Compains

Histoire d'un village du Cézallier

Les BREON seigneurs de Brion XIIe – XIVe siècle

 
 
 
 
Remacle, Armorial
 
 
 
 
  Les armes des chevaliers de Bréon (Brion), Remacle (A. de), Armorial : Familles d’Auvergne
 
D’azur semé de trèfles d’or, au lion du même, langué et armé de gueules, brochant.
On retrouve le lion sur le sceau (voir ci-dessous) utilisé par les Bréon au XIVe siècle.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
De grands féodaux du Bas et Haut-pays d’Auvergne
 
 
     Les Bréon constituèrent du XIe au XIVe siècle un puissant lignage dont les fiefs importants, outre celui de Brion, comptaient plusieurs châteaux et seigneuries qui s’étendaient du Cézalier septentrional au sud de l’Alagnon.
C’est vers le haut de la pyramide féodale qu’il faut situer les Bréon, chevaliers bannerets et grands barons d’Auvergne. Vassaux des plus grands seigneurs auvergnats, on les retrouve témoins ou garants lors de la signature d’accords importants, croisés à l’appel du pape ou du roi, procéduriers ou hôtes fastueux parfois, voyous à l’occasion.
 
Durant quatre siècles, les Bréon étendent leur influence sur une partie importante du Cézalier. Détenteurs de plusieurs fiefs et châteaux des montagnes, les Bréon ne font cependant pas partie des rares très anciennes familles d’Auvergne connues avant l’an Mil, ni des plus puissantes familles nobles qui tinrent véritablement l’Auvergne du XIIe au XIVe siècle. S’ils ne s’allient pas avec les plus grands lignages, ceux des Dauphins, des Montboissier, des Mercoeur ou des la Tour, leurs alliances sont malgré tout prestigieuses, orientées vers de vieilles familles nobles des montagnes du Haut et Bas-Pays voisines de leurs possessions, les Chateauneuf, les Brezons, les Rochefort, les Dienne ou les Tinière, sécurisant ainsi leurs possessions dans la région.
 
 
 
 
Les premiers seigneurs de Bréon
 
     A une époque où les sources sont rares, apparaît au XIè siècle le chevalier Pons de Bréon, époux en 1066 d’Artaude de Chateauneuf, soeur de Guillaume de Châteauneuf (peut-être aujourd’hui Châteauneuf en Boutières, com. Jaunac, Ardèche). Artaude est possessionnée en Vivarais. Pons de Bréon et Guillaume de Châteauneuf se seraient en 1053 partagés la possession d’un lieu dit  Châteauneuf correspondant peut-être à la seigneurie de  Châteauneuf en Boutières.
 
 
 
 
Ardes blason des Dauphins 4compr
 
Blason du Dauphin d’Auvergne, suzerain des seigneurs de Bréon (murailles de la ville d’Ardes, P. de D.)
 
 
 
       La mise en place de la pyramide féodale conduit  Maurin Ier de Bréon à rendre hommage au Dauphin d’Auvergne en 1222. Maurin reconnait alors tenir en fief le château de Brion avec toutes ses appartenances et dépendances. Compains fait sans doute partie de la seigneurie mais n’est pas cité dans l’hommage. En 1359, on verra que le fief de Brion comprend également Compains et Chaumiane.
 
 
Bréon XIIIe et XIVe s.
 
 
 
 
 
 Des seigneurs multi-châtelains
 
Nubieux
 
      Outre le fief de Brion, les Bréon tenaient au XIIIe et au XIVe siècle plusieurs fiefs et châteaux qu’on peut voir aujourd’hui encore dans le Puy-de-Dôme et le Cantal.
Au Dauphiné d’Auvergne Montpentier et Saint-Hérent relevaient des Bréon au XIIIe siècle.
Au sud du Bas-Pays, surplombant le village de Joursac, apparait le château ruiné de Mardogne qui domine  l’Allanche et l’Alagnon. Au Pays des Montagnes d’Auvergne, sur la rive gauche de la Santoire et non loin de Condat, on devine Lugarde, presqu’invisible sous la  forêt. Plus loin, au sud de la Rhue, on trouvait Châteauneuf près de Riom-ès-Montagnes et près de Saint-Flour, Nubieu dont les beaux vestiges sont visibles dans la commune de Rezentières. Pour les fiefs de Mardogne et  de Ferrières les Bréon rendaient hommage à l’évêque de Clermont.
 
 
 Château de Nubieu (com. Rezentières, Cantal)
 
 
 
 
 
 Montpentier  bon
 
 
 
 
 
 
Hommage de Maurin III de Bréon à l’évêque de Clermont
pour son château de Ferrières (1365 n.s.)
(Arch. Dép. du Puy-de-Dôme, parchemin)
 
 
 
 
 
 
Les croisades
 

Tête de guerrier casqué, XIIe siècle. Notre-Dame-du-Port, Clermont-Ferrand, Puy-de-Dôme

 
     Les seigneurs de Compains participèrent à cinq croisades en Palestine au XIIe et au XIIIe siècle. Ils furent également présents quand Philippe Auguste demanda à la noblesse d’Auvergne de se croiser contre les hérétiques albigeois.
En 1095 quand le pape Urbain II appela depuis Clermont à la délivrance de Jérusalem, l’Auvergne vit les départs pour la Terre Sainte se multiplier. Armand de Bréon, prit la croix en 1102 lors d’une arrière-croisade. Il partit en compagnie de chevaliers auvergnats ses voisins proches, Léon de Dienne, Arnaud d’Apchon et avec de grands féodaux, l’évêque, le comte de Clermont et le baron de La Tour. Il serait mort en 1103, au siège de Tripoli.
 
Maurin II de Bréon se croisa à son tour en 1270 et partit pour la Terre Sainte avec saint Louis. Pour financer l’expédition, Maurin dut mettre en gage outre sa châtellenie de Brion, celles de Lugarde et d’Egliseneuve, jusqu’au remboursement des emprunts contractés pour financer son départ et celui des chevaliers et hommes de troupe qui l’accompagnaient.
 
 
 
     Comme les autres seigneurs auvergnats, les Bréon durent répondre aux convocations de l’ost royal. Lorsque l’hérésie cathare et albigeoise se répandit dans le Midi, Maurin Ier de Bréon, membre de la chevalerie féodale noble, répondit en 1229 à l’appel du roi Philippe-Auguste qui invitait le ban et l’arrière-ban d’Auvergne à se croiser contre l’hérétique.

La noblesse du Haut et Bas-Pays d’Auvergne prit alors la croix : Apchon, Mercoeur, Dienne, Murat, Chateauneuf, Rochefort et bien d’autres seigneurs auvergnats partirent guerroyer contre une hérésie qui, dans le midi, n’épargnait ni les féodaux, ni les peuples.

Combat Notre-Dame-du-Port, XIIe siècle, Clermont-Ferrand, Puy-de-Dôme

Combat Notre-Dame-du-Port, XIIe siècle, Clermont-Ferrand, Puy-de-Dô

 

 
 
 
     En contrepartie de leur participation aux croisades, le « très chrétien roi de France  » octroya aux nobles auvergnats des avantages fiscaux tant pour leur participation albigeoise où ils avaient « occi et meurtri dans la ville de Vaus plus de 40 mille hérétiques et bougres », que pour « s’etre croisés plusieurs chevaliers, barons, pour faire le voyage d’outre mer pour conqueter la Terre Sainte ».
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Les relations avec l’Eglise
 
     Les Bréon surent se montrer généreux avec l’Eglise : en 1224, Maurin Ier offrit à l’abbaye de Saint-Alyre-lès-Clermont les dîmes qu’il percevait au prieuré de Valbeleix, ajoutant aux revenus de l’abbaye le domaine du Cheix, situé dans la même paroisse. Cela n’empêcha pas l’évêque Hugues de la Tour de sévir peu après en vassalisant des terres de Maurin qui avait démérité en protégeant un de ses hommes assassin d’un religieux.
 
 
 
 
 
Sceau de Hugues de La Tour, évêque de Clermont
Arch. dép. du Puy-de-Dôme
 
 
     Pour réprimer l’inconduite et inciter les nobles à pratiquer de « bonnes coutumes », l’évêque pouvait faire passer dans son domaine propre des terres jusqu’alors détenues par un seigneur. La mésaventure arriva en 1229 à Maurin Ier jusque là alleutier de ses terres. Sanctionné par l’évêque pour la protection accordée à l’assassin d’un clerc, Maurin en guise de punition, dut reconnaitre tenir en fief du prélat ses seigneuries de Condat et Châteauneuf et dut promettre de rendre le château à la volonté de l’évêque. L’assassin quant à lui, promit de prendre la Croix [Baluze].
 
 
 
 
 
 
 
Pierre de Bréon, Templier
 
Un cadet des Bréon, Petrus de Brehone, fut reçu en 1299 dans la maison templière de La Bastide près d’Issoire où il fut accueilli dans l’Ordre militaire du Temple par Pierre de Madic, chef des templiers d’Auvergne. Des cadets de familles nobles pouvaient être reçus dans l’Ordre, parfois seulement âgés de treize ou quatorze ans. Certains n’y passaient que quelques années avant d’être rappelés dans leur famille pour succéder au frère aîné disparu. D’autres y faisaient carrière toute leur vie.
 
 
 
templiers interrogatoire comp
 
 
 
 
 
 
 
     Formé de religieux soldats, l’Ordre avait pour objectif initial de défendre les Lieux Saints. Après l’éviction des chrétiens de Palestine en 1280, les Templiers se consacrèrent au développement de leurs domaines et à leurs affaires financières et bancaires. Entrés en conflit avec Philippe le Bel, ils furent arrêtés en 1307.
 
 
 
 
Manuscrit de l’interrogatoire des Templiers
(Archives du Vatican, Exposition Lux in arcana, Rome, 2012)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
      Niant en 1309 les faits reprochés, Pierre de Bréon fut conduit à Paris en 1310 avec plusieurs centaines de membres de l’Ordre. Interrogé tant sur ses propres actions qu’en tant que témoin pour ce qui ne relevait pas de lui, il répondit dans sa langue maternelle et non en latin. Sous serment, il déclara avoir été reçu clandestinement, nuls autres présents, sans frères dudit Ordre et de ce fait il crut qu’étaient ainsi reçus les autres frères de l’Ordre. Il dit avoir reçu la mission lors de sa réception qu’il ne révélerait pas les secrets de l’Ordre ni les modalités de sa réception. Il dit enfin qu’on lui enjoignit de porter une corde ceinte jour et nuit sur sa chemise en signe de chasteté.
 
       A Paris, Pierre de Bréon fut dét enu à l’abbaye de Sainte-Geneviève puis dans la maison de Richard de Spoliis, rue du Temple. Déposant le 2 avril 1310 devant la commission pontificale, il n’est pas encore absous ni réconcilié et reconnait le crachat sur la Croix. Il déclare enfin qu’il est prêt à défendre l’Ordre qui sera aboli en présence du pape Clément V le 3 avril 1312.
 
 
 
 
Sceau d'Ythier de Bréon (1300)
 
 
 
Sceau d’Ythier de Bréon (1300)
Archives nationales
 
 
 
 
Deux sceaux des Bréon ont été retrouvés aux Archives nationales : l’un qui date de 1300 appartenait au chevalier Ythier de Bréon, l’autre qui date de 1340 est celui du chevalier banneret Maurin III de Bréon. Tous deux nous montrent un écu semé de trèfles au lion semblable aux armoiries de la famille. L’écu situé au centre du sceau n’en occupe pas toute la surface : il est inscrit dans une rosace quadrilobée évoquant l’ogive. La légende des deux sceaux est détruite.
 
 
 
 
 
Les guerres
 
A partir de la fin du XIIIe siècle, alors que les croisades ne sont plus une ardente obligation, le roi impose à tous de guerroyer pour le royaume.
 
 
Combat chevalier
 
 
 
 
 
Combat de chevaliers
Peinture murale (XIVe siècle) – Château de Saint-Floret (Puy-de-Dôme)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
La guerre de Flandre
 
En janvier 1304, pour nourrir l’armée de Flandre le bailli d’Auvergne effectua d’importants achats de bétail dans la province d’Auvergne : 1000 bovins, 2000 moutons et 1000 porcs prirent la route vers Calais. On peut penser que les herbages de Compains fournirent à cette occasion leur quote-part de bestiaux comme on verra qu’ils le feront encore au XVIIe siècle.
 
 
L’Auvergne nourricière fournissait aussi des combattants. Chevalier banneret ayant plus de 60 livres de revenu, Jaubert de Bréon fut convoqué à l’ost royal avec ses vassaux en 1304 pour combattre en Flandre. Noble « moyen », Jaubert dut fournir dix hommes d’armes, sans compter les hommes à pied, archers, écuyers et pages. Le service obligatoire ne durait que quarante jours, mais ces réquisition étaient très coûteuses pour les nobles qui devaient entretenir leur troupe, fournir de nombreux chevaux et toutes les armes nécessaires. Toujours prêts à se battre, les nobles auvergnats renaclaient devant les coûts induits par les guerres incessantes. Le roi dût se résoudre à solder les troupes.
 
 
 
 
 La guerre contre Béraud de Mercoeur
 
    Sceau de Maurin de Bréon
 
 
Les hostilités pouvaient se dérouler sur le territoire même de l’Auvergne. L’un des plus grands barons auvergnats, Béraud de Mercoeur, affirmait le statut allodial de ses terres. Son refus de plier devant le roi amena Philippe V à prononcer la confiscation de ses biens. Convoqué au ban d’Auvergne à Clermont en 1318 Jaubert de Bréon, avec les nobles auvergnats y compris les vassaux de Béraud et la famille de Mercoeur, participa en chevauz et en armes à la guerre qui devait amener Béraud à perdre les possessions considérables qu’il détenait de part et d’autre de l’Allier. Après cette opération, une grande partie des terres des Mercoeur échut à Jean, Dauphin d’Auvergne.
 
 
 
 
 Sceau de Maurin III de Bréon  (1340), Archives nationales
 
 
 
 
 
Bréon et Tinière dans l’Armorial de Revel
 
Dessiné vers le milieu du XVe siècle, l’Armorial reflète l’alliance des deux familles seigneuriales. Sous le casque surmonté d’un cimier apparait l’écu écartelé en croix de Guillaume de Tinière (guille de thinieres). Les armoiries montrent sur deux des quartiers la croix ancrée des Tinière, tandis que les deux autres quartiers présentent les armes des Bréon (d’azur au lion d’or).
 
 
 
Armes Bréon-Tinière
 Armorial de Revel (vers 1450), La ville et chasteau d’Usson,
(B.P.C.F.)
 
 
 
Résurgence des Bréon et des Tinière sur le tombeau de Loys de Foix (1560)
 
     Au pied du château de Mardogne, dans le petit village de Joursac, l’église Saint-Etienne abrite le tombeau de Loys de Foix, descendant des Bréon et des Tinière. De style Renaissance, le tombeau a été placé depuis sa restauration dans la chapelle dite de Mardogne. La pierre blanche de la sépulture aurait été extraite non loin de Mardogne, dans les carrières de trachyte d’Albepierre, aujourd’hui Albepierre-Bredons, bourg voisin de Murat (Cantal).
 
 
 
 
 Tombeau de Loys de Foix (1560)
Eglise Saint-Etienne de Joursac (Cantal)
 
 
 
 
 
     Près de deux siècles après l’extinction du lignage des Bréon et plus d’un siècle après que les Tinière se soient éteints à leur tour, Louis de Foix voulutTombeau de Loys de Foix - Chimères encadrant les armoiries Bréon-Tinière (lion-croix ancrée) rapprocher sur son tombeau ses  armoiries et celles de ses lointains et prestigieux ascendants. Le tombeau montre sur l’une de ses parois latérales l’écu écartelé Bréon-Tinière (lion et croix ancrée) surmonté d’un heaume à volets et flanqué de deux chimères.
 
Tombeau de Loys de Foix
Armes Bréon-Tinière entre deux chimères
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Tombeau de Loys de Foix
Ecu aux armes de Bréon, Tinière et Foix
 
 
 
 
     Sur l’autre paroi, l’écu encadré par deux lions porte Bréon (lion et trèfles),  Tinière (croix ancrée) et Foix (trois pals et deux vaches accornées, colletées et clarinées passant l’une sur l’autre, qui est Béarn).
 
 
 
 
 
 
 
 
 Tombeau extrêmités
 
 
 
 Tombeau de Loys de Foix (1560)
 
Aux deux extrémités du tombeau, les petits côtés portent chacun une inscription :
à gauche, DEFOIX LOYS et à droite, jouant sur les mots, LAGEMARESTE