Compains

Histoire d'un village du Cézallier

Maisons et fours à Compains au XVIIIe siècle

La maison des montagnes

Sous l’Ancien régime, la maison du Cézalier septentrional, souvent une maison-bloc à terre sous un toit à deux pans couverts de chaume, était un lieu où cohabitaient les humains et les animaux. Dans un même rez-de-chaussée se succédaient en enfilade la pièce à vivre et l’étable séparées par une barrière à claire-voie qui permettait aux habitants de profiter de la chaleur animale. Sous les combles, on stockait le fourrage dans la fenière qui, comme les animaux de l’étable, contribuait au maintien d’une température supportable dans le logis. La longueur de l’étable et le nombre de ses fenêtres souvent rares et toujours petites reflétait la taille du cheptel du paysan.  Au XVIIIe siècle, les contrats de mariage montrent que la plupart des jeunes couples de Compains débutaient leur vie commune avec pour survivre une seule vache, souvent qualifiée de raisonnable et six brebis.

Géraud Roux fait construire une maison à Espinat, village de Compains

Originaire de Chaumiane, l’un des villages de la paroisse de Compains, le laboureur Géraud Roux s’était installé en 1772 à Espinat, un hameau qui relevait du baron de Saint-Hérent. Situé au sud-ouest de Compains, Espinat fera partie des villages qui seront retirés à Compains pendant la Révolution pour être attribués à Egliseneuve d’Entraigues.  Voulant faire construire une maison entourée de jardins, un ort (jardin) à chanvre et un ort à viande (jardin potager),Géraud Roux fit dresser le procès verbal de la construction du bâtiment qui nous fournit les renseignements qui suivent.

Deux des artisans intervenants sont originaires de la région : François Berthelage est maître charpentier à Besse et Guillaume Coissard est maître couvreur à paille au village d’Espinat. Comme souvent, le Limousin est la région d’origine du maître maçon Jean Haire qui vient de Saint-Hilaire-Foissac (Corrèze). Le maître couvreur à tuiles, Jean Lemerie, est originaire de Saint-Pardoux dans la Creuse.

Le bâtiment , une maison-bloc à terre d’un seul tenant et sans étage, comprend logis, écurie, grange, cave et four. De dimension courante pour une maison du Cézalier à cette époque, la bâtisse était longue de dix toises et deux pieds (environ 20 mètres) et large de quatre toises quatre pieds et demi (environ 9 mètres). La porte et les deux fenêtres logiquement situées a l’aspect de jour et midy, l’une éclairant la salle commune, l’autre l’écurie sont  en pierre de taille, a l’exception du landard (dit aussi lundage, partie de l’encadrement d’une porte ou d’une fenêtre). Trois petites fenêtres complètent l’éclairage de l’écurie. Accolés au mur nord de la maison, un four de douze pieds de circonférence et une cave voutée construite hors sol sont tous deux couverts a thuile. Les tuiles, des lauzes d’origine volcanique, étaient extraites de carrières à ciel ouvert, dites tuilières. La présence de ce four privé montre une certaine aisance chez Géraud Roux qui ne compte pas utiliser le four commun ordinairement situé sur le couderc des villages.

La toiture du bâtiment est mixte, pour partie couvert à tuiles (lauzes)  dans la partie inférieure de la toiture et pour partie à paille dans la partie supérieure pour laquelle  il sera employé 2200 gluis de paille battus. Les gluis, de petites bottes de paille de seigle, sont acheminés depuis le village voisin de La Groleix, un des hameaux du bourg de Besse. Bien que le seigle soit cultivé dans la plupart des villages de la paroisse de Compains, les conditions de la production locale étaient sans doute insuffisantes pour qu’on puisse trouver sur place les quantités nécessaires à l’entretien de toitures et au couvert des nouvelles maisons.

Au fond de la salle commune, le mur aveugle doit être occupé par des lits de bois que devra construire le maître charpentier. Leur montant est inclus dans l’évaluation des coûts avec le prix des ferrements (fermetures) et des grillages, sans doute des barreaux destinés à protéger les fenêtres du rez-de-chaussée.

Le montant de la construction est énoncé par les artisans devant Antoine Chanteloube, lieutenant en la baronnie de saint-Hérent. La véracité des coûts est affirmée par les quatre spécialistes sous serment la main levée à Dieu. La maison de Géraud Roux lui coûtera 2766 livres, incluant les salaires et la nourriture des artisans.

Une maison et son four à Chaumiane

Chaumiane (Compains) Maison-bloc en hauteur (1773)

Dans la paroisse de Compains, le village (hameau) de  Chaumiane dépendait avant la Révolution du seigneur de Brion. On peut encore y voir aujourd’hui une maison-bloc à terre en hauteur. Le toit à deux niveaux, sans doute refait au XIXe siècle, est peu incliné. La maison pourrait avoir été l’habitation d’un polyculteur éleveur d’ovins. Sur la façade orientée au sud, un escalier extérieur monte au logis. Du bois pouvait être abrité sous l’escalier où une porte s’ouvre sur le fenil.

Chaumiane (Compains) Maison (1773) Linteau

Daté de 1773 et peut-être réemployé, le linteau trapézoïdal

d’une des portes de la façade est décoré d’un motif géométrique.

Chaumiane (Compains) Le four

La dispersion de l’habitat et l’isolement des maisons obligeaient certains habitants à construire leur propre four. Sous l’escalier, la porte du fournil donne accès à un four adossé au mur septentrional de la maison. « Couvert a thuiles » comme celui d’Espinat pour éviter les risques d’incendie, ce four privé pourrait être le dernier qui subsiste à Compains.

Les fours à Compains

Au centre du bourg de Compains, un four aujourd’hui détruit avait été érigé sur l’espace public près de l’église Saint-Georges. Ce four banal, « couvert a thuiles », appartenait à la famille Laizer avant la Révolution. En 1795, devenu Bien National, le four fut acquis par Ligier Tartière qui le vendit à Antoine Boyer, tous deux habitants de Compains.

On peut penser qu’au Moyen-Âge  en vertu des privilèges féodaux, un four banal dont le seigneur touchait les revenus  existait à Brion près du château. Ce privilège fut aboli le 17 juillet 1793.

A Brion,  plusieurs fours apparaissent dans le cadastre de 1828, aucun n’appartient plus au comte de Laizer. A Brion-Haut, un four est détenu en commun par les habitants, peut-être l’ancien four seigneurial. Seul Jean Chanet détient un four privé. A Brion-Bas, un four est possédé par Joseph Echavidre métayer au Luguet, tandis que quatre laboureurs brionnais, Antoine Verdier, Antoine Giroix, Antoine Vigier et Lazare Auzary se partagent le second four du hameau.

A Chaumiane un four commun est attesté en 1672.

« Menaces » contre les gluis de seigle des toitures

La pénurie de fourrage durant la période de jointure du printemps était particulièrement redoutée dans les campagnes du Cézalier. On ne pouvait monter trop tôt les bovins à l’estive sans risquer de décimer le troupeau saisi par le froid des hautes terres après un hiver passé au chaud dans l’étable. Pour alimenter les bêtes en attendant les beaux jours quand la réserve de foin était épuisée,  c’était  le chaume des toitures des maisons qu’on utilisait en dernier recours. Pour faire face à la pénurie de nourriture on arrachait des toitures les gluis de seigle avec lesquels on nourissait momentanément les bovins.

Pour protéger les maisons des frimas, les versants des toits de chaume descendaient très bas, parfois jusqu’au niveau des fenêtres. Dans le hameau de Jassy (commune de Saint-Alyre-ès-Montagne) voisin de Brion, on voit encore aujourd’hui des bâtiments dont le toit rase le sol. Il fallait alors protéger la paille des toitures qui se trouvait à la portée de la convoitise des bovins et des chevaux. Ces mesures de précaution apparaissent en 1766 dans un bail à ferme  passé entre Jean-Charles de Laizer, baron de Brion et Pierre Perrier, un hôtelier habitant de la ville d’Ardes. Pierre Perrier voulait louer une cabane à Brion pour y vendre du vin les jours de foire. Aux termes du bail, il dut s’engager  à « empecher que les chevaux les jours de foire ne détruisent le couvert à paille » de la cabane qu’il affermait.

Dans la vacherie des Chirouzes (commune de Besse et Saint-Anastaise), près de la limite nord de Compains, une étable encaissée dont le toit frôlait le sol était entourée de grosses pierres dressées verticalement qui devaient empêcher les bestiaux de « consommer » la toiture.

A suivre,

4 commentaires sur “Maisons et fours à Compains au XVIIIe siècle”

  1. Bernard Says:

    Natif de Compains je suis enthousiamé par les articles publiés sur le passé de la commune. Un grand merci d’avoir mis à la disposition des habitants et des amoureux de la région une profusion de documents historiques Bravo Felicitations pour le travail de recherche J P Bernard à Troyes

  2. BROQUERIE Says:

    Je pense que les habitants peuvent être fiers de cette initiative d’histoire locale. Encore bravo pour la somme de travaux que cela représente et un grand merci.
    Viviane

  3. Françoise Says:

    Documentation très riche, intéressante à tous points de vue qui donne envie d’en découvrir plus sur place que ce que l’on voit en traversant le village.Des habitants aussi très investis, attachés à leur patrimoine, mettent en valeur la vie ancienne de Compains et ses témoins. Félicitations

  4. tabana Says:

    Et dire que le four à pain de Belleguette a été pillé il y a peu de temps !!

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