Compains

Histoire d'un village du Cézallier

– Maisons – Caves

mise à jour : août 2019

    Ce chapitre, comme tous ceux de notre recherche, est destiné à évoluer au fil de nos découvertes. Il est particulièrement dédié aux nombreux compainteyres qui, adhérents à la démarche de l’auteure (petite-fille d’un compainteyre né dans la maison du Cougny en 1866), ont renseigné cette recherche et nous ont laissé approcher leurs textes familiaux et leurs demeures. Qu’ils soient ici chaleureusement remerciés de leur confiance.

Ancienneté des villages-hameaux de Compains

      On sait par les auteurs anciens (Sidoine Apollinaire Ve s., Grégoire de Tours VIe s.), que depuis les débuts du premier millénaire, des hommes s’étaient établis dans le milieu peu hospitalier des montagnes septentrionales du massif que nous nommons aujourd’hui par commodité le Cézalier. Bien avant eux, depuis la fin de l’époque glaciaire, des groupes humains se déplaçaient dans les montagnes, pratiquant la chasse, la cueillette, puis l’agriculture et l’élevage.

     Autour de l’an Mil, près de la très ancienne commune de Compains, des groupes d’habitants réussissent à créer les nouvelles paroisses d’Egliseneuve et Espinchal. Maisons, châteaux, églises passent du bois à la pierre. On bénéficiait alors d’une période d’environ trois siècles de réchauffement climatique propice à l’augmentation de la production et, par voie de conséquence, de la population. Cette séquence climatique favorable autorisa vraisemblablement le développement des estives et l’installation de hameaux d’altitude, protégés de loin en loin par des lieux défensifs.

      Des fouilles récemment pratiquées à Compains  montrent entre Cureyre et Les Yvérats, la présence de constructions semi-enterrées qui pourraient dater du XIIe siècle .

fouilles compains
Entre Cureyre et Escouailloux : structures semi- enterrées mises au jour par une équipe d’archéologues

      Des textes du XIVe siècle que nous avons retrouvés aux Archives nationales et  aux Archives départementales du Puy-de-Dôme (textes notariaux en particulier), attestent  de l’ancienneté et du nombre des villages de Compains au XIVe siècle (Chaumiane, Cureyre, Escouailloux, La Roche, Graffaudeix, Moudeyre, Espinat, Chabaniol, La Fage, Redondel…).

     Des villages-hameaux apparus durant cette période faste disparurent, soit suite à un changement des modes d’exploitation, soit suite aux malheurs du temps. Un retour de la froidure dit “petit âge glaciaire” s’installa semble t-il vers le milieu du XIVe siècle pour s’étirer jusqu’au milieu du XIXe siècle. S’y ajoutèrent en 1348 le retour de la peste, disparue depuis des siècles et la Guerre de Cent ans qui fit son entrée en Auvergne après 1356. A ces malheurs, il faut  ajouter les épizooties erratiques qui décimaient les troupeaux. Aujourd’hui ces hameaux qui, vaille que vaille résistèrent, sont en voie de désertification.

     Profitant de la bonne volonté de nombreux habitants, il nous a semblé qu’il était temps de fixer la mémoire du village. L’objectif de ce chapitre est donc de nous intéresser au patrimoine bâti extérieur et intérieur de la commune et d’y “dénicher” les détails ou les particularités qui marquent son histoire et son vécu. Tous ceux qui voudront contribuer à étoffer ce conservatoire de la mémoire en nous communiquant ce qu’ils savent seront les bienvenus.

La maison des montagnes

     Durant des siècles, la maison du Cézalier septentrional fut un lieu où cohabitèrent les humains et les animaux. Dans un même rez-de-chaussée se succédaient en enfilade la pièce à vivre et l’étable séparées par une barrière à claire-voie qui permettait aux habitants de profiter de la chaleur animale. Sous les combles, on stockait le fourrage dans la fenière qui, comme les animaux de l’étable, contribuait au maintien d’une température supportable dans le logis. La longueur de l’étable et le nombre de ses fenêtres souvent rares et toujours petites reflétait la taille du cheptel du paysan.

“Menaces” contre les gluis de seigle des toitures

     La pénurie de fourrage durant la période de jointure du printemps était particulièrement redoutée dans les campagnes du Cézalier. On ne pouvait monter trop tôt les bovins à l’estive sans risquer de décimer le troupeau saisi par le froid des hautes terres après un hiver passé au chaud dans l’étable. Pour alimenter les bêtes en attendant les beaux jours quand la réserve de foin était épuisée,  c’était  le chaume des toitures des maisons qu’on utilisait en dernier recours. Pour faire face à la pénurie de nourriture on arrachait des toitures les gluis de seigle avec lesquels on nourrissait momentanément les bovins.

    Pour protéger les maisons des frimas, les versants des toits de chaume descendaient très bas, parfois jusqu’au niveau des fenêtres. A Brion comme dans le hameau de Jassy (commune de Saint-Alyre-ès-Montagne) voisin de Brion, on voit encore aujourd’hui des bâtiments dont le toit rase le sol. Il fallait alors protéger la paille des toitures qui se trouvait à la portée de la convoitise des bovins et des chevaux. Ces mesures de précaution apparaissent en 1766 dans un bail à ferme  passé entre Jean-Charles de Laizer, baron de Brion et Pierre Perrier, un hôtelier habitant de la ville d’Ardes. Pierre Perrier voulait louer une cabane à Brion pour y vendre du vin les jours de foire. Aux termes du bail, il dut s’engager  à “empecher que les chevaux les jours de foire ne détruisent le couvert à paille” de la cabane qu’il affermait.

Dans la vacherie des Chirouzes (commune de Besse et Saint-Anastaise), bordière de la limite nord de Compains, une étable encaissée dont le toit frôlait le sol était entourée de grandes pierres plates dressées verticalement qui devaient – souhaitait-on – empêcher les bestiaux de “consommer” la toiture.

COMPAINS (le bourg)

Le bourg est construit sur les blocs de lave de la cheire descendue du Montcineyre il y a environ 7000 ans.


maison boyer
Maison rénovée en 1863

  La relative prospérité qui régna sous le Second Empire, associée aux revenus de l’émigration, autorisa certains habitants à rénover leur habitat à cette époque. Le linteau de la maison ci-dessus est daté 1863.

DSCF0491

Maison remarquable près de l’église

     Une ancienne maison située à quelques dizaines de mètres au sud-ouest de l’église porte sur son linteau la date de sa construction ou de sa rénovation (1782) surmontée des initiales de son propriétaire GM, Guillaume Morin, notaire à Compains de 1777 à 1812. Les Morin ont été notaires à Compains de père en fils depuis le milieu du XVIIe siècle. La bâtisse était toujours occupée par un Morin en 1828.

Selon les Anciens du bourg, la maison était flanquée d’une tour carrée dont ne subsiste aujourd’hui que la base, visible sur la gauche de la photo ci-dessus.

GM (Guillaume Morin) – 1782

LE BAGUET

Le Baguet – Fer à cheval protecteur

Symbole protecteur, ce fer à cheval porte bonheur placé sur la porte d’une grange au Baguet peut être rapproché des pentures à tête de dragons protecteurs de la porte de l’église Saint-Georges, manière détournée de protéger de façon profane un lieu religieux. N’oublions pas également la fonction elle aussi protectrice de la tête sereine du veilleur placée au XVe siècle sur la tour de l’église.

Les jambes du fer à cheval placé sur la porte ci-dessus sont tournées vers le bas, contrairement à une ancienne croyance qui voulait que les éponges (pointes situées aux deux extrémités du fer à cheval) soient tournées vers le haut “pour que le bonheur ne tombe pas”.

BEAUREGARD (La Chaux)

L’extrémité nord de la seigneurie de Brion était gardée en un lieu nommé Beauregard (I.G.N. 1:25 000) et dit La Chaux par les habitants. Le cadastre de 1828 signale à cet endroit proche du Rocher de Labro, un bâtiment qu’il désigne “buron de Beauregard”. Le plateau culmine à 1180 mètres et surplombe la ferme de Roche. Isolée sur la montagne, soumise à la violence des intempéries, l’ancienne maison flanquée d’une étable qui subsiste à cet endroit est protégée côté nord par un bourrelet de terre. Cet ancien buron fut flanqué (au XIXe siècle ?) d’une maison couverte d’une toiture de lauzes, au toit moins pentu. L’étable qui la prolonge s’ouvre par une porte étroite sur une salle commune à peine éclairée d’une fenêtre minuscule pour mieux protéger l’intérieur des frimas. Comme souvent, la cheminée est adossée au pignon est.

Montagne de Beauregard (La Chaux)

Les enseignements de la toponymie nous apprennent que le terme “regard” évoque un lieu d’où l’on peut surveiller, guetter, un poste d’observation établi en un lieu élevé. “Beau” désigne un lieu dégagé d’où la vue étendue permet de voir approcher les ennemis et n’évoque pas la beauté du paysage, quoique la vue vers les Monts Dore soit exceptionnelle à Beauregard. L’endroit fut donc sans doute au Moyen Âge un poste de guet des seigneurs de Roche-Larzalier, vassaux des seigneurs de Brion.


L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Compains-Beauregard-buron-2-1024x683.jpg.
La maison-étable de Beauregard

Les marques de propriété

Sur les deux jambages de la porte apparaissent des inscriptions relatives aux anciens propriétaires du lieu. Le montant droit porte la pierre gravée la plus ancienne, datée de 1782, on y lit le nom de Morin, un patronyme très répandu à Compains. Sans indication de prénom, on ne sait à quel Morin l’attribuer. Il pourrait s’agir de Guillaume Morin, notaire à Compains de 1777 à 1812, ou de son frère, Jean Baptiste Morin, également notaire à Compains de 1768 à l’an VII. Peut-être même l’absence d’initiale au prénom suggère-t-elle que cette propriété était commune aux deux frères. Sans que ce fait établisse un lien avéré, on remarquera cependant qu’au bourg de Compains, le linteau de la maison de Guillaume Morin gravé GM porte également la date 1782. Il pourrait s’agir d’une pierre récupérée et ajoutée au jambage de la porte sachant que le cadastre de 1828 ne signale à cet endroit qu’un buron et aucune maison d’habitation.

Sur le montant gauche une pierre porte l’inscription 1922 les VERDIERS, une famille qui accola peut-être cette maison la maison à la grange préexistante au début du XXe siècle.

à gauche : 1782 MORIN – à droite : L’AN 1922 LES VERDIERS

Pourvue d’une cheminée, la maison semble avoir fait l’objet d’un habitat permanent et non d’une simple fréquentation estivale.

BELLEGUETTE

Belleguette – Maison datée 1834


BRION

Brion – Maison-grange-étable surmontée d’une croix

Brion – Charrue

Brion – Ancienne cave à fromage

Brion – Fers à cheval

CHAUMIANE

Une maison et son four à Chaumiane

Compains – Chaumiane
Maison-bloc en hauteur

     Dans la paroisse de Compains, le village (hameau) de  Chaumiane faisait partie de la seigneurie de Brion. On peut encore y voir aujourd’hui une maison au toit peu incliné et à deux niveaux. Sur la façade orientée au sud, un escalier extérieur monte au logis. Du bois pouvait être abrité sous l’escalier où une porte s’ouvre sur le fenil.

Chaumiane (Compains) Maison (1773) Linteau

          Chaumiane (Compains) four

     La dispersion de l’habitat et l’isolement des maisons obligeaient certains habitants à construire leur propre four. Sous l’escalier, la porte du fournil donne accès à un four adossé au mur septentrional de la maison.  Les fours étaient “couverts a thuiles” pour limiter les risques d’incendie.

Chaumiane maison
Chaumiane

  Les ouvertures de la maison sont surmontées d’une décharge. A gauche, des fenestrous éclairent la fenière. Aujourd’hui disparu, un four commun aux habitants est attesté à Chaumiane en 1672.

CUREYRE

Cureyre, grange

       La porte de la grange, surmontée d’un linteau en bois a des jambages de pierre. La toiture descend au ras du sol.

ESCOUFORT BAS

Des maisons et des caves

A 1194 mètres d’altitude, on trouvait à Escoufort Bas un village d’altitude dont les nombreuses maisons ne sont plus aujourd’hui qu’un vaste champ de ruines qui recèle encore sous les murs détruits des caves parfois encore bien conservées.

Escoufort – Cave couverte de terre et ses niches intérieures

ESPINAT

     Comme celui de Graffaudeix, le hameau d’Espinat fut retiré à Compains à la Révolution.

Géraud Roux fait construire une maison à Espinat, village de Compains

     Originaire de Chaumiane, l’un des villages de la paroisse de Compains, le laboureur Géraud Roux s’était installé en 1772 à Espinat, un hameau qui relevait du baron de Saint-Hérent. Situé au sud-ouest de Compains, Espinat fera partie des villages qui seront retirés à Compains pendant la Révolution pour être attribués à Egliseneuve d’Entraigues.  Voulant faire construire une maison entourée de jardins, un ort (jardin) à chanvre et un ort à viande (jardin potager),Géraud Roux fit dresser le procès verbal de la construction du bâtiment qui nous fournit les renseignements qui suivent.

     Deux des artisans intervenants sont originaires de la région : François Berthelage est maître charpentier à Besse et Guillaume Coissard est maître couvreur à paille au village d’Espinat. Comme souvent, le Limousin est la région d’origine du maître maçon Jean Haire qui vient de Saint-Hilaire-Foissac (Corrèze). Le maître couvreur à tuiles, Jean Lemerie, est originaire de Saint-Pardoux dans la Creuse.

      Le bâtiment , une maison d’un seul tenant et sans étage, comprend logis, écurie, grange, cave et four. De dimension courante pour une maison du Cézalier à cette époque, la bâtisse était longue de dix toises et deux pieds (environ 20 mètres) et large de quatre toises quatre pieds et demi (environ 9 mètres). La porte et les deux fenêtres logiquement situées a l’aspect de jour et midy, l’une éclairant la salle commune, l’autre l’écurie sont  en pierre de taille, a l’exception du landard (dit aussi lundage, partie de l’encadrement d’une porte ou d’une fenêtre). Trois petites fenêtres complètent l’éclairage de l’écurie. Accolés au mur nord de la maison, un four de douze pieds de circonférence et une cave voutée construite hors sol sont tous deux couverts a thuile. Les tuiles, des lauzes d’origine volcanique, étaient extraites de carrières à ciel ouvert, dites tuilières. La présence de ce four privé montre une certaine aisance chez Géraud Roux qui ne compte pas utiliser le four commun ordinairement situé sur le couderc des villages.

   La toiture du bâtiment est mixte, pour partie couverte à tuiles (lauzes)  dans la partie inférieure de la toiture et pour partie à paille dans la partie supérieure pour laquelle  il sera employé 2200 gluis de paille battus. Les gluis, de petites bottes de paille de seigle, sont acheminés depuis le village voisin de La Groleix, un des hameaux du bourg de Besse. Bien que le seigle soit cultivé dans la plupart des villages de la paroisse de Compains, les conditions de la production locale étaient sans doute insuffisantes pour qu’on puisse trouver sur place les quantités nécessaires à l’entretien de toitures et au couvert des nouvelles maisons.

   Au fond de la salle commune, le mur aveugle doit être occupé par des lits de bois que devra construire le maître charpentier. Leur montant est inclus dans l’évaluation des coûts avec le prix des ferrements (fermetures) et des grillages, sans doute des barreaux destinés à protéger les fenêtres du rez-de-chaussée.

Le montant de la construction est énoncé par les artisans devant Antoine Chanteloube, lieutenant en la baronnie de Saint-Hérent. La véracité des coûts est affirmée par les quatre spécialistes sous serment la main levée à Dieu. La maison de Géraud Roux lui coûtera 2766 livres, inclus les salaires et la nourriture des artisans.

LES COSTES

Les Costes
Les Costes – Linteau au coeur inversé

           

 CISTERNES (com. Egliseneuve d’Entraigues)

 

Sur les marges ouest de la seigneurie de Brion, la terre de Cisterne appartenait aux Chaslus d’Entraygues au XIIIe et au XIVe siècle, vassaux des Bréon pour certaines de leurs terres. Orientée nord-sud de par et d’autre du ruisseau de Clamousse, l’étroite bande de terre de Cisterne s’interposait entre les terres des La Tour de celles des Bréon. Un poste de garde existait au lieu-dit La Garde de Cisterne.

Cisterne - Linteau trés grand
Egliseneuve d’Entraigues – Linteau au cœur inversé

Le linteau de la maison ci-dessus a pour motif central un cœur inversé surmonté d’une croix placé dans un carré. De part et d’autre, les éléments décoratifs installés symétriquement représentent des branches de laurier.

Cisternes - Linteau
Cisterne – Linteau de fenêtre


Ces symboles figurent parmi les marques de protection les plus courantes quand on voulait attirer sur sa maison la protection divine. Le chœur inversé surmonté d’une croix symbolise le foyer et la croix évoque la fidélité à Dieu qui protège la maison. Le laurier symbolisait la puissance et l’immortalité.

MARSOL

Marsol – Un habitat exceptionnel à Compains tant par l’épaisseur de la “muraille” de la maison que par la présence d’un escalier extérieur

Marsol – Petit colombier

Disposer d’un colombier était un privilège seigneurial. Ce petit colombier à trois trous, s’il exista durant l’Ancien Régime, fut sans doute aménagé avec l’autorisation du seigneur de Saint-Nectaire, seigneur de Marsol, à l’usage peut-on penser de son agent local, (procureur d’office ou lieutenant), qui habitait cette maison exceptionnelle. Au bourg de Compains, la maison qu’habitait occasionnellement Jean de Laizer était elle aussi dotée d’un colombier.

.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Marsol-pierre-levée-1024x683.jpg.
Marsol – Pierres plates dressées formant clôture

Le pignon à redents de la grange ci-dessous est surmonté d’un épi de faîtage taillé en boule. Ces pierres protectrices de forme arrondie sont parfois nommées cocu, un terme dont on peut rapprocher le Cocudoux, la montagne au sommet arrondi située à l’ouest de la commune. Formé de pierres plates, le pignon à redents protégeait le chaume des intempéries et lui évitait d’être soufflé par les vents violents

Le mystère des pierres plates de Marsol

L’origine des grandes pierres plates surtout localisées à Marsol et dans le hameau voisin des Chirouzes, (ancienne commune de Saint-Anastaise), reste mystérieuse pour les compainteyres et la mémoire collective est de peu de secours quant à leur origine. Une recherche concernant la géologie du Puy Moncey voisin de Marsol met en évidence qu’il y existe un type particulier de phonolite qu’on ne rencontre qu’au Puy Moncey et à Blesle. Cette phonolite particulière ne convient pas aux revêtements des toitures. Serait-ce elle qui borde aujourd’hui les jardins du village ?

Maison avec pignon à redents


Quelques INTERIEURS

Les lits clos

Les lits clos encore visibles à Compains sont toujours alignés au fond de la salle commune, face à la porte d’entrée.

Le “lit de rivière”

Dans de nombreux contrats de mariage, la future épouse recevait dans sa dot un lit de rivière. Obscure au premier abord, cette expression désignait selon les compainteyres un sommier formé d’une enveloppe qu’on remplissait chaque année de feuilles mortes ou d’herbes sèches ramassées aux environs. Des Anciens du village se souviennent que leur grand-mère ramassait à l’automne les feuilles mortes qui serviraient à fabriquer ce sommier naturel qu’on couvrait en guise de matelas d’une coette de plumes ou de poils de lapin. Des linceuils (draps de lin aussi solides que rugueux), des cuissins, une couverte de laine ou une courtepointe piquée d’étoupe à l’usage du pays, complétaient l’ensemble.

maison chez boyer lits clos
Au bourg

 

Aux Costes

SONY DSC
A Belleguette

Brion – Lits clos

Allumer le feu


      La cheminée de la salle commune ci-dessous est appuyée sur le pignon Est. Son foyer est aménagé dans l’épaisseur du mur.

SONY DSC
A Belleguette

 La cheminée ci-dessus repose sur des piédroits qui flanquent le foyer et soutiennent un linteau qui peut être en pierre ou en bois. Les “cafinious”, des niches, sont pratiquées dans le mur pour entreposer des objets d’usage quotidien. Dans la cendrière, la cavité la plus vaste pratiquée dans le mur de la cheminée, on conservait les cendres à utiliser pour  la lessive. Le long du côté gauche de la cheminée on trouve le “cantou”, siège sur lequel on s’asseyait près du foyer.

Au bourg

Aux Costes

A Brion-bas

Cheminée d’une ancienne maison dont le plafond qui séparait la pièce commune de la grange a été détruit.

A Marsol

Remarquable cheminée au large linteau de pierre de taille en forme d’arc triple surbaissé.

La cuisine

L’ayguière (évier) était taillée dans une pierre monolithique. L’évacuation de l’eau vers l’extérieur passait par un conduit en pierre ménagé à travers le mur.

LES COSTES

Les Costes – Aiguière (évier) et son évacuation


Les Costes – Travades au plafond

Ci-dessus, quatre petites barres de bois, dites travades en langage du pays sont placées perpendiculairement entre les grosses poutres du plafond de la salle commune. On y suspendait le lard du cochon.

ESCOUAILLOUX

Escouailloux – Sortie d’ayguière

L’apparition de l’armoire dans les foyers

      Contrats de mariage, testaments, inventaires après décès évoquent la présence de mobilier dans les foyers paysans, reflet de la situation matérielle de la famille. Pendant des siècles, les effets personnels furent conservés dans des coffres. Quelle que soit sa situation, une famille détenait un coffre où elle resserrait ses biens. Au XVIIe et jusqu’au début du XVIIIe siècle on trouve également quelques mentions de garde-robes. Encore rare avant la Révolution dans les familles de Compains et de Saint-Alyre-ès-Montagne, l’armoire ne se répandra véritablement que dans la seconde moitié du XIXe siècle, conséquence de l’amélioration des conditions de vie des familles de cultivateurs.

Le coffre

      Les contrats de mariage retrouvés chez les notaires de Compains du XVIIe siècle à la Révolution montrent que la dot de la mariée comprenait presque toujours un coffre qui, à Compains, est nommé arche quand il contient des provisions. Quand elles sont précisées, les essences de bois sont variées : parfois taillé dans du bois de pierre (un bois dur), le coffre est souvent dit en bois de fresne ou de sapin. Parfois décrit serruré par les notaires, le coffre offert par ses parents à la mariée était destiné à renfermer les vêtements et menus linges, précision que n’omet jamais d’indiquer le notaire, qu’il s’agisse des effets du curé dans son inventaire après décès ou de ceux des époux dans leur contrat.

La garde-robe

      Certains contrats du début du XVIIIe siècle évoquent une garde robe avec portes fermant à clé. A une ou deux portes, en bois de frêne ou de noyer, on trouvait les garde-robes dans les familles qui bénéficiaient d’un niveau de vie plus élevé que celui de la moyenne des familles de la paroisse.

L’armoire

      Meuble solide fait pour être transmis, l’armoire fait une timide apparition au XVIIIe siècle chez le curé et dans les familles les mieux nanties de Compains et Saint-Alyre-ès-Montagne. Dite le plus souvent en bois sans précision d’essence, les armoires sont parfois décrites en sapin, en bois de pierre ou en frêne. Le chêne est très rare. Quand elle est plus élaborée, l’armoire est décrite a deux portes et surtout avec tous ses ferrements ou ferrée et serrurée, une sécurité qui en augmentait la valeur. On trouvait plusieurs hormoires en chêne et en sapin en 1747 dans l’inventaire après décès du curé de Compains.

L’un des premiers compainteyres à détenir une armoire, si l’on excepte le curé, semble avoir été en 1777 Pierre Bergier de La Gardette près d’Escouailloux. Sa maison, déjà bien équipée, comprend un four et “une cave en voute couverte à thuiles” où il conserve des fromages. Souhaitant équiper sa maison d’une armoire, Pierre Bergier convoque un maître charpentier qui se rend à La Gardette pour fabriquer sur place “une armoire neuve à deux portes, bois de sapin”.

      Les inventaires montrent que la présence d’une armoire n’exclut nullement celle simultanée d’une garde-robes et d’un ou plusieurs coffres acquis au fil de la vie. L’état du mobilier est simplement parfois précisé par le notaire mauvais ou à demi usé. L’armoire devient courante dans les contrats de mariage dans la seconde moitié du XIXe siècle quand coffres et garde-robes ont disparu des contrats.

Au bourg

Le contrat de mariage d’Antoinette Boyer et Antoine Eschavidre, mariés en 1847, porte qu’ils reçurent “une armoire neuve à deux portes en bois dur ferrée et serrurée”.

L’armoire du grand-père

Il pouvait arriver que le cultivateur consacre les longues soirées hivernales à la fabrication et à la sculpture de son armoire. Ainsi en fut-il de l’armoire à deux vantaux ci-dessus. Sculptée vers 1900 par le grand-père de Denise Chanet (née en 1930), l’armoire poursuit sa vie à Compains.

Placard d’une salle commune

Brion Bas – Placards plaqués contre un mur près d’une cheminée fermée

A SUIVRE

9 commentaires sur “– Maisons – Caves”

  1. Bernard Says:

    Natif de Compains je suis enthousiamé par les articles publiés sur le passé de la commune. Un grand merci d’avoir mis à la disposition des habitants et des amoureux de la région une profusion de documents historiques Bravo Felicitations pour le travail de recherche J P Bernard à Troyes

  2. BROQUERIE Says:

    Je pense que les habitants peuvent être fiers de cette initiative d’histoire locale. Encore bravo pour la somme de travaux que cela représente et un grand merci.
    Viviane

  3. Françoise Says:

    Documentation très riche, intéressante à tous points de vue qui donne envie d’en découvrir plus sur place que ce que l’on voit en traversant le village.Des habitants aussi très investis, attachés à leur patrimoine, mettent en valeur la vie ancienne de Compains et ses témoins. Félicitations

  4. tabana Says:

    Et dire que le four à pain de Belleguette a été pillé il y a peu de temps !!

  5. couloumy Says:

    Merci pour votre travail, moi aussi je suis native de Compains et ma mère est une Tartière, tous les noms que vous citez, je les connais, j’ai toujours une maison à 1km500 de Compains
    Merci merci beaucoup

  6. couloumy Says:

    Un petit ajout pour le patrimoine religieux : ma mère A. Tartière avait 10 ans en 1932 et elle se souvient, le transfert des ossements a duré quelque 30 années, car à mes 10 ans, nous jouions tous les gamins du village dans le vieux cimetière et il y avait toujours des ossements visibles sous les dalles bancales,
    Encore merci

  7. TARTIERE Says:

    Un grand MERCI pour ces précieux documents…
    Je suis toujours heureuse de trouver des renseignements sur ce village que j’aime énormément: il faut dire que j’y viens régulièrement depuis mes 3 mois et j’ai 49 ans aujourd’hui!
    Mes arrières grand parents s’appelaient TARTIERE Antoine de Belleguette et MORIN Marie de Chandelière…je regrette tellement la maison de Chandelière qui a du être détruite en juillet 1998 suite au remembrement, la raison est qu’elle aurait été dangereuse pour les riverains!!!
    MERCI BEAUCOUP POUR VOTRE TRAVAIL

  8. noyelle Says:

    bonjour ,pouvez vous me dire ,de quelle dimension était les lits clos en profondeur , ils y dormaient seul ou a deux , merci depuis le mur du fond , auford de la façade du lit clos merci a vous

  9. Valérie Says:

    Bonjour, c’est avec beaucoup de plaisir que j’ai pris connaissance de votre site. En effet, nous avons acheté en 2014 une petite maison aux Borderies sur la commune de Singles.
    Je cherche à connaitre la période de sa construction car elle me semble très ancienne avec une porte d’entrée assez basse, deux petites fenêtres, des linteaux assez grossiers et surtout une cheminée au large linteau de pierre de taille en forme d’arc triple comme celle de Marsol. C’est la première fois que je vois cette similitude! Peut être pouvez vous m’apporter des réponses.
    Etant de Bordeaux, je découvre cette région que j’adore et souhaite approfondir mes connaissances. En vous remerciant par avance. Valérie

Laisser un commentaire