Guerres à Compains
La guerre de Cent Ans
C’est vers 1356 que les troubles liés à la guerre de Cent Ans atteignent l’Auvergne. Les Anglais, des routiers démobilisés pillent et rançonnent la région pendant les périodes de trêve. En 1365, le duc Jean de Berry, fils du roi Jean II le Bon, visite sa province d’Auvergne. Il est reçu par Maurin III de Bréon au château de Mardogne, l’une des possessions du seigneur de Brion. A l’occasion de la visite du duc, Maurin a fait meubler magnifiquement le château de Mardogne.
Les malheurs de la guerre se rapprochent de Compains en 1373 quand la chevauchée de Lancastre traverse l’Auvergne ravageant Vodable sans qu’on puisse affirmer que Compains, situé à une vingtaine de kilomètres, ait été affecté par le passage des troupes.
A Brion, Jaubert II de Bréon qui a succédé à Maurin III meurt en 1374, peut-être en défendant le château contre les routiers. Il laisse une fille pour héritière et cette déshérence mâle peut avoir facilité la prise du château.
Les forteresses de Brion et de Rochecharles sont tombées entre les mains des routiers en 1375.
Combat de chevaliers (Chroniques de Saint-Denis)
Le château de Brion est occupé par une compagnie qui exige le paiement de patis, des rançons dont seul le versement pouvait conditionner le départ des routiers ou limiter leurs nuisances. Les villageois de la paroisse qui durent se soumettre à l’occupant furent vraisemblablement épargnés pour ne pas compromettre les foires dont les redevances pouvaient être perçues par les Anglais.
Pour libérer Brion occupé, au moins un établissement religieux contribua au versement d’un patis. Une quittance de Béraud de Mercoeur à sa grand tante abbesse de Blesle nous apprend que l’abbaye de Blesle avait dû verser 50 francs d’or, montant de la contribution de l’abbaye à la rançon à payer pour la délivrance du château de Brion. ![800px-Blesle03[1]église Saint-Pierre abbaye de Blesle](http://www.compains-cezallier.com/wp-content/uploads/2010/11/800px-Blesle031église-Saint-Pierre-abbaye-de-Blesle-300x225.jpg)
Abbaye de Blesle – Eglise Saint-Pierre
Le duc de Bourbon à la tête d’une armée de seigneurs auvergnats arrive enfin en 1376. Il libère sept forteresses au nombre desquelles ne figurait pas Brion. Le pays des montagnes resta encore de nombreuses années aux mains des routiers.
Les seigneurs de Brion n’ont pas laissé d’écrits permettant de mesurer l’impact de la guerre sur la population rurale. Pour estimer la désorganisation des seigneuries il faut se reporter au récit [P. Charbonnier] du seigneur de Murol, petite seigneurie située à quelques kilomètres au nord de Compains : « je suis seigneur de Murol depuis 29 ans mais je n’ai vraiment profité de ma terre que depuis environ dix ans parce qu’elle fut toujours en guerre », ce qui placerait le retour à la normale vers 1410, soit après la vente de la seigneurie de Brion par Jeanne du Peschin.
Le Château d’Alleuze, occupé plusieurs années par les Grandes Compagnies.
Eclairer la dépopulation à Compains durant la guerre de Cent ans est impossible en l’absence de registres paroissiaux. Dans le Cézalier comme dans une grande partie des montagnes d’ Auvergne, on assista à une forte baisse de la population. A Murol 31% des villages étaient désertés au début du XVè siècle et jusqu’à 50% dans la commune voisine de Chambon. La situation fut pire en Haute-Auvergne où l’isolement du Haut-Pays assura aux routiers une impunité dont ils bénéficièrent longtemps.
Les exactions, les pillages et les rançons entrainèrent une importante chute démographique. La peste s’ajoutant à la guerre, des villages furent abandonnés. A la fin du XIVè siècle c’est une population plus clairsemée qui revient dans les villages. Conséquence de la purge subie, les ruraux survivants voient leur petit bien s’arrondir. Les patrimoines montagnards se concentrent amorçant un redressement qui se confirmera au XVe siècle.
Château de Murols
La peste noire
Le terme peste au Moyen Âge désignait toutes sortes de maladies et particulièrement la peste noire qui frappa durement l’Auvergne durant près de quatre siècles. Le virus avait débarqué en 1348-1349. S’ajoutant au fléau de la guerre, le mal se déclara à nouveau en 1360. La carence de la documentation n’autorise aucun état statistique des populations - avant-après – l’irruption de la maladie, qui aurait permis de mesurer l’impact des vagues de peste sur les paroisses du Cézalier. Peut-être même la paroisse de Compains échappa-t-elle à l’épidémie. L’air « sain » des hauts plateaux cézaliériens ne permit cependant pas aux villages des montagnes du Haut et Bas-Pays d’échapper au fléau.
Allanche fut touchée lors d’une reprise de l’épidémie en 1384. En échange de privilèges municipaux, les habitants d’Allanche assuraient le guet au château de Maillargues depuis 1364. Le comte d’Auvergne, duc de Mercoeur, seigneur de Maillargues en 1384 dut dispenser du guet les habitants « a causa de las guerras coma de las mortalidatz ». Les « mortalités » évoquées ici concernent les ravages de la peste. Vers 1360, Allanche comptait entre 120 et 160 hommes pour garder son église fortifiée et ses portes. En 1384, la paroisse décimée n’en comptait plus que 60 [Boudet-Grand].
Les conséquences économiques du fléau furent importantes, désertifiant les villages dont les populations fuyaient ou disparaissaient. La maladie poursuivra son oeuvre jusqu’à la première moitié du XVIIe siècle, paralysant par à-coups les échanges. Dans une région vouée au commerce du bétail, elle freinera durablement la circulation des marchandises et le développement de l’économie locale.
Conséquences des malheurs du temps
Les seigneurs occupés à guerroyer ou parfois prisonniers des Anglais, les épidémies, l’occupation des châteaux par les compagnies qui « ardirent, tuerent, raençonnerent, pillerent et firent tous les maulz », tout contribuait à aggraver la situation du « povre pais d’Auvergne », rendant « les deux parties du pays desertes et inhabitables » déclarait une supplication adressée au roi (J. Teyssot). La chute démographique fut importante, les familles s’étaient éclaicies, désertifiant les villages. Alors que l’état des paroisses et des feux réalisé en 1328 dénombrait 727 paroisses en Basse-Auvergne, un compte de fouage levé sur la sénéchaussée d’Auvergne n’en dénombrait plus que 634 en 1401. Pour payer ce fouage, Compains comptait pour un demi feu et payait 6 écus. A titre de comparaison, Anzat et le Luguet payaient cinq fois plus.
Les guerres de religion
La seigneurie de Compains-Brion vit un répit de quelques décennies, surtout ponctué par les ventes dont fait l’objet la seigneurie. Dans le dernier quart du XVIè siècle les retombées des guerres de religion arrivent pourtant jusqu’à Compains. La bonne ville d’Auzon qui soutenait alors le parti royaliste était gardée par La Reynerie et La Richardie, seigneurs de terres sises au Vernet la Varenne, non loin d’Auzon. Tout en gardant Auzon, les deux soudards pillaient et rançonnaient les campagnes environnantes. Ils proposent en 1589 aux protestants de leur livrer la ville d’Auzon moyennant une rançon. Gaspard II de Montmorin Saint Hérent, neveu du gouverneur d’Auvergne, est alors seigneur de Compains et Brion. Pour prendre Auzon, il promet 7000 écus à La Reynerie et La Richardie mais ne peut parvenir à réunir la somme promise. Pour s’acquitter de sa dette, Gaspard dut leur céder la jouissance des terres de Compains et Brion pour cinq ans (P. Cubizolles).
A SUIVRE


