septembre 1768 commet le juriste bessard Charles Godivel pour procéder par « bail au rabais » à l’adjudication de la refonte des deux grosses cloches, tant pour le métal et la main d’œuvre du fondeur que pour les ouvrages qui doivent précéder et suivre la refonte. La publication sera faite trois dimanches de suite à Champeix, Clermont et Brioude. Le 9 juin 1769 les travaux sont adjugés à Pierre Mare, un fondeur de cloches lorrain venu s’installer à Brioude. Il refondra les deux cloches pour 300 livres et « sera tenu de les descendre, remonter et remplacer a la hauteur quelles doivent […] et les rendre harmonieuses et de bon son ». On adjuge en enfin à Tartière de Compains la fourniture de 30 journées de main d’œuvre, la confection du fourneau, la fourniture de planches pour les échafauds. Le total des travaux atteint 684 livres, soit un peu plus du tiers de l’estimation du fondeur de Champeix.

Lever un impôt exceptionnel – fut-il volontaire – est une affaire qui doit remonter à Versailles où le Conseil d’Etat avalise la procédure et ordonne que le prélèvement fiscal sera effectué en 1769.

culture.gouv.fr Mistral, Palissy , © Région Auvergne, inventaire général du patrimoine, Roger Choplain, Roland Maston

culture.gouv.fr Mistral-Palissy © Région Auvergne, Inventaire du Patrimoine – Roger Choplain, Roland Maston

 

Fort de cette autorisation, Antoine de Montyon peut ordonner l’exécution des travaux le 17 août 1769. Un an plus tard, les nouvelles cloches sont installées et le 2 août 1770 le curé délivre un certificat attestant le service fait.  Pierre Mare, le fondeur de cloches peut être payé.

 

Cloche fondue en 1889 par Burnichon (1832-1891), fondeur à Montferrand – Aurières, église Saint-Anne

 

 

 

 

Refonte des cloches au XIXe siècle

      Les comptes rendus des visites pastorales retrouvés aux archives diocésaines montrent qu’après la tourmente révolutionnaire, en 1806 et 1807 il ne subsiste plus qu’une seule  cloche à Compains. Pourtant, quand le vicaire général Guillaume Mercier visite la paroisse en 1842, la situation s’est bien améliorée : trois cloches sonnent au clocher, deux grandes (700 kg et 500 kg) et une petite (82 kg).

Le regain de religiosité dans la seconde moitié du XIXe siècle décuple l’équipement de l’église en qualité comme en quantité. En 1884, le bon état des bâtiments et des équipements est constaté.

Alors que Jean Monestier est curé de Compains, on refond la grosse cloche en 1884 : c’est la plus grave et elle mesure 1,20 mètre de diamètre. On peut y lire « deus meus ad te luce vigilo ». Son parrain est Jean Verdier de Chaumiane et sa marraine Anne Chanet-Tartière des Costes. Le comte et la comtesse de Laizer en sont les parrain et marraine honoraires.

En 1887, on réalise deux cloches : une petite cloche d’un diamètre de 49 centimètres et une autre de 72 centimètres. C’est la famille Chabaud-Reynaud qui en a fait don en mémoire de ceux qu’elle aime et qu’elle pleure : Antoine Chabaud-Reynaud, Marie Raynaud-Chabaud et Anne Chabaud-Tartière de Compains. Le parrain de la cloche est Louis Tartière-Chabaud de Compains, la marraine Françoise-Chabaud-Verdier de Cabaret (Valbeleix).

En 1896 enfin, durant le ministère de l’abbé Levigne curé de la paroisse, une cloche de 97 centimètres de diamètre est dédiée « à la plus grande gloire de Dieu et de Marie ». Son parrain est François Minet de Cureire et sa marraine Marguerite Panchot-Morin d’Escouailloux. Les trois cloches ont été fondues par Philibert Burnichon (1832-1891), fondeur à Montferrand.

 

 

 

Le portail méridional 

     Comme de nos jours, c’était le portail méridional triplement voussuré qu’on utilisait au quotidien. Il fut refait au XIXe siècle comme les deux autres portes de l’église  (B. Phalip). Les vantaux du portail sont couverts de quatre pentures en fer forgé dont le style évoque en plus rustique le type d’Auzon qu’on retrouve fréquemment dans la partie ouest de l’Auvergne. Certaines terminaisons des pentures ouvragées portent des ébauches de têtes humaines ou des gueules de monstres assez frustes. 

Le portail méridional de l’église Saint-Georges 

 

 

La légende des pentures de Compains

     On racontait à Compains l’origine légendaire des quatre pentures du portail sud. En un temps où les seigneurs avaient encore de « mauvaises coutumes », deux chevaliers s’affrontaient sur leur destrier devant le porche de l’église.

chevalier

 Blessé, l’un d’eux voulut chercher refuge dans l’église où il entra, toujours à cheval. A l’instant où les fers de l’animal touchaient le pavement du sanctuaire, ils se détachèrent. On les cloua alors sur les vantaux de la porte.

 

Egliseneuve d’Entraigues, église Saint-Austremoine   

Chevalier   

  

 

 

 

 

 

 L’INTERIEUR DE L’EGLISE

 

  

 

Compains –  La nef de l’église Saint-Georges

Lithographie d’Emile Sagot (1801-1900) – Arch. dép. du P.- de-D., Photothèque Cg63 – Reprod. Serge Seguin 

  

 

 La nef

     Sombre, la nef est aveugle côté nord. Au sud, l’unique fenêtre a été en partie masquée lors de la construction de la tour d’escalier qui conduit au clocher. A l’ouest, seul l’oculus qui surmonte le portail apporte une lumière parcimonieuse.

 

 Les chapiteaux

 

    Bon pasteur ou pélerin ?

     Dans la nef, des chapiteaux floraux revêtent un aspect purement ornemental. Les chapiteaux historiés, aux corbeilles élancées et galbées, ne sont pas inspirées par des scènes de la vie religieuse mais plutôt par des scènes de la vie quotidienne des montagnes.

 

 

     Des personnages barbus ornent les angles des corbeilles séparés par des bottes de seigle ou des fleurs . Le sculpteur des chapiteaux semble avoir voulu représenter la vie des paysans des environs. Vêtu d’une robe et appuyé sur son bâton, un personnage en pied évoque l’un des nombreux bergers qui gardaient les troupeaux dans les montagnes. On ne peut non plus exclure qu’il s’agisse du Bon Pasteur (Evangile de Luc, chap. 15) ou même  du pèlerin qui, soutenu par son bâton se rendait à Vassivière ou à la Font-Sainte.

 

Compains – Eglise Saint-Georges Chapiteaux à corbeilles évasées ornés de têtes séparées par des fleurs et des gluys de seigle.

 

 

 

 

Etat déplorable de l’église au XVIIe et au XVIIIe siècle

     Les visites pastorales montrent que la cure vit dans la parcimonie, même sur l’autel : « la lampe [de l’autel] n’est allumée que pendant l’office […] faute de fonds », et ce encore en 1782. Cette pratique économe est particulièrement désapprouvée par l’évêque François Bochard de Saron qui ordonne qu’une personne pieuse fasse des quêtes dans la paroisse pour financer l’achat d’huile.

     L’autel est garni en 1634 de nappes, de chandeliers de cuivre et d’images saintes. On y trouvait en 1700 le Saint Sacrement dans un tabernacle de bois sculpté avec un ciboire d’argent et deux vases. Même les vêtements du curé sont pitoyables : « les chapes sont toutes déchirées », les contours sont faits dans de « pauvres étoffes » et les « ornements de chasubles ont besoin d’etre réparés ». 

 

La chaire

Décorée de trois panneaux de bois sculptés, une chaire était placée à gauche de la nef, près du transept de l’église Saint-Georges.  Cette chaire aujourd’hui démontée était encore visible au milieu du XXe siècle, comme le montre la carte postale ci-dessous qui date des années trente. Aujourd’hui, seuls sont encore conservés dans la sacristie deux des trois panneaux de bois sculptés de cette chaire.

 

Panneaux de bois de la chaire

 

Sur le panneau de gauche apparait l’auteur du deuxième évangile, Saint-Marc, qu’on célébrait le 25 avril. A ses pieds son attribut traditionnel, le lion dont Marc évoque les rugissements dans les premiers versets de son évangile.

Sur le panneau de droite, Moïse porte les tables de la loi.

 

La chaire dans les années trente

 

 

Le Choeur

 L’abside

      L’âpre climat des montagnes a influencé les constructeurs de l’église, comme peut-être aussi le style en vogue en Poitou et Limousin. De hautes fenêtres en lancette très étroites éclairent l’abside polygonale à cinq pans. Bien adaptées à la froidure ambiante, elles compensent leur étroitesse par un large ébrasement intérieur et extérieur qui assure une bonne luminosité au choeur de l’église. 

L’autel

     La seconde moitié du XIXe siècle est marquée en Auvergne par un important mouvement de rénovation des églises encouragé par les évêques. Dans nombre de sanctuaires, des autels de marbre blanc sont alors installés pour remplacer les retables et les anciens autels.

 

 

     Compains n’échappa pas à ce mouvement rénovateur.  L’autel de marbre blanc est surmonté d’un tabernacle de la même matière. L’ensemble est sensiblement différent de l’autel représenté quelques années auparavant sur la lithographie d’Emile Sagot. Pour faire face aux frais, le conseil de fabrique dut faire appel aux dons des paroissiens.

 

Choeur, détail d’une retombée de voûte Ministère de la culture, base Palissy, cl. Franck Genestoux

 

   

    

     Le mobilier liturgique est souvent délabré : on ne trouve à Compains en 1634, aucun confessionnal « qui aurait indulgenté ladite paroisse ». En 1700, un confessionnal sommaire a été réalisé mais l’évêque demande qu’on lui ajoute « des grilles a deux écoutes, deux accoudoirs et agenoulloirs a peine d’interdiction dudit confessionnal ». La chaire est dite en 1782 « dans le plus mauvais état et de toute vétusté ». Quant aux « peuples », ils ne sont pas invités à s’asseoir : « il n’y a d’autre banc que celui du seigneur » dans l’église Saint-Georges. 

 

 

    

 

 

 

 

 

 

 

    L’arrière de l’autel abrita longtemps ce qui servait de sacristie. Plusieurs fois réclamée par les évêques au XVIIe    et au XVIIIe siècle la sacristie était jugée indispensable, « n’y ayant qu’un réduit très étroit derrière l’autel ». Après maintes hésitations, une petite sacristie qui empiétait sur le cimetière du côté sud de l’église fut construite au XIXe siècle.

culot main

 Les culots

 

  culot tête

  

 

 

  

  

 L’imagination des tailleurs de pierre auvergnats fit son oeuvre à l’entrée  du choeur de l’église : regardant l’autel, deux paires de culots d’exécution très soignée terminent des colonnes tronquées. Les deux premiers culots présentent des têtes d’hommes aux traits ronds et simples qui portent une chevelure à rouleaux (voir aussi à Aigueperse et Riom) ; les deux autres culots montrent deux mains qui semblent jaillir du mur pour soutenir les colonnes. Les mains aux doigts écartés et aux ongles marqués semblent tendues vers l’autel.

 

 

  

 

  

  

     Les fonts baptismaux font l’objet de critiques répétées lors des visites pastorales : ils ne sont pas couverts d’une « piramide » de bois et l’eau du baptême repose directement dans le bassin de pierre. Une cuve baptismale, sans doute la pierre sculptée de losanges (XIIe-XIIIe siècle) que nous voyons aujourd’hui dans le transept nord, est décrite en bon état lors de la visite pastorale de l’évêque en 1700. Il y manque cependant un couvercle (la pyramide) qui ne sera installé qu’au début du XVIIIe siècle. Un autre problème se pose à l’évêque François de Bonal en 1782 : « le bassin a besoin d’être étamé […] et les vases des saintes huiles [sont] hors d’état de conserver décemment ce qu’ils contiennent ». 

  

  

  

 

                                                                    

Le buste du donateur

  

  

      Près de la cuve baptismale est installée une croix de cimetière en andésite aux bras courts cylindriques et aux amortissements arrondis. La croix porte un Christ caractéristique de l’art populaire auvergnat. A son pied, le buste du donateur placé sur le fut surmonte un socle octogonal de facture gothique. Au revers de la croix, la vierge.

  

  

  

   

La croix et les fonts baptismaux se trouvaient à la fin des années  quatre vingts à l’extérieur de l’église, près du portail méridional. 

  

   

 

 Croix de cimetière dans le transept de l’église

De face, le Christ, au revers de la croix, la Vierge.

 

 

 

 

 

 

 

  LES LIEUX DE SEPULTURE

 

Le transept de l’église, l’autre cimetière

      La nef romane du XIIe siècle à deux travées est séparée du choeur gothique par le transept, lieu où sont habituellement « ensépulturés »  les prêtres de la paroisse et certains laïcs. 

        Les religieux sont traditionnellement inhumés dans la chapelle Notre Dame du Rosaire, du côté nord de l’édifice. C’est là que fut enseveli en 1740 Jean Breulh, vicaire puis curé de Compains pendant plus de quarante ans  pour respecter la dernière volonté exprimée dans son testament : « a esté inhumé dans leglize de Compains et dans la chapelle du Rosaire messire Jean Breulh pretre et curé dudit Compains ». 

        Pour les laïcs, qu’ils fussent nobles ou roturiers commodes, être enterré dans l’église était un privilège recherché mais tarifé qui représentait un avantage financier pour le curé de la paroisse. Certains laïcs furent inhumés dans le transept sud, face à la chapelle Saint-Martial. Jean de Laizer, seigneur de Compains, Brion et Chaumiane fut inhumé en 1676 dans l’église Saint-Georges comme le fut son épouse Jeanne de Bonnafos de Bélinay en 1687. André de la Ronade, hobereau de la petite seigneurie d’Escouailloux, y fut enseveli en 1687, comme l’avait été Pierre Martin, laboureur de Marsol en 1658. Des Morin, famille longtemps influente à Compains, y furent également inhumés : en 1663  les parents d’« honorable homme »  Jean Morin notaire royal, furent ensevelis « dans la nef de l’église joignant le pilier qui est a main droite de la chapelle Saint-Martial où est la petite porte de l’église montant au clocher ». Jean Morin Nabayrat, gros laboureur du village, l’y suivra en 1689. 

       Depuis le 16 août 1670, un arrêt du parlement avait interdit les inhumations dans les églises, sauf pour les propriétaires d’enfeu. Le 10 mars 1776, un texte royal renouvelait cette interdiction pour tous à l’exception de ceux qui avaient eu jusque là le droit d’être « sépulturés » dans le choeur. 

 

Le cimetière  

      Dans son testament, le villageois souhaitait être « ensevely et inhumé au tombeau de ses prédecesseurs ».  Le cimetière de Compains longeait les côtés sud et est de l’église. A Compains comme dans les paroisses voisines, les évêques déploraient que l’entretien du cimetière fût négligé par les habitants. Pour conserver leur dignité aux sépultures et éviter la divagation des animaux parmi les tombes, le cimetière devait être clos de murs que l’évêque considérait toujours comme trop bas ou mal entretenus. En 1634, il n’y avait ni portes ni grilles « pour empecher que les bestiaux n’y entrent ». Persistant en 1700, ce défaut semble réparé lors des visites de l’évêque Massillon en 1727 et 1735. La situation était redevenue critique en 1782 : murs trop bas, portes absentes, rien n’est plus fait au cimetière « pour en défendre l’accès aux animaux ». 

Le transfert des cimetières hors des villages fut ordonné en 1776. Un texte napoléonien rappela cette nécessité mais ces injonctions furent peu suivies dans les petites communes rurales et en particulier à Compains. En 1855 les équipements collectifs étaient encore inexistants. La commune n’avait encore ni mairie ni école, le presbytère était une ruine et le cimetière n’avait toujours pas été déplacé. L’idée même de réaliser un aménagement communal soulevait des polémiques.

 

Le cimetière avant son déplacement hors du bourg

 

     Comme nombre de cimetières de montagne, le cimetière de Compains était construit sur le rocher qui, affleurant par endroits, empêchait que les tombes soient creusées aussi profondément que nécessaire. L’architecte appelé en renfort par le préfet considérait que le cimetière qui longeait le flanc sud de l’église Saint-Georges constituait « un foyer insalubre » qu’il fallait faire disparaître du chef-lieu de la commune alors que « partout des ossements blanchis couvrent la surface du terrain ». Il dresse le tableau peu hygiénique de la situation : « la profondeur moyenne des fosses est d’un mètre [et] lorsque le terrain sera affaissé il n’y aura pas quarante centimètres entre le cadavre en putréfaction et les personnes qui le dimanche attendent dans le cimetière l’heure de la messe ». Alors qu’on comptait 910 habitants à Compains en 1855, les pouvoirs publics estimaient le cimetière trop exigu eut égard aux trente cinq décédés que, selon l’architecte, on y inhumait en moyenne chaque année. Notons que l’examen des registres de sépultures amène à réviser les allégations de l’architecte qui, voulant convaincre, doublait le nombre des morts : entre 1845 et 1870 on comptait en moyenne chaque année  à Compains dix huit inhumations et non trente cinq, mais cela changeait-il le fond du problème ?

     Se fondant sur les pratiques « immémoriales » des habitants, le maire et son conseil municipal exprimaient leur vive opposition à la translation du cimetière. Disant refléter l’avis de la plupart des compainteyres, les élus estimaient « qu’il n’y a pas dans le village de maladies épidémiques et qu’on y vit aussi longtemps qu’ailleurs ». Le conseil argumente qu’avant 1792 la population était beaucoup plus nombreuse puisque la commune comprenait cinq villages de plus – ceux qui ont été détachés de Compains pour être rattachés à Egliseneuve [voir le chapitre Population et territoires] – que personne ne s’était jamais plaint de l’état du cimetière et qu’en outre la commune « très pauvre » en financerait difficilement le déplacement. La préfecture finira par renoncer.

 

L’église vue du nouveau cimetière

 

Le cimetière de Compains ne fut transféré au nord du village qu’en 1932. 

 

Les « morts sur le toit » 

      En un temps où la froidure, plus âpre qu’aujourd’hui,  durait cinq ou six mois, décéder l’hiver dans le Cézalier pouvait être synonyme d’inhumation différée. L’hiver, la neige bloquait durablement les chemins encombrés de congères et rendait difficile le creusement des caveaux.  Certaines communes étendues du Cézalier étaient riches de villages nombreux, mais dispersés et éloignés de l’église. La distance rendait aventureuse la conduite du défunt au cimetière. 

     Contrainte et forcée, la famille différait alors l’inhumation. Le défunt, enveloppé dans un solide linceul, était hissé sur le toit de la maison à l’abri des animaux errants. Cette solution d’attente imposée par la nécessité dans les régions très froides était pratiquée couramment dans le Cézalier avant l’apparition des engins de déneigement. L’arrière-grand-mère (1836-1924) de l’auteure de ces lignes fut ainsi hissée sur le toit de chaume de sa maison d’Artoux dans l’attente du dégel qui permettrait de l’ensevelir dans le cimetière alors situé près de l’église de Saint-Alyre-ès-Montagne.

 

L’ancien presbytère et la croix de mission

 

 

Eglise Saint-Georges - vue nocturne

Eglise Saint-Georges

 

     

 

Un commentaire sur “– L’église Saint-Georges”

  1. BROQUERIE Says:

    Bonjour,
    Le site de Compains me plaît dans sa présentation; les photos à l’appui illustrent parfaitement certains commentaires.
    Bravo à l’auteur(e)
    VB